{"id":1609,"date":"2026-08-26T10:53:33","date_gmt":"2026-08-26T08:53:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.eren.ch\/hautesjoux\/?p=1609"},"modified":"2026-08-26T10:53:41","modified_gmt":"2026-08-26T08:53:41","slug":"lappel-delisee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eren.ch\/hautesjoux\/2026\/08\/26\/lappel-delisee\/","title":{"rendered":"L’appel d’Elis\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n
Pr\u00e9dication du 16 ao\u00fbt 2026 au Locle – Raoul Pagnamenta, paroisse de l’Entre-deux Lacs<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n \u00c9lis\u00e9e aurait pu mener une vie tranquille.<\/p>\n\n\n\n Il \u00e9tait riche. M\u00eame tr\u00e8s riche \u2014 le texte nous dit qu’il travaillait avec douze paires de b\u0153ufs. Essayez d’imaginer la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n \u00c7a peut sembler un peu excessif comme image, mais le sens ne nous \u00e9chappe pas : il \u00e9tait tr\u00e8s riche selon les standards de l’\u00e9poque.\u00a0Certaines traductions consid\u00e8rent d’ailleurs que l’expression \u00ab\u00a0douze paires de b\u0153ufs\u00a0\u00bb d\u00e9signait la surface d’un champ \u2014 une paire de b\u0153ufs repr\u00e9sentant la surface qu’on peut labourer en une journ\u00e9e. Mais m\u00eame dans ce cas, douze paires, \u00e7a fait beaucoup.<\/p>\n\n\n\n \u00c9lis\u00e9e avait largement de quoi vivre. Et on peut ajouter qu’apparemment il n’avait pas ni de fr\u00e8res ni de s\u0153urs \u2014 en tout cas on ne les mentionne pas \u2014 et il \u00e9tait donc seul h\u00e9ritier.\u00a0On peut aussi remarquer que si l’on retient cette deuxi\u00e8me fa\u00e7on de traduire, \u00c9lis\u00e9e \u00e9tait probablement au bout de ses peines : il venait de terminer de labourer toute la surface du champ, il n’avait plus qu’\u00e0 semer et attendre. Quelle chance !<\/p>\n\n\n\n Pourquoi alors tout changer d’un coup ? Pourquoi choisir une autre vie ?<\/p>\n\n\n\n Il faut aussi noter qu’\u00c9lis\u00e9e ne semble pas avoir de contentieux avec ses parents. Rien dans le texte ne laisse penser qu’il \u00e9tait press\u00e9 de les quitter. \u00c7a arrive parfois \u2014 on fuit une famille, m\u00eame riche, parce qu’on n’y est pas bien. Mais ce n’est visiblement pas le cas ici. Alors pourquoi changer ?\u00a0Il avait de quoi vivre, de quoi bien vivre. Sa destin\u00e9e \u00e9tait trac\u00e9e d’avance : fils de riches agriculteurs, il \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 devenir agriculteur lui-m\u00eame, \u00e0 exercer la profession de ses parents et \u00e0 h\u00e9riter de leurs biens.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 la plupart des gens ne poss\u00e9daient rien, on peut dire qu’\u00c9lis\u00e9e avait vraiment de bonnes conditions de vie. Et pourtant, il troque cette vie tranquille et s\u00fbre contre quelque chose de compl\u00e8tement diff\u00e9rent.\u00a0Il va devenir proph\u00e8te errant, sans patrie, sans l’assurance de trouver chaque jour de la nourriture dans son assiette.<\/p>\n\n\n\n Et il vit ce choix comme une renaissance. Il br\u00fble la charrue, il tue les b\u0153ufs qui repr\u00e9sentaient son ancienne vie, il les offre en sacrifice \u00e0 Dieu et donne \u00e0 manger \u00e0 tout le peuple. Il assume enti\u00e8rement son choix.<\/p>\n\n\n\n Souvent, nous subissons la vie. Les autres choisissent pour nous. Parfois la vie nous enferme dans une prison dor\u00e9e \u2014 comme c’\u00e9tait le cas pour \u00c9lis\u00e9e. Parfois on a moins de chance : on na\u00eet dans une famille pauvre, on part avec des handicaps importants, un patrimoine g\u00e9n\u00e9tique dont on se serait bien pass\u00e9, et notre destin\u00e9e semble trac\u00e9e \u00e0 l’avance. Nous subissons la vie.