{"id":1726,"date":"2020-06-11T14:02:58","date_gmt":"2020-06-11T12:02:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.eren.ch\/barc\/?p=1726"},"modified":"2020-06-11T20:23:29","modified_gmt":"2020-06-11T18:23:29","slug":"ouvrir-porte-nattendre-personne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eren.ch\/barc\/2020\/06\/11\/ouvrir-porte-nattendre-personne\/","title":{"rendered":"Ouvrir grand sa porte et n\u2019attendre personne\u2026"},"content":{"rendered":"
Lo\u00efc et D\u00e9vaki Deriaz racontent leurs aventures de l\u2019\u00e9t\u00e9 2017\u00a0: Une marche de 250 km sur la Via Francigena entre Ornans dans le Jura Fran\u00e7ais et l\u2019Hospice du Col du Grand-St-Bernard avec leur fils Olivier alors \u00e2g\u00e9 de 14 mois. <\/em>C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019hospitalit\u00e9 de nombreuses personnes sur leur Chemin que la famille a pu r\u00e9aliser son r\u00eave. Un p\u00e9riple dans lequel le mot \u00ab\u00a0accueil\u00a0\u00bb a pris tout son sens\u2026<\/em><\/p>\n D\u00e9vaki\u00a0:<\/em><\/strong><\/p>\n Marcher avec un enfant de 14 mois n\u2019est pas chose ais\u00e9e. Il nous a fallu plus d’une ann\u00e9e de r\u00e9flexions et d’essais d’\u00e9quipements. C’est en allant marcher 4 jours avec Olivier accompagn\u00e9 de ma maman sur le chemin de St-Jacques en Suisse, que j’ai pris conscience que le plus grand des d\u00e9fis serait de trouver des h\u00e9bergements familiaux offrant la possibilit\u00e9 \u00e0 Olivier de manger des repas adapt\u00e9s \u00e0 son \u00e2ge. Ayant pass\u00e9 le printemps \u00e0 coudre des habits de randonn\u00e9e dans les vieux T-Shirts en laine m\u00e9rinos de Lo\u00efc, je lui ai donc d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 la t\u00e2che de trouver une solution pour les h\u00e9bergements !<\/p>\n Lo\u00efc\u00a0:<\/em><\/strong><\/p>\n Apr\u00e8s m’\u00eatre beaucoup renseign\u00e9 sur les possibilit\u00e9s d’h\u00e9bergement sur le parcours, j’ai r\u00e9alis\u00e9 que la seule solution \u00e9tait de dormir chez des particuliers. De tous les types d’h\u00e9bergement connus sur mes chemins, l’accueil chez l’habitant est de loin le plus confortable. Il me restait donc \u00e0 trouver les \u00ab\u00a0bonnes \u00e2mes\u00a0\u00bb d’accord de nous accueillir spontan\u00e9ment. J\u2019ai alors trouv\u00e9 l\u2019id\u00e9e de contacter par courrier toutes les paroisses situ\u00e9es sur notre itin\u00e9raire en leur expliquant notre projet et notre demande. Et nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9jouis de voir que de nombreuses personnes ont r\u00e9pondu tr\u00e8s positivement \u00e0 notre demande d’h\u00e9bergement. C’est gr\u00e2ce \u00e0 ces personnes que nous avons finalement pu r\u00e9aliser notre r\u00eave.<\/p>\n Lors de mes longues marches solitaires, j’ai beaucoup chemin\u00e9 \u00e0 l’int\u00e9rieur de moi. En couple, nous avons cr\u00e9\u00e9 notre Chemin \u00e0 deux. Habitu\u00e9s \u00e0 de longues marches, nous avalions les km et dormions souvent sous tente au milieu de nulle part. Cette fois-ci \u00e0 3, le Chemin prenait soudain une tout autre dimension.<\/p>\n Lo\u00efc et D\u00e9vaki\u00a0:<\/em><\/strong><\/p>\n Ce qui nous a profond\u00e9ment marqu\u00e9s cette fois-ci, c’est l’Accueil (avec un grand A) !<\/p>\n \u00ab\u00a0L’accueil c’est ouvrir grand sa porte et n’attendre personne\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n avions-nous lu en chemin.