Semaine du 13 au 19 février 2017: être chrétienne, ah bon?

 

Mon grand-père Georges Guinand avec Karl Barth en 1959

Je crois ! viens au secours de mon incrédulité (Marc 9, 24)

“Nous devons savoir à la fois que nous devons parler de Dieu et que nous ne le pouvons pas.” (Karl Barth)

 

Je suis chrétienne, ah bon ? rien ne m’y préparait pourtant, et je souhaite cette semaine entrer en dialogue avec la chronique proposée par Guillaume la semaine passée que j’essayerai de suivre jour par jour, il est donc probable que j’y réfère de nombreuses fois, n’hésitez pas à la relire !

Rien ne m’y préparait, disais-je, quoique, le Seigneur fait bien les choses ! En effet, née d’enfants de pasteurs, mes parents m’ont élevée dans un agnostisme à teinte athée. Pas de catéchisme (même si on ne me l’a jamais formellement interdit, mais comment avoir envie de quelque chose qu’on ne connaît pas), une lecture de la Bible parallèle à celle de L’Iliade pour me forme à nos « mythes fondateurs », des visites des églises pour magnifier le savoir-faire humain, de la musique religieuse présentée comme le résultat du génie musical… Des grands-parents très pieux mais soucieux de respecter le choix de leurs enfants m’ont conté quelques histoires bibliques, emmenée à l’école du dimanche ou à la messe de Noël une fois ou l’autre. Je ne garde aucune amertume de ce passé, j’ai grandi ignorante de Dieu mais entourée de l’amour de ma famille et je rends grâce pour cela… car Dieu est venu me chercher en Christ, mystérieusement, au cœur de ce terreau a priori peu fertile.

En effet, je ne saurais dire pourquoi, un jour, je me suis mise à aller au culte dans toutes les villes d’Allemagne que je parcourais seule en train, pourquoi j’ai fait un détour par Wittenberg sur les traces de Luther, pourquoi j’ai commencé à lire assidûment la Bible. Un jour, n’y tenant plus, je m’ouvre à mes grands-parents de cette foi naissante, et je leur dois mes premiers pas dans la prière, la connaissance des Ecritures et les fondements théologiques. Ensuite, je suis allée au culte à la Collégiale, j’ai rencontré des chrétien et chrétiennes qui m’ont accompagné sur mon chemin de foi jusqu’à mon baptême. Depuis, je chemine dans ma foi et je remercie le Seigneur pour les frères et sœurs qu’il met sur ma route !

Comme Guillaume s’adressait plutôt aux « chrétiens depuis toujours », ma chronique sera plutôt celle des « chrétiens depuis peu »… Je partage néanmoins la même difficulté à parler des sources de ma foi et m’interroge également sur mon ancrage dans la confession protestante réformée. Guillaume partait d’une phrase de frère John de Taizé, quant à moi, c’est Karl Barth qui me servira de fil rouge, lui qui définissait ainsi la foi dans Parole de Dieu et Parole humaine : « C’est la vérité la plus simple que nous avons le moins saisie : Jésus est le fils de Dieu et nous pouvons avec lui suivre son chemin, ce chemin où l’on ne fait rien que ceci : croire que la volonté de Dieu est la vérité et doit être accomplie ».

Je vous souhaite une bonne lecture

Cécile

Lundi 13 février

Bonjour,

Dans sa chronique de lundi passé, Guillaume a commencé par définir la foi à l’appui de frère John de Taizé. Je prends plaisir, cette semaine, à mettre de côté mes nombreuses références en matière de foi pour retenir un des premiers théologiens que j’ai découvert assidûment au début de mon parcours de chrétienne : Karl Barth.