<\/p>\n\n\n\n \u00c9lis\u00e9e, lui, ne la subit pas.<\/p>\n\n\n\n Les diff\u00e9rentes traductions le font souvent appara\u00eetre comme un bon gar\u00e7on ob\u00e9issant qui se soumet aux ordres d’\u00c9lie.\u00a0Mais quand on lit le texte dans sa langue originale, on n’a pas du tout la m\u00eame impression. \u00c9lis\u00e9e ne re\u00e7oit pas d’injonction du type \u00ab\u00a0viens et suis-moi\u00a0\u00bb \u2014 c’est de sa propre initiative qu’il d\u00e9cide de suivre \u00c9lie.\u00a0Il ne demande pas la permission d’aller prendre cong\u00e9 de ses parents, il s’affirme m\u00eame face \u00e0 \u00c9lie : \u00ab\u00a0Je vais dire au revoir \u00e0 mes parents, et puis je reviens et je te suivrai.\u00a0\u00bb\u00a0\u00c9lie lui-m\u00eame semble \u00e9tonn\u00e9 par l’autorit\u00e9, la d\u00e9termination, l’\u00e9lan de celui qui deviendra un proph\u00e8te plus grand que lui. Au point qu’il se demande : \u00ab\u00a0Mais qu’est-ce que je t’ai fait ?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Est-ce que je t’ai demand\u00e9 quelque chose ?\u00a0\u00bb \u2014 selon les traductions de ce passage difficile.<\/p>\n\n\n\n Mais que s’est-il pass\u00e9 ? Pourquoi \u00c9lis\u00e9e r\u00e9agit-il de cette fa\u00e7on ? Pourquoi change-t-il de vie ? Pourquoi abandonne-t-il tout ? Pourquoi est-il si d\u00e9termin\u00e9 ? Et pourquoi vit-il ce nouveau choix comme une renaissance ?<\/p>\n\n\n\n C’est un texte tr\u00e8s bref qui ne nous livre pas beaucoup de d\u00e9tails. Mais il y a s\u00fbrement un lien avec le manteau d’\u00c9lie. Dans le cycle d’\u00c9lie, ce manteau revient constamment : quand il sent la pr\u00e9sence de Dieu dans une brise l\u00e9g\u00e8re, \u00c9lie s’enveloppe dans son manteau ; quand il doit traverser le fleuve, il le plie et frappe les eaux qui se s\u00e9parent ; quand il monte au ciel, il laisse tomber son manteau comme seul h\u00e9ritage pour \u00c9lis\u00e9e. Ici, \u00c9lie frappe \u00c9lis\u00e9e avec ce manteau.<\/p>\n\n\n\n Mais qu’est-ce que cela signifie ? Dans la Bible, quand Dieu appelle un proph\u00e8te, il le fait normalement de fa\u00e7on explicite \u2014 il parle. Quand J\u00e9sus a appel\u00e9 ses disciples, c’\u00e9tait aussi explicite : \u00ab\u00a0Suis-moi.\u00a0\u00bb Ici, rien n’est dit. On ne parle m\u00eame pas de Dieu. Le myst\u00e8re s’enveloppe d’un manteau.<\/p>\n\n\n\n Je ne pense pas que la vocation d’\u00c9lis\u00e9e soit fondamentalement diff\u00e9rente de celles des autres proph\u00e8tes ou des ap\u00f4tres. Mais elle est racont\u00e9e diff\u00e9remment, pour mettre l’accent ailleurs. Quelque chose a touch\u00e9 \u00c9lis\u00e9e au plus profond de lui-m\u00eame. La personnalit\u00e9 d’\u00c9lie l’a frapp\u00e9. Une personnalit\u00e9 qui savait int\u00e9grer le divin dans cette vie mortelle. Par la personnalit\u00e9 d\u2019Elie, Elis\u00e9e a pris conscience d’une dimension nouvelle qui donne pleinement sens \u00e0 la vie. Et il n’a pas pu r\u00e9sister.<\/p>\n\n\n\n Je crois que cette rencontre avec \u00c9lie l’a mis devant un choix. J’interpr\u00e8te, j’imagine : \u00c9lis\u00e9e a vu sa vie se projeter vers l’avenir. Il aurait pu continuer comme avant \u2014 labourer, semer. C’\u00e9tait une vie honn\u00eate.\u00a0\u00c0 la diff\u00e9rence d’autres r\u00e9cits de conversion, \u00c9lis\u00e9e n’\u00e9tait pas quelqu’un qui g\u00e2chait sa vie. D’un point de vue humain, il \u00e9tait en train de r\u00e9ussir : fils id\u00e9al, riche, travailleur.