Semaine du 23 au 29 mai 2016. Inclusivité: apports bibliques et approches pastorales

 

Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. (Mt 25, 40)

Lundi 23 mai

Bonjour à vous,

je continue donc à vous livrer jour après jour mon résumé des articles de l’ouvrage L’Accueil Radical, Ressources pour une Eglise inclusive, édité par Yvan Bourquin et Joan Charras Sancho.

Jésus Christ nous le dit: « aimez-vous les uns les autres », il ajoute, selon ce verset de Matthieu que nous devons particulièrement prendre soin des « plus petits ». L’amour auquel nous invite le Christ n’est pas une question d’affinités personnelles ou de préférences, il s’agit d’aimer son prochain quel qu’il soit, tel qu’il est.

Pourtant, on a souvent condamné l’homosexualité sur la base des textes bibliques. La deuxième partie de l’ouvrage revient donc sur cette question et nous ouvre à une interprétation respectueuse du message premier de l’Evangile de Jésus-Christ.

II. Apports bibliques

L’évangile paulinien et les codes culturels de son temps : une tension féconde, par Elian Cuvillier.

Cet article propose de revoir nos idées reçues sur Paul qui « semble tout le contraire d’une Église inclusive ». Elian Cuvillier part du constat que Paul a conscience que son évangile le dépasse, « la Bonne Nouvelle excède celui qui en est porteur ». Outre une remise en contexte, cet article revoit les interprétations que l’on a donné des propos pauliniens sur la misogynie, l’esclavage et l’homophobie.

Au sujet de l’homosexualité, Paul met l’accent non sur la question de l’appartenance sexuelle, mais des désordres qu’elle engendre dans la société de son temps. En fait, l’homosexualité n’est pas chez Paul le péché, mais sa conséquence. De son point de vue, nous sommes tous esclaves du péché et appelés à la justification, l’homosexualité n’est qu’un exemple parmi d’autres pour appeler l’humain à la foi. L’homosexualité, de même que l’esclavage, ne sont pas l’objet du message paulinien, mais le servent dans une fonction rhétorique. La thèse de Paul, rappelle l’auteur est « Je n’ai pas honte de l’Évangile qui est puissance de Dieu pour quiconque croit ».

L’auteur rappelle encore combien la pensée de Paul est complexe et pas toujours homogène. Paul se situe entre certaines représentations propres à son époque, ses origines juives et pharisiennes, et les circonstances qui ont fait de lui un disciple de Jésus. Ainsi, il interroge les représentations de tout ordre, et Elian Cuvillier propose l’analyse en profondeur de deux passages.

La valorisation des choses viles (1Co 1, 18-25)

Elian Cuvillier montre que la théologie de la Croix paulinienne empêche toute revendication d’autorité en matière de religion. En effet, la Croix « affirme la divinité et l’altérité de Dieu » qui se révèle là où on ne l’attendait pas. Paul conteste ainsi toute sagesse et quête religieuse des hommes, la sienne comme celle des autres.

Révocation des vocations (1Co 7, 29-31)

Elian Cuvillier se penche sur la série des « comme non » de ce passage. Etre marié comme non marié, être joyeux comme non joyeux, etc… Pour résumer simplement la brillante interprétation de l’auteur, le « comme non » de Paul ne signifie pas qu’il faille fuir vers un ailleurs, par exemple préférer le célibat, nier la joie, ni manifester de l’indifférence face à la réalité. Non, il faut se marier, il faut être joyeux…. il s’agit cependant de ne pas placer l’essence de son identité dans la réalité de ce monde (le mariage ou la joie), mais prendre conscience que notre identité de chrétiens et chrétiennes se situe dans l’accueil du Christ mort et ressuscité dans notre existence.

Le « comme non » nous rend libre face à nos actions qui ne nous déterminent plus. « Comme non », ce n’est pas non plus « comme si » : il ne s’agit pas de faire semblant d’être marié ou d’être joyeux… « Comme non » nous dit de vivre pleinement nos professions, notre condition, etc. tout en sachant que l’on n’est pas réductible à cela. Notre vie est dans le Christ, il faut donc relativiser les identités, notamment sexuelles, qui sont secondes en Jésus-Christ.