Mon grand-père m’avait d’abord mis dans les mains le Catéchisme de Heidelberg : il a vraiment fallu que la foi me soit donnée pour que je ne referme pas le livre après la question-réponse : « Par quoi connais-tu ta misère ? Par la loi de Dieu ». Je me suis accrochée, j’ai, avec mon grand-père, remis en contexte ce catéchisme et l’ai finalement exploré avec plaisir. Cependant, je pense que pour un « nouveau » dans la foi, Un catéchisme protestant d’Antoine Nouis est une lecture plus conseillée de nos jours…

Cependant, par cette première lecture, je me suis rendu compte que je pouvais tout lire, mais avec distance, avec approfondissement. J’ai compris que les textes peuvent être actualisés, remis en contexte… La grande révélation théologique pour mon grand-père a été Karl Barth, c’est à Barth que je dois les premières formulations théologiques de la foi qui m’ont vivement marquées.

En suivant le Credo, Karl Barth consacre un long développement sur la foi dans son Esquisse d’une dogmatique. La foi est un don, et Karl Barth développe :

le don de la rencontre rend les hommes libres d’écouter la parole de grâce, prononcée par Dieu en Jésus-Christ de telle manière qu’ils s’en tiennent aux promesses et aux commandements de cette Parole, en dépit de tout, une fois pour toutes, exclusivement et totalement (Karl Barth)

Je crois que j’ai ici le fondement de ma foi : c’est la rencontre avec Dieu. Il s’agit d’un des thèmes cher à Barth que celui de la rencontre. Cette rencontre m’engage, en dépit de tout.

Le deuxième élément est que cette rencontre nous libère. Karl Barth insiste en effet : cette rencontre rend libre. La foi est un changement radical auquel nous prenons part en même temps qu’elle nous est donnée par un Dieu qui nous dépasse infiniment. Aussi, la foi est promesse d’un don, mais aussi participation active de l’homme qui se met à l’écoute de la Parole.

La foi, selon Barth, n’est donc pas une obligation, mais une permission : puisqu’il s’est offert à nous, nous avons la possibilité, par reconnaissance, de lui donner le peu que nous avons à donner. La foi, c’est la liberté de se confier totalement à Lui seul. Je ne peux que le dire: je sais que j’avais le choix de refuser Dieu dans ma vie et je suis infiniment reconnaissante qu’Il m’ait enjoint avec constance à lui répondre, à le rencontrer, à me soumettre avec joie à son projet pour moi.

La foi est pour moi un don auquel je peux m’opposer et même si cette énergie dépensée à le fuir est vaine car Il est toujours là, il est possible de passer sa vie à refuser Dieu plutôt que choisir d’entrer pleinement dans son projet de rencontre avec nous.

Je rejoins ainsi ce que Guillaume disait de cette vie à « contre-courant » : elle a été particulièrement vraie pour moi dans mon entourage laïc, agnostique ou athée. Et je me suis souvent redis ces paroles de Barth au sujet de la lecture de la Bible :

Ce n’est pas apprendre comment nous pouvons être consciencieux, honorables et secourables dans notre vieux monde accoutumé, au milieu de ses traditions et de ses lois, mais de découvrir un monde nouveau qui est fondé et s’étend, le monde dans lequel Dieu règne. (Karl Barth, Le nouveau monde de la Bible).

Je rejoins donc Guillaume pour qui la foi est conversion toujours actualisée, un changement profond dans nos vies opéré par la puissance du Christ ressuscité. Comme lui, je pense que la vie en Christ prime sur la réflexion de ce que doit/devrait être la vie chrétienne et partant, dépasse l’appartenance à telle ou telle confession, tradition, Eglise.

Barth nous donne une réflexion sur quel type de vie engage la foi: cette vie ne se confond pas avec des règles morales, elle est au-delà de nos catégories de réflexion. Là aussi, je rejoins Guillaume qui se pose la question de l' »éthique » et crois pour ma part que ce n’est pas ce qui prime dans la foi.

Voici donc ce que je peux témoigner : comme Barth, j’aime à expliquer quand je dois rendre compte de ma foi qu’elle est un « événement » qui « manifeste toute la liberté dont Dieu use à l’égard de l’homme en même temps qu’il la lui donne », et que par cette liberté qui m’a été donnée, je souhaite répondre au grand « OUI » de Dieu par mon « OUI », aussi petit et fragile soit-il (cette formule du « oui » que tout lecteur de Barth connaît bien).

