Chronique du 26 décembre 2016 au 1er janvier 2017: Voragine; la circoncision de Jésus

 

 

Puis quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, ils devaient être purifiés, ils l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur

(Luc 2, 22)

 

Bonjour,

Après Noël, Nouvel an, « Joyeux Noël et Bonne année » lit-on sur de nombreuses cartes de voeux. En cette semaine, je profite d’une période de congé, de jours suspendus, et je dois avouer ne rien avoir prévu pour cette dernière chronique de l’année…

Je vous propose en ces jours de repos, de suivre le texte de la Légende dorée du célèbre Voragine consacré à la date du premier janvier où le frère Prêcheur évoque la circoncision du Christ. Une façon de rester encore un peu dans la joie de la naissance de notre Seigneur, et de ne pas trop rapidement retourner à nos préoccupations quotidiennes.

Je proposerai chaque jour un extrait de « La circoncision de notre Seigneur Jésus-Christ (1er janvier) » et donnerai au fil des jours une petite présentation de Jacques de Voragine sur la base del’introduction de Theodor de Wyzewa (1863-1917) dans l’édition du Seuil.

Je vous souhaite une belle lecture

Cécile

Lundi 26 décembre

Bonjour,

Jacques de Voragine, par souci de transmettre aux laïcs qui n’avaient pas accès à la cléricature un bréviaire, divise pédagogiquement ces textes en sections. Celui consacré au 1er janvier en compte quatre et se termine sur une conclusion.

Lisons aujourd’hui le premier point.

La circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ (1er janvier)

Quatre motifs rendent célèbre et solennel le jour de la circoncision du Seigneur.

  1. Ce jour est l’octave de la Nativité. Cette fête, une des plus grandes de celles que célèbre l’Eglise n’a point d’octave propre: car les octaves de la mort des saints signifient que ceux-ci, après leur mort, renaissent à une vie nouvelle: tandis que la Nativité du Seigneur ne comporte pas d’octave, ayant eu pour suite la passion et la mort. De même n’ont point d’ocatve propre ni la Nativité de la Vierge, ni celle de saint Jean-Baptiste, ni Pâques, – puisque cette fête a déjà elle-même pour objet de célébrer la résurrection. – Ces fêtes n’ont que des « octaves complémentaires », où nous complétons le culte de ces fêtes elles-mêmes: et telle est, en ce jour de la Circoncision, l’octave de la Nativité;

Ce premier passage nous laisse un peu sur notre faim… car il traite de détails plus liturgiques que spirituels… Cependant nous pouvons retenir que nous ne fêtons pas uniquement la nouvelle année, mais prolongeons aussi la joie de Noël le 1er janvier!

A Noël nous fêtons la joie des bergers et la mise en route de mages. Voir le 1er janvier comme un jour de joie et de mise en route dans l’assurance de la venue du Seigneur parmi nous est certainement donner à cette fête une teinte plus spirituelle. Nous nous remettons en marche après avoir fait mémoire de la naissance du Christ, assuré de sa présence dans nos vies aujourd’hui. Il nous accompagne, nous aime et nous pardonne: de quoi commencer la nouvelle année empli de confiance et de foi dans nos projets à venir! N’oublions pas le Christ dans nos « bonnes résolutions », faisons de celles-ci un sujet de joie: le Seigneur nous met en route et nous guide dans nos vies…

Le premier janvier nous commémorons donc la présentation de Jésus au Temple, accompagnée de la prophétie de Syméon. Nous aussi, dédions ce premier jour de l’année à nous engager pour le Seigneur, à la suite du Christ. Soyons comme Anne la prophétesse qui « se mit à célébrer Dieu et à parler de l’enfant à tous ceux qui attendaient la libération de Jérusalem » (Luc 2, 38).