Ce que le Christ désormais convoque en chacune et chacun, dit Paul aux Corinthiens, ce ne sont plus les représentations sociales (marié, célibataire, esclave, libre, homosexuel, hétérosexuel, riche ou pauvre, acheteur ou vendeur, triste ou heureux), mais l’être unique et singulier, celui dont la véritable identité est secrète, cachée en Christ (Col 3, 3) et contre laquelle aucun élément de ce monde ne peut rien. (Elian Cuvillier, p. 115)

Questions à mon Église

  • À partir du « comme non » paulinien, comment montrer que notre Église entend reconnaître en chacun et chacune son identité première en Christ ?
  • Cette identité première n’ôte rien à la réalité et à l’engagement de chacun et chacune dans ses identités secondes… Comment notre Église peut-elle s’assurer que tout message qu’elle adresse à ses membres porte principalement sur notre identité première de fils et filles du Père en Christ, avant d’être étendue à nos « identités secondes » de mariés, de politiques, de pasteurs, de malades ou autre… ?

Prions…

Je vous propose aujourd’hui de prier avec l’Oratoire du Louvre pour nous ouvrir à une juste compréhension de la Parole, afin que Dieu ouvre nos cœurs et nous éloigne de la tentation de manipuler le message de son Évangile:

Ô Eternel, au moment où nous allons méditer les Ecritures,
 donne-nous d’y plonger nos visages comme dans une source inédite
 qui éclaircisse nos voix, libère nos conversations, nous autorise à parler et à écouter

Donne-nous, entre les pages ouvertes, de sentir craquer la jointure de notre monde,
de sentir trembler les portes de notre monde,
et les yeux soudain levés vers notre monde,
d’entrevoir son ébranlement, de voir qu’il n’est pas fini.

Donne-nous d’être intrigués,
retardés dans nos courses fébriles ou apeurées,
dans notre lecture trop rapide non seulement de tes écritures
mais de nos existences, de notre temps, et de notre monde…

Amen

Très belle journée à vous,

Cécile

Mardi 24 mai

Bonjour,

ce deuxième article conjugue lecture biblique et témoignages en faveur de l’accueil chrétien. Il nous mène à rendre concrète notre volonté d’accueil tout en assumant notre identité de chrétiens réformés et ses fondements dans la Sola Scriptura, Sola GratiaSola Fide, Solus Filius et Soli Deo Gloria…

Croire en un Dieu inclusif ou exclusif : quelles retombées ? par Yvan Bourquin

Quelles sont les retombées concrètes de l’image que nous nous faisons de Dieu ? C’est à cette épineuse question que répond Yvan Bourquin à travers une relecture de certains passages bibliques. Il rappelle d’abord que même les images bibliques de Dieu doivent être jugées par Jésus-Christ en qui Il s’est révélé…

Yvan Bourquin revient sur ce « Dieu jaloux » qui est présenté comme « exclusif » dans la Bible. L’auteur rappelle que cette exclusivité demandée par Dieu concerne les idoles : il n’admet pas de concurrent. Dieu est exclusif dans le sens où il ne souhaite pas nous voir adorer d’autres dieux, il attend de nous un attachement exclusif. Cette attente est d’ailleurs celle du Christ qui dit à ses disciples : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ».

Yvan Bourquin se penche sur le détail de ce passage. Suite à cette demande d’exclusivité, les disciples se plaignent d’un homme qui chasse les démons en invoquant le Christ. Les disciples n’acceptent pas une telle attitude de la part d’une personne extérieure à leur groupe. Le Christ les remet en place : « Celui qui n’est pas contre vous est pour vous ». L’important, explique Yvan Bourquin, est donc que l’homme se réclame du Christ : l’essentiel est de servir sa cause, et les disciples n’ont pas le monopole.

Ce passage montre donc que l’Église doit se montrer inclusive et accueillir tous ceux qui se réclament du Christ. Son exigence première est d’être pour le Christ et si cette exigence est partagée par d’autres, elle doit les accueillir même si leur façon de vivre et de célébrer est différente. Ceux qui vivent en relation avec le Christ, explique Yvan Bourquin, ne peuvent ni ne doivent faire l’objet d’aucun rejet.

L’auteur se penche ensuite plus spécifiquement sur la situation des personnes LGBT. Il rappelle que l’homosensibilité est biologique, même si les sciences débattent encore de la part d’inné et d’acquis dans le processus de l’orientation sexuelle. Sur terre, il y a 90% de droitiers et 8% de gauchers, et personne ne condamnera les seconds comme déviants… La proportion n’a donc rien à voir dans cette histoire…

Il rappelle également que ce qu’on nomme « nature » est bien souvent le résultat de nos coutumes, et à la suite de Pascal, il rappelle qu’il n’y a pas à proprement parler de « normalité », celle-ci est fixée par qui détient le pouvoir. Nous ne pouvons pas condamner l’homosensibilité comme une déviance contre-nature sous prétexte que la majorité des personnes est hétérosensible.

