Semaine du 26 sept. au 2 octobre 2016. F. Moser: La vie chrétienne à l’exemple du Christ

 

angelico_christonthecrossadoredbyst-dominicNous savons qu’en nous l’homme ancien a été crucifié avec lui, pour que le corps du péché soit réduit à rien et que nous ne soyons plus esclaves du péché. (Romains 6, 6)

En son Christ aussi il nous a constitués en lui comme un exemple et patron auquel il faut nous conformer. (Jean Calvin, Institution de la Religion chrétienne)

Bonjour,

Comme je parcours encore l’ouvrage La Théologie pratique de Félix Moser sur lequel j’ai basé ma chronique de la semaine passée, je souhaite cette semaine découvrir un autre de ses chapitres avec vous. Ce troisième chapitre, La vie chrétienne à l’exemple du Christ reprend la pensée de Calvin, et comme l’ouverture du jubilé de la Réforme approche à grands pas, j’ai pensé qu’il pouvait être bon pour nous de (re)découvrir la pensée du réformateur genevois pour comprendre ce qu’elle peut nous apporter aujourd’hui.

J’espère que ce choix vous conviendra et me réjouis pour ma part d’explorer encore avec vous un aspect de La théologie pratique de Félix Moser.

Bien à vous

Cécile

Lundi 26 septembre

Bonjour à vous!

Pour commencer la semaine, l’introduction de Félix Moser nous rappelle que Calvin se base sur Romains 6 pour développer sa pensée de la vie chrétienne à l’image du Christ en 1550 (voir les deux citations ci-dessus).

Comment participer à la vie du Christ ? cette question se pose à nous, chrétiens et chrétiennes, chaque jour.

Christ comme exemple et patron: le patron est à comprendre dans le sens de modèle de couture et pas de directeur d’entreprise!

Comment donner à notre vie la forme de celle du Christ ?

Autant de questions auxquelles nous allons trouver des pistes de réponse cette semaine…

La théologie de Calvin à réinterpréter

Félix Moser rappelle que nous avons la tentation, particulièrement forte en cette approche du jubilé, de vouloir valoriser à tout prix la pensée de nos réformateurs. Il rappelle à juste titre que les temps ont changé depuis Calvin, et que sa pensée doit être vue sous un angle critique. Il propose donc le défi suivant:

[avoir] la capacité à formuler à partir des textes du réformateur un discours pertinent et crédible pour les auditeurs d’aujourd’hui. (F. Moser)

Laissons-nous donc guider par Félix Moser dans cette intéressante lecture critique de Calvin.

Calvin situe l’imitation du Christ dans le cadre de la justification par la foi :

La promesse de Dieu qui justifie par la grâce constitue la pierre angulaire de la théologie de Calvin. Dans cette perspective, le traité de la vie croyante ne peut pas se lire comme un traité justifiant une morale naturelle ; bien au contraire, cette dernière est abolie puisqu’il nous est impossible d’être juste devant Dieu. (F. Moser)

Retenons donc qu’imiter le Christ ne nous conduira pas à la perfection. Pour Calvin comme pour Luther, la loi reste importante, car elle nous montre que nous ne sommes pas naturellement bons et justes. Mais Calvin va plus loin, il pense que la loi nous donne une direction à suivre dans nos vies:

Pour Calvin, l’Evangile doit avoir une implication concrète dans le quotidien du croyant […] il décrit comment la grâce peut se faufiler un chemin dans la vie quotidienne. (F. Moser)

Quel exemple ?

Christ comme exemple… qu’est-ce à dire ?

L’exemple a plusieurs dimensions, rappelle Félix Moser.

En rhétorique, il sert d’illustration : il a donc une dimension pédagogique. Il montre concrètement comment réaliser une théorie ou une pensée abstraites. Souvent nous comprenons mieux les choses avec un exemple…

En même temps, rappelle Félix, l’exemple peut aussi avoir de mauvais effets. Celui qui est l’exemple à suivre nous empêche parfois de vivre notre liberté : nous tentons de l’imiter alors que nous n’avons peut-être pas les mêmes capacités.

