Semaine du 2 au 8 janvier 2017. Que faire de la double prédestination?

 

Les êtres humains pourront être pardonnés de tous leurs péchés et de toutes les insultes qu’ils auront faites à Dieu. Mais celui qui aura fait insulte au Saint-Esprit ne recevra jamais de pardon, car il est coupable d’un péché éternel. (Marc 3, 28-29)

Bonjour,

en ce moment, j’ai l’honneur et le plaisir de collaborer avec Félix Moser pour une série de conférences-partages autour de l’héritage de la Réforme… J’y apporte mon savoir en tant que spécialiste de la caricature tandis que Félix Moser pose et actualise des jalons théologiques. Nous cherchons ainsi à questionner notre foi réformée, à déceler les déformations, les exagérations, les attaques et la mauvaise foi qui en font parfois une caricature…

Parmi les nombreux points qui ont divisés les réformateurs, celui de la double prédestination… Cette doctrine aujourd’hui peu en vogue n’en a pas moins été au coeur des débats réformés. Je souhaite cette semaine préciser cette notion de « double prédestination » que j’ai eu de la peine à comprendre.

J’espère que ce sujet ne vous paraîtra pas trop aride ni trop « dépassé ». Pour ma part, je pense que 500 ans après, si la question n’est plus posée dans les mêmes termes, elle reste au centre de nombreuses préoccupations: peut-on changer notre destinée? tout est-il déjà écrit? qu’en est-il de nos efforts pour changer « en mieux »? les bonnes oeuvres sont-elles inutiles? etc.

Je vous souhaite une bonne lecture et attends avec plaisir et curiosité vos réactions,

Bien à vous

Cécile

Lundi 2 janvier

Bonjour!

La double prédestination… cette question est de près liée à celle du salut:

Qui sera sauvé?

La notion de prédestination a été importante pour les réformateurs et spécialement pour Calvin car elle permettait d’aller contre l’idée de se sauver par ses mérites. Contre les indulgences du pape, contre l’idée que nous serons jugés à l’aune de nos oeuvres…  Mais la question de la double prédestination est tout autre! En effet, double signifie que certains seront sauvés et d’autres non, et que cela est connu de Dieu depuis toujours… et qu’on ne peut rien y faire!

Aujourd’hui, comment se situer face à cette question? On lit dans Luc 19 en conclusion à la parabole des mines:

Je vous le dis : à tout homme qui a, l’on donnera, mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré. Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici, ils seront égorgés devant moi (Luc 19, 26-27).

Comment concilier une telle affirmation avec la bonne nouvelle de l’évangile, le salut du monde accompli par Christ mort et ressuscité?

Antoine Nouis, dans son Catéchisme protestant répond à cette question en évoquant ce verset de Marc où Jésus dit:

Les êtres humains pourront être pardonnés de tous leurs péchés et de toutes les insultes qu’ils auront faites à Dieu. Mais celui qui aura fait insulte au Saint-Esprit ne recevra jamais de pardon, car il est coupable d’un péché éternel. (Marc 3, 28-29)

Selon le théologien, le salut n’est donc pas une question de mérite, on sera pardonné même si on insulte Dieu! Il n’est pas non plus une question de décision préalable de Dieu, mais relève de notre choix. En effet, faire insulte à l’Esprit saint, souffle de vie que Dieu nous envoie, signifie refuser de de communier à l’amour en Christ auquel Dieu nous appelle. En somme, nous sommes prédestinés à être sauvés, mais avons toutefois la possibilité de refuser d’être l’objet de ce salut en refusant le souffle de l’Esprit qui nous donne la vie.

C’est donc une responsabilité pour celui qui a la foi, et c’est en ce sens qu’il faut entendre les menaces présentes dans les paraboles de Jésus, comme celle que nous avons citée plus haut. Ce qui est central dans les paraboles est la façon dont nous vivons l’appel de Dieu. Dans Luc 19, le verset conclusif est peut-être moins la menace d’un châtiment qu’une punition que s’inflige lui-même celui qui a refusé l’appel de Dieu.