<\/p>\n Les gens qui nous ont accueillis ont accept\u00e9 de nous recevoir de fa\u00e7on tr\u00e8s spontan\u00e9e, avertis un ou deux jours avant notre arriv\u00e9e. Ils nous ont offert le g\u00eete et le couvert et bien plus encore en partageant un petit bout de leur vie, de leur quotidien. Chaque soir ou presque (en 3 semaines, nous avons dormi seulement 5 fois \u00e0 l’h\u00f4tel ou chambre d’h\u00f4tes), nous refaisions tout un voyage \u00e0 la d\u00e9couverte de nouvelles personnes.<\/p>\n En contrepartie, nous avons \u00e9galement partag\u00e9 ce que nous avions. \u00catre p\u00e8lerin, c’est accepter d’\u00eatre accueilli et frapper aux portes pour demander un toit. Accepter de se d\u00e9pouiller de tout artifice, avoir juste l’essentiel, \u00eatre simplement soi, arriver les mains vides.<\/p>\n Sur les grands chemins de p\u00e8lerinage, sous l’affluence des p\u00e8lerins, la notion d’accueil se perd parfois. Certains h\u00e9bergements deviennent touristiques. Lors des quelques nuits que nous avons pass\u00e9es \u00e0 l’h\u00f4tel, le contraste \u00e9tait saisissant. Nous avions vraiment l’impression de d\u00e9barquer d’une autre plan\u00e8te lorsque nous disions que nous arrivions \u00e0 pied. M\u00eame si les \u00e9tablissements fr\u00e9quent\u00e9s \u00e9taient tout \u00e0 fait sympathiques, il n’en demeure pas moins une relation h\u00f4tes-client. Au contraire, lorsque nous arrivions chez les personnes qui nous ont accueillis, nous nous sentions comme des amis voire m\u00eame parfois comme des membres de la famille. Nous avons \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement surpris de l’accueil que l’on nous avait r\u00e9serv\u00e9 : copieux et d\u00e9licieux repas, un lit avec literie, et l’\u00e9change, surtout l’\u00e9change !<\/p>\n A peine arriv\u00e9s, une famille avec des enfants de 5 et 8 ans s’est propos\u00e9e de baigner Olivier. Tout \u00e0 fait \u00e0 l’aise, Olivier est parti et nous, nous avons pu prendre une douche tranquillement. Autre anecdote m\u00e9morable : un feu de bois pour nous r\u00e9chauffer \u00e0 notre arriv\u00e9e un 26 juillet pluvieux \u00e0 Pontarlier. Quelle joie intense de d\u00e9couvrir cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et \u00e0 l’inverse quelle stup\u00e9faction de d\u00e9couvrir un petit suppl\u00e9ment de riz factur\u00e9 6\u20ac dans le restaurant du lendemain. M\u00eame si nous proposions \u00e0 chaque fois une contrepartie financi\u00e8re aux gens qui nous accueillaient, personne n’a accept\u00e9. Cela nous a fait beaucoup r\u00e9fl\u00e9chir. Serions-nous pr\u00eats \u00e0 accueillir gratuitement des inconnus chez nous ? Leur pr\u00e9parer un repas, un lit, faire connaissance le temps d’une soir\u00e9e et leur dire \u00ab au-revoir \u00bb le lendemain?<\/p>\n Nous nous sommes beaucoup interrog\u00e9s sur nous aussi, y aurait-il beaucoup de jeunes parents comme nous qui consacreraient leurs 3 semaines de vacances \u00e0 marcher 15-20 km par jour avec le minimum vital et arriver chaque soir chez des inconnus, le tout avec un b\u00e9b\u00e9 ? Nous nous sommes souvent demand\u00e9s, qu’est-ce que nous faisions l\u00e0 et pourquoi n’\u00e9tions-nous pas sur une plage au soleil comme la plupart des gens dits \u00ab normaux \u00bb ?<\/p>\n Cette citation de Marcel Proust, cach\u00e9e derri\u00e8re la cure paroissiale de St-Maurice nous a beaucoup plu et correspondu :<\/p>\n \u00ab\u00a0Le voyage de d\u00e9couverte ne consiste pas \u00e0 chercher de nouveaux paysages, mais \u00e0 avoir de nouveaux yeux !\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n C’est s\u00fbrement gr\u00e2ce \u00e0 la contrainte qu’obligeait le p\u00e8lerinage avec Olivier, que nos yeux ont d\u00e9couvert un nouvel horizon : la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et l’accueil !