Revenant à la Bible, Yvan Bourquin explique que l’homosexualité n’est jamais prise comme thème central. Le concept même d’homosexualité n’existe pas, puisqu’il naît en 1869. Ce que condamne la Bible dans l’épisode de Sodome et Gomorrhe ce n’est pas l’homosexualité mais la violence sexuelle qui bafoue les lois sacrées de l’hospitalité. Lorsque Paul parle « d’hommes qui couchent avec des hommes », il parle d’actes sexuels, alors que l’homosexualité se définit comme une préférence affective et une orientation sexuelle en conséquence… ce pourquoi l’auteur utilise de préférence le terme homosensible. Ce que condamne Paul, c’est la prostitution et la perversion… Or, comme le dit Yvan Bourquin, nous devons bien admettre de ce point de vue-là que « bien des pratiques hétérosexuelles sont tout aussi déviantes ou problématiques que certaines pratiques homosexuelles ».

L’auteur appelle donc la majorité hétérosensible à reconnaître qu’une orientation sexuelle minoritaire différente n’en est pas moins légitime, qu’elle mérite notre compréhension et notre respect. Yvan Bourquin termine son article en laissant la parole à cette minorité à travers quelques témoignages de chrétiens homosensibles.

La relation avec le Seigneur est primordiale, et c’est justement parce qu’il est seul juge que les croyants n’ont pas le droit d’exclure. La parabole de l’ivraie est là pour le leur rappeler : en retranchant, ils s’exposeraient à déraciner le blé ! Ils ne sont pas outillés pour juger de la véritable identité (bon grain/ivraie) […] Si des humains se réclament d’un Dieu d’accueil, comment pourraient-ils, sans se contredire, repousser une personne qui désirerait l’intégration dans la communauté adorant ce Dieu ? sur quel critère ? (Yvan Bourquin, p. 125)

Des mots…

Homosensible : Yvan Bourquin propose ce terme qu’il préfère à homosexuel : « En effet, hétérosexuel est terriblement réducteur, en laissant entendre que ces personnes se distinguent uniquement par leurs pratiques sexuelles, alors qu’en réalité leurs pratiquent s’inscrivent dans une orientation affective différente de la majorité. »

Questions à mon Église

Dans l’optique de nous ouvrir à l’inclusivité, l’article d’Yvan Bourquin montre que nous pouvons mettre à contribution la lecture de la Bible en lien avec cette problématique. Vivre l’inclusivité n’ira pas de soi pour tous, Yvan Bourquin rappelle combien est enracinée une certaine vision de la « nature ».

  • Notre Église pourrait-elle réfléchir à des moyens de sensibiliser ses paroissiens à l’inclusivité, à travers les lectures bibliques ?

Ce livre le montre, tous les auteurs entent leur plaidoyer pour l’homosensibilité sur leur contact régulier avec les chrétiens homosensibles, de même que, beaucoup de personnes n’ont pris conscience de la pauvreté qu’en visitant un pays du tiers-monde, ou que d’autres prennent la défense des réfugiés politiques après les avoir côtoyés et accompagnés…

  • L’Église pourrait-elle envisager des moments de rencontre et de partage avec les minorités rejetées, à l’écoute de leur témoignage, de même que se mettre à l’écoute des personnes qui prennent leur défense, pour inviter concrètement les paroissiens à s’ouvrir à l’autre ?

Prions…

Aujourd’hui, prions pour l’unité de nos Églises chrétiennes. Qu’en Christ elles s’unissent malgré leurs divergences, qu’elles puissent en chacun et chacune reconnaître la présence du Christ vivant parmi nous… Nous suivrons la prière de Joe Forsyth, prêtre canadien de l’Église anglicane d’Edmonton:

Dieu d’amour,

toi qui as créé le monde à partir du chaos, rassemble-nous dans l’unité de ton amour inconditionnel. 

Malgré les couleurs différentes que tu donnes à nos vies, permets-nous d’être attentifs à ta présence manifestée à travers les autres, garde-les présents dans nos cœurs et nos esprits.

Donne-nous la capacité de les écouter, donne-nous l’ouverture pour les entendre, donne-nous le désir de les comprendre.