Cette résistance à Sa volonté ne peut mener ni au bonheur personnel, ni à la préparation du Règne. Face à cette réalité, la prise de conscience de ceux qui seront mis devant le fait accompli sera une souffrance, une sorte de mort à eux-mêmes…  puissent-ils alors renaître en Christ, ce que le salut obtenu sur la Croix semble bien promettre!

Aujourd’hui, et ce contre la radicalité de la double prédestination dans laquelle Calvin s’est enfermé à force de trop vouloir insister sur l’inutilité des oeuvres dans l’obtention du salut, je crois avec Antoine Nouis que si prédestination il y a, c’est celle du salut de l’humanité…

Mais celle-ci peut donc être mise en péril par un refus qui ne vient pas de Dieu mais de l’homme qui refuserait le salut… Je dois avouer que je ne me sens pas pleinement confiante face à une telle restriction… qu’adviendra-t-il de ceux qui renient le Christ? de ceux qui « insultent l’Esprit saint »? Je ne peux me résoudre à me dire que seuls les chrétiens fidèles seront sauvés… Je crois (je veux croire?) que le projet de salut de Dieu dépasse infiniment toutes les convictions et erreurs (volontaires ou non) des humains, que son amour vaincra les résistances et la haine.

Mais qui suis-je pour l’affirmer? Je m’accroche, dans ce monde plein de violence et de haine, à l’amour de Dieu manifesté en Christ comme un naufragé en pleine tempête s’accroche à son radeau… En ce 2 janvier, je prie pour que la tempête s’apaise, que les eaux retrouvent leur calme, et je crois que seul Dieu manifesté en Christ peut souffler la paix sur le tohu-bohu que nous prenons plaisir à entretenir dans notre monde… et je me répète sans cesse ce passage de Marc:

S’étant réveillé, il menaça le vent, et dit à la mer : Silence ! tais-toi ! Et le vent cessa, et il y eut un grand calme. Puis il leur dit : Pourquoi avez-vous ainsi peur ? Comment n’avez-vous point de foi ? (Marc 4, 39-4o)

Comme les disciples, j’ai peur… mais je suis aussi pleine d’espérance en Christ, puisse ma foi s’affermir dans la confiance…

Belle journée

Cécile

Mardi 3 janvier

Bonjour,

aujourd’hui, je souhaite revenir aux sources réformées et particulièrement sur la question de la double prédestination de Calvin. La FEPS propose un site dédié au réformateur genevois, et y évoque la place de la double prédestination dans sa doctrine.

Le site précise qu’on peut être d’accord avec nombre de points de la pensée de Calvin sans pour autant l’être avec sa conception de la prédestination. Mais nous devons dès lors reconnaître que nous refusons une part de l’héritage théologique qu’il nous a laissé, une part à laquelle il accordait de l’importance :

Force est de constater que cette doctrine constituait la clé de voûte de son enseignement sur la vie chrétienne. Cette vie n’est à ses yeux possible qu’en raison d’un choix originel et purement gratuit de Dieu.

Cette condition de gratuité de la grâce de Dieu me tient à cœur, et je souhaite observer maintenant dans quelle mesure je peux accepter cette idée de salut par la grâce sans pour autant retenir la doctrine de la double prédestination.

Pour Calvin, Dieu a décidé depuis toujours qu’il y aura des sauvés et des damnés, point final. Croyants ou non, nous n’en savons pas plus, ni pour nous ni pour les autres… Nous n’y avons aucune part, car comment Dieu pourrait-il être dépendant de l’homme ? Il me semble que Calvin oublie les nombreuses fois où Dieu change d’avis dans la Bible (épisode de Noé). Je pense aussi que Christ pardonne les péchés et exhorte ses interlocuteurs à changer leur rapport à Dieu et au monde : c’est donc que nous y avons part !?

