Semaine du 30 janvier au 5 février 2017: Psaume 8, la terre source de vie

 

SEIGNEUR, notre SEIGNEUR, Que ton nom est magnifique par toute la terre ! Mieux que les cieux, elle chante ta splendeur ! (Psaume 8)

Bonjour,

la Campagne de Carême se prépare et propose pour thème : « La terre source de vie, pas de profit ! ». Aider les populations à récupérer leurs biens spoliés afin qu’il puisse vivre de leur terre est la préoccupation majeure de cette campagne qui agira au loin, mais nous invite aussi à nous sensibiliser aux agissements de nos banques et sociétés financières suisses, à dénoncer leur part active dans l’exploitation de la terre d’autrui et à les mener à prendre des engagements éthiques concrets.

Le psaume 8, qui vous est bien connu, me donnera l’occasions de quelques réflexions d’ordre spirituel sur notre engagement au quotidien pour que la terre soit source de vie et non de profit.

Je vous propose donc de commencer par le relire :

Du chef de chœur, sur la guittith. Psaume de David.
SEIGNEUR, notre SEIGNEUR, Que ton nom est magnifique par toute la terre ! Mieux que les cieux, elle chante ta splendeur !
Par la bouche des tout-petits et des nourrissons, tu as fondé une forteresse contre tes adversaires, pour réduire au silence l’ennemi revanchard.
Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as fixées, qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui, l’être humain pour que tu t’en soucies ?
Tu en as presque fait un dieu : tu le couronnes de gloire et d’éclat ;
tu le fais régner sur les œuvres de tes mains ; tu as tout mis sous ses pieds :
tout bétail, gros ou petit, et même les bêtes sauvages,
les oiseaux du ciel, les poissons de la mer, tout ce qui court les sentiers des mers.
SEIGNEUR, notre SEIGNEUR, que ton nom est magnifique par toute la terre!

Au plaisir de m’entretenir avec vous autour de ce magnifique psaume,

Cécile

Lundi 30 janvier

Bonjour,

tout d’abord, rappelons-nous le cadeau que Dieu nous fait en nous plaçant sur la terre… En effet, ce psaume chante la louange du Créateur à travers les beautés de sa création qu’il a « fixées ». Beauté et ordre sur lesquels il a donné à l’homme de « régner ». Cette élévation de l’être humain, « craint et redouté de toutes les bêtes de la terre et de tous les oiseaux du ciel » (Gn, 9, 2) a malheureusement donné sa légitimation aux divers « progrès » par lesquels l’homme a fini par mettre la création en péril. Aujourd’hui, de nombreuses lectures des Ecritures ont au contraire souligné la responsabilité de l’homme face à la création, notamment au nom de l’écologie, et nous pouvons y ajouter au nom du respect des autres habitants de la terre à qui nous retirons le droit d’en jouir.

Encadré par le chant de reconnaissance humble et émerveillé – « qu’est-ce donc l’homme pour que tu penses à lui ? » – le psalmiste reconnaît dans la création le « nom », l’être intime et « magnifique » du Seigneur. La redondance des « tout » souligne à quel point est totale la perfection de cette « splendeur ». Cette reconnaissance est fondamentale: c’est elle qui, spirituellement, nous engage à prendre soin de ce cadeau inestimable qu’est la terre.

Le psalmiste met l’accent sur la grâce que Dieu a faite à l’homme, Lui qui « as tout mis sous ses pieds ». Cette puissance librement donnée, cette liberté de régner sur ce « tout » est avant tout, si l’on considère la structure du poème, un motif de louange éternelle de Son Nom.