Alors nous ressentirons ce que les autres peuvent éprouver et ainsi, ensemble, nous pourrons te trouver.

Nous te rendons gloire, Seigneur, pour tous ceux qui, dans toutes les Églises chrétiennes du monde, sont témoins de ton amour et qui tentent de le transmettre au monde à travers leur vie.

Amen.

Quant à moi, je vous souhaite une très belle journée… Malgré la grisaille et la pluie, la nature en fleurs nous rappelle que le printemps avance et que l’été s’annonce,

Bien à vous

Cécile

Mercredi 25 mai

Bonjour, aujourd’hui nous abordons la troisième partie de l’ouvrage consacrée aux approches liturgiques. Ce premier article questionne l’intérêt et les limites d’un débat sur Internet… Il a été très intéressant pour moi et m’invite à revoir à l’avenir mes tentatives de communication qui ne semblent pour l’instant pas attirer les lecteurs.

Tout en restant persuadée que ce site peut se faire le reflet de la vie qui anime notre paroisse dans la réalité, j’espère de tout cœur qu’avec le temps, je serai moins seule à l’alimenter et trouverai des personnes intéressées à devenir des auteurs ponctuels ou réguliers…

J’aimerais aussi beaucoup pouvoir prendre du recul sur mes propos et connaître l’avis sincère des gens qui me lisent. Si vous ne souhaitez pas poster de commentaires, vous pouvez m’écrire personnellement à l’adresse suivante: cecile.guinand@unine.ch

III Approches pastorales et liturgiques

Bénir des couples de même sexe. Expérience d’un débat Internet, par Jürgen Grauling

Jürgen Grauling commence par expliquer qu’Internet est un outil utile pour déjouer les obstacles habituels des débats. Lorsqu’un internaute laisse un commentaire, les animateurs du débat peuvent prendre le temps de répondre point par point, et le dialogue peut se poursuivre dans le temps, laissant à l’interlocuteur le temps de murir sa pensée en posant des questions, et en affinant ses propres réponses.

Jürgen Grauling rappelle quelques grandes opérations Internet de débats qui ont porté leurs fruits, les « 95 thèses pour l’accueil des minorités sexuelles » de 2012, et le « Manifeste pour un débat ouvert » de 2014. Ces deux projets et leurs résultats sont détaillés et commentés dans son article. Les 95 thèses figurent en annexe à la fin de l’ouvrage.

Il rappelle en outre que de nombreuses paroisses utilisent Internet de manière intelligente pour permettre à chaque visiteur d’entrer en dialogue sur des questions de foi et de religion pas seulement dans les débats autour des minorités sexuelles. Je renverrai ici au blog de l’Oratoire du Louvre qui me paraît particulièrement réussi.

Nous retiendrons de son analyse les points suivants. Internet permet une diffusion massive et offre une vitrine d’affichage des convictions des Églises. La publication sur Internet a le mérite de mener les visiteurs à ne pas rester passifs comme on peut l’être face à un livre ou une affiche, mais à participer en postant des commentaires, en co-signant une déclaration, etc.

Il remarque que le dialogue à travers les commentaires a permis aux débats de prendre de la hauteur et que le fait de prendre le temps d’écrire sa pensée et de la publier devant tous favorisaient un échange de vue sans agressivité. Il relève que la qualité du débat dépend avant tout du sérieux de ceux qui l’animent, de leur patience et du soin apporté dans les réponses qu’ils donnent. Les contradicteurs sont alors souvent amenés à approfondir leur propre réflexion et préciser leurs points de vue.

Ainsi le débat virtuel permet de développer tout l’éventail des questions, d’approfondir la compréhension, d’affiner sa pensée et d’écarter les propos discriminatoires par un contrôle possible des commentaires avant leur publication. Internet offre une vitrine pour la richesse du dialogue ainsi mise en valeur. Souvent, les internautes s’engagent et s’impliquent et se sentent écoutés, encouragés à s’exprimer.

Parmi les limites d’Internet, il relève les problèmes posés par une discussion à plus de deux interlocuteurs dans la chronologie. Il relève que le débat est parfois accaparé par une poignée de personnes. Il souligne la nécessité de rendre les discussions accessibles à tous.