Cependant, pour Calvin, la foi n’implique pas une participation humaine : elle est un pur don dont nous ne sommes pas responsables. En somme, en examinant en nous les traces de la présence de Jésus-Christ, nous pouvons éventuellement avoir la certitude d’être élu, car « ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés » (Rm 8, 30). Mais… n’est-ce pas tout aussi orgueilleux de reconnaître en soi l’œuvre de la grâce de Dieu ? qui peut-être assez sûr pour affirmer que cette présence est un don de Dieu et non un désir humain d’être sauvé ?

Et c’est là que Calvin me surprend (et m’effraie) : en effet, nous sommes tous pécheurs, et donc devrions tous être condamnés. Calvin considère donc la double prédestination comme une bonne nouvelle : alors que nous devrions tous être damnés, certains sont sauvés malgré tout ! Pour Calvin, penser ainsi est déjà un signe que Dieu nous a élu et sauvé… Décidément… je n’arrive pas à m’y faire…

Olivier Abel, sur son site internet, s’interroge au sujet de la prédestination que Calvin voyait comme une bonne nouvelle. Il rappelle d’abord que le point de vue du réformateur est allé dans le sens du durcissement. Il rappelle encore que la place prise par cette doctrine dans l’ensemble de sa théologie n’est qu’un aspect, et un aspect qui a reçu peu de développement. Le positif de la doctrine de la prédestination est qu’elle libère l’homme de ses vains efforts pour se sanctifier lui-même… Le salut, on le reçoit, presque à notre insu : nous devons donc faire confiance et être reconnaissant à ce Dieu qui nous sauve. Rien ne sert de nous soucier de notre salut, car nous n’y avons aucune part. Olivier Abel conclut :

Telle est bien la pragmatique de l’idée de prédestination : briser tous les destins par une destination supérieure et que nul ne connaît ; avoir assez de confiance et d’insouciance de la grâce pour sortir tranquillement du labyrinthe ; placer tout le monde à équidistance de Dieu en redonnant à chacun, inlassablement, une chance, une case vide. Oui, la prédestination est bien une idée tranchante.

Après ces explications, je me sens tiraillée : oui je crois que la foi est un don, oui je crois que nous ne pouvons par nous-mêmes percer le mystère du salut… Mais je peine à me laisser convaincre que seuls quelques élus en seront les bénéficiaires… Comment avoir confiance en Dieu tout en sachant que son amour ne serait que partiel et partial ?

Je vous laisse sur cette question, et espère pouvoir y apporter des éléments de réponses ces prochains jours en interrogeant d’une part les arguments des opposants réformés à la double prédestination de Calvin et d’autre part en considérant quelques textes actuels qui traitent de la question de la prédestination et du salut…

Bien à vous en Christ (enfin si Dieu a bien voulu me prédestiner à le recevoir… – une petite pointe qui est le reflet de mes inquiétudes face à cette question de la double prédestination)

Cécile

Mercredi 4 janvier

Bonjour,

Aujourd’hui, je vous propose un retour aux débats réformés qui, depuis Calvin, ont opposé de nombreux théologiens au XVIIe siècle. Le site du Musée virtuel du protestantisme et celui du Musée de la Réforme à Genève nous en disent plus.

En effet, après la mort de Calvin, le protestantisme fait du chemin en Europe… particulièrement aux Pays-Bas où les débats se concentrent autour de la double prédestination. Le synode de Dordrecht entend une fois pour toute statuer sur le bien fondé de cette doctrine : et la double prédestination finit par primer et s’impose !