\u00a0Mais \u00c9lis\u00e9e n’a sans doute pas pens\u00e9 les choses ainsi. Ou peut-\u00eatre le pensait-il, jusqu’\u00e0 ce qu’\u00c9lie, par sa fa\u00e7on d’\u00eatre, lui ouvre une fen\u00eatre sur une autre dimension.<\/p>\n\n\n\n \u00c9lis\u00e9e avait un projet de vie pour lui-m\u00eame. Ses parents en avaient un pour lui. Et soudainement, \u00c9lis\u00e9e d\u00e9couvre le projet que Dieu avait pour lui \u2014 un projet pour lequel il avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, dans lequel il pouvait vraiment se r\u00e9aliser, m\u00eame si pour cela il devait renoncer \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle et affective dont il jouissait.<\/p>\n\n\n\n Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Je ne pense pas qu’\u00c9lis\u00e9e \u00e9tait clair sur ce que serait concr\u00e8tement cette nouvelle vie. S’il l’avait su, peut-\u00eatre ne se serait-il pas mis en route.\u00a0\u00c9lis\u00e9e a senti un appel, et cet appel \u00e9tait ancr\u00e9 au fond de lui-m\u00eame \u2014 un peu comme le bruit l\u00e9ger de la brise s’\u00e9tait nich\u00e9 dans le c\u0153ur d’\u00c9lie.\u00a0Il lui faudra une formation pour apprendre \u00e0 \u00e9couter cet appel et \u00e0 lui donner forme.\u00a0\u00c9lis\u00e9e ne sera pas proph\u00e8te du jour au lendemain. Il sera au service d’\u00c9lie, et c’est d’\u00c9lie qu’il apprendra \u00e0 \u00eatre \u00e0 l’\u00e9coute de Dieu et \u00e0 l’interpr\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n Et le manteau d’\u00c9lie \u2014\u00a0 une image pour parler de sa personnalit\u00e9, ce manteau qui l’a frapp\u00e9, qui a suscit\u00e9 en lui l’appel de Dieu \u2014 deviendra son manteau quand \u00c9lie quittera ce monde. Et il recevra une double part de son esprit.<\/p>\n\n\n\n Cette histoire nous interroge. Est-ce que nos vies nous correspondent vraiment ? Correspondent-elles au projet que Dieu a pour nous ? Ou sommes-nous en train de vivre les projets de nos parents, de nos amis, des influenceurs, de la publicit\u00e9 ? Est-ce que j’ai construit moi-m\u00eame mon projet de vie \u2014 ou correspond-il \u00e0 quelque chose de plus profond ?<\/p>\n\n\n\n Pensez \u00e0 votre propre vie. Y a-t-il eu des moments, des occasions, o\u00f9 \u2014 comme \u00c9lis\u00e9e \u2014 vous avez \u00e9t\u00e9 saisi par un appel profond de Dieu ? Et comment avez-vous r\u00e9agi ? Vous l’avez suivi ? Suivi \u00e0 moiti\u00e9 ? Ou avez-vous pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la vie d’avant, plus tranquille ?<\/p>\n\n\n\n Y a-t-il des charrues qui vous retiennent encore et qu’il faudrait br\u00fbler ? Des b\u0153ufs qu’il faudrait sacrifier et remettre \u00e0 Dieu ?<\/p>\n\n\n\n Une fois encore, la parole de Dieu nous interpelle aujourd’hui. Qu’est-ce qu’une vie r\u00e9ussie ? Quel est le projet de Dieu pour moi ?Ce ne sont pas des questions toujours faciles. Mais nous ne les portons pas seuls \u2014 nous sommes entour\u00e9s de fr\u00e8res et de s\u0153urs qui luttent avec les m\u00eames questions, et qui cherchent \u00e0 avancer avec les r\u00e9ponses qu’ils ont d\u00e9j\u00e0 re\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n Amen.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Pr\u00e9dication du 16 ao\u00fbt 2026 au Locle – Raoul Pagnamenta, paroisse de l’Entre-deux Lacs \u00c9lis\u00e9e aurait pu mener une vie tranquille. Il \u00e9tait riche. M\u00eame tr\u00e8s riche \u2014 le texte nous dit qu’il travaillait avec douze paires de b\u0153ufs. 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