Cependant, le psalmiste définit l’homme comme un nourrisson et le terme hébreu utilisé porte la connotation de fragilité, d’impuissance et de caducité. Cette assimilation de l’homme reconnaissant à l’enfant ajoute l’idée d’absence de préjugés – par extension de renoncement à la sagesse humaine dans l’écoute de la Parole. Nous avons besoin de la sagesse de Dieu pour nous aider à gérer cette création qui nous est donnée… je vous quitte aujourd’hui avec dans l’idée, demain, de développer l’idée suivante: enfants dépendants, nous ne sommes pas appelés à nous laisser dorloter dans l’insouciance, mais à apprendre sans cesse de Dieu, notre Père et Mère. Enfants de Dieu, nous sommes en constant apprentissage…

Je vous souhaite d’ici demain une très belle journée

Cécile

Mardi 31 janvier

Bonjour,

La terre est un don, et les enfants de Dieu, les chrétiens, reconnaissent leur envie de se laisser enseigner par Lui qui dispose de toute chose. Notre « forteresse » est le Seigneur. En lien avec l’enfance,  elle sera donc bâtie sur l’émerveillement, l’humilité, la reconnaissance de notre faiblesse. Nous cultiverons notre innocence, développerons une vue sans préjugés. Le nourrisson, hors du sentiment d’être, ne se reconnaît pas dans un miroir. Oublions-nous également pour livrer notre joie, notre bonheur et notre amour au monde. Sans même formuler de mots, le babillement du nouveau-né (terme on ne peut plus adéquat pour nous qualifier en Christ) ne prétend à rien, ne poursuit aucun idéal de perfection.

Nous voyons ici la limite que nous pose cette métaphore de l’enfance qui laisse peut-être trop de côté la vocation à laquelle Dieu lui-même nous appelle : l’enfant ne peut prendre soin des autres… et Dieu, en Christ, nous demande précisément de ne pas rester isolés dans notre petit confort, mais de nous soutenir, nous aimer : la terre en partage, source de vie et pas de profit, est vraiment une vocation chrétienne.

Certes, tout-petits et nourrissons, nous pouvons louer et nous émerveiller avant même de savoir parler, d’ordonner le monde par la logique. Il est d’ailleurs bon de nous rappeler que le « tout » nous échappera toujours malgré le pouvoir qui nous est donné. Cela nous ramène à notre citation de la genèse où Dieu dit à Noé : « je vous donne tout » (Gn, 9, 3) qui a nourri des idéologies qui se sont révélées destructrices. Or, déjà à ce moment, Dieu met des restrictions à ce pouvoir, au nom du respect que l’homme doit à Sa justice : « j’en demanderai compte à l’homme » (Gn, 9, 5). Dieu nous appelle à grandir et prendre nos responsabilités…

Mais… cette justice divine, les Evangiles ne cessent de le rappeler, échappe à notre sagesse humaine! Il est donc facile de nous dévoyer dans l’interprétation même de la Parole. Libre, l’être humain peut, et l’état actuel de notre planète nous le rappelle tristement, détruire l’ordre fixé par Dieu. Consciemment ou inconsciemment, l’homme est alors cet « esprit revanchard » évoqué par le psalmiste.

Cette « hypocrisie », terme cher à Matthieu, nous est propre même si nous avons de la peine à le reconnaître et des difficultés réelles ( finances trop basses, mensonges de la part du commerce et de l’Etat, etc.): nous savons que nous ne devons pas acheter un café à bas prix qui ne respecte ni les hommes qui l’ont produit, ni la terre où poussent les plantes et le servir dans des tasses en plastiques… Nous le savons, mais les finances de la paroisse ne sont pas au beau fixe, personne n’est disponible pour la vaisselle, et puis, on ne peut pas toujours être parfaits, et puis, notre voisin a une voiture qui pollue et c’est pire, et puis de toute manière il faut d’abord changer les choses à grande échelle… que d’excuses!

Par ailleurs, on pense souvent bien faire et faisons faux (j’achète ce soja bio, mais il provient d’une culture qui exploite la main d’oeuvre et favorise la monoculture). Les pharisiens en prise de bec avec Jésus étaient aussi persuadés d’accomplir la justice, sûrs de leur morale religieuse, de leur sagesse, de leur intelligence comme de leurs actes. Est-ce à dire qu’il faut renoncer à toute prétention, rester enfants au point d’abandonner la raison, la logique, la morale ?

Je vous laisse sur cette question pour mieux l’approfondir demain !

Bien à vous et belle journée sur notre terre !