Je me réjouis de continuer ce dialogue avec la chronique de Guillaume ces prochains jours, et entrer également, si vous le souhaitez, en dialogue avec vous, lecteur ou lectrice de nos chroniques,

Belle journée

Cécile

Mardi 14 février

Bonjour,

Guillaume évoquait mardi passé la dimension communautaire de la foi, et citait frère John au sujet des premiers chrétiens, du courage qu’ils avaient de vivre leur foi ensemble à contre-courant.

Je dois dire à ce sujet que j’ai été particulièrement touchée tant par la solidarité des premiers chrétiens que par les problèmes que les communautés rencontraient quelques années à peine après leur fondation.

Je participe cette année aux Explorations théologiques et Pierre de Salis a animé notre dernier week-end de formation autour de Paul à Corinthe. Je connaissais déjà les tensions au sujet de la circoncision, mais les deux épitres de Paul aux Corinthiens montrent aussi que bien d’autres détails n’allaient pas de soi : l’égalité entre les frères et sœurs, les viandes sacrifiées, la nourriture partagée lors des rencontres, la place dans la maison hôte de la communauté : on se croirait dans nos paroisses qui font face à des problèmes pratiques, des tensions qui ne semblent rien à voir avec l’essentiel de la foi. Nous avons fait un jeu où un conseil de paroisse écrivait au Conseil synodal pour savoir si oui ou non il fallait servir du vin avec la soupe de Carême… et l’échange épistolaire soulevait bien des problèmes plus qu’il n’en réglait…

Paul doit aussi faire face à la concurrence des « faux apôtres » et rappelle à son sujet : « Nous ne nous prêchons pas nous-même ; c’est Jésus-Christ le Seigneur que nous prêchons » (2 Co 4, 5) et au-delà de tous les aspects concrets, réaffirme toujours le centre de son message : « ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-même » (1Co 6, 19) et donc,  « au nom de Christ, soyez réconciliés avec Dieu ! » (2 Co 5, 19).

Cette attitude de Paul, si habile en arguments rhétoriques, si prompt à s’affirmer, toujours prêt à faire face aux problèmes concrets… mais en même temps humble devant le Christ qu’il prêche et à qui il remet tout au bout du compte… Paul me fait penser en bien des points aux réformateurs à la base de notre confession protestantes réformée !

C’est en lisant Paul que Luther a eu ses plus grandes révélations, c’est avec Paul qu’il a pu réaffirmer la gratuité du salut de Dieu pour chacun et chacune, c’est à l’exemple de Paul et sa remise en cause de la loi qu’il a eu le courage de s’opposer aux déviances de l’Eglise de Rome. Dieu est Dieu et nous autres protestants n’en avons pas le monopole, mais c’est pour la vigueur de cette réaffirmation des « soli » (l’écriture seule, la foi seule, la grâce seule, le Christ seul) que je suis attachée à mon Eglise, attachée mais non moins triste parfois lorsqu’elle s’en écarte.

Comme le disait Guillaume, la foi est une expérience de vie partagée avec d’autres êtres humains et cette expérience ne se cantonne pas à l’Eglise. Avec Paul, et avec nos réformateurs, je crois comprendre qu’être communauté en Christ ne va et n’ira jamais de soi, mais que dans notre faiblesse, en réaffirmant la souveraineté du Christ sur notre vie et sur notre Eglise, nous saurons, autant de fois qu’il sera nécessaire, nous « réformer ».

De l’héritage réformé, je ne ferai pas une nouvelle « loi », mais par cet héritage, je sais que j’appartiens à une tradition qui n’a pas eu peur d’aller à contre-courant pour sans cesse se rapprocher de Dieu tel que le Christ nous l’a révélé. Ceci étant posé, je n’hésiterai pas à reconnaître dans d’autres sensibilités ou confessions chrétiennes ce qui nous rapproche en Christ plutôt que ce qui nous sépare, et je n’hésiterai pas non plus à rejeter certains « dogmes » posés par nos réformateurs (voir ma chronique sur la double prédestination de Calvin).