Au départ,  Jacob Arminius et le clan des arminiens défendent l’idée que Dieu a décidé de sauver tous les hommes, mais que le salut ne devient effectif que pour ceux qui croient. Arminius insiste sur la liberté humaine de croire. A l’opposé et dans la lignée de Calvin, François Gomar s’aligne sur Théodore de Bèze, porte-parole du défunt réformateur, et proclame que Dieu a décidé de tout temps, avant la chute, ceux qui seraient sauvés et ceux qui seraient perdus.

Le synode  se déroule en 1619, Jacob Arminius retourne sa veste et finit par adhérer à l’idée qu’il devait combattre… Ses partisans, les arminiens, sont donc condamnés par le synode de Dordrecht, eux qui soutenaient que le Christ était mort pour tous les hommes et non pour les seuls élus. Le synode les expulse et définit la doctrine de la prédestination : Dieu décide en toute liberté du salut des uns et de la damnation des autres et sa grâce est irrésistible. Les canons, ou décisions, de ce synode contribuèrent à la formation de l’ « orthodoxie » réformée.

En France, à Saumur, Moyse Amyraut tentera de concilier les positions de Gomar et d’Arminius. Il est convaincu que Dieu veut sauver tous les hommes et que la seule condition du salut est la foi en Christ. Par contre, Dieu laisse l’homme responsable de sa perte, Dieu accueille quiconque croit et laisse l’être humain libre de refuser sa grâce. Les élus ne sont donc pas choisis à cause de leurs œuvres et mérites mais à cause de leur foi, et celle-ci est un libre choix.

Pierre du Moulin s’oppose à Moyse Amyraut et défend une position strictement calviniste : Dieu veut le salut des seuls élus. Après de nombreux synodes consacrés à la question, on finit par donner raison à Amyraut… et son idée se répand. Un fort courant est donc opposé à la décision du synode de Dordrecht.

Voici donc des positions qui s’opposent à Calvin… mais elle n’épuisent pas mes propres inquiétudes et questionnements… Qu’en est-il de ceux qui n’ont pas la foi? Nombreux sont parmi mes proches ceux qui, pour des raisons familiales ou des mauvaises expériences ecclésiales, refusent aujourd’hui le Christ dans leur vie. Pourtant, j’ai l’impression que s’ils refusent la grâce (comme le diraient les arminiens et Amyraut) en toute conscience, la foi subsiste en eux, quelque part, et c’est de la faute des hommes s’ils s’en sont détachés. Dieu qui voit dans les coeurs voit certainement derrière toutes nos fausses croyances, nos certitudes refoulées… non? Et puis, n’a-t-il pas le projet de ramener à lui même les plus éloignés, ceux qui, jusqu’à leur mort, se refusent à lui?

En ce sens, je me sens assez calviniste: la foi nous est donnée gratuitement, et la puissance de Dieu dépasse nos choix personnels… Mais pour moi, le projet de salut n’a pas de limites et nous sommes tous élus! Je me rends compte que cette vision est très partiale et très naïve (« bisounours » diraient certains) et me sert à me rassurer. Je me rends compte que je statue sur un mystère qui m’échappe, que je me mets à la place de Dieu… J’en demande pardon, que mes doutes et questionnements puissent être vaincus par la joie simple et la confiance profonde à remettre ma vie et mes actes à Christ, sans me triturer l’esprit par de vaines réflexions qui me découragent.

Il est vrai, pourtant, que je refuse de voir une limite à son amour inifini pour tous les hommes, et ce à l’encontre de nombreux passages bibliques qui mettent en garde sur la nécessité de répondre à la grâce de Dieu par la foi… Je n’ai évidemment ni réponse ni certitude à ce sujet, et je serais enchantée de connaître vos positions, vos remarques, vos expériences… car aujourd’hui encore, la question du salut divise les chrétiens, il suffit de consulter le web pour s’en rendre compte…

Je vous propose de mon côté, dès demain, un petit florilège des différentes positions des uns et des autres, privilégiant les sites et les théologiens sérieux ayant une reconnaissance dans le monde réformé d’aujourd’hui.