Cécile

Mercredi 1er février

Bonjour,

J’ai réfléchi à cette sensation d’impuissance qui parfois nous empêche d’agir ou de mettre en pratique nos bonnes résolutions en matière d’environnement et de respect humain…et je crois qu’il ne faut pas oublier que le psaume, outre l’humilité et la joie de l’enfant, magnifie aussi l’homme dans ses possibilités d’agir en adulte, sinon pourquoi Dieu aurait-il tout « mis sous ses pieds ? »

Mortel, l’être humain est néanmoins appelé à une vocation de grandeur, rien moins qu’être à l’image de Dieu son créateur ! Christ a restauré l’humanité et nous appelle à régner avec lui, en lui, par lui. Il nous veut pour amis, frères et sœurs… en tant qu’adultes ! En effet, Jésus-Christ durant son ministère souligne à plusieurs reprises la nécessité de réponse et de participation de l’homme à la gloire du Seigneur, par exemple dans la parabole des talents (Matthieu 25) qui, derrière le choc de sa conclusion, est un appel à participer activement au Royaume avec les dons que Dieu nous a faits…

Comment donc concilier cet appel avec le danger de succomber à notre si souvent fallacieuse sagesse humaine ? Paul rappelle qu’après l’événement fondateur de la mort et la résurrection du crucifié, l’homme qui place sa foi en lui a été renouvelé. Si cette renaissance est accomplie par la seule grâce de Dieu, elle nous engage. Je vous propose de relire quelques versets de l’épître aux Colossiens qui nous engage à ne pas être timorés, mais à agir (Col, 3) :

Maintenant donc, vous aussi, débarrassez-vous de tout cela : colère, irritation, méchanceté, injures, grossièreté sortie de vos lèvres. Plus de mensonge entre vous, car vous vous êtes dépouillés du vieil homme, avec ses pratiques, et vous avez revêtu l’homme nouveau, celui qui, pour accéder à la connaissance, ne cesse d’être renouvelé à l’image de son créateur ; là, il n’y a plus Grec et Juif, circoncis et incirconcis, barbare, Scythe, esclave, homme libre, mais Christ : il est tout et en tous.

Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi. (Col 3, 8-13)

 

Paul, outre demander la participation de l’homme, donne des directives très claires et pratiques aux Colossiens comme à ses autres correspondants. Ici, il insiste par exemple sur la nécessité de se délaisser de toute « colère, irritation, méchanceté, injures, grossièreté ».  Il appelle à des « sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. » Et surtout, il insiste: en Christ nous sommes tous à la fois uniques et égaux… A nouveau la terre en partage, source de vie, pas de profit s’impose.

Il s’agit d’être « à l’image de son créateur ».  Les directives éthiques de Paul sont issues de son interprétation de l’œuvre du Christ et se placent sous l’angle de son triple commandement : aimer Dieu, aimer les autres, aimer nous-mêmes :

Et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait. Que règne en vos cœurs la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps. Vivez dans la reconnaissance.

Que la Parole du Christ habite parmi vous dans toute sa richesse : instruisez-vous et avertissez-vous les uns les autres avec pleine sagesse ; chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des chants inspirés par l’Esprit. Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père. (Col 3, 14-17)

 

A la lumière de ce commandement d’amour, nous pouvons donc poursuivre notre vocation de perfectibilité. Ecoutant la parole du Christ, nous persévérerons donc pour que chacun de nos actes, chacune de nos pensées rendent « grâce par lui à Dieu le Père ». N’oublions pas non qu’il agit en retour en nous pour nous guider afin que nous soyons « inspirés par l’Esprit ».

Je vous quitte sur cette bonne nouvelle, et demain, nous proposerons quelques orientations bibliques qui nous donnent la possibilités,

Belle journée

Cécile

Jeudi 2 février

Bonjour,

Je souhaite donc poursuivre avec vous cette idée que, en Christ, nous sommes appelés à devenir responsables et à développer nos talents dans la confiance. Paul, à travers la métaphore du corps, nous rappelle que notre participation doit avant tout se faire dans le cadre de nos possibilités (1 Co 12, 18-27) et je vous propose pour aujourd’hui de méditer ce passage, de nous demander comment prendre part au corps du Christ avec ce qui nous est propre :

Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté. 19Si l’ensemble était un seul membre, où serait le corps ? Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous. » Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie. Or vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.