Jacques de Voragine

Jacques de Voragine a écrit ces mots au XIIIe siècle. On situe sa naissance en 1228 à Varage. Son nom était donc « Jacques de Varagine » et c’est certainement suite à l’erreur d’un copiste qu’on le nomme aujourd’hui « Voragine »…

A seize ans, en 1244, il entre dans l’ordre des Frères Pêcheurs, fondé par saint Dominique en 1215. Cet ordre avait pour mission de châtier les hérétiques, mais, curieusement, nombres de moines de l’ordre ont refusé cette mission belliqueuse pour une mission toute spirituelle et non-violente: les peintres Fra Angelico et Bartolommeo par exemple. Voragine fut moine, professeur de théologie et prédicateur et n’a jamais pris les armes.

En 1267, il se voit confier la responsabilité de tous les monastères de la région lombarde, tâche épuisante qu’il mène jusqu’en 1288. Il est alors nommé pour succéder au défunt prélat de Parme, mais il refuse cet honneur… Cependant, quatre ans plus tard, le peuple de Gênes demande à grands cris que « Frère Jacques » devienne leur évêque.

A Gênes, il fera tout pour ramener la paix dans la ville en constante luttes civiles.  Il réconcilie Guelfes et Gibelins, les deux partis opposés… Jacques de Voragine raconte lui-même ces événements dans la Chronique de Gênes dont nous ne possédons malheureusement aujourd’hui qu’une copie inexacte. Il fait donc oeuvre de paix, sur le plan politique mais aussi au quotidien: il soigne les malades, nourrit les mendiants et distribue largement les revenus de son diocèse.

La Légende dorée, comme ses autres écrits, a été rédigée avant ces années d’épiscopat, et nous nous pencherons sur son oeuvre dès demain,

Très belle journée à vous

Cécile

Mardi 27 décembre

Bonjour,

sans autre préambule, voyons le deuxième point de Voragine qui nous explique l’importance de la date du 1er janvier:

2. La circoncision symbolise pour nous l’imposition au Seigneur d’un nom nouveau, pour notre salut. Rappelons à ce propos, que le Seigneur a eu trois noms, à savoir: Fils de Dieu, Christ et Jésus. Fils de Dieu le désigne en tant que Dieu; Christ en tant qu’homme; Jésus en tant que Dieu fait homme;

Je ne suis pas théologienne, mais cette correspondance des trois noms avec trois statuts du Christ ne me paraissent plus très en vogue aujourd’hui… D’instinct, j’aurais eu tendance à dire que Jésus désignait l’homme et Christ qui signifie « Oint » Dieu fait homme…

Peut-être que Voragine a simplement à coeur d’insister sur le fait que Jésus-Christ est à la fois vrai homme et vrai Dieu? Mais dans ce cas, pourquoi séparer en trois, comme s’il prenait à tour de rôle ces différentes natures?

Voragine réfère à Luc 2, 21: « on lui donna le nom de Jésus, nom qu’avait indiqué l’ange avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère »… et je comprends en ce sens que ce nom désigne à la fois l’homme et Dieu, puisqu’on nous dit que ce nom était voulu dès avant sa naissance. En recevant ce nom, Jésus-Christ entre ainsi officiellement dans sa destinée, dans notre destinée: accomplir le projet de salut du monde. Il grandit, étudie, se fortifie et prend conscience de sa mission.

De même, à Noël nous fêtons la naissance de Christ, de même ensuite nous le suivons dans sa vie terrestre. De même, nous grandissons, nous nous édifions, et… nous tentons au mieux, en communion avec Christ, de contribuer au projet de Dieu pour l’humanité?

J’aime ce texte… sans être théologienne, il me permets de réfléchir au sens de ma foi, j’espère ne pas trop me tromper, tout en étant reconnaissante de pouvoir en toute liberté réfléchir et tenter d’approfondir mon rapport à Dieu à travers le Christ.

Ecrits de Voragine

Outre la Légende dorée, nous avons retrouvé des sermons et des Commentaires sur saint Augustin que l’on attribue à Voragine. Mais la Légende dorée est, depuis le vivant du moine qui l’a écrite autour de 1255, son plus grand succès.

On a longtemps accusé Voragine d’avoir simplement compilé des textes déjà existants sur la vie des saints. Wyzewa s’oppose à cette vision de la Légende dorée et en défend l’originalité. Il y voit un style inimitable qui a su transformer les sources utilisées pour en faire des récits d’une grande cohérence.