Belle journée

Cécile

Jeudi 5 janvier

Bonjour,

pour des raisons personnelles, et heureuses (une visite de la famille), je ne peux malheureusement pas consacrer beaucoup de temps à cette chronique aujourd’hui: je m’en excuse!

Toutefois, pour ne pas déroger à mes intentions, je vous redirige sur une page très intéressante de l’Oratoire du Louvre où Marc Pernot répond à la question d’un visiteur du site qui se demande « pourquoi le thème de la prédestination a été abandonné? »…

Le pasteur rappelle que ce thème n’est de loin pas « abandonné », mais que la pensée de Calvin a ce sujet a été revue ces dernières années et qu’on a affiné notre compréhension du réformateur.

D’autre part, il rappelle que pour de nombreuses personnes, la prédestination, même si on ne le formule pas ainsi, est encore d’actualité: il renvoie lui-même à plusieurs auteurs, articles et prédications que vous pourrez explorer si vous avez le temps, contrairement à moi aujourd’hui!

Je m’excuse encore de ce « faux bond » que je vous fais aujourd’hui et vous souhaite une très belle journée

Cécile

Vendredi 6 janvier

Bonjour,

nous voici arrivés en fin de semaine… et je ne suis pas beaucoup plus avancée qu’au début… Peut-être parce qu’en vacances, je n’ai pas accès à ma bibliothèque ni à celle de l’université? En effet, comme je me sentais dans une impasse au sujet de cette double prédestination, j’aurais aimé confronter des avis de théologiens.

Seulement voilà, en vacances avec uniquement internet, j’ai simplement été effrayée lors de la consultation de sites sur lesquels je tombe lorsque je cherche « prédestination » ou « salut ». Le dernier site consulté m’a indiqué qu’hors de l’Eglise catholique, pas de salut, et que même Vatican II était une hérésie. Les sites évangéliques nous appellent à croire et nous assurent que l’Esprit est donné à tous, mais ne sont souvent pas plus ouverts sur la question du salut qui dépend de notre capacité à laisser l’Esprit agir en nous et, si on ne l’entend pas nous parler, gare à nous… De nombreux protestants comprennent que « sola fide » signifie que ceux nous sommes responsables de cette foi sous peine d’être damné… que font-ils de la « sola gratia »? Eh bien, celle-ci nous touche ou non, ce qui revient par détour à affirmer la double prédestination… Je ne renvoie pas à ces sites qui souvent présentent des articles non signés et où les blogs sont remplis des avis de personnes qui cachent leur identité…

Tout se résume donc souvent ainsi: on s’accorde d’abord sur le salut pour tous par la seule grâce de Dieu… et on ajoute: à condition que…

A ce moment, je crois que je préfère la double prédestination de Calvin et je comprends qu’il se soit opposé dur comme fer à l’idée que nous devions remplir certaines conditions pour accéder au salut… Il a simplement rendu ces « conditions » à Dieu, et ce qui me gêne est que le projet de Dieu, selon Calvin, me semble trop sélectif… Je ne suis donc décidément toujours pas d’accord avec cette doctrine de la double prédestination.

Que faire? je ressens très fort l’impossibilité de mon intelligence à comprendre le projet de salut de Dieu et ne puis bien sûr pas me prononcer sur Sa volonté… d’autre part je suis toute chamboulée par ces recherches qui tendent à montrer que loin d’être plus ouverts que Calvin, de nombreux chrétiens sont beaucoup plus stricts, restrictifs et mal avisés sur la question du salut…

Imaginez-vous ici un espace d’une heure durant lequel j’ai recherché encoredes réponses… et je crois avoir trouvé quelque chose pour clore cette chronique sur une ouverture intéressante. Je souhaite donc partager avec vous un cours donné par André Gounelle qu’il met à disposition sur le site internet de Pommeyrol. André Gounelle distingue trois attitudes protestantes face à la prédestination, je les cite ici dans leur intégralité et renvoie pour plus de détails au document qu’il met à disposition sur le site:

  1. Le premier, à la suite de Calvin et surtout de Théodore de Bèze, soutient la doctrine dite de « la double prédestination ». Selon cette doctrine, Dieu par une décision libre, que rien, à notre connaissance, n’explique ni ne conditionne, fait un choix. Il sauve les uns et damne ou laisse damner les autres indépendamment de leurs mérites et de leur valeur. Il distribue selon son bon vouloir ses faveurs et ses rigueurs. La grâce apparaît comme un privilège accordé à quelques-uns, refusé à beaucoup. Les raisons du choix de Dieu nous échappent. Cependant, même si nous ne les comprenons pas, nous devons croire qu’elles ne contredisent ni son amour ni sa justice. Il faut souligner que jamais cette doctrine n’a fait l’unanimité dans le protestantisme. Elle y a toujours été fortement contestée, par Castellion au seizième siècle par exemple, et par bien d’autres.
  2. Un second courant pense que la gratuité du salut signifie qu’en fin de compte, tous seront sauvés d’une manière ou d’une autre. Dieu n’aura achevé son œuvre que lorsque l’évangile aura touché et converti chaque être humain. Si ce n’est pas durant sa vie, ce le sera au séjour des morts. Les croyants jouissent d’un privilège parce que Dieu les a choisis pour le servir et rendre témoignage à l’évangile dans ce monde. Cela ne signifie nullement qu’ils aient le monopole ou l’exclusivité du salut. Dieu aime tous les humains, et tous sont au bénéfice de sa grâce sans exception et sans limitations. En fin de compte, ils seront tous admis dans son Royaume. Il n’y a donc pas double prédestination, mais seulement une prédestination positive. Avec des variantes, on trouve cette thèse du salut universel chez Barth, chez Tillich et chez les théologiens du Process.
  3. Enfin, un troisième courant, représenté au vingtième siècle par Brunner et Bultmann, estime que nous ignorons la réponse à cette question. Elle fait partie des choses que nous ne pouvons pas connaître, qui nous sont cachées. Il nous faut avoir conscience des limites de notre savoir. La Révélation nous parle de ce qui nous concerne personnellement et existentiellement. Elle ne constitue pas un système complet de vérités qui dévoilerait tous les mystères. Dans la foi, le croyant sait qu’il est sauvé par grâce, sans aucun mérite de sa part. Il ne peut rien dire quant aux autres être humains. C’est l’affaire de Dieu, et nous ne pouvons pas nous prononcer ou la trancher à sa place. Nous ne pouvons pas établir des règles générales qui s’appliqueraient à tous ; nous pouvons seulement parler de ce qui nous arrive à nous, de notre relation personnelle avec Dieu. 

Ce résumé me plaît par sa clarté et son sérieux. Je me sens très proche de la deuxième position (le côté « bisounours » dont j’ai parlé cette semaine), mais peut-être plus encore de la troisième…

C’est donc plus légère que je vous quitte aujourd’hui et que je clos cette chronique dans la reconnaissance des limites de mon intelligence: celle-ci est source de joie pour moi aujourd’hui car c’est dans la confiance et non dans la responsabilité pesante que je souhaite vivre ma foi et la laisser agir dans mon existence, la cultiver, la développer.

Répondre à l’appel de Dieu adressé à nous en Christ, répondre à cet appel qui m’a personnellement touchée, voici ce à quoi je m’engage. J’y mettrai certes mon intelligences, mes émotions et mes actes, mais je souhaite surtout y mettre la reconnaissance et la joie de chercher de mon mieux à servir notre Dieu qui est venu me rencontrer lorsque je ne l’attendais pas.

J’espère ne pas vous avoir déçu par cette chronique un peu tâtonnante et décousue… et je me réjouis de vous retrouver bientôt,

Très beau week-end,

Cécile