Guillaume a noté mardi passé qu’un moteur de sa foi était de sans cesse se rappeler la communion au Christ : c’est également vrai pour moi et j’espère que cette vérité est partagée par les membres de mon Eglise. N’ayons pas peur d’aller au-delà du cadre institutionnel, car, comme dit encore Paul aux Corinthiens : « ne jugez de rien avant le temps, jusqu’à ce que vienne le Seigneur qui mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres et qui manifestera les desseins des cœurs » (1 Co 4, 5).

Et dans cette suspension du jugement, qui va de pair avec celui de l’ego dont parlait Guillaume la semaine passée, je crois que nous pourrons, comme le souhaitait Guillaume, redécouvrir la joie d’être enfants de Dieu justifiés et pardonnés en Jésus-Christ, soutenus par son Esprit.

Une joie qui ne vient pas de l’impression d’être parfaits, mais d’être sauvés, une joie qui ne vient pas du bien que nous faisons, mais de la vie qui nous est donnée, une joie qui ne vient pas de nos mérites, mais de l’espérance en Dieu qui en Jésus-Christ opère parmi nous par son Esprit, une joie non des efforts que nous faisons, mais de la grâce qui nous est faite de rencontrer l’autre, toujours unique, en Christ,

Bien à vous

Cécile

Mercredi 15 février

Bonjour à vous,

En écho à Guillaume, je vais aborder aujourd’hui l’épineuse question de la diversité des spiritualités et de la spécificité de la foi chrétienne.

Je pense qu’aussi dévoyées que soient les spiritualités dont peut s’enticher notre société occidentale, cet appel fort, cet aspiration à la spiritualité est un mouvement sincère. Mon premier regret est que nous n’ayons pas su, en tant que chrétiens, répondre à l’appel de contemporains qui, coupés du christianisme n’y ont pas trouvé refuge quand ils ont ressenti cette faim spirituelle.

Comme Guillaume, je n’accorde pas beaucoup de crédit à ces spiritualités du sachet de thé, comme il disait si bien, (à savoir celles qui nous recentrent sur l’ego : la tisane que je bois ce matin me dit : « Affirmation et confiance en soi » et me propose d’enserrer mon pouce dans ma paume). Je pense surtout que telles que nous les pratiquons en occident, ce ne sont que des « sous-produits » de grandes pratiques spirituelles auxquelles, même si nous n’adhérons pas, nous devons le plus profond respect (ce geste ayurvédique remis dans le contexte spirituel qui est le sien prend certainement tout son sens ; ce geste du corps peut peut-être devenir un outil de prière chrétienne comme l’est par exemple la méditation).

C’est peut-être dans cette capacité de « recentrement qui décentre » que je fais la différence. Je radicaliserais la pensée de Guillaume qui notait que la foi chrétienne consistait en un décentrement en Dieu. Je dirais que ma conversion a été à la fois recentrement et décentrement, je crois pouvoir affirmer qu’en Christ, c’est bien sur l’individu qu’est mis l’accent, mais un individu qui s’est librement donné à Dieu. Je me sais unique et aimée de Dieu : recentrement ; Mais c’est la foi, la grâce, le Christ à travers l’Ecriture et le don de l’Esprit qui me donne de me rencontrer moi-même : décentrement. La foi, c’est pour moi m’ouvrir de plus en plus à cette grâce, me découvrir de plus en plus dans le projet de Dieu pour moi : plus je me décentre en Lui, plus je me recentre en moi !