Il relève l’importante implication que cela représente pour les contributeurs engagés qui doivent être prêts à oser la parole et prêts à faire face à des questions parfois déroutantes auxquelles ils ne sont pas forcément préparés, ce qui les engagera à se renseigner et réfléchir à une réponse appropriée. Finalement, il insiste sur l’importance de donner une place visible des conclusions de ces débats dans le processus final de décision.

Le point essentiel relevé par Jürgen Grauling me semble être la possibilité de laisser place à des prises de positions provisoires qui trouveront peut-être une nouvelle orientation au fil du débat, ce qu’il appelle « le courage de se déclarer en décohérence ».

Au lieu de s’obliger à un positionnement en « cohérence » ou en « incohérence », [l’Église peut faire] le constat de l’impossibilité provisoire de prendre clairement position. Elle se déclare ainsi en « décohérence » où elle constate qu’il lui faut du temps pour approfondir la thématique. Cette situation, bien qu’elle se révèle inconfortable et obligatoirement provisoire, présente l’avantage de dédramatise le débat et d’éviter d’adopter des compromis destinés à ménager tous les partis (Jürgen Grauling, p. 156)

Questions à mon Église

  • Dans le cadre d’un débat sur la position de notre Église sur la question de l’inclusivité, quelle forme pourrait prendre ce débat sur le web et qui serait susceptible de l’animer ?
  • Pourrait-on envisager un blog de « questions théologiques » sur le modèle de l’Oratoire du Louvre au niveau cantonal, constituer une équipe de pasteurs et/ou théologiens qui accepteraient de donner un peu de leur temps pour y répondre?
  • Sur la base de la « décohérence » prônée par Jürgen Grauling, pourrions-nous réfléchir à la temporalité de la mise en place d’un débat sur l’inclusivité dans notre Église ?
  • Comment, dans le temps, sensibiliser les consciences, ouvrir un débat, et, si possible, après plusieurs phases de décohérence, aboutir à un résultat concret et visible au point de vue institutionnel, destiné à durer dans l’avenir de notre Église ?

Prions…

Associons-nous aujourd’hui à Michel Wagner qui propose parmi ses « Prières qui n’en ont pas l’air » une prière pour les moments où nous devons prendre position dans un débat ou avoir le courage de prendre des décisions…

Seigneur

Des jours, des semaines que j’y réfléchis,
Pèse et soupèse les divers ingrédients,
Avantages et inconvénients.
Il me faut maintenant décider.
Quoi que l’on m’en dise parfois,
Je ne suis pas de ceux qui pensent
Que tu as d’avance la bonne réponse
Et qu’il me suffit de la chercher.
Je te sais trop respectueux de notre liberté
Et soucieux de notre responsabilité
Pour décider à notre place et sans nous.
Cela ne signifie pas que tu t’en désintéresses
Et n’aies pas d’avis sur la question.
Les témoins de la Bible et nombre de mes amis
Sont là pour me le rappeler.
La décision que je vais prendre
Risque-t-elle de porter tort à des plus faibles?
Mon regard n’ est-il pas borné par l’immédiat,
Aveugle aux conséquences plus lointaines?
Le courage me manque-t-il pour assumer
Ce que je crois discerner comme ta volonté?
Tel est Seigneur mon débat intérieur.
Pacifie-moi. Simplifie-moi. Fortifie-moi.
Si la décision prise se révèle mauvaise, donne-moi de la corriger.
Si elle se révèle bonne, donne-moi de l’assumer.

Amen

Jeudi 26 mai

Bonjour à vous,

aujourd’hui, le résumé de l’article de Marina Zuccon posera le bilan des débats sur la bénédiction des couples homosexuels en Europe… Pour le détail, je renvoie à son article, je me suis principalement attachée aux difficultés communes à toutes les paroisses qu’elle soulève, afin de nous donner un socle sur lequel réfléchir à cette question épineuse…

Eppur si muove, par Marina Zuccon

« Et pourtant elle bouge… » avait dit Galilée au moment d’être condamné. Cette phrase reflète pour Marina Zuccon la réalité vécue par les personnes homosexuelles dans les Églises réformées et luthériennes d’Europe. Elle retrace l’histoire du débat ecclésial qui s’est amorcé dans les années 70 autour de la question de l’accueil des personnes homosexuelles par les institutions ecclésiales.

Marina Zuccon relève que si les choses ont progressé, il est pourtant rare que lorsqu’une décision d’ouverture est prise par une Église, celle-ci s’affirme dans une perception positive. On accueille souvent « malgré » plutôt que « volontiers »…

La question de la bénédiction des couples homosexuels n’a toujours pas trouvé de réponse unanime aujourd’hui, et Marina Zuccon détaille les différentes prises de positions tout en constatant souvent le décalage entre le discours et la réalité.