Calvin pour définir ce qu’est l’exemple reprend les deux tables de la loi : la première consiste à la juste attitude du respect rendu à Dieu, Calvin l’appelle « L’honneur rendu à Dieu ». La seconde appelle à vivre l’amour du prochain, en particulier à rendre justice. C’est le double commandement d’amour du Christ: aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même…

Christ comme seul exemple

Calvin insiste : seule la loi du Christ est normative! Elle seule doit nous guider.

L’exemple n’a qu’un second rôle. Nulle autre figure biblique ne pourra être un exemple absolu. Félix Moser rappelle que, quand David commet un adultère et envoie Urie le Hittite à une mort certaine, son action déplaît au Seigneur : David  n’est pas un exemple absolu, nous ne devons pas le suivre.

Cet exemple est assez évident… j’en ajouterai un autre pour montrer qu’on peut facilement se tromper en croyant bien faire. Je reprends, comme la semaine passée, l’histoire de Marthe et Marie. On entend souvent dire « je suis plus Marie que Marthe », « avec son côté pratique, elle est plus Marthe que Marie », etc. Or il s’agit d’imiter le Christ, et non pas Marthe ou Marie : nous devons comme lui accueillir et prendre soin des Marthe comme des Marie.

Nous ne sommes pas Marthe et Marie, pas plus que nous sommes le Christ, mais dans notre volonté de le suivre, c’est sur Jésus-Christ que nous devons prendre exemple !

La première chose à retenir est donc que les figures de la Bible ne sont pas des exemples. Calvin le rappelle : ce qui importe ce sont les commandements de Dieu. Nous devons donc vivre notre propre vocation, et ne pas nous calquer sur une figure biblique.

Nous verrons donc demain avec Félix Moser en quoi et comment le Christ est un exemple pour tous les croyants…

Je vous souhaite une belle journée

Cécile

Mardi 27 septembre

Bonjour,

Reprenons les choses là où nous les avons laissées: selon Calvin, Jésus-Christ est le seul exemple à suivre…

Cela ne veut pas dire néanmoins que nous devons tous nous vouer au célibat, prêcher, et mourir sur une croix! En quoi donc est-il alors un exemple?

Jésus : souffrances et résurrection.

Félix Moser note que la vie terrestre de Jésus n’a pas une grande place dans l’Institution chrétienne de Calvin qui pourtant a beaucoup commenté ailleurs les Evangiles. Car celui que nous sommes appelés à imiter est avant tout pour lui le Fils de Dieu, et la distance entre lui et ses disciples est incommensurable… Calvin se concentre donc sur la Passion, la résurrection et le don de l’Esprit.

Il enracine la foi dans l’audition d’une parole contenue dans l’Ecriture et, comme Paul, ancre la sanctification de l’homme dans une connexion de notre vie à celle de Christ, fondée dans le baptême.

Cela nous dit donc que pour Calvin, Christ est un modèle car il est fils de Dieu… mais comment l’imiter?

Christ vient parmi les hommes

Nous pouvons imiter le Christ car s’il est vrai Dieu, il s’est fait homme et a vécu en humain. Félix Moser rappelle que cet aspect a été gommé dès les origines de l’Eglise, et c’est regrettable, dit-il, car on forge alors une figure du Christ stoïcienne : un sage sans émotions.

Calvin ne suit pas cette voie interprétative et montre que le Christ est tout compassion pour notre humanité et ses souffrances, il est habité par des sentiments humains. Il ne vit pas en stoïcien, bien au contraire, il se montre solidaire jusqu’à la mort.

Voici ce que dit Calvin :

Car ce n’eut pas été grand-chose qu’il se fut offert à endurer la mort sans aucune détresse ni perplexité, mais comme en se jouant. Le vrai témoignage de sa miséricorde infinie a été de ne point fuir la mort qu’il avait en horreur extrême. (Calvin)

Christ vit dans une obéissance et une confiance totales au Père, il ordonne bien ses passions mais ne les refoule pas. La différence avec nous, est que nos passions nous débordent. Christ a vécu en homme, mais sans péché, à savoir sans être séparé de Dieu sur aucun point et à aucun moment de sa vie…

Donc, nous sommes différents du Christ, et la distance qui nous sépare de lui semble infranchissable, et pourtant…

Sa résurrection et le don de l’Esprit.