Ce qui distingue pour moi les religions et spiritualités qui ne sont pas chrétiennes des spiritualités « sachets de thé », c’est peut-être précisément qu’elles cherchent à mettre l’homme en relation avec le Tout Autre, qu’elles opèrent également ce décentrement-recentrement qui est le nôtre. A ce sujet, je reviens à la recommandation de Paul : « ne jugez rien avant le temps ». J’oserai aller plus loin en disant que la chrétienté est peut-être pire que les spiritualités sachets de thé quand elle prêche la morale plutôt que la vie en Christ, quand elle dicte des comportements plutôt qu’elle n’invite à s’ouvrir à l’Esprit de Dieu à travers les Ecritures, quand elle juge les autres plutôt que les aimer comme autant de prochains tous uniques et aimés fondamentalement de Dieu.

Pour moi, la spécificité chrétienne reste donc la vie, la mort et la résurrection du Christ en qui Dieu entre dans nos vies aujourd’hui par le don de l’Esprit. C’est pour moi une vérité qui fonde mon existence, le jalon qui me mène à « trier » ce que je peux recevoir des autres spiritualités (ainsi je peux utiliser les postures de yoga pour prier Dieu, mais je ne peux pas les mettre en pratique dans une optique autre qui serait par exemple l’adoration du soleil).

Je pense donc que la grâce de Dieu ne s’oppose pas à l’accomplissement de soi proposé par les spiritualités du sachet de thé, mais je pense que cet accomplissement doit être entièrement remis à Sa volonté, non à la nôtre : « ce n’est pas moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » note Paul. Or, il me semble clair que le projet de Dieu pour moi est la vie, et de quel plus bel accomplissement rêver ? Je ne suis pas maître de cet accomplissement de ma personne, mais j’y aspire en Christ et m’y ouvre par son Esprit. Comme le note Karl Barth dans un commentaire du Credo, je crois « en » Dieu, ce qui signifie : « A l’instant où je crois s’accomplit une rencontre, je me sens saisi et rempli par l’objet de ma foi, je ne suis pas seul, Dieu vient à notre rencontre et en toute circonstance je suis à lui ».

Guillaume reprenait frère John pour noter à juste titre que c’est de cette vie qu’il faut rendre témoignage. Barth lie également d’emblée cette rencontre avec Dieu à la vie et parle également de ce recentrement-décentrement : « S’abandonner à cette certitude et en vivre : Dieu est là pour moi […] ce n’est plus en moi-même que je dois avoir confiance, je n’ai plus à me justifier, m’excuser, me sauver, me préserver ». Je crois que les mots vie-rencontre-confiance forment un bon trio pour témoigner de notre foi en Christ mort et ressuscité,

Je vous souhaite une belle journée

Cécile

Jeudi 16 février

Bonjour,

Jeudi passé, Guillaume nous parlait de la résurrection, mais aussi de la mort de Jésus-Christ. Il rappelait qu’il ne fallait pas négliger le rôle de la mort.

Je remarque pour ma part que les mots mort et vie sont très utilisés dans le langage courant, et je trouve qu’il est très important, en tant que chrétien.ne, de spécifier ce que ces termes engagent pour nous.

Tout d’abord, il ne s’agit pas de la vie et de la mort biologiques même si cet aspect est compris. La mort et la résurrection de Jésus ne font pas de lui un héros, une sorte de superman en qui nous avons confiance, qui reviendra de Crypton pour nous sauver lors des catastrophes naturelles, des guerres ou de l’invasions des aliens !

Non, la mort et la résurrection de Jésus changent le sens de la vie et de la mort pour nous aujourd’hui : en fait, nous sommes tous devenus en lui des petits apprentis supermans (c’est une pique, je ne l’expliquerais peut-être pas comme cela à un ami athée).

Bref, je vais profiter en ce jour de revenir à la question du témoignage et de la spécificité de la religion chrétienne, et pour cela, je suivrai à nouveau Barth qui me sert de fil rouge théologique.