Ces sources, précise le préfacier, ne sont pas des « légendes » car Legenda Sanctorum signifie: lectures de la vie des saints. Legenda signifie ici lectio qui désigne les passages des auteurs consacrés que le prêtre lit entre deux oraisons. Aussi Voragine ne cherche pas à nous raconter de belles histoires, mais à mener un travail sérieux. Il cite d’ailleurs souvent ses sources quitte à les discuter s’il n’est pas d’accord avec elles.

Nous verrons demain la suite de cette explication de la circoncision de Jésus, et nous pencherons un peu plus avant sur le projet de Voragine, le but qu’il poursuivait en écrivant cette oeuvre…

Belle journée ensoleillée

Cécile

Mercredi 28 décembre

Bonjour,

abordons aujourd’hui avec Jacques de Voragine le troisième point qui souligne l’importance du 1er janvier comme le jour de la circoncision de Jésus.

3. La Circoncision célèbre la première effusion du sang du Christ pour les hommes. On sait, en effet, que le Christ a versé cinq fois son sang pour nous: 1. dans la circoncision, et ce fut le commencement de notre rédemption; 2. dans la prière, en témoignage de son désir de rédemption; 3. dans la flagellation, et ce fut le mérite de notre rédemption; 4. dans la crucifixion et ce fut le prix de notre rédemption 5. dans l’ouverture de son flanc sous le coup de lance, et ce fut le sacre de notre rédemption.

Je reste un peu perplexe devant la logique de Voragine… Au point de vue rhétorique, il est on ne peut plus clair: son texte est divisé en points précis. Par contre, et en cela l’époque comme la confession me sépare de l’auteur, il ne se réfère jamais au texte biblique et ne motive pas vraiment ses arguments. Peut-être que cette interprétation du motif du sang du Christ était-elle courante de son temps?

De mémoire, je sais que le sang du Christ est mentionné à l’épisode de la croix: le coup de lance fait bien couler le sang (Jean 19,33). Je sais que Luc mentionne que sa sueur est comme du sang lorsque Jésus prie à Gethsémané (Lc 22, 44), mais le « comme » me laissait voir là une métaphore… Je ne crois pas que le sang soit mentionné lors de la circoncision, de la flagellation ni qu’il soit précisé qu’il coule de ses plaies sur la croix. Bien sûr on peut supposer qu’il a alors saigné, et Jésus lui-même institue la cène en mentionnant la communion à son sang versé pour la multitude. Mais peut-on si facilement en faire une métaphore du chemin de salut?

Faire du sang versé une sorte de parcours de rédemption, cela me semble beau au point de vue symbolique, mais pas vraiment explicite dans les évangiles. Je me demande si les « bonnes résolutions » que certains d’entre nous prennent chaque 1er janvier sont en lien avec ce début de rédemption que voit Voragine dans la circoncision du Christ?

Bref, pour la première fois je reparcours le texte biblique avec ce motif du sang en tête, et je suis étonnée de constater comment un commentaire qui date d’il y a environ 700 ans peut encore interpeller. Je serais curieuse dans l’avenir de me pencher plus sérieusement sur cette idée du sang versé comme étapes de notre rédemption… idée qui a certainement dû faire l’objet de commentaires en théologie! Mais aujourd’hui je me contenterai de donner encore quelques précisions sur le projet d’écriture de Voragine.

Toucher les coeurs

Selon le préfacier, Theodor de Wyzewa, l’unique objet de Voragine est de toucher les coeurs. Amener le peuple à la foi, l’initier à la théologie, l’aider à mieux célébrer Dieu. La Légende dorée est en effet une tentative de vulgarisation de la science religieuse du Moyen Age. Voragine cite beaucoup de sources qui elles aussi étaient destinées à l’édification du chrétien… mais celles-ci s’adressaient aux théologiens et aux clercs, alors que lui s’adresse aux laïcs.

Il cherche donc une forme simple et claire, comme nous l’avons vu par la disposition de son texte en courts points numérotés. Lorsqu’il conte la vie des saints, il porte une attention soutenue à rendre l’histoire attrayante, à souligner la joie que le chrétien peut avoir à connaître ces histoires. Mais, dans son soucis d’être compris, il faut dire aussi qu’il consacre de nombreux passages à l’explication, parfois aride, des rites liturgiques ou des pratiques cléricales.