L’obéissance du Christ, explique Félix Moser, renvoie donc à une transcendance absolue de Dieu : il est soumis au Père. Christ est seul médiateur entre nous et Dieu, et le rôle du Saint-Esprit permet à Calvin d’exprimer à la fois l’altérité totale de Dieu, mais aussi notre participation à la trinité.

Calvin insiste beaucoup sur le don de l’Esprit, qui est la clef du royaume, « la vue de nos âmes » comme dit Calvin :

Car si la parole de Dieu voltige seulement au cerveau, elle n’est point encore reçue par la foi. Mais sa vraie réception, c’est quand elle a pris racine au profond du cœur, pour être une forteresse invincible […]Le Saint-Esprit sert comme d’un sceau, pour sceller en nos cœurs les mêmes promesses qu’il a premièrement imprimées en notre entendement. (Jean Calvin)

Nous sommes donc appelés à être des frères et soeurs en Christ qui s’est fait homme pour nous… mais comment prendre exemple sur ce frère exceptionnel?

Ne pas singer le Christ

Sur cette constatation que nul être humain ne pourra atteindre la communion parfaite que Christ vivait avec Dieu, Calvin refuse une vision de la foi qui consisterait à vivre comme Jésus, à reproduire ses faits et gestes.  Il faut bien sûr se souvenir de ses gestes car ils sont la preuve de son humanité, mais aussi de sa filiation divine. Il est pour nous un semblable (un homme) mais aussi un Tout Autre (nul autre que lui ne peut prétendre être fils de Dieu): ce qu’il a accompli, c’est ce que nous ne pourrons jamais imiter. Nous pouvons donc le suivre, mais pas prétendre prendre sa place.

Calvin insiste, ce n’est pas en singeant Jésus que nous nous sanctifierons. Il donne plusieurs arguments : les disciples en ont été incapables, comment pourrions-nous prétendre être meilleurs qu’eux ? Ses gestes et ses paroles, seul le Fils de Dieu pouvait pleinement les accomplir et les réaliser… et nous restons encore aujourd’hui stupéfiés par les audaces de sa pensée et de ses actes dont nous n’aurions jamais eu l’idée!

Calvin ajoute que Dieu veut sa créature libre, et qu’imiter Jésus serait à ce titre une aliénation de notre être. Vouloir à tout prix imiter, c’est devenir faible et courir le risque de suivre de faux exemples. Surtout, cela mène à faire de certains hommes des dieux à cause de leur piété : or ils restent des hommes.

Ce que Calvin veut dire par là, c’est que le chemin de foi reste particulier à chacun. En imitant, on n’ancre pas forcément profondément la foi en soi, on ne fait que reproduire certaines attitudes qui ne sont pas forcément habitées du souffle de l’Esprit. Nous pouvons certes nous inspirer des exemples de la Bible, mais nous ne devons pas les imiter aveuglément, cela nous conduirait d’ailleurs certainement à un grand découragement devant une tâche impossible.

Imiter c’est connaître

Calvin rappelle que nous ne pouvons connaître Dieu que par la grâce qu’il nous fait de se révéler à nous. Imiter le Christ ne vient donc pas de notre volonté, mais dans la capacité à recevoir le don de l’Esprit que Dieu nous fait en Christ : nous devons nous laisser aimer de Dieu et seul cet amour nous permettra de répondre, de prendre part à son projet pour nous.

Dieu est une réalité extérieure, et cela est important, nous dit Félix Moser, car

Dieu n’est pas à rechercher seulement dans les tréfonds de notre vie intérieure ou dans nos failles et nos manques. Mais il est une réalité extérieure à nous qui vient nous rencontrer et nous réformer au plus profond.

Et cette relation s’établit dans un rapport d’obéissance pour Calvin, c’est-à-dire que nous pouvons reconnaître que la vie est le fruit d’un don de Dieu, et que nous sommes appelés à vivre de ce don. Connaître le vrai Dieu, c’est ainsi apprendre à se connaître soi-même et réaliser qui nous sommes en vérité…

Connaître Dieu, c’est donc nous accepter tel.le.s que nous sommes…

Nous verrons demain comment Calvin concevait l’être humain afin d’approfondir la relation que nous pouvons nouer avec Dieu.

Je vous souhaite une belle journée

Bien à vous

Cécile

Mercredi 28 septembre

Bonjour,

Félix Moser, pour mieux comprendre l’imitation du Christ selon Calvin, propose de revoir la conception que le théologien genevois se fait de l’homme et du péché.

L’homme a détruit l’imago dei

L’imago dei signifie l’homme à l’image de Dieu. Dans son commentaire de la Genèse, Calvin souligne avec insistance à quel point l’homme a « effacé en lui » l’image de Dieu.  Pour Calvin, cet effacement ouvre à une prise de conscience : l’homme est incapable d’accueillir Dieu et seul l’Esprit peut l’aider à entrer en chemin de repentance.

Calvin est donc très dur sur ce point, comme en témoigne une prière où il note que nous sommes « conçus et nés en iniquité et corruption, enclins à mal faire, inutiles à tout bien : et que dans notre vice nous transgressons sans fin et sans cesse tes saints commandements ».

Conséquence de la vision de Calvin

Cette vision de Calvin apparaît problématique pour le lecteur moderne, note Félix Moser. En effet, l’humiliation à laquelle il appelle peut-elle réellement manifester la puisse et la majesté de Dieu dans nos vies ? Calvin semble appeler l’homme à se dévaloriser complètement…

Alors se pose la question : si on ne peut rien faire et que Dieu peut tout, pourquoi encore faire des efforts ?

Le fait que Calvin conçoit le péché comme un effacement total de Dieu en nous pose problème…

Mais si nous relisons Calvin avec attention, nous pouvons voir que sa vision est plus subtile. Calvin développe une autre théologie de l’imago dei où l’être humain a un rôle à jouer, où il n’est pas le simple objet inarticulé où la grâce se dépose.

Ne simplifions pas Calvin !

Calvin a aussi montré que l’homme devient coopérateur dans l’œuvre de Dieu… En cela l’être humain est à la fois actif et passif. Félix Moser donne un exemple parlant : les situations où nous faisons quelque chose et qu’en même temps quelque chose se passe en nous : dormir, imaginer, prier, faire confiance. Retenons donc : nous ne devons pas opposer action et passivité : les deux peuvent arriver conjointement !

Lorsque Calvin dit « nous sommes constitués en Christ » : c’est ce qui nous échappe, ce qui se passe sans que l’on agisse, mais quand il ajoute « auquel nous nous conformons » : la forme du verbe montre que nous y prenons part activement.

La grâce nous est donnée, mais nous pouvons prendre position par rapport à ce don, nous engager.

En conclusion : nous ne sommes pas totalement maîtres de ce qui nous arrive, mais nous pouvons en prendre en main une partie. Félix Moser donne l’image du bateau: nous sommes impuissants face la tempête, mais nous pouvons toujours tenter de maintenir le cap avec le gouvernail.

Nous verrons demain comment cette vision nuancée et plus juste de la théologie de Calvin nous permet de prendre appui sur lui pour une « restauration de la dignité humaine » comme le propose Félix Moser.

Sur cette perspective réjouissante,

Je vous souhaite une très belle journée

Cécile

Jeudi 29 septembre

Bonjour,

Nous avons vu hier que la pensée de Calvin sur l’imago dei devait être comprise avec nuance : Calvin dit bien que nous avons « effacé » l’image de Dieu en nous, et que seule sa grâce peut nous sauver de ce péché. Si cette grâce dépend de Christ et du don de l’Esprit, nous pouvons néanmoins y répondre dans les limites qui sont imparties à notre nature humaine.

La Genèse nous magnifie

Félix Moser note que Calvin reconnaît que le texte de Genèse veut « magnifier la dignité de notre nature ». Imago Dei : image de Dieu : nous ne sommes donc pas des copies conformes. Félix Moser note encore que Calvin prend en compte l’insistance du texte « créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ». Cette double formule montre qu’il y a quand même de nombreux points de correspondance entre Dieu et nous.

De plus, Calvin a le mérite de ne pas séparer corps et âme comme l’a fait la tradition scolastique : l’être humain, c’est l’être humain tout entier dit Félix Moser. Calvin prend donc au sérieux l’appui que fait la langue hébraïque sur cette ressemblance de l’homme créé à l’image de Dieu.

L’homme « lieutenant » de Dieu

Calvin décrit ainsi l’homme comme « lieutenant » de Dieu sur la terre. Félix Moser rappelle que le lieutenant, c’est celui « qui tient lieu de ». C’est-à-dire que Dieu estime que l’homme peut assumer la mission d’être responsable de la création. Etre à l’image de Dieu, c’est donc se voir confier le monde pour le gérer comme il l’aurait fait lui-même : nous sommes donc tout spécialement élus pour prendre soin du monde et des autres créatures qui le peuplent.

Nous sommes donc différents de Dieu, mais aussi différents du reste de la création. Etre l’image de Dieu, ce n’est pas vouloir être pareil à lui, encore moins vouloir être son égal, c’est accepter la mission de le représenter sur la terre…

A l’image de Dieu… en Christ

Calvin ne s’arrête pas plus longtemps sur notre rapport à Dieu tel qu’il est défini dans le récit de la création. En effet, l’imago dei prend de toute façon un sens nouveau avec Christ. En Jésus-Christ, nous sommes restaurés. Nous avions effacé l’image de Dieu, Christ la redessine en nous :

Adam a été créé à l’image de Dieu afin qu’il représentât la justice de Dieu comme dans un miroir ; mais parce que cette image a été effacée par le péché, il faut maintenant qu’elle soit restaurée en Christ. La régénération des fidèles n’est vraiment rien d’autre qu’une reformation de l’image de Dieu en eux. (Calvin)

Calvin dit donc que ce que nous avons perdu en Adam, Christ nous le rend. Ce que nous avions perdu, c’est cette imago dei que Dieu restaure en nous par le Christ.

Se perfectionner : une grâce de Dieu offerte à nos limites humaines

Félix Moser explique que, chez le réformateur, la grâce de Dieu est liée avec notre recherche de la perfection. Calvin invite constamment l’humain à chercher à se dépasser lui-même, comme dans cette prière du matin :

Fais que j’emploie cette journée à ton service et que je ne pense, ne dise et ne fasse rien qui ne soit pour te plaire et obéir à ta sainte volonté (Calvin, prière du matin).

Je note pour ma part que ce désir de perfection humaine est énoncé avec beaucoup de précaution par Calvin qui demande à Dieu cette possibilité de se perfectionner : « Fais que j’emploie », dit-il…

Il ne dit pas : « je ferai tout pour me perfectionner », mais « je te demande, mon Dieu, de me permettre de me perfectionner »….

Félix Moser va dans ce sens en disant que Clavin nous incite à reconnaître nos limites :

Il s’agit de répondre pour chacun et chacune de nous à la vocation que Dieu a déposée en nous, en restant humain et non pas en s’imaginant pouvoir se mettre à la place du Christ. Ce qui est décisif a déjà été accompli. Pour Calvin, la recherche de la perfection se fait dans les contingences humaines, elle est une loi du praticable et non la recherche crispée du perfectionnisme. (Félix Moser)

Il est donc légitime de vouloir répondre à la grâce de Dieu manifestée en Jésus-Christ. Simplement, nous devons toujours nous rappeler que cette réponse reste du domaine de notre humanité. Nous ne devenons pas Christ, mais par lui, nous restaurons en nous notre ressemblance à Dieu.

Que signifie alors concrètement pour aujourd’hui « vivre en prenant Christ comme image et patron » ? C’est ce que nous verrons avec Félix Moser demain…

Belle journée à vous

Cécile

Vendredi 30 septembre

Bonjour,

Aujourd’hui, nous verrons avec Félix Moser comment actualiser dans nos vies chrétiennes la pensée de Calvin qui nous invite à prendre exemple sur Jésus-Christ…

Appartenir à Dieu

Avant de vouloir faire, il faut être…  et pour être : il faut renoncer à soi-même ! Cette condition essentielle est à mon avis une chose délicate pour nous qui sommes si attachés à ce que nous nommons notre « personnalité », notre « caractère », etc. Cette condition est aussi une difficulté lorsque nous conversons avec des athées qui tout de suite comprennent cela comme une restriction de notre liberté fondamentale… comme le rappelle Félix Moser, dans notre société moderne, « le moi et ses désirs sont souvent placés au centre »…

Une des forces de Calvin est de nous rappeler que nous devons abandonner l’idée de vouloir tout maîtriser, laisser tomber notre illusion de pouvoir vivre en autarcie.

Calvin propose donc, selon les mots de Félix Moser, « la voie du décentrement de soi » et nous allons voir que ce chemin « ouvre sur une libération »

Etre libérés

Lorsque nous confessons appartenir à Dieu, nous pouvons tout de suite ajouter que cette appartenance loin de nous entraver ou nous restreindre nous libère !

Mais comment ? Félix Moser rappelle que le christianisme nous invite à nous libérer de l’obsession de nous-même et que cette décentration passe par une double prise de conscience.

  1. Nous sommes invités à nous libérer de notre suffisance (idée d’autonomie, orgueil, vanité)
  2. Nous devons reconnaître que cette délivrance s’effectue par[…] la prise de conscience de la précarité de l’être humain, ce que Calvin nomme chemin de pénitence.

Oui mais… comment ? tout simplement en plaçant sa conscience devant Dieu, dans la reconnaissance de sa gloire.

Calvin nous rappelle des vérités que nous n’aimons pas à entendre de nos jours : nos passions nous ferment souvent à Dieu et à autrui. Par exemple, la peur peut nous mener à l’avarice qui nous rendra indisponible pour autrui. L’amour passionnel pour une personne peut nous mener à nous faire souffrir et à faire souffrir les autres pour satisfaire les désirs de l’être aimé, etc.

Nous ne sommes néanmoins pas appelés à nous libérer de nous-mêmes, à ne pas économiser ou à ne pas aimer pour reprendre les deux exemples ci-dessus. Non, nous sommes qui nous sommes, c’est un fait. Mais Calvin, lu par Félix Moser, nous invite à nous libérer de notre « ego excessif » :

Calvin propose aux croyants de se dessaisir de leurs peurs et de leurs envies pour laisser Dieu agir à travers leur existence. Du point de vue pratique, il en va de domestiquer nos passions qui nous rendent par nature impatients. (Félix Moser)

Et Calvin va plus loin en montrant qu’en nous libérant de nos passions, nous acceptons aussi le temps qui passe : nous avons conscience de la possibilité d’évoluer, de progresser, cela dans la confiance en l’Esprit de Dieu.

Bien… mais comment savoir si nous agissons selon l’Esprit ou selon nos passions ?

Comment dire en même temps que nous restons nous-mêmes et que nous devenons en même temps une autre créature, restaurée à l’image de Dieu ?

Pour mieux définir notre identité, deux notions vont nous aider. Elles sont proposées par Paul Ricoeur : la mêmeté et l’ispséité.

Pas de panique… Félix Moser va nous en dire plus !

La mêmeté et l’ipséité

La mêmeté, c’est l’identique : par exemple deux stylos bleus. Mais c’est aussi la ressemblance, par exemple, je ressemble à ce que j’étais il y a trois ans en arrière, même si j’ai changé, on m’identifie. C’est le troisième trait de la mêmeté : il y a une continuité malgré les transformations subies.

La mêmeté : c’est donc l’invariant de notre identité, c’est selon Paul Ricoeur : « l’ensemble des dispositions durables à quoi on reconnaît une personne ».

Nous devons donc accepter cette part fixe de nous-mêmes, en même temps que savoir qu’elle n’est pas figée. Cette mobilité, c’est l’ipséité

L’ipséité. C’est la part en nous qui permet de rester fidèle à Dieu, à soi-même et aux autres. L’ipséité c’est la permanence qui se définit par deux critères : le maintien de soi et la parole donnée. C’est, pour le chrétien, la promesse que Dieu nous a fait en Christ d’être toujours avec nous.

Cela implique que nous pouvons nous engager malgré toutes nos incertitudes, que nous pouvons donner une promesse et une parole et qu’en retour nous pouvons accorder notre confiance.

Nous sommes donc à la fois fixes et mobiles, et nous pouvons compter sur la promesse pour nous engager avec confiance. A partir de là, Félix Moser pose une hypothèse très intéressante :

Un correctif existentiel

Par ces mots, Félix décrit l’apprentissage du chrétien selon Calvin. Nous devons accepter à la fois notre caractère comme nous devons accepter la possibilité de se laisser transformer. Nos qualités comme nos défauts sont appelés à évoluer.

En effet, nous pourrons par exemple nous rendre compte qu’une générosité mal placée peut mener au gaspillage, que la maîtrise de soi peut se changer en orgueil : nos qualités peuvent devenir des défauts si nous n’y prenons garde.

A l’inverse, nos défauts peuvent se muer en qualité, l’impétuosité peu se transformer en énergie constante, la timidité peut se changer en capacité d’écoute.

En conclusion : Nous libérer de notre ego excessif en passant sans cesse par des correctifs existentiels nous apprend à nous tourner vers notre prochain à la manière désintéressée du Christ.

Se conformer au Christ

Nous arrivons ici au terme de notre parcours : le décentrement de soi permet une ouverture à autrui. Nous reconnaissons l’image de Dieu en nous, mais aussi en les autres.

Pour Calvin, l’amour du prochain est une question de justice et non de sentiment. La solidarité du Christ se manifeste avant tout par des faits.

Donc se conformer en Christ c’est apprendre à voir que le prochain est reflet de l’image de Dieu : nous devons sans cesse nous le rappeler si nous souhaitons vivre à l’image du Christ.

Par ailleurs, se conformer au Christ, c’est faire un bon usage des biens. En effet, le décentrement nous apprend à ne pas vouloir « tout tout de suite ». Pour Calvin qui a vécu dans une période où Genève connaissait la précarité économique, cette dimension est importante. Il nous invite à un bon usage de ce qui nous est donné. Dans notre actualité où nous gaspillons impunément les richesses de notre terre, cette orientation de la pensée de Calvin est un bon rappel.

Enfin, pour Calvin se conformer en Christ c’est vivre de l’espérance. Certes, nous n’irons pas comme lui jusqu’à considérer que ce monde n’est que souffrance en l’attente de la félicité céleste… d’ailleurs Calvin lui-même note : « car bien que cette vie soit pleine de misères infinies, toutefois à bon droit, elle est entre les bénédictions de Dieu qui ne sont point à mépriser ». Pour ma part cette concession de Calvin ne reflète pas la joie profonde que j’éprouve lorsque je pense à ce que signifie vivre en Christ, mais pour un homme du XVIe siècle c’est déjà pas mal…

D’ailleurs Félix Moser conclut son article en rappelant que quelle que soit l’admiration sincère que l’on porte, légitimement, à Calvin, n’oublions pas qu’il n’était qu’un homme qui a aussi commis des erreurs. Félix rappelle ainsi qu’un monument à la mémoire de l’exécution de Servet existe à Genève, sur lequel figure un inscription où les « fils respectueux et reconnaissants de Calvin » demandent pardon pour Calvin, condamnent son erreur et réaffirment « la liberté de conscience selon les vrais principes de la Réformation et de l’Evangile ». Félix Moser propose de faire de cette approche respectueuse mais consciente une attitude pour notre temps.

Retenons donc cette semaine que Calvin nous enseigne cette magnifique vision de la foi :

Dans la liberté donnée par Dieu nous sommes appelés à répondre à notre vocation pour donner des reflets de l’image que Dieu restaure en nous. Pour le lecteur de Calvin, tout commence et finit par la promesse gratuite de Dieu. (Félix Moser)

Envoi

A nous donc de nous laisser restaurer en Christ. A nous de participer avec confiance à cette restauration en nous reconnaissants enfants de Dieu, en nous décentrant et en remettant notre ego à sa juste place, en reconnaissant en nous des qualités et des défauts susceptibles d’évoluer dans un constant « correctif existentiel », et surtout en apprenant à voir et à mettre en valeur cette image de Dieu en nous et en notre prochain, c’est-à-dire tous les humains,

Persévérance et abandon dans la confiance : réunissons les contraires pour vivre pleinement la joie profonde de voir Christ œuvrer en nous par son Esprit, par la grâce de Dieu son père qui est aussi notre Père,

Je vous souhaite un très beau week-end

Cécile

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