Comme le disait Guillaume, la mort est là, il ne faut pas négliger son rôle. Comme négation de l’existence, elle prend de nombreuses formes dans nos vies. Simplement en tant que chrétiens, nous avons une certitude : la mort n’a pas le dernier mot. Nous pouvons donc changer de regard sur la mort et la vie, et, à mon avis, nous devons en changer le sens. Beaucoup de personnes pensent que Dieu ne nous accompagne pas chaque jour, que nous mourrons sans lui et que les chrétiens croient à un jugement dernier qui interviendra on ne sait quand, quand il daignera envoyer son fils (l’ingrat, pourquoi ne le fait-il pas tout de suite ?).

Je crois que nous devons témoigner et avoir le courage de dire qu’en remettant notre vie à Christ, nous sommes déjà « morts » à cette conception des choses, et que par sa résurrection, nous vivons déjà une vie nouvelle et éternelle. Bien sûr nous allons souffrir, nous allons mourir biologiquement mais, nous croyons en Dieu qui nous a déjà sauvé de cette mort et a un projet de vie pour nous qui nous dépasse infiniment. A l’échelle de la vie, cela signifie que, de même que nous allons mourir biologiquement, nous allons souffrir dans notre humanité, nous ne sommes pas à l’abri du malheur et de la maladie, mais nous avons confiance qu’en ces moments de morts, le Christ vivant nous accompagne par l’Esprit et nous relie au Père à la vie éternelle.

Barth, dans « Le Chrétien et la société » témoigne de ce nouveau rapport à la mort :

Connaître la résurrection et y participer, voilà ce que j’appelle notre « mouvement » […] La vie divine est Tout Autre, éternelle, mais c’est justement ce qui nous oblige à croire que, pour nous aussi, c’est la vie éternelle qui mérite d’être appelée « Vie » […] La lumière que la connaissance croissante de Dieu a fait lever dans notre âme nous empêchera chaque jour davantage de consentir au caractère définitivement mortel de notre existence terrestre […]

A partir de ces paroles de Barth, je crois que dans notre témoignage, il est important de rappeler à notre interlocuteur la valeur des mots mort et vie : nous pensons que la vie éternelle a fait irruption définitivement dans notre monde et dans nos vies à la résurrection du Christ. Nous sommes donc « morts » à toute autre degré de réalité car nous avons choisi cette Vie nouvelle et toute différente.

En fait, nous inversons les valeurs : pour nous la mort est éphémère alors que pour les non-croyants elle est souvent définitive, nous croyons que la mort est toujours un point de départ et pas d’arrivée. Nous croyons que la vie est éternelle et pas simplement une tranche d’années passées sur cette terre… Et cette Vie éternelle, c’est un passage de la mort à la vie que nous pouvons chaque jour expérimenter et comprendre un peu plus en profondeur dans nos vies chrétiennes : c’est de cela que nous pouvons témoigner.

Et, à ceux qui nous diraient que face à cette certitude, autant mourir biologiquement tout de suite pour s’épargner les souffrances de la vie, nous pouvons toujours réaffirmer que cette vie éternelle est déjà là et qu’elle peut être goûtée aujourd’hui… C’est pourquoi Barth insiste tant sur la place du chrétien dans la société. Nous ne devons pas déconnecter le Royaume de notre monde, je cite encore Barth :

La vie du Christ est une force impérieuse qui nous oriente nous et notre vie sociale vers un nouveau et tout autre réalisme. Il nous est impossible de ne voir dans notre monde éphémère qu’une parabole. […] Il faut que nous pénétrions tout entiers dans cet ébranlement et ce bouleversement, dans ce jugement et dans cette grâce, elle qui confirme la présence de Dieu dans notre monde actuel.

Comme disait Guillaume, « Vivons en tant que filles et fils de Dieu pardonnés et délivrés », j’ajouterai avec Barth, laissons-nous mettre en mouvement par « la force d’une vie vouée à la gloire de Dieu ».