Quant à la langue, il avait apparemment traduit la Bible en italien. Il a choisi pour La légende dorée un latin de cuisine, sans doute dans le but que son texte soit diffusé au-delà de sa région. Et cela semble avoir marché puisque ce livre a été copié et traduit de multiples fois. Alors que l’imprimerie n’existe pas, Wysewa note que presque chaque bibliothèque possède une copie de La Légende dorée, souvent enluminée. Lors de l’invention de l’imprimerie, on compte plus de cent éditions latines entre 1470 et 1500!!

Nous nous pencherons demain sur l’incroyable retentissement de ce livre à travers l’histoire.

D’ici là, si vous avez des informations, théologiques et historiques, au sujet de la circoncision du Christ et/ou de La légende dorée, n’hésitez pas à poster un commentaire… je suis avide d’en savoir plus!

Bien à vous

Cécile

Jeudi 29 décembre

Bonjour,

nous arrivons au quatrième point par lequel Jacques de Voragine explique l’importance de la circoncision du Seigneur, voyons plutôt:

4. Enfin la circoncision célèbre le fait même de la circoncision du Seigneur. Celui-ci, en consentant à se laisser circoncire, avait plusieurs motifs: 1. il voulait montrer qu’il avait vraiment revêtu la chair humaine: car seul un corps véritable peut émettre du sang. 2. Il voulait nous montrer que nous aussi, nous devions accepter la circoncision spirituelle, c’est-à-dire nous livrer au travail de notre purification. 3. le Seigneur s’est laissé circoncire pour ôter aux Juifs toute excuse dans leur conduite; car, s’il n’avait pas été circoncis, ils auraient pu lui dire: « Nous ne t’avons pas accueilli, mais c’était parce que tu étais différents de nos pères ». 4. Le Seigneur a voulu montrer son approbation de la loi de Moïse, qu’il était venu non pas détruire, mais compléter et réaliser.

Ce texte me laisse songeuse… il va de soi que les « motifs » invoqués par Voragine ne sont pas ceux du Christ mais répondent à des questionnements théologiques de son temps. Le débat autour de l’humanité de Jésus par exemple… Je comprends que Voragine cherche à insister sur la nature tant humaine que divine du Christ contre ceux qui niait la première… mais penser que cette justification a été anticipée dans les évangiles, c’est peut-être aller trop loin… En effet, il me semble que, quelques décennies après la mort du Christ, les évangélistes avaient plutôt à coeur d’expliquer que le crucifié n’était pas un seulement un homme, mais bien Dieu lui-même, ce qui renverse toute la perspective…

Le motif d’ôter toute excuse aux Juifs fait penser aux malheureux arguments dont ont usés les chrétiens pour manifester leur antisémitisme à plusieurs reprises dans l’histoire… pour justifier leur haine, quoi de plus efficace que l’accusation d’avoir tué le Seigneur? une interprétation abusive qui a mené à cautionner le mal…

Quant à l’accomplissement de la loi, c’est un sujet qui m’intéresse fortement… car il est clairement affirmé dans les évangiles… Cependant, si Jésus confirme les dix commandements, il n’en change pas moins la compréhension et remet en question leur application « à la lettre »… Pensons par exemple à son attitude face au Sabbat. Je pense que nous ne comprenons pas encore aujourd’hui tout à fait pleinement cette tension entre accomplissement de la loi et salut offert à tous qui précisément abolit la loi …

Paul en a fait une des pierre angulaire de sa théologie… et la circoncision a d’ailleurs fourni beaucoup d’eau à son moulin théologique, je pense ici à l’épître aux Galates où Paul hausse le ton : O Galates stupides, qui vous a envoûtés alors que, sous vos yeux, a été exposé Jésus Christ crucifié ? Eclairez-moi simplement sur ce point : Est-ce en raison de la pratique de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou parce que vous avez écouté le message de la foi ? (Ga 3, 1-2)