<\/p>\n <\/p>\n Lo\u00efc\u00a0:<\/em><\/strong><\/p>\n Lorsque je suis all\u00e9 faire quelques pas sur le chemin de St-Jacques apr\u00e8s la naissance d’Olivier, j’ai rencontr\u00e9 un p\u00e8lerin qui m’a dit que les enfants n’avaient pas leur place sur le chemin et que c’\u00e9tait \u00e9go\u00efste de leur imposer cela ! Accompagner un enfant \u00e0 grandir n’est-ce pas un v\u00e9ritable p\u00e8lerinage en soi ? Olivier nous fait d\u00e9couvrir une autre fa\u00e7on de vivre le p\u00e8lerinage.<\/p>\n Lo\u00efc et D\u00e9vaki\u00a0:<\/em><\/strong><\/p>\n Alors qu’\u00e0 l’arriv\u00e9e d’un enfant, nous luttions contre l’envahissement de mat\u00e9riel, nous avons appris \u00e0 faire avec le minimum d’habits, \u00e0 cheminer sans jouets en exer\u00e7ant notre cr\u00e9ativit\u00e9, en s’amusant avec ce qui se pr\u00e9sentait sur le chemin. Il y a eu les baignades dans le lac L\u00e9man, le chemin de ch\u00eanes o\u00f9 tous les glands ont eu le droit de passer un moment dans la bouche d’Olivier, les d\u00e9couvertes des cascades et des arbres, les animaux, les bougies allum\u00e9es dans les \u00e9glises et les chapelles, les chansons dans les \u00e9glises, les moments de chatouilles, de rigolades et de fous rires, sur le dos de maman, dans l’herbe ou dans le lit chez nos h\u00f4tes\u00a0!<\/p>\n Si nous n’avons peut-\u00eatre pas pu cheminer \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 l’int\u00e9rieur de nous-m\u00eames et si nous \u00e9tions tr\u00e8s fatigu\u00e9s au col du Grand-St-Bernard, c’est s\u00fbrement ces moments de simplicit\u00e9, de spontan\u00e9it\u00e9 qui nous ont le plus plu et qui nous manquent au quotidien ! L’itin\u00e9raire \u00e9tant trac\u00e9, nous n’avions plus qu’\u00e0 marcher et appr\u00e9cier les beaux moments qui s’offraient \u00e0 nous\u00a0!<\/p>\n Apr\u00e8s 250 km de marche, nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 l’Hospice du Grand-Saint-Bernard, point culminant de la Via Francigena situ\u00e9 \u00e0 plus de 2470m d’altitude. Nous lisions alors sur un mur<\/p>\n \u00ab\u00a0<\/em><\/strong>l\u00e0 o\u00f9 est ton tr\u00e9sor, l\u00e0 aussi sera ton c\u0153ur\u00a0\u00bb. <\/em><\/strong><\/p>\n Cette citation du chapitre 6 de l’\u00e9vangile selon Matthieu invite \u00e0 amasser les tr\u00e9sors dans le ciel et non sur terre. Cette phrase r\u00e9sonne en nous ; la richesse de notre voyage vient sans conteste des personnes rencontr\u00e9es qui, en nous ouvrant leur c\u0153ur, ont partag\u00e9 un petit bout de leur tr\u00e9sor.<\/p>\n \u00ab\u00a0La richesse d’une rencontre vaut mieux que de rencontrer la richesse\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n avions-nous lu en chemin. Notre exp\u00e9rience de l’\u00e9t\u00e9 l\u2019a bel et bien confirm\u00e9\u00a0!<\/p>\n <\/p>\n P.S. Bonus\u00a0:\u00a0 Lors de ces 3 semaines de Chemin, nous avons cr\u00e9\u00e9 un hymne de voyage pour aller toujours plus loin\u2026<\/p>\n

\nNotre exp\u00e9rience nous a plut\u00f4t montr\u00e9 qu’Olivier a trouv\u00e9 toute sa place et qu’il a \u00e9norm\u00e9ment appr\u00e9ci\u00e9. Alors qu’il est tout \u00e0 fait conventionnel de faire 5 \u00e0 10 heures de route en voiture pour passer une dizaine de jours dans une maison de vacances au bord de la mer, il serait anormal qu’un enfant se prom\u00e8ne 3 semaines dans la nature avec ses parents ? Olivier marchait chaque jour environ 15 min, pas toujours dans la bonne direction, puis peut-\u00eatre 20 min une fois qu’il avait trouv\u00e9 son b\u00e2ton de p\u00e8lerin.<\/p>\n
