Semaine du 30 mai au 5 juin 2016. Inclusivité: accueillir sans bénir

 

En effet, il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein maternel ; il y a des eunuques qui ont été rendus tels par les hommes ; et il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des cieux. Comprenne qui peut comprendre ! (Matthieu 19, 12)

Lundi 30 mai

Bonjour, suite au résumé de l’ouvrage L’Accueil radical que je vous ai proposé les deux semaines précédentes, je souhaite cette semaine laisser la parole à des pasteurs et théologiens opposés à la bénédiction des couples de même sexe.

Nous verrons que certains ancrent leur argument sur la complémentarité naturelle entre l’homme et la femme voulue par Dieu telle qu’elle est exprimée dans la Genèse. D’autres tout en respectant l’homosexualité comme une diversité de la création voulue par Dieu se penchent plus spécifiquement sur la bénédiction des couples de même sexe qui n’est nulle part explicitement légitimée dans la Bible.

C’est ainsi que j’ai choisi ce verset de Matthieu qui résume les diverses positions. Si l’on remplace « eunuque » par « homosexuel », nous avons donc trois possibilités: l’homosexualité naturelle, l’homosexualité issue d’une pratique sociale et celle qui aurait été choisie librement par deux individus dans le désir commun de servir Dieu… Cette substitution du terme « eunuque » avec « homosexuel » n’a certes aucune légitimité, mais je retiens surtout la conclusion: « Comprenne qui peut comprendre! »…

Je souhaite donc, en considérant les arguments contre la bénédiction des couples homosexuels, montrer toute la complexité du débat et nous appeler à ne pas nous précipiter dans des conclusions hâtives « pour » ou « contre » la bénédiction des couples de même sexe.

Aujourd’hui, nous commencerons par résumer la dernière partie de l’ouvrage l’Accueil radical, où Pierre Bühler propose une relecture systématique de l’ensemble. Une synthèse de cet ouvrage qui s’affirme pour la bénédiction des couples de même sexe, à laquelle nous opposerons des avis contraires le reste de cette semaine.

IV. Une relecture systématique

Pour un (Saint) esprit d’inclusivité. En dialogue avec les apports bibliques et les approches pratiques, une relecture systématique, par Pierre Bühler.

Pierre Bühler revient sur l’ensemble des contributions de l’ouvrage envisagées sous l’angle de la systématique, au sujet de laquelle il rappelle que son but est d’expliquer les enjeux d’une thématique sous l’angle de la foi chrétienne. Dans cette optique, il constate que la question de l’inclusivité concerne toute la conception de l’être humain dans sa relation avec Dieu. Il rappelle donc ce que les auteurs de l’ouvrage ont dit de la diversité de la nature qui doit nous mener à accepter les différentes orientations sexuelles.

Pierre Bühler centre son apport à la réflexion sur une relecture de la Genèse… le lieu biblique le plus souvent invoqué pour dire que Dieu a souhaité l’hétérosexualité pour sa créature. Il montre que l’on peut interpréter autrement le récit de la création de l’homme et la femme. La Genèse parle à la majorité d’une situation majoritaire, mais ne dit en rien que cela doit mener à exclure les minorités. Je crois pouvoir traduire la pensée de Pierre Bühler par l’exemple suivant : Dieu dit « Soyez féconds », mais il ne dit pas « toute femme qui ne procréera pas sera pécheresse »… Le couple hétérosexuel est béni de Dieu, mais rien ne dit que l’homosexualité n’ait pas sa place dans Sa création.

Au sujet du Lévitique, Pierre Bühler rappelle que les interdits bibliques concernent les désordres engendrés par la violence et la prostitution. L’abomination n’est pas dans l’orientation sexuelle, mais dans un usage asservissant de la sexualité.

Chacun des auteurs de ce livre, ajoute Pierre Bühler, a montré à sa manière que notre identité première est d’être créature de Dieu, indépendamment de notre orientation sexuelle. Il met toutefois en garde contre une trop grande indifférenciation à laquelle cette certitude pourrait mener. Il ne faut pas nier la différence, mais au contraire insister sur la richesse de la diversité. Il faut accepter les différences, au nom de notre unité finale en Christ. Aussi, les identités sexuelles différentes ne sont pas sans importance, mais doivent être considérée comme théologiquement positives…

Une nouvelle atmosphère de vie, un nouvel esprit, tel est le souhait de Pierre Bühler pour les retombées de l’ouvrage. Le souffle de l’Esprit nous abreuve tous, rappelle-t-il en citant la première épitre aux Corinthiens. Il reprend l’image du corps et de ses membres développée par Paul pour montrer combien cette image convient bien à l’inclusivité qui devrait caractériser l’Église.

Cette vision du corps du Christ sous le souffle du Saint-Esprit pourrait constituer une sorte de ligne directrice pour le travail d’inclusivité, dont S. Lavignotte souligne à juste titre qu’il ne doit pas demeurer abstrait, au niveau des seules convictions, mais se concrétiser « au quotidien » (… ) d’où l’importance de réfléchir, comme dans cet ouvrage, aux retombées pratiques du travail d’inclusivité dans le langage liturgique, dans la vie quotidienne de la communauté, dans les structures d’accueil, etc. (Pierre Bühler, p. 203)

Prions…

En vue de cette semaine où je présenterai des points de vue divergents, je vous propose de prier avec Thomas Merton pour que ces débats nous mènent à une plus grande compréhension mutuelle et, au-delà des oppositions, nous portent vers l’unité des chrétiens, tous membres d’un même corps dont la tête est le Christ:

Dieu, nous sommes un avec Toi.
Tu nous as faits un avec Toi.
Tu nous as enseigné que,
si nous sommes accueillants
les uns aux autres, tu demeures en nous.

Aide-nous à garder cette ouverture
et à nous battre pour elle de toutes nos forces.
En nous acceptant les uns les autres
complètement, totalement,
le cœur grand ouvert,
c’est toi que nous acceptons,
c’est toi que nous aimons de tout notre être.

Car notre être est au cœur de ton être
et notre esprit s’enracine dans ton esprit.
Emplis-nous d’amour
et fais que l’amour nous lie les uns les autres
tandis que nous parcourons nos chemins divers.

(Thomas Merton, moine cistercien britannique (1915-1968) et précurseur du dialogue interreligieux.  Prière prononcée lors de la première conférence spirituelle et interrreligieuse réunie en Inde, à Calcutta, en 1968.)

Mardi 31 mai

Bonjour,

aujourd’hui, je vous propose de découvrir les positions opposées à une inclusivité qui irait jusqu’à la bénédiction des couples de même sexe. Nous commencerons aujourd’hui par une courte déclaration qui a le mérite d’énoncer les principales raisons à un tel refus, issue du mouvement des Attestants de l’Église Protestante Unie de France.

Déclaration à destination des instances nationales et de tous les membres de l’Église Protestante Unie de France

Cette déclaration est issue du courant des Attestants de l’Église protestante unie de France. Ce mouvement regroupe des pasteurs de « sensibilités théologiques et spirituelles diverses ». Une association qui « aspire à devenir un ferment de renouveau et de réveil de l’Église, en rendant aux Écritures bibliques leur caractère souverain pour la foi et la vie ».

À ce titre, ils ont rédigé cette déclaration suite à la décision synodale sur le thème de « Bénir », en juin 2015 qui « ouvre la possibilité, pour celles et ceux qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu ».

Cette déclaration résume clairement le choix de refuser la bénédiction aux couples de même sexe, en réaffirmant le Sola Scriptura de la Réforme. Elle regrette d’autre part l’instrumentalisation des débats lors du processus de discussion et met en garde l’Église sur la tentation de privilégier « l’image plutôt que le contenu de la foi ».

« Le mariage est l’union féconde de l’homme et de la femme créés à l’image de Dieu dans leur différence même », et les pasteurs déclarent regretter que l’Église ait à cœur de rappeler le « oui » de Dieu à l’être humain en négligeant également son « non » au péché, « l’appel à la repentance et la sanctification ».

Le collectif distingue la bienveillance à manifester aux personnes quelle que soit leur orientation sexuelle et la manifestation publique d’un acte liturgique reconnaissant le mariage d’un couple de même sexe comme étant de même nature qu’un mariage hétérosexuel.

L’association regrette également la précipitation dans la prise de décision, alors qu’une année supplémentaire de réflexion aurait été nécessaire. Elle soulève à juste titre que ces débats n’ont pas permis de faire connaître au grand public la foi qui anime l’Église, et que le vote synodal n’a pas reflété, dans les circonstances qu’ils décrivent, la diversité dans l’ensemble de l’Église.

Questions aux Attestants

  • Sola scriptura… certes. Mais comment s’affirmer si certain du projet de Dieu pour l’humanité ?

Pierre Bühler, nous l’avons vu plus haut, propose une relecture de la Genèse… le lieu biblique invoqué ici pour dire que Dieu a souhaité l’hétérosexualité pour sa créature. Pierre Bühler a montré que l’on peut interpréter autrement le récit de la création de l’homme et la femme. La Genèse parle à la majorité d’une situation majoritaire, mais ne dit en rien que cela doit mener à exclure les minorités.

  • De même qu’il y a 90% de droitiers et 8% de gauchers sur la terre, est-il réellement exclu que Dieu n’ait pas créé une majorité hétérosexuelle et une minorité homosexuelle ?
  • L’hétérosexualité est certes bénie de Dieu, peut-on en conclure que l’homosexualité n’a pas sa place dans la création ?
  • Si « l’être humain voulu par Dieu, c’est un homme et une femme qui s’aiment et qui à travers leur relation dans la différence, constituent l’image de Dieu », doit-on penser que Jésus, engendré en dehors des lois de l’union charnelle entre un homme et une femme n’est pas à l’image de Dieu ?
  • Si nous sommes bien appelés à la repentance et à la sanctification, dans quelle mesure pouvons-nous, nous qui sommes tous pécheurs, prétendre définir l’attitude qu’il convient d’adopter, particulièrement si l’on considère que des théologiens compétents ont des positions parfois divergentes mais toujours pertinentes ?
  • Cette réaffirmation, certes légitime et importante de la Sola Scriptura n’oublie-t-elle pas un peu trop ses corollaires que sont Sola Fide et Sola Gratia?

Il me semble, à l’instar du collectif, que la bénédiction d’un couple de même sexe ne peut avoir le même contenu ni la même signification que celle d’un couple hétérosexuel…

  • Pourrait-on envisager une bénédiction d’un statut différent qui soit à la fois respectueuse des couples et des doctrines de l’Eglise ?

Quelles que soient les réponses que l’on puisse donner à mes questions, je partage entièrement la position de l’association qui regrette qu’une décision de cette importance ait été prise alors que les avis étaient encore visiblement partagés et les points de vue sur la question en demande d’approfondissement. D’où cette question :

  • Notre Église est par définition appelée sans cesse à se « réformer », comment éviter d’un côté le piège de la précipitation et de, l’autre, la dangereuse frilosité de l’inertie ?

Prions…

Je vous propose aujourd’hui de prier la « Prière de Martin Luther » qui n’est vraisemblablement pas de lui, mais qui apparaît dans un livre de piété du XVIe siècle à Nuremberg, une prière aux origines de notre mouvement réformé pour nous affermir dans le cheminement à tâtons que nous menons dans l’espoir de répondre à la volonté de Dieu:

Dieu éternel et miséricordieux,
Toi qui es un Dieu de paix, d’amour et d’unité,
nous te prions, Père, et nous te supplions
de rassembler par ton Esprit Saint tout ce qui s’est dispersé,
de réunir et de reconstituer tout ce qui s’est divisé.
Veuille aussi nous accorder
de nous convertir à ton unité,
de rechercher ton unique et éternelle vérité,
et de nous abstenir de toute dissension.
Ainsi nous n’aurons plus qu’un seul cœur,
une seule volonté, une seule science,
un seul esprit, une seule raison.
Et tournés tout entiers vers Jésus-Christ notre Seigneur,
nous pourrons, Père, te louer d’une seule bouche
et te rendre grâces par notre Seigneur Jésus-Christ
dans l’Esprit Saint.

Je vous souhaite une belle journée

Cécile

Mercredi 1er juin

Les Attestants français reconnaissent le R3 (Rassemblement pour un Renouveau Réformé) vaudois comme un « mouvement jumeau ». Le R3 existe depuis quelques mois officiellement, ce sont d’abord « quelques laïcs et ministres de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), en communion avec des laïcs et ministres d’autres Églises réformées (cantonales, ethniques) et d’autres Églises chrétiennes (catholiques, évangéliques, orthodoxes) ».

Leur site internet vous donnera une vue complète de leurs positions et projets d’engagement.

Au sein de l’Église évangélique réformée, mais constatant la richesse de la « diversité qui existe », le R3 a proposé Le Manifeste Bleu qui plaide pour un renouveau qui prenne en compte la diversité des courants théologiques, afin de contribuer au renouveau de l’Église réformée.

Le R3 a notamment œuvré à la création de la Haute Ecole de théologie qui ouvrira dès la rentrée prochaine qui constituera une alternative à la voie universitaire. En lien avec la décision du synode vaudois d’accepter une célébration pour les couples de même sexe, même si ce n’est pas l’unique raison de la fondation du R3, nous proposerons donc ici un résumé de l’article « Le Couple, la Famille, le Célibat » du Manifeste Bleu.

« Le Couple, La Famille, Le Célibat », Le Manifeste Bleu du R3

Le Manifeste Bleu affirme que la différenciation sexuelle entre la femme et l’homme est « structurante et vitale car inscrite dans le projet de création de Dieu ». Les auteurs du manifeste s’affirment d’une part « convaincus ». Sur la base de Genèse 1, 26s, le R3 se sent appelé à soutenir le mariage hétérosexuel comme pierre de touche de la famille, et sur la base de Matthieu 19,1-12, à respecter le célibat qui anticipe la plénitude du Royaume à venir.

Nous ne pouvons pas bénir l’union d’un couple homosexuel, même fidèle, car un tel couple est théologiquement incomplet et biologiquement stérile.

D’autre part, les auteurs s’affirment « attentionnés ».  Tous « pécheurs », l’amour du Christ nous « presse à vivre son appel à être réconciliés avec Dieu et les uns avec les autres », et donc à accueillir tout personne « quel que soit son état ».

Cependant, le dernier paragraphe ne mentionne pas l’accueil des personnes homosexuelles ou d’hétérosexuels en couple avec une personne athée ou non chrétienne :

Nous nous engageons à promouvoir tout ce qui peut favoriser la vie des familles, des couples ou des personnes seules (veufs/veuves, divorcé(e)s, parents seuls, célibataires souhaitant se marier ou non) ainsi que la vie de communautés intergénérationnelles et multiculturelles par un ancrage dans l’amour du Père de qui toute famille humaine trouve son sens (Ep, 3, 14)

Lettre écrite au Manifeste bleu

Suite à cette lecture, j’ai écrit au Manifeste Bleu pour lui poser mes questions. Elles ont été accueillies avec bienveillance et transmises aux théologiens du R3 qui prendront le temps de me répondre. Je les remercie du sérieux avec lequel ils considèrent mes interrogations et attends avec sérénité et curiosités leurs réponses. Voici donc le courriel que je leur ai envoyé:

Bonjour,

J’ai lu avec beaucoup d’attention votre Manifeste Bleu auquel j’adhère sur la plupart des points. Mais le chapitre « Le couple, La famille, Le célibat » éveille en moi de nombreuses questions, que je souhaite vous soumettre en toute humilité…

J’ai lu dernièrement l’analyse de Pierre Bühler, « Pour un (Saint) esprit d’inclusivité. En dialogue avec les apports bibliques et les approches pratiques, une relecture systématique » parue dans le recueil collectif L’Accueil radical, Ressources pour une Église inclusive, édité par Yvan Bourquin et Joan Charras Sancho aux éditions Labor et Fides, 2016.

Je m’interroge sur votre conception de la cellule familiale comme projet de Dieu pour l’humanité. Pierre Bühler propose une relecture de la Genèse… le lieu biblique que vous invoquez pour dire que Dieu a souhaité l’hétérosexualité pour sa créature. Pierre Bühler montre que l’on peut interpréter autrement le récit de la création de l’homme et la femme. La Genèse parle à la majorité d’une situation majoritaire, mais ne dit en rien que cela doit mener à exclure les minorités. De même qu’il y a 90% de droitiers et 8% de gauchers sur la terre, est-il réellement exclu que Dieu n’ait pas créé une majorité hétérosexuelle et une minorité homosexuelle ? Lorsque Dieu dit « Soyez féconds », il ne dit pas « toute femme qui ne procréera pas sera pécheresse »… L’hétérosexualité est certes bénie de Dieu, peut-on en conclure que l’homosexualité n’a pas sa place dans la création ?

Si la cellule familiale était le projet de Dieu pour l’humanité, que faire du passage de Marc 30, 33-34 : « qui sont ma mère et mes frères ? Et promenant les regards sur ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mères et mes frères, car celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur ou une mère » ?

Pourquoi un couple homosexuel ne pourrait-il pas, à ce titre, intégrer la famille de Dieu, comme la réunion de deux individus liés par une relation affective particulière, mais qui mettent en priorité leur identité singulière en Christ ?

Quant à moi, je suis en couple avec un homme agnostique, divorcé, qui a trois enfants. Nous formons ce qu’on nomme dans le langage courant une « famille recomposée ». Est-ce à dire que je ne serai pas encouragée dans mon projet de vie avec cet homme puisque je ne corresponds pas aux critères de la cellule familiale que vous invoquez ?

Cela me mène à questionner la pertinence du critère « biologiquement stérile » quant à la bénédiction d’un couple… Doit-on rejeter toute bénédiction d’union de personnes en couple sur le critère de la possible procréation à venir ? Ce critère de la procréation ne rendrait-il pas caduc la bénédiction d’un couple hétérosexuel stérile ? cela ne semble-t-il pas inadmissible ?

J’espère de tout cœur que vous considérerez mes questions non comme une volonté de faire débat, mais comme une quête personnelle d’édification. Je me laisserai volontiers transformer par les réponses que vous pourrez m’apporter.

Bien à vous

Cécile

Prions…

Face à ces débats, je souhaite encore aujourd’hui prier pour que notre unité chrétienne soit préservée au-delà de nos divergences d’opinion. Je vous propose aujourd’hui la Prière pour l’Unité du père Couturier:

Seigneur Jésus, qui à la veille de mourir pour nous,

as prié pour que tous tes disciples soient parfaitement un, comme toi en ton Père, et ton Père en toi,

Fais-nous ressentir douloureusement l’infidélité de notre désunion.

Donne-nous la loyauté de reconnaître et le courage de rejeter

ce qui se cache en nous d’indifférence, de méfiance, et même d’hostilité mutuelle.

Accorde-nous de nous rencontrer tous en toi,

afin que, de nos âmes et de nos lèvres, monte incessamment ta prière pour l’unité des chrétiens,

telle que tu la veux, par les moyens que tu veux.

En toi, qui es la charité parfaite, fais-nous trouver la voie qui conduit à l’unité, dans l’obéissance à ton amour et à ta vérité.

Amen

Quant à moi, je vous souhaite, à mon habitude, une très belle journée

Cécile

Jeudi 2 juin

Bonjour,

après ces déclarations collectives, je vous propose aujourd’hui un article de Stéphane Kakouridis, pasteur à Strasbourg, qui souhaite se « faire le porte-parole de nombreux chrétiens qui sont pour l’accueil, le respect, l’écoute et l’accompagnement en Église des personnes homosexuelles, tout en étant fermement opposés à la perspective de bénir des couples mariés de même sexe ». L’article complet se trouve sur le site Bénir ! Un autre point de vue,

« Savoir dire non », par Stéphane Kakouridis

L’auteur donne trois raisons à ce « non ». Premièrement, sur le constat que les Écritures évaluent négativement l’homosexualité, il n’est pas convaincu par les « acrobaties exégétiques » qui la justifient. La Genèse de même que la venue du Christ fondent une « anthropologie de la différenciation » : « l’être humain voulu par Dieu, c’est un homme et une femme qui s’aiment et qui à travers leur relation dans la différence, constituent l’image de Dieu ». Deuxièmement, il pose une vision de l’Église qui ne « s’aligne pas purement et simplement sur les évolutions sociales ». Contre l’indifférenciaion et le relativisme, il souligne que l’Église ne doit pas réduire l’Évangile à des sentiments généreux et des bonnes intentions. Il conçoit ainsi une église qui conjugue tout à la fois « amour » et « fermeté ». Troisièmement, il soulève que la perspective de la bénédiction des couples de même sexe menace l’unité de l’Église.

Stéphane Kakouridis plaide pour un accueil des personnes homosexuelles en Église, à l’image du Christ à l’égard de toute personne. Il rappelle que « les personnes homosexuelles qui croient en Jésus-Christ sont définies, comme les autres, par leur foi. Personne n’est réductible à son orientation sexuelle ». Mais accueillir ce n’est pas dire oui à tout, conclut-il. En effet, nous pouvons cheminer avec les personnes homosexuelles, les soutenir, tout en leur refusant la bénédiction en expliquant que cela nous est impossible selon notre compréhension des Écritures.

Le pasteur se penche ensuite plus spécifiquement sur l’acte de bénédiction. Le mot hébreu, « Barak » est une contraction de « Bara » qui veut dire « créer » et de « Kaph » qui désigne la paume de la main. Quand le Seigneur nous bénit, « il nous prend dans le creux de Sa Main pour inscrire nos projets de vie dans son projet créateur », quelles que soient les circonstances. Le mot grec « eulogia » signifie parole qui dit du bien. Lorsque nous bénissons quelqu’un, nous disons la sollicitude de Dieu pour cette personne. Nous devons donc, nous dit l’auteur, bénir en son nom toute personne, sans exception. Cependant, « nous ne pouvons pas bénir en son nom des actes, des comportements, des relations et des projets qui sont contraires à Sa Volonté ». Ainsi, bénir des couples de même sexe reviendrait à inscrire le rite « sous le signe de la confusion et de l’indifférenciation ».

L’auteur revient finalement sur les passages de la Bible qui parlent directement de l’homosexualité. Au sujet de Romains 1, 26-27, il revient sur les pratiques sexuelles du 1er siècle où l’homosexualité avait ses règles et ses pratiques, et Paul conteste cette morale dominante de l’Empire romain. Pour l’auteur, il va de soi que Paul condamne toute forme d’homosexualité, il s’oppose à ceux qui soutiennent que Paul s’en prend uniquement à l’abus sexuel et la pédophilie. L’homosexualité est un symptôme parmi d’autres de notre réalité pécheresse que Paul condamne. L’auteur reprend également Matthieu 19, 3-9 pour montrer que Jésus se réfère à Genèse 2, 24 et rappelle ainsi l’importance de l’union de l’homme et de la femme dans le projet de création.

Questions à Stéphane Kakouridis

J’ai écrit au pasteur Kakouridis, qui, je l’espère, aura le temps et l’envie de me répondre prochainement…

  • L’unité de l’Église est certes une question majeure. Mais la bénédiction d’un couple homosexuel, fondée théologiquement, menacerait-elle réellement cette unité ? N’est-ce pas aller justement vers l’indifférenciation que vous redoutez de souhaiter une « fermeté » qui ne tiennent pas compte des avis de théologiens et pasteurs qui, au-delà de la question de la bénédiction des couples de même sexe, partagent une foi et une théologie communes ?
  • Le mariage, dans notre tradition réformée et évangélique, n’a pas le statut de sacrement. Luther (si je ne me trompe pas) le rangeait parmi les « adiaphora ». N’est-ce donc pas à notre Eglise de faire l’effort de maintenir son unité fondamentale au-delà des divergences au sujet du mariage ?
  • Il est juste que nous ne devons pas dévier de l’Évangile, mais la bénédiction des couples homosexuels n’est jamais un sujet explicitement abordé … est-elle réellement en porte-à-faux avec les deux commandements d’amour de Jésus-Christ et l’annonce de l’Evangile ? Où placer nos limites de « fermeté » ?
  • Si l’on imagine que l’homosexualité fait partie de la diversité de la création voulue par Dieu… De même qu’un couple fécond ne méprise pas le célibat du prêtre, ne pourrait-on pas accepter l’union d’un couple homosexuel dans la volonté commune de s’engager à vivre en Christ ?

Au-delà des désaccords profonds

Parallèlement à mes questions, je voulais saluer la qualité d’écoute et l’esprit d’ouverture du pasteur Kakouridis qui s’est allié à Jürgen Grauling pour déclarer un appel à l’unité « au-delà des désaccords profonds » en 2014 en vue de l’Assemblée de l’UEPAL. () dont voici les déclarations principales :

Ensemble, nous confessons notre commune appartenance au Christ et notre commune référence aux Ecritures qui lui rendent témoignage.

Cependant, nous sommes conscients de notre opposition quant à notre rapport à la Bible, à notre herméneutique, à notre anthropologie et à notre compréhension de l’homosexualité. […]

Au-delà de nos désaccords profonds, nous vivons cette tension comme une source d’interpellation mutuelle et un encouragement au dialogue.

[…] Nous constatons les réactions vives suscitées de part et d’autre par le débat et le fait que la réflexion qui a été engagée est récente. Dans le contexte actuel, nous nous demandons s’il ne vaudrait pas mieux éviter de prendre une décision précipitée – quelle qu’en soit la nature – sans pour autant la reporter indéfiniment.

Ensemble, nous pensons que l’UEPAL devrait :

  • encourager nos paroisses et lieux d’Eglises à refuser tout rejet dans les paroles et les actes des personnes LGBT ;
  • réfléchir dès maintenant à une mise en œuvre concrète de leur accueil inconditionnel préconisé en 2004.

Le 19 juin 2014, Stéphane Kakouridis, pasteur à Saint-Nicolas/Strasbourg et Jürgen Grauling, pasteur à Sélestat.

Prions…

Nous avons prié avec Luther, je vous propose aujourd’hui cette prière d’illumination de Calvin:

Dieu de grâce, notre Père céleste en qui seul demeure toute plénitude de lumière et de sagesse : illumine nos pensées, nous te supplions par ton Saint-Esprit, en véritable compréhension de ta Parole.
Donne-nous ta grâce de façon à ce que nous la recevions avec révérence et une humilité sincère. Que cela nous conduise à mettre notre entière confiance en Toi seul, de façon à t’honorer et à te servir, de façon à ce que nous puissions honorer ton saint nom et édifier notre prochain par un bon exemple.
Et puisque cela t’est agréable de nous compter parmi ton peuple, oh aide-nous à te rendre l’amour et l’hommage qui te sont dus, en tant qu’enfants de notre Père, et en tant que serviteurs de notre Seigneur. Nous te demandons cela dans le nom de notre Maître et Sauveur.

Je vous adresse tous mes voeux pour cette journée, malgré la pluie…

Cécile

Vendredi 3 juin

Bonjour,

aujourd’hui, je vous propose de découvrir le point de vue de Gilles Boucomont, pasteur de la paroisse du Marais dans son article « Comment nous bénissons les homosexuels » que vous pouvez lire dans son entier sur le site Bénir! Si cet article éveille en moi de nombreuses questions, je me sens proche de Gilles Boucomont qui rappelle notre condition de pécheurs appelés à la sanctification, une démarche de foi qui engage notre volonté de repentance, quelle que soit notre orientation sexuelle. Même si je ne peux et ne veux pas affirmer comme lui que l’homosexualité n’entre pas dans le projet de Dieu pour l’humanité, j’adhère cependant à sa vision d’une Église qui proclame un Évangile qui nous sauve, certes, mais aussi nous engage à la suite du Christ. Mais laissons de côté mes réflexions personnelles…

« Comment nous bénissons les homosexuels », par Gilles Boucomont

Article du 26 mai 2014, publié sur Bénir !

Gilles Boucomont rappelle la position du conseil presbytéral de L’Église protestante unie du Marais suite au moratoire sur la question de l’évolution de l’Église vers la bénédiction des couples homosexuels. La paroisse a pris position contre la bénédiction des couples de même sexe. Pourtant, rappelle Gilles Boucomont, la paroisse du Marais, au cœur du quartier « gay » de Paris, est parmi les plus inclusives de France. En pratique comme en actes, elle affirme, parmi une série de critères qui font d’une paroisse une paroisse inclusive, que tout être humain a la même valeur quelle que soit son orientation sexuelle et que l’ostracisation d’un public spécifique dans l’Église est une abomination.

Gilles Boucomont pose donc la question suivante : « Comment se peut-il qu’une paroisse opposée à la bénédiction des couples homosexuels soit la paroisse qui pratique pour tant de personnes un accompagnement spirituel large et qui, de fait, se retrouve à bénir un nombre particulièrement important de personnes dites homosexuelles ? »

C’est à cette question que répond son article, en proposant d’abord de clarifier l’anthropologie. Genèse 1, 27 nous dit que c’est la complémentarité homme-femme qui fait de l’humain une vraie image de Dieu. Genèse 2 nous montre que l’identité sexuelle n’est pas une identité première, puisque c’est dans un second temps que l’humain est dissocié pour donner naissance à la double présence de l’homme et de la femme. Néanmoins, ajoute-t-il, c’est de cette altérité véritable que vient une identité relationnelle pour l’être humain sexué.

En résumé, le projet de Dieu est que l’être humain devienne pleinement humain en trouvant la moitié de lui-même. L’enjeu n’est pas copulatoire. Le problème du terme hétérosexualité est qu’il suppose une disponibilité de la personne pour tous les êtres du sexe opposé, alors qu’il s’agit de trouver l’unique qui viendra nous compléter dans notre identité. Partant de ce constat, homosexualité comme hétérosexualité sont des « mensonges ». La Bible recèle de nombreuses mises en scènes d’une hétérosexualité dévoyée. Personne de doit être identifié à son orientation sexuelle qui est une identité fallacieuse. En résumé, Gilles Boucomont proclame :

Notre être tel que Dieu l’a programmé est qu’on soit ou bien célibataire ou bien dûment uni à la personne de l’autre sexe qui fera pour toujours notre joie.

Gilles Boucomont rappelle ensuite que l’« Église bénit des pécheurs et ne cautionne pas leur péché. » pour cette raison, Gilles Boucomont estime que l’on ne peut pas bénir un couple homosexuel pas plus que nous ne pouvons bénir un couple hétérosexuel si ce couple est dans un mode relationnel dysfonctionnel.

Pour cette raison, il se dit appelé à bénir les personnes « se-disant » homosexuelles individuellement car

nous bénissons individuellement des humains qui ont endossé des vêtements sordides plutôt que de revêtir leur identité véritable […] et que la clémence du Dieu vivant pour nous a été telle que nous serons les derniers à juger d’autres pécheurs comme si leur péché à eux était plus infamant que le nôtre.

Mais bénir un couple homosexuel contredirait le projet de Dieu de la complémentarité entre homme et femme exprimée dans la Genèse, et par conséquent le Sola Scriptura à la base de notre tradition réformée.

Questions à Gilles Boucomont

Cette série de questions, je l’ai posée à Gilles Boucomont qui, je l’espère, aura le temps et l’envie de me répondre…

  • Conclure que Dieu nous destine soit au célibat soit à trouver l’unique qui nous complétera, n’est-ce pas une lecture trop « fondamentaliste » de la Genèse, récit qui semble avant tout construit sur un mode symbolique ?
  • En admettant que l’hétérosexualité comme l’homosexualité sont des identités le plus souvent fallacieuses, à quel titre pouvons-nous prétendre continuer de bénir des couples hétérosexuels considérant, par exemple, le taux de divorce actuel ?
  • La responsabilité à laquelle vous appelez à ne bénir que les couples hétérosexuels dans une juste relation de complémentarité ne dépasse-t-elle pas infiniment notre condition de pécheurs ? sur quels critères, sinon humains, pourrons-nous décider de bénir un couple ?
  • Toute relation humaine de couple qui se fonde dans l’appartenance première au Christ et se met à son service ne pourrait-elle pas être bénie de Dieu qui nous appelle à l’aimer et à aimer notre prochain ?
  • Vous affirmez à juste titre que le couple hétérosexuel est souvent dysfonctionnel et donc de l’ordre du péché. A l’inverse, ne pensez-vous pas qu’un couple homosexuel puisse satisfaire à la complémentarité exprimée dans Genèse, être pour l’autre « cette moitié de lui-même », puisque vous-mêmes dites que « l’enjeu n’est pas copulatoire » ?

Prions…

Je vous propose aujourd’hui de prier avec saint François d’Assise pour que, au-delà de nos raisonnements si humains, nous soyons amenés à réaliser la volonté de Dieu, nous qui cherchons sa gloire

Dieu Tout-Puissant, éternel, juste et bon, par nous-mêmes nous ne sommes que néant et pauvreté; mais toi, à cause de toi-même, donne-nous d’agir selon ta volonté, telle que nous la connaissons, et de vouloir toujours ce qui te plaît; ainsi nous deviendrons capables, intérieurement purifiés, illuminés et embrasés par le feu du Saint-Esprit, de suivre les traces de ton Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ,et par ta seule grâce, de parvenir jusqu’à Toi, Très-Haut, qui, en Trinité parfaite et très simple Unité, vis et règne et reçois toute gloire, Dieu Tout-Puissant dans tous les siècles des siècles.

Amen.

Au terme de cette semaine, je me rends compte qu’après avoir résumé l’avis de théologiens, je n’ai pas abordé notre sujet vu par les principales personnes concernées par ces débats, à savoir les homosexuels chrétiens laïcs. Je consacrerai donc la semaine prochaine à présenter le groupe suisse C+H ainsi que l’association David&Jonathan. Puis, afin de compléter le panorama, je me pencherai également sur un article de sociologie qui observe les attitudes de chrétiens homosexuels français aux Églises, afin que nous comprenions de l’extérieur les enjeux des différentes attitudes des Églises dans l’accueil ou le rejet qu’elles manifestent.

En attendant, je vous souhaite à tous un très beau week-end

Bien à vous

Cécile

1 pensée sur “Semaine du 30 mai au 5 juin 2016. Inclusivité: accueillir sans bénir”

  1. Concernant les discussions sur la bénédiction qui ont eu lieu dans l’Église protestante unie de France, à la différence des « attestants » (cf. Mardi 31 mai) je ne parlerai pas de précipitation et une ou plusieurs années supplémentaires n’auraient pas changé un problème que l’on peut légitimement soulever : À la différence des délégués du synode national, qui sont des habitués du débat et qui ont pris l’amplitude nécessaire à ce débat (en prenant par exemple la décision de prolonger autant que nécessaire sa durée le samedi soir du synode), des paroisses n’ont pas eu les “outils” nécessaires pour s’approprier les enjeux et en débattre convenablement.
    Un préalable à une Église inclusive me semble donc être une Église du débat, car débattre s’apprend et s’anime pour être autre chose qu’un choix de la majorité ou qu’une opposition d’idées. Il s’agit, par exemple, de mettre en avant les différents tenants et aboutissants y compris ceux des arguments que l’on nous propose ou oppose, de prendre le temps d’aller au fond de chaque propos surtout lorsqu’il s’agit de propos qui dans leur formulation semblent avoir l’évidence de la vérité…

    Concernant les arguments de Stéphane Kakouridis (cf. Jeudi 2 juin), même si on considère que le mariage hétérosexuel est le bien voulu par Dieu, qui sommes nous pour dire que tel mariage entre tel homme et telle femme soit voulu par Dieu (personnellement, je n’en sais rien, ni dans un sens ni dans un autre). De mon point de vue, en aucun cas une liturgie pour un mariage (hétéro ou homo) ne devrait faire penser que Dieu ou l’Église donne son point de vue sur ce mariage (« Je te sais trop respectueux de notre liberté Et soucieux de notre responsabilité Pour décider à notre place et sans nous. » Michel Wagner, extrait de la prière qui a été reprise ailleurs dans l’une de ces chroniques fort intéressantes).

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