… et affirme avec force: Quant à nous, c’est par l’Esprit, en vertu de la foi, que nous attendons fermement que se réalise ce que la justification nous fait espérer. Car, pour celui qui est en Jésus Christ, ni la circoncision, ni l’incirconcision ne sont efficaces, mais la foi agissant par l’amour. (Ga 5, 5-6)

Voragine entre donc en contradiction: il affirme que la circoncision condamne les Juifs qui ont crucifié Jésus selon la loi et soutient en même temps que Christ est venu accomplir la loi et le confirme en se faisant circoncire, ce qui sous-entend que cette pratique devrait être respectée…

Quant à moi, je mesure à quel point il me manque les connaissances théologiques pour porter un regard qui d’une part comprenne les motifs de Voragine dans le contexte du XIIIe siècle et d’autre part soit critique sur ce que son texte nous dit aujourd’hui…

Mais je prends plaisir à questionner la complexité de notre histoire chrétienne, et me rends compte à quel point nous aurons toujours à lire et relire la Bible pour mieux situer le message chrétien dans notre contexte propre, en nous rappelant toujours que cette nécessaire actualisation est précisément le lieu le plus dangereux pour tordre la bonne nouvelle, l’évangile de Jésus Christ…

Un texte naïf et non critique

Wysewa, dans son introduction, éclaire d’ailleurs le lecteur sur les faiblesses théologiques de La Légende dorée. Elles s’expliquent selon lui par le motif profond de Voragine qui était de toucher le peuple. « En rendant la religion plus ingénue, plus populaire et plus pittoresque […] il a permis aux âmes d’y prendre un nouvel intérêt » nous dit-il.

Et La Légende dorée a ainsi contribué au culte des saints dans les arts… c’est ainsi que j’ai pour ma part été menée à lire Voragine. Etudiante en histoire de l’art, La Légende dorée est un texte essentiel pour qui souhaite reconnaître les scènes d’une fresque, l’enluminure d’un manuscrit ou le sujet d’un tableau…

Du point de vue théologique, les humanistes puis les réformateurs ont beaucoup critiqué Voragine. Wysewa reconnaît que du point de vue historique, La Légende dorée ne brille pas par son exactitude… Il oppose deux lectures de ce texte: celle des protestants, qui « estiment que Dieu, après avoir parlé à Adam jusqu’à Jésus-Christ, s’est tu à jamais dès qu’il nous a légué le Nouveau Testament » et « la croyance des catholiques que, suivant sa promesse, il a envoyé aux hommes son Esprit, pour continuer à les instruire et les guider »… Un dilemme évidemment insoluble de mon point de vue…  alors que Wysewa prend le parti des catholiques.

Sans donner à ce texte le même statut que celui des Evangiles, je crois néanmoins que Dieu ne s’est pas tu, et que son Esprit agit réellement. Cependant, qui suis-je pour savoir quand, où et sur qui il souffle? Si je ne me range pas à  l’avis de Wysewa pour qui ces récits offrent « à tout homme la leçon et l’exemple qui peuvent lui convenir »… Je pense par contre que ce texte peut nous mener à mieux comprendre l’histoire de notre chrétienté et réinterroge à chaque page notre rapport à la foi en l’Evangile de Jésus-Christ.

Je vous souhaite une belle journée

Cécile

Vendredi 30 décembre

Bonjour,

en ce dernier jour de la semaine, il nous reste deux paragraphes que Voragine appose en complément à ses quatre points qui démontrent l’importance de la circoncision du Christ. Lisons plutôt:

Au sujet de la chair sacrée de la circoncision du Seigneur, on a dit qu’un ange l’avait apportée à Charlemagne, qui l’avait solennellement déposée à Aix-la-Chapelle, dans l’église de Notre-Dame. Et l’on dit qu’elle se trouve aujourd’hui à Rome, dans l’église appelée le Saint des Saints; et de là vient le pèlerinage que l’on fait, en ce jour, à cette église.