Faisons de chaque acte de nos vies un témoignage de notre foi en la vie éternelle déjà présente. Comme le dit encore Barth : « ce point de vue limitera toujours notre attitude, qu’elle soit naïvement positive, qu’elle soit critique vis-à-vis de la société. En Dieu notre attitude trouve son juste rapport entre « oui » et « non » »

Disons donc oui à tout ce qui témoigne de la vie éternelle dans notre monde, et osons dire non à tout ce qui empêche cette bonne nouvelle d’être entendue et vécue. Surtout, cultivons et manifestons notre confiance en ce Dieu qui nous aime, nous justifie et nous pardonne en Christ et nous accompagne dans cette nouvelle réalité par son Esprit,

Bien à vous

Cécile

Vendredi 17 février

Bonjour,

De même que Guillaume, je me rends compte qu’une semaine est bien courte pour faire le tour des fondamentaux de notre foi !

Guillaume proposait la semaine passée une méditation sur un extrait de Zundel tiré de Dieu dans notre quotidien, dont la conclusion était la suivante : « Finalement, il dépend de nous aujourd’hui que le Christ soit reçu, qu’il se fasse chair et qu’Il habite parmi nous ».

Je ne saurais dire pour ma part que cela peut dépendre de nous, car je crois que la vie du Christ en nous est souvent plus mystérieuse qu’issue de notre volonté : elle n’en reste pas moins réelle et nous pouvons certainement apprendre à reconnaître cette présence pour lui donner de plus en plus de place en nous…

Cependant, cette certitude exaltante de savoir que Christ vit en nous ne doit pas nous mener à juger les autres, encore moins à nous juger nous-mêmes. Rappelons-nous que c’est Dieu qui vient à nous en Christ, appelons-le dans la confiance, et suspendons notre jugement sur nous-mêmes et les autres.

Je citerai pour nous affermir dans cette certitude que la Volonté de Dieu opère de manière diverse dans notre désir de nous en remettre à Lui le passage de l’épître aux Romains qui suit la fameuse consigne : « revêtez le Seigneur Jésus-Christ » (en écho à Zundel qui nous dit de « montrer le Christ en nous ») :

Accueillez celui qui est faible dans la foi, sans critiquer ses scrupules. La foi de l’un lui permet de manger de tout, tandis que l’autre, par faiblesse, ne mange que des légumes. Que celui qui mange ne méprise pas celui qui ne mange pas et que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange, car Dieu l’a accueilli. 

Qui es-tu pour juger un serviteur qui ne t’appartient pas ? Qu’il tienne bon ou qu’il tombe, cela regarde son propre maître. Et il tiendra bon, car le Seigneur a le pouvoir de le faire tenir. 

Pour l’un, il y a des différences entre les jours ; pour l’autre, ils se valent tous. Que chacun, en son jugement personnel, soit animé d’une pleine conviction. Celui qui tient compte des jours le fait pour le Seigneur ; celui qui mange de tout le fait pour le Seigneur, en effet, il rend grâce à Dieu. Et celui qui ne mange pas de tout le fait pour le Seigneur, et il rend grâce à Dieu. 

En effet, aucun de nous ne vit pour soi-même et personne ne meurt pour soi-même. Car, si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur : soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. (Rm 14, 1-8)

Dans la suite de ce passage Paul nous exhorte à cesser de nous juger les uns les autres, mais nous recommande aussi de ne pas « attrister » nos frères et sœurs par des pratiques contraires aux leurs. Soyons donc attentifs à la manière dont nos frères et sœurs et Christ conçoivent et pratiquent leur foi, et menons-nous les uns les autres à accepter les différences selon ce rappel de Paul :

« Car le Règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14, 17)

Ne nous condamnons pas nous-mêmes, ne jugeons pas les autres, et remettons-nous ensemble à ce Dieu qui nous aime au-delà de nos habitudes alimentaires, de nos convictions sociales, de nos préférences morales en cherchant toujours, dans la confiance que Dieu saura nous guider par l’Esprit-Saint, son royaume de justice, paix et joie,

Je vous souhaite un très beau week-end

Bien à vous

Cécile

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