Chronique d’octobre 2017. Shimwa Mana ! (Dieu soit loué !)

Shimwa Mana ! (Dieu soit loué !)

 

– Alléluia !
– Amen !
– ALLELUIA !!!
– AMEN !!!

 

 

Chers frères et sœurs, chères et chers amis,
C’est par ce court échange, que vous pouvez imaginer progressif en puissance, que commence la prise de parole d’un orateur face à l’assemblée, dans la Eglise Presbytérienne au Rwanda que j’ai fréquentée lors de mon voyage, cet été. C’est donc par cette affirmation dont mes hôtes ont préservé la ferveur de louange que je voudrais commencer cette chronique: Alléluia : loué soit le Seigneur !

J’ai eu la chance de représenter l’Eglise Réformée Evangélique Neuchâteloise à un séminaire international de formation organisé par la Cevaa-Communauté d’Eglises en Mission. Ainsi j’ai retrouvé à Kigali une septantaine de jeunes (et moins jeunes) représentants des Eglises membres de cette communauté d’Eglise. Le séminaire avait pour objectif la formation des animateurs et responsables de jeunes en Eglise.

Un voyage comme celui que j’ai vécu, avec les rencontres qu’il implique, marque, décape, ouvre l’esprit, fait pleurer, interroge… C’est quelques-unes de ces émotions que je voudrais essayer de partager avec vous. C’est même une forme de devoir que de rendre compte de la riche diversité découverte lors de ce voyage, par la grâce de Dieu.

Guillaume

Semaine du 1er octobre

Chers amis,
Lorsque je tire les images de cette aventure hors de ma mémoire, quand je les remonte à la surface et leur demande de parler véritablement et par-là de s’incarner, ce sont des larmes de joie, de reconnaissance et de nostalgie qui me montent aux yeux. Je vais néanmoins essayer de vous donner un aperçu de mon expérience.

Nous formions une équipe de cinq suisses, représentants d’Eglises réformées romandes. La dizaine d’heures que nous avons passé à voyager nous a tout d’abord permis d’un peu mieux nous connaître. Nous ne nous étions vu qu’une seule fois pour préparer ce voyage. Je n’avais jamais fait un voyage avec tant de kilomètres au compteur. C’est, je trouve, si difficile de comprendre réellement, de mentalement prendre conscience de la distance parcourue.

Toujours est-il que nous débarquions le vendredi 11 août de cette année dans le petit aéroport de Kigali, capitale du Rwanda. Le transport jusqu’au quartier paroissial d’Isano m’a paru irréaliste, complètement déroutant. Je n’avais pas encore voyagé dans ma tête, et il a fallu très rapidement se rendre compte de l’incapacité totale à être en prise avec ce qui se passait physiquement autour de moi. Il fallait se laisser guider puisque à ce moment tous mes repères n’avaient plus aucune validité.

 

Nous entrions alors dans le weekend précédant le séminaire à proprement parler, weekend où les arrivées se succédaient et durant lequel nous avons pu apprendre à se connaître. Je ne résiste pas à l’envie d’énumérer la liste des pays représentés : Polynésie française, Maroc, Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Congo-Brazzaville, Centrafrique, Afrique du Sud, Zambie, Lesotho, Madagascar, Maurice, Mozambique, France, Italie, Suisse et bien sûr Rwanda.

Dès le premier jour sur place, nous avons été plongés dans la réalité d’un pays qui, 23 ans après, est toujours au sortir du génocide. C’est un pays dont on sent très concrètement qu’il se reconstruit encore aujourd’hui. Notre première activité a donc été de découvrir l’histoire de ce pays par l’un des angles de vue possibles : la visite du Mémorial du génocide de 1994, situé à Kigali. Il y a assez de sites internet et de livres décrivant l’horreur qui a plongé le Rwanda dans le chaos au début de l’année 1994 pour que je ne m’attarde sur l’histoire rwandaise dans son détail. Je préfère donner au long de ce mois des indications sur ce que j’ai pu vivre et découvrir à son propos durant mon court séjour rwandais.

C’était si particulier de se dire que la majorité des gens que nous côtoyions avait vécu ces « 100 jours durant lesquels seul le diable était à l’œuvre dans la nuit complète et ininterrompue », pour citer une pasteure rwandaise avec qui certains d’entre nous ont eu la chance de partager et de découvrir le récit de son douloureux passé .

Le témoignage direct, pour le coup au détour d’une bouchée de pommes de terre ou de banane, est plus marquant que tout, surtout lorsque la personne qui raconte nous est devenue proche après plusieurs jours d’échanges. Je reviendrai donc au long du mois sur ce qui se vit au Rwanda, puisque la vie y est profondément « post-génocidaire ». Cette visite nous a unis pour la première fois dans la prière, autour d’une tombe. J’ai rarement si bien compris ce que signifiait l’union, la communion en Christ. Démunis et brisés par la réalité de ce génocide d’une violence inimaginable, de tant de sang innocent encore frais, nous ne pouvions que nous tourner vers Dieu et lui remettre le Rwanda, les Rwandaises et les Rwandais.

Dimanche jour du Seigneur fut un jour particulier. En qualité d’invités d’honneur, nous avons traversé le pays pour participer à la cérémonie de clôture de la semaine d’évangélisation de notre église-hôte, l’Eglise Presbytérienne au Rwanda.

Nous voilà donc partis, à six heures du matin, pour avaler en cinq heures les 140 kilomètres nous séparant de Rubavu, au bord du lac Kivu, non loin de la République Démocratique du Congo. A une vitesse de croisière de 45-50 km/h, il était tout à fait possible de contempler le pays des mille collines.

Ce rapport rapproché avec la campagne était aussi un moyen de découvrir une partie de la réalité des autochtones. Nous comprenions quelles étaient les préoccupations premières du jour : aller chercher de l’eau pour l’usage quotidien en est une. Le Rwanda n’est toutefois de loin pas le pays le plus pauvre que j’aurais pu visiter. Ces voyages ont aussi été l’occasion de partages, de rires, de chants, d’une fraternité qui se découvrait kilomètre par kilomètre… ”The time to be happy is now, the place to be happy is here and the way to be happy is to make someone happy and we’ll find a little heaven down here” (le temps pour être heureux est maintenant, le lieu pour être heureux est ici-même, et le moyen d’être heureux est de rendre quelqu’un heureux. Alors nous trouverons un petit paradis ici-bas), comme nous le chantions, entassés dans nos petits bus bondés.

Il y a encore beaucoup à dire sur cette expérience de rencontre et de joie que j’ai eu la chance de vivre… La suite au prochain numéro. Je termine, joyeux de revivre ces moments en essayant de vous en partager quelques fragments. Jésus Christ était parmi nous, il était là-bas, il est parmi nous, il est ici.

Belle semaine à chacune et à chacun !
Guillaume

Semaine du 8 octobre

Chers amis,

Comme je l’écrivais la semaine dernière, nous avons eu la chance d’être invités à cette célébration dominicale un peu particulière, puisqu’elle clôturait la semaine annuelle d’évangélisation de l’Eglise Presbytérienne au Rwanda. J’expliquais que, malgré la fatigue due au transport, cette expérience était certainement le meilleur moyen d’apprendre à se connaître. J’ai été touché par le fait que, rapidement, un échange permet de sentir profondément la réalité de vie de notre interlocuteur. C’est une manière de comprendre les préoccupations concrètes de la vie de l’autre : à ce moment-là, quelle incroyable découverte ! D’un mal de tête exprimé à l’étudiante en médecine présente au séminaire, j’ai eu la possibilité de découvrir la réalité de ce qu’elle vit, des difficultés rencontrées (souvent assez éloignées de ce que nos idées préconçues nous font croire), mais surtout de ses motivations à être au service de ses frères et sœurs, de sa foi, de ses aspirations, de ses perspectives, …

La célébration vécue aussi permet d’observer les préoccupations des croyants rwandais, comme leur rapport public au culte de Dieu, leur rapport à Dieu et leurs rapports les uns aux autres. Le culte a eu lieu dans un stade de football, et la majeure partie du temps a consisté en la succession de chorales sur l’estrade, entrecoupées par des prières, des lectures bibliques et une prédication.

La photo montre la fin de la procession d’entrée, composée des ministres de l’église. Devant eux, les sœurs de la communauté de l’église, les pasteurs qui allaient être consacrés, les anciens d’église, les louveteaux et la fanfare qui ouvrait puissamment la marche.

La célébration a duré cinq heures. Je veux ici remercier les paroissiens qui ont fait l’effort de nous traduire les prières et la prédication. C’est aussi l’occasion de dire à quel point tous les Rwandais ont donné de leur temps, de leur argent et de leur personne pour que nous nous sentions bien et accueillis. J’aurai l’occasion d’en reparler lorsque je raconterai les visites que nous avons faites des écoles de l’église.

A voir absolument pour vous faire une idée de la célébration vécue et du groupe que nous constituions : nous avons improvisé une chanson (improvisé, car la répétition de la veille était vraiment très courte et pas très appliquée), en voici le résultat, qui donne ceci. (merci à mon frère Epimaque pour ces vidéos, si par hasard tu me lis)

Le retour s’est fait en chantant à tue-tête : quand l’idée a été lancée de chanter des cantiques, je m’attendais à des chants énergiques, comme certains chants du recueil JEM ou autres chants plutôt modernes. J’ai été servi pour ce qui est de l’énergie (j’étais alors bien fatigué et avais un solide mal de tête), cependant j’ai eu la surprise de réentendre tout un répertoire que nous connaissons bien, qu’on trouve même parfaitement dans le « Psaumes et Cantique », voire même dans l’ancien « Psautier Romand », comme le Psaume « Certes, c’est chose belle de louer le Seigneur » … arrangé avec l’énergie, les syncopes et les rythmes africains ! Quelle joie, quelle beauté, quelle surprise ! Mes frères et sœurs africains vivent quotidiennement avec ces cantiques (et bien d’autres aussi, croyez-moi), dont ils connaissent tous les couplets par cœur et les chantent d’une seule voix. J’ai été surpris de cela, du fait qu’ils viennent de plusieurs pays : c’est oublier que les missionnaires ne connaissaient pas les frontières lorsqu’il s’agissait de distribuer les psautiers.

Venons-en au lundi, premier jour de notre séminaire. Durant tout notre séjour, j’ai découvert la place importante du cérémoniel. Cette première matinée y a été exclusivement consacrée : Nous avons eu la chance d’entendre plusieurs discours, comme par exemple celui du pasteur André Karamaga, secrétaire général du Conseil des Eglises de Toute l’Afrique (CETA) et celui de M. le Président de l’EPR, le Révérend Docteur Pascal Bataringaya. La chorale de la paroisse du lieu était également là pour nous accueillir.

Il s’agit maintenant de dire quelques mots de la Cevaa-Communauté d’Eglises en mission, organisme organisateur grâce auquel tout cela a été possible. La Cevaa-Communauté d’Eglises en mission est, comme son nom l’indique, une communauté d’Eglises, née d’une réflexion sur le sens de la mission après la décolonisation. En effet, si jusque-là la mission de faisait principalement du Nord au Sud, il s’agissait dans les années 1970 de savoir s’il était encore pertinent voire permis d’utiliser le mot même de « mission ».

Plutôt que de supprimer la notion de « mission » (car elle est bel et bien tirée de l’Evangile), il fut décidé de la redéfinir : il s’agit désormais de prioriser le partage évangélique ainsi que les connaissances de chacun et de mettre en commun les forces pour évangéliser et peut-être même avant tout « s’évangéliser » les uns les autres. C’est comme cela que différentes Eglises, en particulier celles créées par la Société des Missions Evangéliques de Paris, se sont unies en la Cevaa-Communauté d’Eglises en mission, auparavant Communauté Evangélique d’Action Apostolique, CEVAA.

Voici ce que nous pouvons lire sur le site de la Cevaa :

La Cevaa est une Communauté d’Eglises protestantes en Mission, créée en 1971 à Paris. Elle regroupe actuellement 35 Eglises protestantes réparties dans 24 pays en Afrique, en Amérique Latine, en Europe, dans l’Océan Indien et dans le Pacifique. 

Partager, c’est parler de Dieu. Il aime et partage sans condition. La mission naît de ce partage. A la Cevaa, la foi est vécue en dialogue avec nos voisins d’autres religions. La relation avec l’autre, l’ouverture, l’écoute, sont les raisons d’être de la Cevaa et les moteurs de son action. La Cevaa agit, nourrie de cette rencontre avec le voisin. La vie communautaire est un don de Dieu. Nos différences sont un signe de sa plénitude. Nous avons besoin les uns des autres pour nous encourager dans les soucis et les joies, pour louer et célébrer, pour prier et porter ensemble notre espérance. 

Ce site est très bien fait, je le recommande pour qui veut en savoir plus: par ici!

Il faudrait aussi parler de l’endroit dans lequel nous nous trouvions, j’y reviendrai la semaine prochaine. D’ici-là, je souhaite à chacune et à chacun une semaine remplie de la paix du Christ.

 

Fraternellement,

Guillaume

Semaine du 15 octobre

Chers amis,

Bienvenue sur cette page aujourd’hui et bonne lecture !

Demain d’accord, aujourd’hui d’abord

Le but de mon voyage au Rwanda était bel et bien d’assister à un séminaire de formation. Le thème, précis, conviait les représentants des Eglises membres de la Cevaa à réfléchir à l’articulation de la jeunesse, de l’Evangile et de la culture dans notre monde en mutation.

En soi, dans notre « monde en mutation », les conférences auraient techniquement pu se diffuser par vidéoconférence. De quoi économiser le prix des billets d’avion, et un tas de tracasseries administratives et logistiques. Cependant, le logo de la Cevaa, représentant un humain formé par deux mains qui le protègent, montre que nous avons besoin des autres pour nous construire. C’est que le véritable partage, celui par lequel nous rencontrons l’autre au travers de son regard, c’est un partage qui rend véritablement efficace le slogan « Jeunesse dans l’Eglise : demain d’accord mais aujourd’hui d’abord ».

 

Témoigner humblement du caractère unique du Christ

Mais parlons un peu du contenu du séminaire. Comme j’en ai déjà parlé, le lundi était consacré à la cérémonie d’ouverture, ainsi qu’à une présentation de la Cevaa. Nous avons ensuite enchaîné le mardi avec un atelier intitulé « Vivre sa foi avec les autres », animé par le pasteur Jean-Luc Blanc, du DEFAP (DM français). Voici ce que j’écrivais à ma copine le jour même :

 

« …puis le temps activités, par le pasteur Blanc. C’est un Français qui a vécu toute une partie de son ministère au Maroc et qui connaît donc de près le monde musulman. Le thème était le dialogue interreligieux… Sujet difficile et clivant. Mais ça s’est bien passé. Difficile toutefois de parler de tolérance quand certains participants savent que leurs concitoyens meurent sous boko haram pas très loin de chez eux… »

En général, après une introduction au sujet, le plus souvent tirée de son expérience de vie, l’orateur présentait une méthode d’animation.

L’objectif était double : que nous puissions échanger autour d’un sujet, mais également que nous nous repartissions chacune et chacun dans nos Eglises respectives en apportant de nouvelles manières d’envisager un texte ou une problématique.

Par diverses méthodes, nous réfléchissions donc, en petits groupes. Sur le sujet du dialogue islamo-chrétien, j’ai pris conscience de beaucoup de choses. L’une est l’existence d’un nombre incalculable de personnes « charnières » : des musulmans croyant en Christ. Non pas des personnes doutant de leur foi et se rapprochant de plus en plus du christianisme, non ! Des musulmans convaincus qui ont une forte foi en Jésus le Christ. Ces cas nous montrent qu’il y a des points de rencontre possibles. J’aime beaucoup ce que dit le DEFAP sur le sujet :

« Confiants dans le message de l’Evangile, nous sommes appelés à dialoguer de façon authentique avec les personnes appartenant à d’autre religions ou celles qui n’en ont aucune, à pratiquer l’hospitalité et à témoigner humblement auprès d’elles le caractère unique du Christ »

J’aime particulièrement la dernière partie… pratiquer l’hospitalité et témoigner humblement auprès d’elles le caractère unique du Christ… c’est être accueillant, dans une ouverture qui n’est possible que grâce à la joie profonde et la confiance que Dieu met dans nos cœurs. C’est aussi reconnaître notre juste place dans le monde, si vaste, des humains, c’est-à-dire rester humbles face à celui, celle qui croise notre route. « Témoigner humblement » me rappelle que c’est par ma vie entière que je peux espérer témoigner du Christ, et non à coups arrogants d’arguments faciles et inauthentiques. Témoigner du caractère unique du Christ, c’est ne pas tomber dans un syncrétisme ou un relativisme qui efface toute particularité et la force de la Bonne Nouvelle.

 

Une stratégie pour les jeunes

Durant ce séminaire, une large plage de temps était dévolue à l’évaluation et à l’actualisation de la « stratégie jeunesse de la Cevaa ». Depuis quelques années, la Cevaa-Communauté d’Eglises en mission veut valoriser « le développement et l’épanouissement des jeunes de notre Communauté d’action et de partage (tant sur le plan spirituel, moral et intellectuel que physique) », selon l’introduction à la stratégie jeunesse signée en 2012. Des discussions passionnantes qui nous permettent de fixer des objectifs clairs pour concrétiser quelques axes tels que celui de consolider l’engagement des jeunes au sein de la Cevaa, celui de favoriser au sein de celle-ci des rencontres de partage et de réflexion entre jeunes encourageant leur formation à la justice et à la paix, et d’autres objectifs qu’il s’agissait de concrétiser par des moyens que nous devions inventer.

L’ambiance était toujours au rendez-vous, et le partage s’élargissait souvent bien au-delà de ce qui nous était demandé. Parfois nous nous heurtions à des incompréhensions, de fond ou de méthode. J’avais été prévenu avant le voyage que l’animation de groupe allait me dérouter. L’efficacité recherchée dans le partage en groupe trahissait mon mode de pensée « à la suisse ». Là encore, il s’agissait de lâcher du lest et être à l’écoute de la façon de fonctionner de l’autre.

Je parlerai prochainement des autres sujets abordés durant le séminaire, ainsi que des sorties que nous avons pu vivre durant la semaine. N’hésitez pas à commenter ci-dessous, si vous avez par exemple une question qui vous vient à l’esprit !

D’ici-là, je souhaite à chacune et à chacun une très belle semaine !

Bien à vous,

Guillaume

Semaine du 22 octobre

Chère lectrice, cher lecteur,

Me revoici pour la suite du récit de mon expérience au Rwanda. Je vais commencer par parler de ce qui se vivait dans les lieux que nous avons fréquentés une bonne partie du temps. Nous logions dans un hébergement de l’Eglise Presbytérienne au Rwanda. Il en existe plusieurs à Kigali. Celui dans lequel étaient logés la majorité d’entre nous était situé dans le quartier d’Isano – district du Kicukiro – situé à une dizaine de minutes du centre-ville. Nous disposions de chambres à quatre personnes, ce qui était agréable tant au niveau du confort qu’au niveau du partage et de la complicité rendue possible par ce petit nombre. Beaucoup de petites expériences ont renforcé les liens entre les participants au séminaire. La discussion sur le sujet de l’accessibilité à l’eau, par exemple, est venue suite au fait que, plusieurs demi-journées dans la semaine, l’eau était coupée sur le site : il y a à Kigali une répartition de l’eau disponible entre les différents quartiers de la ville. Ainsi, c’est faire l’expérience de tourner le robinet sans qu’une seule goutte n’en tombe…

La photo ci-contre montre deux choses marquantes : la première, c’est la végétation foisonnante, et ce malgré la saison sèche. Le Rwanda est un pays très verdoyant. Cela est dû entre autres à sa situation géographique d’altitude.

 

La seconde chose que l’on peut remarquer est la propreté de l’endroit. Cette propreté, à faire pâlir un suisse, est également une caractéristique du pays. Pourtant, par nos pas et les voitures, la terre s’envole facilement dans l’air, qui en est chargé, ce qui rend vite les surfaces rouges d’une fine poussière. Qu’à cela ne tienne : plusieurs fois par jour, ce sont des femmes qui, dès avant l’aube, s’appliquent à nettoyer tout ce qui est susceptible de recouvrir le béton si longtemps désiré. C’est un hommage que je voudrais rendre ici à ces ouvrières qui, à travers tout le pays, scrutent les routes avec leurs balais et leurs seaux d’eau. Ce sont des femmes aussi, qui, attentives à tous nos besoins, ont toujours été là, pour nous apporter de lourds jerricans d’eau lors des coupures, pour assumer toute l’intendance des repas et ainsi de suite…

Des événements et des sorties ont aussi agrémenté la semaine de séminaire. L’une des sorties a été la visite de l’un des parcs nationaux. Il s’agissait du parc Akagera, immense réserve naturelle d’un millier de km2 environ.

C’est dans nos petits bus que nous l’avons traversé, ambiance garantie malgré un mal de dos assez prononcé après quelques heures de route, ou plutôt de « piste ». Rencontre sympathique avec des zèbres, des antilopes, des gazelles, un phacochère, un bel éléphant… nous avons raté le lion et les girafes, au grand dam de certains.

Les paysages étaient véritablement à coupe le souffle : passage de la plaine à la savane, rivière où barbotaient crocodiles et hippopotames à l’allure tranquille… Et toujours ces collines et montagnes qui se succèdent. Au début du parcours, il se faisait sentir comme une forme de recueillement face à ce monde merveilleux que, pour beaucoup, nous découvrions pour la première fois.

 

 

Un autre événement nous occupa lors de cette semaine : le tournois de foot entre une équipe constituée de membres du séminaire et l’équipe de la paroisse d’Isano.

 

Autant dire que nous ne faisions pas le poids, mais cela reste un magnifique souvenir.

Le match a également permis une rencontre avec les habitants du quartier. En l’occurrence, autour du terrain jouaient beaucoup d’enfants. Les plus petits étaient captivés par le jeu du pneu qui roule au moyen d’un bâton.

Résultat : 8-0 pour Isano, des joueurs couverts de boue et une bonne partie de rigolade !

Revenons au centre d’accueil qui nous hébergeait. L’un des facteurs de cohésion a été la musique, et il faut le mentionner. On apprend beaucoup en écoutant ce que l’autre exprime par la musique. Comme nous avions la chance d’avoir des participants leaders musicaux de leurs paroisses, la musique était présente à chaque pause, à chaque moment de libre… Tout y a passé, de la danse malgache au rythme polynésien exécuté sur Ukulélé et j’en passe ! Et tout de suite, c’est « Viens ! Essaie de chanter ! Si si, tu vas y arriver » ! Et c’est parti !

Chers amis, je m’arrête là pour cette semaine. Mais la semaine prochaine sera plus fournie. Je parlerai des visites d’écoles que l’équipe suisse a pu vivre, après le séminaire. Je me permets aussi de dire que j’aborderai mon expérience rwandaise ce dimanche au culte de 10h00 à la Collégiale, mais cette fois sous un angle plus théologique. Soyez les bienvenus ! Ce sera aussi l’occasion d’entendre l’une des cantates que J.-S. Bach a écrit pour le dimanche de la Réformation.

En me réjouissant de ces prochains rendez-vous, je vous souhaite une très belle semaine !

Guillaume

Semaine du 29 octobre

Chers amis, chère lectrice, cher lecteur,

Je reviens sur ce site internet avec quelques dernières lignes sur mon voyage de cet été.

J’ai prévu de raconter aujourd’hui ce que j’ai vécu après le séminaire. En effet, sous l’impulsion de notre référente au DM-Echange et mission, les cinq représentants des Eglises réformées romandes que nous étions avons souhaité prolonger de deux jours notre séjour au Rwanda. Nous avons donc été pris en charge par l’Eglise Presbytérienne au Rwanda, après les difficiles au revoirs à nos amis de la Cevaa, pour deux jours de visites qui allaient constituer des moments inoubliables. Nous étions alors loin de nous douter de ce qui nous attendait…

La première visite fut celle du groupe scolaire Runda Isonga, l’une des six écoles de l’Eglise. Nous pensions que les visites d’écoles se dérouleraient sans trop de chamboulement : avec notre suissitude, « nous ne voulions pas déranger » ! Eh bien il a fallu rapidement se rendre compte que le sens de l’accueil est bien plus prononcé chez eux que chez nous et que nous ne pourrions pas passer inaperçu ! Pour se rendre compte de ce qui nous attendait à notre arrivée, cette photo :

Si nous pensions seulement que nous allions être reçus ainsi ! Tous les élèves présents étaient rassemblés pour nous souhaiter la bienvenue, en chantant et en dansant. En chœur, ils chantaient : « Bienvenue, nous sommes contents, nous sommes joyeux de vous accueillir » ! Quelle émotion ! Ils ont vraiment sorti le grand jeu. Les discours se sont ensuite suivis : M. le directeur du groupe scolaire, M. le ministre responsable des écoles de l’Eglise, Mme la pasteure de l’école… Discours tournés vers nous pour nous présenter le groupe scolaire, les différentes classes présentes, la situation de l’école par rapport aux autres établissements de l’Eglise, mais aussi tournés vers les écoliers pour leur dire qui nous étions, d’où nous venions et… ce que nous représentions. Voici un point dont nous ignorions l’importance jusque-là : si nous étions si bien reçus, c’est aussi parce que nous étions considérés comme une délégation du DM-Echange et mission, qui a financé une part de l’infrastructure actuelle. Ainsi, notre présence prenait un double sens : nous étions là d’une part pour la visite de groupes scolaires, qui représentent une un pan de l’Eglise ainsi qu’un aspect de l’éducation des enfants rwandais, et d’autre part en tant que représentants des donateurs et collaborateurs qui ont permis un pas dans l’amélioration des conditions d’enseignement.

Une fois les enfants rentrés dans leurs classes respectives, nous avons pu faire le tour de tout le domaine scolaire, accompagnés, en plus des personnes que j’ai mentionné plus haut, du représentant de l’association des parents d’élèves et de trois enseignants. Au programme : visite des classes, visite d’une citerne dont la réalisation a été possible grâce au DM, et témoignages des doyens des élèves. Ces derniers nous ont raconté à quel point le pavement en béton des salles de classe avait constitué une révolution : auparavant, le sol était en terre battue, et les élèves devaient aller chercher de l’eau pour « calmer la poussière » avant de commencer la classe. Le temps perdu à cela était considérable. Une autre amélioration de qualité fut l’installation de fenêtres vitrées. Avant cela, la classe se protégeait de la pluie et des tempêtes de vent par d’épais volets en bois, ce qui la plongeait dans l’obscurité. La visite se termina avec une invitation à manger dans la maison de la pasteure de l’école.

Mais pas le temps de chômer : le programme est chargé et nous reprenons la route, qui d’ailleurs devient de plus en plus campagnarde. Ces trajets sont en eux-mêmes des voyages à part entière, tant il y a à voir et à observer. Nous arrivons ensuite au lieu d’une seconde école. Dans ce nouvel endroit aussi, les élèves et les enseignants sont là pour nous accueillir en chantant, et ce sous un soleil de plomb. Nous apprenons par la suite qu’ils nous ont attendu pendant un moment, ce qui a dû être assez pénible.

Là encore, discours et témoignages ainsi qu’une visite du site. Nous sommes invités après cela dans une grande salle avec estrade. Sur cette dernière se trouve une table à laquelle nous sommes conviés, après nous être servi de nourriture. Impossible à décrire les sentiments qui nous traversent à ce moment-là, peut-être un mélange de reconnaissance, d’émerveillement et de gêne dû au malaise de manger « au-dessus » du corps enseignant.

Le contact avec les enfants n’a pas été triste non plus ! Etre encerclé par une centaine de gosses dont le but ultime est de vous toucher comme s’ils pourraient ensuite mourir en paix, cela a quelque chose d’un peu particulier.

On se sent idole, ce qui n’est pas très agréable. On se sent un peu idiot aussi, on ne comprend pas.

Le jour d’après fut d’un autre style. Après cet accueil triomphal dans les écoles, nous avons vécu un moment très fort au CPAJ, Centre Presbytérien d’Amour des Jeunes. Il s’agit d’une structure permettant l’accueil de jeunes de la rue, ou de jeunes en difficultés familiales. C’est une réalité pour beaucoup, suite au génocide de 1994.

Pour moi, cette visite au CPAJ était assez émotionnelle, l’Aumônerie de Jeunesse de notre paroisse s’y étant rendue en 2013 lors de son voyage de partage au Rwanda, pour la réalisation duquel j’ai participé à plusieurs actions de financement, comme par exemple la pièce de théâtre « Le Prix des rêves » écrite et mise en scène par Maëlle Bader. J’ai donc eu un plaisir immense à découvrir ce lieu si particulier et si important pour beaucoup de jeunes.

Au CPAJ, les jeunes sont libres de venir et/ou de repartir. Certains viennent au repas mais dorment à l’extérieur, d’autres profitent des dortoirs pour échapper à la rue… Les jeunes sont là pour un temps donné, ils savent qu’ils ne peuvent pas rester éternellement. Ils bénéficient donc d’un endroit où ils sont accueillis, où ils peuvent se nourrir, dormir, et où l’on s’occupe d’eux. Ils sont aussi scolarisés, chose des plus importante, le centre leur fournissant le matériel scolaire.

Nous avons eu la chance de rencontrer Fabrice de Joffrey, envoyé du DM au CPAJ. Il travaille là pour un total de treize mois, qui sont d’ailleurs bientôt écoulés. C’était beau de pouvoir prendre du temps avec lui, de connaître son point de vue sur la situation au Rwanda. Nous avons, suivant sa demande, amené de Suisse trois grosses valises d’habits, de jeux et de matériel scolaire pour les enfants du CPAJ. Je vous invite vraiment à lire ses lettres de nouvelles. Il écrit d’une manière très touchante. Voici la troisième, parue dernièrement 

Il y parle notamment de la situation de la cuisine du centre, que j’ai eu l’occasion de visiter. Vous pourrez voir dans sa lettre une photo de l’état actuel des lieux. Il est urgent de créer une nouvelle cuisine ainsi qu’un réfectoire. Je me permets de mettre le lien qu’il indique pour le financement du projet.

J’ai vu de mes yeux la pénibilité du travail qu’il est nécessaire d’accomplir actuellement pour nourrir ces jeunes : travailler dans un endroit presque fermé avec des fourneaux à bois crachant fumée et suie à la tête des cuisiniers, les fourneaux sommaires sont très énergivores (la quantité de bois nécessaire à leur fonctionnement est énorme), déplacer les plats entre la cuisine et un auvent distant de plusieurs dizaines de mètres, et ce par tous les temps… Enfin bref, je suis convaincu du bien fondé de la nécessité de nouvelles infrastructures. Je ne peux qu’encourager à soutenir le nouveau projet ! (Sur le site, également quelques magnifiques photos reflétant bien la vie au CPAJ)

J’aimerais aussi souhaiter le meilleur à Fabrice pour le temps qui lui reste à passer au CPAJ, ainsi que le succès de cette entreprise. On pense bien à toi depuis ici !

Le CPAJ accueille donc des jeunes, mais propose aussi à des personnes sans formation de suivre des cours, en vue de leur (ré)insertion dans le domaine professionnel. Nous avons donc également eu la chance de rencontrer des personnes suivant des cours de couture et de coiffure.

Difficile de savoir comment conclure le récit de ce que nous avons vécu lors de ces deux jours. Nous avons fait une plongée dans le monde de l’éducation, clé de voûte du projet d’un pays en reconstruction. C’était édifiant, et je suis admiratif du travail qui est fourni dans ce domaine par tous ses acteurs. Vive la jeunesse et vive le Rwanda.

J’ai essayé quant à moi de vous montrer quelques aspects de ce voyage si riche humainement. Merci de m’avoir lu jusque-là ! Je suis bien sûr à disposition si des questions viennent à votre esprit !

 

Je vous souhaite une belle semaine !

Fraternellement,

Guillaume

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion sur « Chronique d’octobre 2017. Shimwa Mana ! (Dieu soit loué !) »

  1. Cher Guillaume!
    Je suis heureux et reconnaissant de lire ton expérience rwandaise, missionnaire, évangélique, oecuménique (d’une certaine manière). C est un réel don que de pouvoir vivre ce genre de moment – particulièrement durant les études. Des choses cruciales se passent en ce moment.
    Et je suis reconnaissant aussi que tu transmettes plus loin ce que tu as reçu. C est précieux. Je n’en avais pas fait tant en revenant moi-même d’une WinterSchool au Rwanda. Mais il n’y a pas d’évangile sans témoins et sans témoignage. Tu me fais bouger!

    À bientôt frère, prends soin de toi.

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