Notons enfin que les païens, autrefois se livraient, le premier jour de l’année, à toutes sortes de pratiques superstitieuses que les chrétiens ont eu beaucoup de peine à déraciner, et dont saint Augustin nous parle dans un de ses sermons. Ces païens s’étaient imaginés de prendre pour dieu un certain chef appelé Janus; et c’était lui qu’ils honoraient ce jour-là, le représentant avec deux visages dont un tourné vers l’année passée, l’autre vers la nouvelle. On avait aussi l’habitude de se déguiser sous des formes monstrueuses: les uns se revêtaient de peaux de bêtes, d’autres n’avaient pas honte d’introduire leurs corps virils dans des tuniques de femme. Et saint Augustin ajoute: « Quiconque garde quelque chose des coutumes païennes, je crains bien que le nom de chrétien ne puisse guère lui servir! »

Ces deux paragraphes forcent l’admiration pour leur efficacité rhétorique… Dans le premier, bien que Voragine prenne des précautions par la formule « on dit », n’en explique pas moins rationnellement le pèlerinage fait au Saint des Saints et ne condamne pas cette pratique comme « superstitieuse »… Au contraire, il y oppose le second paragraphe qui lui insiste sur les dévoiements païens et se clôt sur un avertissement que Voragine souligne en le plaçant dans la bouche de saint Augustin…

Que fêterons-nous donc demain dans la nuit? que signifie pour nous le passage à la nouvelle année? Si nous n’adorons pas Janus (mais donnons encore au premier mois de l’année un nom issu de son patronyme), la coutume païenne n’est pas loin dans la pratique des « bonnes résolutions » qui viennent de ce double regard porté à la fois sur l’an passé et sur l’année à venir… Mais nous avons également émis l’idée que ce jour pouvait être aussi un renouvellement de notre engagement à la suite de Jésus-Christ, ce jour commémorant en quelque sorte le début de son ministère de prédication, de pèlerinage, de guérison et de prière.

Je me demande… sans tomber dans la superstition, qu’elle soit chrétienne ou païenne, pouvons-nous en ce passage à la nouvelle année réaffirmer notre volonté de nous engager dans la vie à la suite du Christ? Oui, je le crois, et je nous souhaite de tout coeur de ne pas oublier notre foi en Christ au milieu des cotillons, serpentins, travestissements et autres libations…

James Woody a publié sur le site de l’Oratoire du Louvre un sermon sur le Nouvel An. Après avoir rappelé la prudence, voire la répugnance, du protestantisme face à la religion populaire et aux fêtes d’origine païenne, il note qu’ « il arrive qu’à force de rejeter toute forme de religiosité pour fuir les superstitions, notre attitude devienne elle-même superstitieuse, accordant un pouvoir spécifique à des occasions que nous refusons de célébrer »… Le pasteur revient ensuite sur différentes manières de célébrer le nouvel an, et évoque notamment la fête de « Roch Hachana » où les juifs font mémoire du sacrifice d’Isaac interrompu par le Seigneur… Je vous conseille fortement la lecture très intéressante sur le site de l’Oratoire, en suivant ce lien.  Le pasteur conclut:

Un jour de l’An, compris comme une étape sur le chemin de notre vie pour faire le point comme le font les randonneurs qui déterminent leur position exacte et réajustent leur direction, est une manière de dire « cette année encore, je me confie à Dieu, j’accepte sa souveraineté ».

Une nouvelle année peut être l’occasion de champagne, d’un concert, de vœux, d’angoisses ou d’incertitudes. Elle peut être aussi l’occasion d’une attitude spirituelle qui réinvestit ce qui a des allures de paganisme de manière à ne pas laisser une partie de notre vie en friche en y laissant pousser toutes sortes de mauvaises herbes. (James Woody)

J’ajouterais que oui, Dieu se donne à nous chaque jour en Christ, et quel qu’en soit le prétexte, il est bon et juste de le louer, de faire mémoire de sa vie qui a changé la nôtre et de renouveler notre fidélité à celui qui a donné son sang pour nous, nous a promis sa présence à nos côtés aujourd’hui et chaque jour…

A vous, je dis donc « Bonne année »! Que celle-ci soit pleine de la présence de ce Dieu d’amour et de vie, manifesté en Christ et vivant en nous aujourd’hui par le don de l’Esprit saint,

Cécile

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *