Semaine du 16 au 22 mai 2016. Inclusivité: un accueil inconditionnel…

 

Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu (Romains 15, 7)

Lundi 16 mai

Cette semaine et la suivante, je « tricherai »… Je ne proposerai pas au jour le jour mes réflexions sur ce passage paulinien qui nous incite à l’accueil inconditionnel, mais proposerai chaque jour le résumé des articles de l’ouvrage L’Accueil Radical, Ressources pour une Eglise inclusive, édité par Yvan Bourquin et Joan Charras Sancho.

En effet, le jeudi 12 mai 2016, au temple du Bas, nous étions une trentaine d’auditeurs réunis pour la présentation de cet ouvrage. Les deux éditeurs nous ont exposé le projet de ce livre, nous ont introduits à son contenu et ont répondu à nos questions.

Lors de cette soirée, il est apparu que le débat est essentiel à poursuivre au sein notre Église réformée évangélique de Neuchâtel. Nous devons nous demander dans quelle mesure nous aurions envie de faire le pas de l’inclusivité.

Il ne s’agit pas seulement de prendre position dans un débat, mais de donner à chacun la possibilité de s’ouvrir à une pensée à laquelle il n’a pas été sensible jusqu’alors pour, peut-être, choisir de vivre une foi inclusive.

Accueillir l’Accueil radical… voici ce que je vous propose…

N’hésitez pas à allonger ma liste de mes « questions », afin que nous puissions tous ensemble marcher vers une vision renouvelée de notre Église.

Pour mieux connaître mes motivations à présenter cet ouvrage, vous pouvez lire mon compte-rendu de la soirée de présentation.

Préface. La théologie et les Églises entre exclusion et inclusion, par Thomas Römer

Thomas Römer part du constat que l’Église « prêche toujours l’ouverture et l’accueil inconditionnel de toute personne » (7). Pourtant, la réalité se traduit souvent par des attitudes d’exclusion. La sexualité est en première ligne, et c’est pourquoi le débat sur l’inclusivité se cristallise autour des orientations sexuelles.

Thomas Römer rappelle que la question de l’orientation sexuelle n’est jamais au centre des textes fondateurs, les interdits du Lévitique reflètent la relation à un ordre social et il serait anachronique de les appliquer à la lettre. La voix inclusive rejette donc toute stigmatisation et appelle à un accueil inconditionnel.

Les milieux qui citent les textes du Lévitique pour condamner des « sexualités déviantes » oublient souvent l’immense anachronisme qu’ils commettent en reprenant un texte provenant d’une civilisation qui accepte l’esclavage et qui ne connaît pas d’égalité entre les hommes et les femmes. Il faut alors une réflexion herméneutique appropriée qui situe les textes bibliques dans leurs contextes respectifs et qui s’interroge sur leur utilisation dans un contexte sociétal profondément différent. (Thomas Römer, p. 10)

Introduction, par Yvan Bourquin et Joan Charras Sancho.

Les deux éditeurs reviennent sur le projet de ce livre qui est de permettre à l’Église de refléter l’accueil inconditionnel de Dieu en se positionnant comme inclusive. Ils précisent que l’accent porte dans ce livre essentiellement sur l’accueil intégral des personnes homosexuelles, bisexuelles, transgenres et de leurs familles.

Ils présentent ensuite les auteurs et leurs contributions. Cette introduction permet de se situer dans l’ouvrage, et de prendre connaissance de son contenu pour mieux choisir ses lectures selon l’aspect que l’on souhaite approfondir. Surtout, elle rappelle que cet ouvrage est destiné à favoriser les débats autour de l’inclusivité et invite chaque lecteur à entrer dans la discussion, poser des questions, approfondir sa réflexion sur le site www.accueilradical.com

Dans ce recueil […] il est question d’accueil. Un accueil radical auquel sont appelées toutes les communautés religieuses, chrétiennes en particulier. Dès qu’une Église répond à l’accueil inconditionnel de Dieu par cet accueil-là, elle peut se dire « inclusive » (Y. Bourquin et J. Charras Sancho, p. 13)

Des mots…

Église inclusive : Église qui refuse toute exclusion, qu’elle soit de type racial, social, sexuel, etc.

LGBT : personnes Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres.

 

Voilà pour cette petite mise en bouche… Dès demain, nous aurons l’occasion de mieux comprendre l’histoire de la notion d’inclusivité et ses diverses mises en pratique

Bien à vous

Cécile

Mardi 17 mai

Bonjour à tous,

je poursuis la présentation de cet ouvrage et pose mes premières questions. En considérant le pas vers l’inclusivité déjà accompli par certaines Églises, dans quelle mesure souhaitons-nous mettre cette notion au cœur des réformes prévues pour notre nouvelle « EREN 2023 » ?

I. La notion d’inclusivité, état des lieux.

Brève histoire du mouvement chrétien inclusif, par Jean Vilbas

Jean Vilbas retrace les origines américaines du mouvement chrétien inclusif :

  • le temps des pionniers (1964-1978)
  • le temps des paroisses (1978-2000)
  • le temps de l’universalisme (2000-2015)

Il montre comment d’une époque où les ministères se donnaient pour mission de guérir les homosexuels, on est mené à revoir notre conception de l’Église comme un lieu d’accueil inconditionnel dans la pleine reconnaissance des différentes orientations sexuelles.

L’auteur se penche ensuite sur le monde francophone. Il souligne particulièrement qu’une Église inclusive ne doit pas seulement accueillir inconditionnellement, mais le faire dans la reconnaissance positive de la personne.

Jean Vilbas termine en montrant comment l’Église Unie Saint-Jean de Montréal s’est déclarée pleinement inclusive par la constitution d’une charte que l’on peut consulter ici.

On ne réserve pas le même accueil à un pêcheur invité à la repentance, à un chrétien faible sur lequel il faut veiller, à un malade qui appelle la compassion ou à une personne dont la différence d’orientation sexuelle est pleinement reconnue comme un reflet d’une création belle et diverse (J. Vilbas, p. 43)

Questions à mon Église

  • Sommes-nous inclusifs ?
  • Entre nos déclarations pour l’accueil inconditionnel et la réalité de notre communauté, existe-t-il un décalage, et si oui, comment y remédier ?
  • Ne pourrait-on pas souhaiter et réfléchir à une charte sur le modèle de celle de Montréal ?
  • Peut-on faire de l’inclusivité une pierre d’achoppement des réformes prévues pour EREN 2023 ?

Prions…

Je vous laisse sur ces interrogations et vous propose de prier ensemble avec Vincent Bru:

Dieu saint et bon, qui as envoyé ton Fils dans le monde
pour rassembler dans l’unité tes enfants dispersés,
veille sur ton Eglise;
prends pitié de sa détresse,
mets fin à ses divisions,
dissipe ses craintes,
affermis sa foi.
Seigneur Dieu, tu entends nos prières
et tu les exauces au-delà de nos espérances ;
accorde aux hommes de ce temps de te connaître
et à ton Eglise de te servir dans l’obéissance de la foi,
dans l’attente du jour où tu seras tout en tous,
par Jésus-Christ, notre Seigneur.
Amen.

Mercredi 18 mai

Bonjour à vous,

aujourd’hui, la réflexion porte sur l’importance d’engager tout en chacun dans les processus de réflexion sur les changements à apporter en vue de l’inclusivité. Pour ma part, je suis très consciente que des réticences souvent involontaires m’empêchent d’être pleinement ouverte et respectueuse de mon prochain… Je prie pour que l’Esprit m’engage plus pleinement dans une vie sous le signe de l’accueil de l’autre…

« Une inclusivité qui s’ouvre à toutes les différences ». L’inclusion au quotidien dans la Fraternité de La Maison Verte (2006-2013), par Stéphane Lavignotte.

Stéphane Lavignotte est pasteur à La Maison Verte à Paris. Il relate le cheminement fait par sa communauté pour vivre l’inclusivité. Dépassant la théorie, il s’agit de se donner les moyens pratiques d’un accueil qui tende à l’inconditionnel. Son article montre l’importance de partir de la réalité concrète du lieu que l’on souhaite ouvrir à l’inclusivité. Certains constats très simples nous donnent un aperçu des problèmes que l’on peut rencontrer : par exemple, certaines personnes que l’on accueille peuvent elles-mêmes ne pas être accueillantes…

De même que Jean Vilbas, Stéphane Lavignotte souligne l’importance d’une charte, qui permet d’afficher l’attitude d’accueil qu’une Église attend de ses membres et bénévoles. C’est une manière de donner son identité à une paroisse et de l’affirmer face au monde dans un souci de cohérence. C’est également une façon de s’engager à mettre en pratique des positions clairement affirmées. Cela donne aux personnes qui se sentent inclusives les mots pour l’exprimer. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de La Maison Verte.

Stéphane Lavignotte décrit ensuite le travail mené sur le long terme par des cérémonies, des moments d’échanges et l’organisation d’activités pas seulement pour affirmer l’inclusivité, mais surtout pour se l’approprier. Il souligne enfin que la diversité engage également diversité dans la façon de dire les choses et de les comprendre. Il nous donne quelques outils simples mais efficaces : ne pas réagir immédiatement mais demander des précisions, si le malentendu persiste, recourir à une personne médiatrice, etc.

Il revient ensuite sur les obstacles face à la mise en place de l’inclusivité, et montre que celle-ci ne pourra se vivre que si la majorité renonce à s’imposer comme une norme, sur le plan conscient comme inconscient. Car le principal obstacle est certainement que souvent nos sentiments sont contraires à nos bonnes intentions : il faut donc être à l’écoute de nos propres réticences pour savoir les nommer et les apprivoiser.

Dans la conversation, nous sommes amenés à dire aussi le pourquoi de cette diversité. Cela s’affirme de manière assez simple : l’affirmation de la diversité comme une chose bonne et bénéfique à tous. […] De manière plus simple, cette diversité est présentée comme « un moyen de nous enrichir les uns les autres de nos différences » ou de reproduire le geste de Jésus qui accueillait tout le monde et ne jugeait personne. (S. Lavignotte, p. 57-58)

Questions à mon Église

  • Si notre Église se met en chemin pour affirmer son inclusivité, quelles activités, rencontres, moments de partages et de discussions pourrait-elle mettre en place pour que chacune et chacun des paroissiens puissent vivre cette nouvelle orientation dans la confiance et l’envie d’y prendre part ?
  • Comment soigner la relation entre les organes officiels de l’Église, les paroissiens et les citoyens ?
  • Comment rendre accessible et compréhensible à tous ses prises de positions, ses cheminements théologiques ?
  • Comment mener chacun et chacune à intégrer et participer activement au processus de réflexion et d’application des objectifs EREN 2023, et ceux du Programme de Législature 2016-2020 ?

Prions…

Bien qu’il ne soit pas dans notre tradition réformée d’adresser nos prières à Marie, mère de notre Seigneur, j’ai trouvé cette prière franciscaine qui me semble nous inviter à renouveler nos cœurs pour nous ouvrir à l’accueil. Je m’ouvre donc à cette prière différente de celles dont j’ai l’habitude, avec le cardinal Etchegaray et sa Prière à Marie :


Sainte Vierge Marie, à un monde dominé par l’argent,
Vous enseignez votre libéralité.
A un monde de clinquant et de mensonge,
Vous montrez votre transparence.
A un monde qui ricane et salit,
Vous offrez votre pureté.
A un monde de violence et de haine,
Vous opposez votre tendresse
A un monde qui vieillit de désespoir
Vous donnez votre jeunesse.
Chaque jour, vous avez du inventer votre façon de dire « oui » à Dieu
Chaque jour, vous avez dû recommencer à découvrir Dieu dans votre vie,
Autrement que vous ne l’aviez prévu.
Apprenez nous à nous présenter comme une page blanche
Où l’Esprit de Dieu écrit les merveilles qu’il fait en nous.

Amen

Jeudi 19 mai

Bonjour,

le mot queer est généralement traduit par « pédé ». La Queer Theology a repris ce terme négatif afin de le revaloriser. Cette théologie provocante n’en a pas moins des bases solides issues de la pensée de Foucault par exemple. Je vous propose aujourd’hui d’en apprendre un peu plus…

Queer Theology ? De quoi parle-t-on ?, par Muriel Schmid.

La Queer Theology est issue des Queer Studies, études universitaires dont les domaines ont en commun de remettre systématiquement en cause les normes sociales. Elle nous est présentée le plus simplement possible par Muriel Schmid. La Queer Theology, en bref, refuse de classer l’humain selon son genre, sa classe, sa race, etc. Cette théologie riche et complexe est ici expliquée selon trois entrées.

L’intersectionnalité

L’intersectionnalité consiste à voir dans un tout davantage que la somme des éléments pris séparément. Une identité n’est ainsi jamais composée d’une seule caractéristique, mais de plusieurs éléments qui se croisent et tissent une réalité unique.

Si chacun est unique, identifier les caractéristiques de l’exclusion permet de mieux comprendre les difficultés rencontrées par certaines personnes. De même, mettre l’accent sur les nombreuses caractéristiques positives qui constituent une identité individuelle aidera à la reconnaissance de ces mêmes personnes.

Je donnerai un exemple qui n’est pas de Muriel Schmid, mais de moi. Un homme au chômage homosexuel peut être aussi un brillant intellectuel, un soutien précieux pour ses proches et une personne serviable toujours prête à donner un coup de main. De même que le père de famille entrepreneur peut également être un avare violent et sexiste… L’accueil radical doit prendre en compte que personne n’est parfait, ni défini par une seule caractéristique !

L’indécence

Derrière cette notion provocatrice est émise l’idée que l’on peut se présenter ouvertement avec nos particularités parfois hors de la norme, avec la condition que l’on ne censure pas l’autre par cette attitude. La théologie indécente a pour fondatrice la pasteur Marcella Althaus-Reid qui s’est violemment opposée aux théologies de la libération ayant cours en Amérique latine. Elle dénonce les visions simplistes de la réalité proposée par ces théologies… elle plaide pour que l’on prenne en compte toutes les dimensions de la réalité d’un individu.

Une théologie de l’indécence est une théologie qui s’ancre dans la vie des gens et leurs expériences fondamentales sans les censurer. C’est une théologie qui invite les individus à se présenter tels qu’ils/elles sont et à sortir du placard leur sexualité […] (M. Althaus-Reid).

Textualité

La Queer Theology remet en cause tant les lectures fondamentalistes que l’approche socio-historique en plaidant pour la lecture des textes pris dans un réseau conflictuel d’interprétation, en mettant particulièrement en avant la créativité. Elle refuse toute utilisation idéologique des textes à des fins politiques ou sociales et souhaite une réinterprétation positive et constructive. Quatre éléments doivent cohabiter pour une bonne lecture : l’Ecriture, la Tradition, la Raison et l’Expérience.

La Queer Theology part du constat que de nombreux passages bibliques sont conçus pour être déstabilisants et dérangeants, comme le sont par exemple les paraboles de Jésus et qu’ils nous invitent à une interprétation et une actualisation créative. Elle rend justice à l’approche historico-critique qui a le mérite de remettre le texte dans son contexte, mais elle regrette que trop souvent cette approche se termine par l’affirmation que le texte est parole divine et immuable pour l’humanité, affirmation catégorique sur le projet de Dieu pour l’humanité. Elle dénonce le mythe du retour au contexte pour justifier un sens unique et imposer une vision rigide et autoritaire de Dieu.

Muriel Schmid termine par une série de question posée en 2014 lors d’une conférence par Pink Menno à Chicago qui souhaitait introduire à une discussion sérieuse des principes de la Queer Theology, par exemple : Comment pensez-vous à Dieu ? Quels types de séparations Jésus a-t-il abolies ? Qu’est-ce que la théologie chrétienne considère comme « indécent » et donc élimine ?

Je rêve pour ma part d’une communauté où nous pourrions discuter de ces thèmes de manière ouverte, généreuse, avec un brin d’humour et beaucoup de créativité : l’Église de demain ? (M. Schmid, p. 83).

Des mots…

Queer : le mot est difficilement traduisible en français, il recouvre les adjectifs étrange, insolite, bizarre, original, loufoque… et de nombreux autres que vous pourrez découvrir à la lecture de l’article.

Questions à mon Église

  • Nous devrions répondre à la série de question proposée par Muriel Schmid (p. 83) afin de mieux comprendre sur quoi nous sommes ouverts et sur quoi nous sommes fermés… sommes-nous prêts à le faire ?
  • Si oui, pourrions-nous fixer des objectifs clairs sur les domaines dans lesquels nous devons fournir des efforts particuliers pour l’inclusivité ?
  • Les Queer Studies montrent que l’inclusivité ne concerne pas uniquement la question de l’orientation sexuelle… Si notre Église souhaite se déclarer inclusive, quelles minorités ou catégories de la population régulièrement exclues ou mises à l’écart souhaite-t-elle nommer dans son message d’accueil ? Comment travaillera-t-elle ensuite à mettre en pratique l’accueil desdites personnes ?
  • Quelles sont les personnes que nous reléguons en marge ? de quelle façon pouvons-nous leur déclarer et leur montrer notre envie d’ouverture et d’accueil ?

Prions…

Nous l’avons dit, notre identité ne se résume pas à une caractéristique… Tous, nous sommes composés d’éléments positifs et négatifs. La prière de repentance me permet de prendre conscience de mes faiblesses de foi, de mes erreurs, de tout ce qui me sépare de Dieu… et par la prière d’intercession, je m’en remets au Seigneur pour me mener chaque jour vers la lumière.

Si les homosexuels militent pour une reconnaissance, ils ne s’estiment pas pour autant parfaits devant Dieu. Je vous propose aujourd’hui cette touchante Prière pour mes frères homosexuels, qui mêle repentance et intercession de Philippe Arino

Mon Seigneur et mon Dieu,

Toi qui a toujours préféré les plus fragiles, les plus blessés, les plus ignorés,

Les plus orgueilleux, les plus mal-aimés, les plus imparfaits,

Je te confie mes frères et mes sœurs homosexuels,

Toi qui m’as appris qu’à ceux qui ont reçu peu d’amour, il sera peu exigé,

Je te demande la clémence et l’indulgence pour mes frères homosexuels et moi,

Surtout ceux dont la vie est marquée par le vice et la débauche,

Ceux qui en ce moment traversent une nuit noire et qui ne trouvent plus de sens à leur vie,

Ceux qui sont insatisfaits en amour et qui doutent de pouvoir être aimés et d’aimer un jour,

Ceux qui angoissent de vieillir et qui se sentent déjà vieux à 20 ans,

Ceux qui sont las et mélancoliques,

Ceux qui cherchent désespérément des amis et qui se sentent très peu compris,

Ceux qui enchaînent les partenaires sexuels, ou ceux qui expérimentent l’isolement même en couple,

Ceux qui sont malades,

Ceux qui sont se trouvent moches, quelconques ou trop beaux,

Ceux qui passent leur temps sur les sites internet,

Ceux qui sont morts du Sida, ou morts sans te connaître vraiment, sans avoir découvert ton amour pour eux parce que personne ne le leur a annoncé ou parce qu’ils n’étaient pas prêts à le recevoir.

Prépare leur cœur, Seigneur, à accueillir ta Lumière. Accueille dans ta douceur toutes les personnes homosexuelles, même celles dont les actes ne méritent pas ton Ciel.

Et à mes frères homosexuels et à moi qui sommes encore vivants, apporte-nous la bonheur de donner notre homosexualité aux autres sans la pratiquer et la justifier sous la forme d’une identité qui n’est pas nous, d’un amour qui ne nous comble pas.

Donne-nous la joie d’être accueillis dans tes bras de Père, de frère, d’ami ; de rire de bon cœur de notre homosexualité, de te l’offrir en cadeau pour la vie éternelle.

Amen.

Je m’associe à cette prière et ajouterai que je prie aujourd’hui pour que tous, dans nos identités complexes et multiples, puissions dans la joie nous remettre tels que nous sommes au Seigneur qui, en Jésus-Christ, nous accueille dans son amour,

Bien à vous

Cécile

Vendredi 20 mai

Pour ce dernier jour de la semaine, voici le dernier article de ce tour d’horizon de la notion d’inclusivité qui nous mène au Cameroun… L’action du révérend Kenmogne est un exemple pour nous: malgré les difficultés, il garde la foi et s’engage pour que règne chaque jour davantage l’amour et la paix du Christ.

Minorités sexuelles et Église inclusive en Afrique, par Jean-Blaise Kenmogne

Le révérend Kenmogne raconte son engagement et les actions qu’il mène au Cameroun pour la reconnaissance des personnes homosexuelles. Si nombreuses que soient les réticences à l’accueil des personnes LGBT en Suisse, la situation en Afrique est bien plus fermée. Elles sont régulièrement torturées et la plupart des Églises considèrent l’homosexualité comme un péché importé par les occidentaux, une maladie qu’il faut guérir.

L’engagement de Jean-Blaise Kenmogne est multiple. Cinq axes structurent son action :

  1. L’axe juridique, ou la bataille pour la dépénalisation de l’homosexualité dans le droit camerounais, notamment en mettant en avant les certitudes scientifiques qui ont détruit les archaïsmes réducteurs au sujet de l’homosexualité.
  2. L’axe idéologique, ou la mise en lumière des défaillances de la tradition ecclésiale face à l’homosexualité, en montrant par exemple qu’elle n’est pas un péché.
  3. L’axe politique qui vise d’une part à refuser que la sexualité devienne une question que les pouvoirs en place aient le droit de trancher, mais vise également à mener ce combat pour les droits directement auprès de la classe dirigeante.
  4. L’axe scientifique qui vise à mettre en valeur les apports de la science pour une meilleure compréhension de ce qu’est l’homosexualité.
  5. L’axe éthique replace finalement l’ensemble du combat dans l’invocation des valeurs fondamentales de l’être humain, par exemple les droits de l’homme.

L’auteur décrit ensuite le champ concret de son action, et expose les raisons qu’ont les Églises camerounaises de s’opposer à l’inclusivité, autant d’a priori sur lesquels il faudra travailler pour que les mentalités changent. Par exemple, par la science, mener les gens à comprendre qu’il existe des personnes dont l’identité profonde est homosexuelle et que cela ne relève ni de la maladie ni du péché. Ou encore, revenir sur les interprétations dévoyées de l’Écriture en rappelant l’essence de la foi chrétienne qui est la révélation de Dieu en Jésus-Christ comme Dieu d’Amour. Insister sur le fait que la raison d’être de l’Église est de refléter cette communion d’amour. L’auteur constate en effet la perte de l’essentiel qu’il faut à tout prix restaurer : les Églises ont oublié que la mission chrétienne est d’unir les hommes dans une même dynamique d’amour. Pour ce faire, il rappelle les « trois constructions » successives proposées par Michel Séguier :

  1. La conscience collective à laquelle on parvient en investissant l’espace ecclésial avec des débats éclairés par des personnes engagées.
  2. L’alternative qui vise à mettre en place des institutions ecclésiales visibles et fécondes, des espaces-pilotes pour témoigner que l’inclusivité est la voie à suivre.
  3. Le pouvoir, ou l’institutionnalisation de ces changements vers l’inclusivité, qui intervient lorsque ces espaces-pilotes ont montré que la transformation pouvait se généraliser dans une prise de position institutionnelle déclarée.

Le pasteur prolonge chacune de ces trois constructions en mentionnant des exemples concrets pour parvenir à leur réalisation et conclut

Ce qui compte aujourd’hui, c’est de pouvoir vivre sa foi en toute vérité, dans le champ social comme dans le champ ecclésial, avec les autres et au service des autres, en prenant place dans des Églises qui s’affirment fermement comme communautés inclusives, sans complexes, dans une société de droits, de libertés et de pouvoirs créateurs de bonheur. (J. –B. Kenmogne, p. 95)

Questions à mon Église

Je crois que nous ne devons pas, sous prétexte que nous sommes en Suisse, négliger que certains préjugés sur l’homosexualité que dénonce le révérend Kenmogne ont encore cours chez nous.

  • Si notre Église s’engage pour l’inclusivité, comment le montrera-t-elle dans l’espace public ?
  • Prendra-t-elle part aux campagnes de sensibilisations hors du domaine théologique en rappelant ce que la science nous dit de l’homosexualité, ce que les droits de l’hommes et les droits civiques nous demandent en matière d’accueil ?
  • Pourrions-nous, de manière générale, affirmer plus clairement vis-à-vis du domaine citoyen nos positions théologiques en lien avec l’actualité ?

Nous avons déjà créé de ces « espaces-pilotes » qui peuvent nous encourager à poursuivre dans ce sens : la soirée de présentation du livre a été un bon exemple de la nécessité de mener un travail de prise de conscience par des débats, des réunions, etc.

Les cérémonies des Thomasmesse au Temple du Bas montrent que l’on peut s’ouvrir à des formes plus variées tout en maintenant le culte traditionnel : la nouveauté peut côtoyer le traditionnel pour mener à une plus grande diversité et donc une plus grande inclusivité…

  • Les trois constructions décrites par Kenmogne ne pourraient-elles pas nous permettre de structurer de manière concrète une marche dynamique de notre Église vers l’inclusivité en déterminant plusieurs phases dans le temps ?
  • Pourrait-on envisager au sein de l’EREN, outre la mise en place d’un groupe de travail, de débats paroissiaux sur cette question de l’inclusivité et de ce que l’on estime essentiel d’afficher et de déclarer comme constitutif de notre institution ecclésiale ?

Prions…

Je vous propose pour cette fin de semaine cette touchante prière de Jean Pliya, écrivain originaire du Bénin, pour nous fortifier dans notre engagement de mener notre communauté en Christ à vivre de l’amour de Dieu:

Esprit-Saint, Dieu d’Amour, merci d’avoir répandu dans mon coeur l’amour personnel de Dieu. Aide-moi à vivre l’amour parfait dans mes relations avec les hommes et particulièrement avec mes proches.
Rends-moi généreux, fidèle, confiant dans les autres, apte à céder et à m’adapter, modeste et doux, humble et maître de moi.
Que je ne pense pas d’abord à moi et ne cherche pas mon intérêt.
Ouvre largement mon coeur aux autres afin que je trouve plaisir à leur faire du bien.
Ote de mon coeur l’envie, la jalousie, l’orgueil, la vanité et le désir de me glorifier moi-même.
Préserve-moi de la colère. Que je ne sois pas irritable et susceptible !
Guéris-moi de la tendance à critiquer et à me plaindre lorsque les autres me déçoivent, me rejettent, me critiquent et m’oublient.
Esprit-Saint, pour l’amour de Jésus, fais-moi tout souffrir, tout endurer, excuser, surmonter.
Apprends-moi à me conduire avec tact et droiture, à être gentil pour les autres, à éviter de les blesser ou de les scandaliser, à pardonner leurs fautes, à ne pas les juger même s’ils me font du tort.
Aide-moi à ne pas garder rancune si l’on m’offense et à me réjouir lorsque les autres réussissent mieux que moi ou lorsque la vérité triomphe.
Esprit-Saint, enseigne-moi à croire au bien, à espérer le bien sans me décourager, à faire confiance à l’autre.
Viens m’apprendre à aimer comme Jésus, pour que j’accueille les autres avec joie et leur manifeste ma tendresse et ma compassion.
Gloire à Dieu le Père que me donne l’Esprit de vie.
Gloire à Jésus qui me remplit de l’Esprit d’Amour.
Gloire à l’Esprit-Saint qui opère en moi les oeuvres qui rendent vivante et féconde ma foi au Dieu Tout-Puissant.
Amen ! Alléluia !

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