Mettons donc chacun nos capacités en ayant en vue le soin de ce grand corps que nous formons, sans prétendre faire plus que l’on ne peut, sans céder à l’orgueil de tout réaliser par nous-même ou nous laisser envahir par la culpabilité de ne pouvoir tout accomplir.

De plus, cela ne signifie pas néanmoins renoncer à poursuivre des idéaux, à chercher à parfaire notre œuvre en ce monde. Paul ajoute (1 Co 12, 31) : « Ayez pour ambition les dons les meilleurs. » Nous sommes tous reconnus en Christ, inconditionnellement, avec les qualités qui sont les nôtres. Cette mise en œuvre de nos qualités toutes humaines, pour bien s’orienter, doit se faire dans l’Esprit du Seigneur… Relions donc toutes nos activités à l’Esprit qu’il nous a donné en Christ, cherchons sans cesse à participer activement, même si nous ne savons pas vraiment comment, au projet de Dieu pour sa création. Nous essayerons demain de trouver quelques pistes pour nous aider à nous affermir dans cette conviction que nous participons pleinement, en Christ, au projet de Dieu pour l’humanité…

Belle journée

Cécile

Vendredi 3 février

Bonjour,

Pour terminer cette chronique, je me dis que la meilleure manière de rester proche de l’Esprit du Seigneur, de ne pas nous en écarter dans la mise en œuvre de nos qualités, nous pouvons, en tant qu’adultes, rester en même temps les « petits nourrissons » du psaume…

La louange, la gratitude ajoutée à notre humilité de nous savoir enfants, et notre repentance pour les fois où nous avons voulu jouer aux « grands » en nous éloignant de Dieu : cette attitude entre enfant et adulte nous maintiendra sûrement sur le bon chemin que nous a ouvert le Christ.

J’ai remarqué que David, auteur présumé de notre psaume, encadre le récit de la construction du temple qui fait tant rêver par sa splendeur de chants d’humilité à la gloire de Dieu, Tout Autre, Tout-Puissant, par qui tout s’est fait et se fait encore. Cette grande réalisation d’adultes est liée à la joie et la simplicité des enfants. Je vous propose, en guise de conclusion à cette semaine de réflexion, de relire ce passage de 1 Chroniques 29, 10-14 :

David bénit le SEIGNEUR aux yeux de toute l’assemblée, en disant : « Béni sois-tu, SEIGNEUR, Dieu d’Israël, notre père depuis toujours et pour toujours. A toi, SEIGNEUR, la grandeur, la force, la splendeur, la majesté et la gloire, car tout ce qui est dans les cieux et sur la terre est à toi. A toi, SEIGNEUR, la royauté et la souveraineté sur tous les êtres. La richesse et la gloire viennent de toi et c’est toi qui domines tout. Dans ta main sont la puissance et la force ; dans ta main, le pouvoir de tout élever et de tout affermir. Et maintenant, notre Dieu, nous te rendons grâce et nous louons le nom de ta splendeur ; car qui suis-je et qui est mon peuple pour que nous ayons le pouvoir d’offrir des dons volontaires comme ceux-ci ? Tout vient de toi, et ce que nous t’avons donné vient de ta main.

 

Nous pouvons et devons donc développer nos qualités. Parmi elles nous n’excluons pas celles entées sur la raison, la logique et l’intelligence. Abstraites, ces qualités seront toujours imparfaites face au Seigneur, seul tenant de la Vérité. Bien que toujours d’ « en-bas », notre pensée, nos réflexions, notre morale sont perfectibles et sont légitimes en Christ. Nous pouvons donc œuvrer en confiance, dans la foi, car nous ne sommes pas abandonnés et sans cesse accompagnés : « il est tout et en tous » pour reprendre notre citation de Paul.

Engageons-nous donc avec confiance et zèle dans les œuvres qui visent, comme cette campagne de Carême, à faire de notre terre une terre de vie… et pas de profit !

Je vous souhaite un très beau week-end

Cécile

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