Elle dresse une liste des difficultés constantes rencontrées dans toutes les Églises. D’abord, l’enjeu de la reconnaissance. En effet, bénir un couple homosexuel engage forcément à revoir la conception globale du sens de la bénédiction du couple dans l’Église, et le statut institutionnel de cette bénédiction. Elle remarque ensuite que bien souvent, les Églises ne réagissent qu’en lien avec les débats de société et les décisions prises au niveau législatif, rares sont celles qui ont proposé la bénédiction des couples avant une loi de l’Etat sur l’union des personnes de même sexe.

Elle détaille ensuite les pratiques d’accueil qui sous leur apparence positive se révèlent souvent peu respectueuses des couples homosexuels… lorsque, par exemple, la bénédiction d’un couple dépend d’un vote de la communauté.

Finalement, elle conclut que cette ambivalence douloureusement vécue par les personnes concernées ne pourra être dissipée que par des prises de position publiques à caractère officiel.

Ce genre d’initiative demande à chaque communauté locale qui s’y associe un travail en profondeur et une motivation particulière […] Reste à réaliser ce qu’il y a peut-être de plus difficile : faire évoluer les mentalités et incarner l’inclusivité dans de nouvelles pratiques. Bref, passer enfin de la loi à l’amour. (Marina Zuccon, p. 168)

Questions à mon Église

  • Quelle officialité donner à l’inclusivité au niveau institutionnel de notre Église ?
  • Si nous prenons cette voie, comment rendre concrètes et durables les réformes qui s’avèreront nécessaires suite aux débats menés ?
  • Dans quelle limite de temps faut-il arriver à un positionnement durable ?
  • Comment ensuite réformer nos pratiques dans le sens des décisions prises de façon que chaque personne (ministre, membres actifs de l’Église et simples paroissiens) s’y implique de façon libre, consentie et positive ?
  • Pourrait-on envisager une bénédiction des couples homosexuels dans notre Église tout en laissant le libre choix aux pasteurs, par exemple en désignant un temple-pilote pour cette pratique, faire un bilan après une période d’essai, sans intervenir d’emblée sur la constitution de l’EREN ?

Prions…

Je crois fermement que des changements sont nécessaires pour notre , Église… mais je suis avant tout persuadée que la précipitation serait une erreur. La question de la bénédiction des couples homosexuels ne pourra être résolue que par une réflexion patiente, des questionnements bibliques et liturgiques approfondis, des tâtonnements dans les essais concrets.

Je vous propose donc de prier aujourd’hui la parabole de Jésus (je ne sais pas si on peut prier une parabole, mais tout au moins peut-on la méditer) rapportée par Luc (13:6-9) afin de nous inciter à la patience:

Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint pour y chercher du fruit, et il n’en trouva point.
Alors il dit au vigneron: Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’en trouve point. Coupe-le: pourquoi occupe-t-il la terre inutilement?
Le vigneron lui répondit: Seigneur, laisse-le encore cette année; je creuserai tout autour, et j’y mettrai du fumier.
Peut-être à l’avenir donnera-t-il du fruit; sinon, tu le couperas.

Parole du Seigneur… pour nous inciter à persévérer sans toutefois nous précipiter.

Bien à vous

Cécile

 Vendredi 27 mai

Bonjour,

aujourd’hui vous sera présentée la dernière contribution à la question liturgique de l’inclusivité. La semaine prochaine, en guise de bilan, nous résumerons l’article synthétique de Pierre Bühler, et proposerons d’autres points de vue sur la question de l’accueil des personnes LGBT afin de donner voix à des théologiens et pasteurs qui s’opposent à la bénédiction des couples de même sexe tout en s’affichant résolument inclusifs. En effet, la richesse de cet ouvrage ne doit pas faire oublier que certaines positions opposées ont elles aussi leur place et leur cohérence.

Qu’est-ce qu’une liturgie inclusive ?, par Joan Charras Sancho

Joan Charras Sancho rappelle d’abord qu’elle entend la liturgie comme une structure de culte, mais aussi toute démarche priante, en somme la façon que l’on a d’incarner avec constance les contenus de la foi.

Elle souligne ensuite qu’une Église qui se déclare inclusive est tenue de réfléchir pour sa liturgie au langage qu’elle utilise, à l’approche qu’elle souhaite mettre en œuvre dans les communautés et à la forme liturgique des bénédictions de couples de même sexe. Son article propose des pistes de déconstructions critiques pour mettre en place une méthodologie fondatrice pour une Église qui souhaite mettre en pratique son inclusivité.

Au sujet du langage, elle rappelle à quel point la langue liturgique est hétéronormée et mène à l’exclusion de ceux qui ne peuvent s’y identifier. Il est essentiel de réactualiser les valeurs bibliques pour les faire vivre aujourd’hui dans le monde, dans une langue où chacun de nous peut se retrouver. Elle prend exemple deux victimes du langage liturgique que sont les femmes et les minorités sexuelles.

Les propositions s’échelonnent entre un discours ouvertement militant, oser le « Notre mère qui est au cieux » et des possibilités plus douces et subtiles de réformer la langue liturgique. À ce titre, elle rend hommage au précieux travail en ce domaine mené par « L’Autre Parole », un groupe canadien disponible sur son site.

Il s’agit moins de parler de Dieu au féminin que de parler de Dieu avec équité, à savoir valoriser la richesse du langage biblique qui contient de fait des énonciations plus respectueuses que celles traditionnellement utilisées. Esaïe nous dit par exemple que le Seigneur console comme une mère, alors que Matthieu prend l’image de la poule qui protège ses petits sous son aile pour évoquer l’amour que nous porte Dieu. De même, il peut être intéressant de mettre l’accent sur le mode relationnel de Jésus qui déconstruit les schémas répandus de la virilité en se montrant émotif, tactile, attendri, etc.

Faisant un pas de plus, Joan Sancho Charras engage à quelquefois prêter attention au Jésus « queer », ce Jésus qui accueille les marginaux : l’associer aux minorités discriminées c’est lui faire honneur dans nos prières d’intercession et liturgies respectueuses de la création. Le langage de la liturgie doit refléter les réalités de nos contemporains tout en proclamant une bonne nouvelle éternelle.

Davantage que le contenu de la liturgie, c’est la façon concrète de la mener qui permettra à l’Église de vivre son inclusivité. Souvent, on se pense accueillant alors que, de fait, on rejette les minorités. Ainsi, elle invite à afficher l’inclusivité afin que l’Église apparaisse comme telle aux yeux des nouveaux arrivants, mais également comme un rappel permanent pour elle de tenir son engagement. Une chose toute simple peut être une charte d’inclusivité, une confession de foi plus étoffée, l’inclusion des minorités dans nos intentions de prière, etc.

Elle engage également les Églises inclusives à sortir de ses bâtiments pour se mêler à l’espace citoyen et s’adresse par des activités diverses à tous les chrétiens « non-pratiquants » qui ne viennent pas au culte.

Sur l’épineuse question de la bénédiction des couples de même sexe, elle s’interroge sur la forme de liturgie la plus appropriée. Elle détaille les pratiques existantes en la matière, relevant les points forts et les faiblesses. Il y a d’abord l’accueil sans bénir, les célébrations spéciales pour les couples de même sexe sans bénédiction, le contenu de la cérémonie est alors une célébration, un accueil du couple dans la communauté, un rappel du lien et une prière. Cependant, ne pas proposer aux couples de même sexe un traitement équivalent aux personnes hétérosexuelles c’est ouvertement déclarer que leur union n’a pas la même valeur…

Ailleurs, on pratique une bénédiction collective lors de la célébration où le couple s’engage. La plupart du temps, constate l’auteur, quel que soit le mode pour lequel l’Église se décide, la liturgie veille à être résolument différente de celle proposée aux couples hétérosexuels, le critère est que la cérémonie ne doit surtout pas ressembler à un mariage classique. Joan Charras Sancho conclut sur la nécessité de respecter la diversité et de trouver une forme liturgique de la bénédiction des couples homosexuels, mais aussi des couples hétérosexuels qui puisse prendre en compte les besoins des personnes, en accord avec le pasteur célébrant.

Je postule en effet que la liturgie est résolument au service d’une pastorale qui vise à accueillir toute les singularités de celles et ceux qui veulent entrer dans la communion ecclésiale dont Jésus est le seul chef. Une pastorale qui ne soit ni indifférente ni indifférenciée, mais radicalement inclusive et en cela même toujours en mouvement, à la fois dans la joie et l’inconfort de la marche, à la suite du grand marcheur de Galilée. (Joan Charras Sancho, p. 189)

 

Questions à mon Église.

  • Si notre Église s’engage pour l’inclusivité, comment fera-t-elle face à la question de la liturgie et de la bénédiction des couples de même sexe ?
  • Il faudra bien que ces questions fassent l’objet de décisions institutionnelles ?
  • Quel cadre fixe et quelle liberté de décision donner aux paroisses sur ces questions ?
  • Comment définir ce qui constitue l’essence inaliénable d’une cérémonie de bénédiction et la latitude à laisser à chaque couple et son pasteur dans la liturgie de bénédiction de leur union ?
  • S’interroger sur le sens et la forme prises par la bénédiction des unions de manière plus large que celle des couples de même sexe pourrait-il ouvrir à de nouvelles solutions ?
  • Le nombre important de lieux de culte dans notre canton permettrait-il de leur donner à chacun une spécificité quant aux formes de bénédiction et de liturgie afin de respecter la sensibilité de chacun ?
  • Peut-on faire se côtoyer des formes de cérémonies traditionnelles et d’autres plus innovantes, tout en restant une Église cohérente et unie dans ses fondements institutionnels ?

Prions…

Aujourd’hui encore, je remarque la tension entre tradition et nouvelles approches. Entre passé et avenir, je partagerai avec vous cette prière de Claude Bernard pour le bon usage du temps:

Seigneur d’éternité,
Tu choisis le temps pour nous rencontrer.

Donne-nous de venir à Toi sans mesurer notre temps,
Tu tiens dans ta main tous les instants de l’univers,
Dis-nous comment tenir dans nos mains
le sable de nos vies.

Apprends-nous à tenir le passé
sans nous bercer de souvenirs idéalisés,
à rester fidèles sans crispation,
à conserver les signes de tes passages
sans les momifier en reliques.

Apprends-nous à tenir le présent
sans nous laisser absorber par lui,
à saisir les moments favorables
sans nous agripper à l’occasion perdue,
à discerner les signes de ta présence.

Apprends-nous à tenir l’avenir
sans redouter sa venue
ni l’enfermer dans le cortège des illusions.

Aide-nous à vouloir sans forcer le destin,
à nous disposer à l’appel de l’Esprit
sans nous brûler dans les attentes stériles.

Dissipe les nuages de l’inquiétude
qui tuent le soleil de la surprise.

Dieu du passé, du présent, de l’avenir,
aide-nous chaque jour à Te découvrir.

 

Quant à moi, je vous souhaite un week-end plein de joie, d’amour et d’espérance

Bien à vous

Cécile

1 pensée sur “Semaine du 23 au 29 mai 2016. Inclusivité: apports bibliques et approches pastorales”

  1. Concernant le terme homosensible (cf. Mardi 24 mai), il a aussi ses limites. Car dans un sens, je suis également hétérosensible, dans le fait que j’ai un réel plaisir à être avec des femmes et que je vis donc ce rapport d’altérité homme/femme même si ce n’est pas dans l’intimité d’un « cœur à cœur autant que d’un corps à corps conjugal ». C’est d’ailleurs également le cas des personnes qui choisissent l’abstinence (dont celles et ceux qui se font eunuques pour le Royaume de Dieu…).
    Le terme homosexuel / homosexuelle, qui a également ses limites, met cependant en avant ce qui fait achoppement : la sexualité humaine où se croise nombre de dimensions de l’être humain, si ce n’est toutes (mais sans les réduire non plus !), comme le corps, les désirs, les plaisirs, la psychologie évolutive de l’être humain qui d’enfant devient adolescent puis adulte plus ou moins mature… Non seulement se croise nombre de dimensions de l’être humain en tant qu’être singulier, mais l’on peut rapporter à ce lieu nombre de domaines liés aux sociétés : sociologie, droit civil, droit pénal, éducation, tabous… Il ne faudrait pas oublier non plus que l’histoire porte le poids, en cette matière, de tant de crimes, de tant d’arbitraires, y compris parfois au nom de la science, de la morale, de la religion…
    Je pense également que l’on peut facilement confondre vie sexuée et vie sexuelle. (La vie sexuée c’est par exemple de parler à ses collègues du week-end que l’on a passé avec son compagnon ou sa compagne sans pour autant parler de sa vie sexuelle ; mais dont l’existence dans le couple peut cependant être sous-entendue dans l’esprit de l’interlocuteur…).

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