Semaine du 20 au 26 juin 2016. Face aux réfugiés…

 

Si tu fais la moisson dans ton champ, et que tu oublies des épis dans le champ, tu ne reviendras pas les prendre. Ce sera pour l’émigré, l’orphelin et la veuve, afin que le SEIGNEUR ton Dieu te bénisse dans toutes tes actions. Si tu gaules tes oliviers, tu n’y reviendras pas faire la cueillette ; ce qui restera sera pour l’émigré, l’orphelin et la veuve. Si tu vendanges ta vigne, tu n’y reviendras pas grappiller ; ce qui restera sera pour l’émigré, l’orphelin et la veuve. Tu te souviendras qu’au pays d’Egypte tu étais esclave ; c’est pourquoi je t’ordonne de mettre en pratique cette parole.  (Deutéronome 24, 19-22)

Lundi 20 juin

Pages extraites de Ddr_2016_BrochureRefugiejpg_Page1Ce dimanche 19 juin, plusieurs Églises de Suisse ont, durant le culte, soutenu la Campagne de l’EPER en faveur de l’accueil des réfugiés. À la Collégiale, Ion Karakash, hôte de ce jour, a développé sa prédication sur ces versets du Deutéronome. Je souhaite à mon tour dédier la chronique de cette semaine à ceux qui ont dû quitter leur terre pour échapper à la violence et aux persécutions.

 

Je commencerai aujourd’hui par reprendre les propos du sermon de Ion Karakash. Je me suis sentie interpellée par sa prière introductive et de tout mon cœur j’ai fait mienne la demande que notre Seigneur nous interpelle et nous meuve face à la détresse et aux besoins des réfugiés qui cherchent abri chez nous. Le pasteur a relevé le gouffre qu’il y a entre les discussions axées sur la politique de l’accueil et la détresse immédiates des réfugiés. Ces versets du Deutéronome nous donnent trois axes très concrets pour une juste attitude face à la situation.

Le réalisme

Ces versets du Deutéronome sont d’un grand pragmatisme. Face à l’argument « la barque est pleine », ils nous rappellent à quel point nous vivons dans l’abondance. Il ne s’agit pas de renoncer à ces biens, mais de reconnaître que nous pouvons les partager sans se priver. Ion Karakash souligne que ce partage n’est pas une action de dépouillement, mais au contraire une attitude quotidienne. Lorsque nous satisfaisons nos besoins, nous n’épuisons pas nos richesses, il y a un surplus…

Quand je pense que chaque jour nos grands magasins jettent des quantités de nourritures invendues… Ion Karakash l’a souligné, le Deutéronome nous rappelle que nous pouvons, sans nous priver, travailler à mettre en place une législation qui reflète, avec toutes les imperfections humaines que cela suppose, la justice de Dieu au quotidien. Nous devons répondre de notre liberté et de nos privilèges et « mettre en pratique » cette parole en faisant droit à l’émigré, à l’orphelin et à la veuve qui ensemble symbolisent chacun de nos prochains dans le besoin.

La précarité humaine

Ion Karakash a expliqué ensuite que ces versets rappellent au peuple juif que lui aussi a vécu l’esclavage en Egypte. Qui sait de quoi sera fait demain ? Rien ni personne n’est à l’abri… Le pasteur a dénoncé vigoureusement l’illusion dans laquelle nous avons tendance à nous maintenir dans notre lien à  la patrie que nous pensons définitivement promise à la prospérité… Attitude d’idolâtrie qui fait fi des fluctuations de l’histoire.

Le Deutéronome, face à ce constat de la précarité du destin humain, appelle à la compassion avec ceux qui souffrent, un appel à faire fructifier nos biens en solidarité avec ceux qui en sont dépourvus. Nous devons prendre au sérieux l’interpellation choisie par l’EPER pour sa campagne : « Et si c’était nous ? »

La confiance en Dieu

En rappelant que Dieu a délivré le peuple d’Israël de sa servitude en Egypte, le Deutéronome appelle la compassion et la solidarité avec les démunis, dans la confiance de la présence de Dieu qui chemine avec l’humain sur les chemins de souffrance, pour sa liberté. Cette confiance en Dieu, le souvenir de sa grâce doit nous mouvoir à notre tour.

La bienveillance de Dieu ne nous est par réservée mais est destinée à l’ensemble de nos semblables. Nous qui souhaitons être à son image, nous sommes face à une exigence de justice et d’équité. Plus encore, nous sommes exhortés à l’espoir et à la joie de nous mettre à son service, dans l’ouverture et la reconnaissance de notre prochain, au nom de notre foi en la présence de Dieu et la vérité de sa Parole.

Mettre en pratique cette Parole

« C’est pourquoi je t’ordonne de mettre en pratique cette parole » conclut le Deutéronome. Que faisons-nous au quotidien pour rendre vivante en actes et en paroles ce commandement divin ? Comment nous positionner face à l’Etat, face à nos peurs, face au découragement que nous ressentons souvent. Pour ma part, je me sens souvent impuissante face à une société dont les rouages semblent immuables… Comment résister ?

Nous explorerons les possibilités qui sont les nôtres de mettre en pratique cette volonté de Dieu de partager nos biens et de vivre dans la solidarité avec notre prochain.

Voyez-vous des possibilités d’attitude, d’actions, de paroles qui pourraient nous aider à accomplir notre vocation chrétienne face aux réfugiés, leur détresse, leurs besoins ?

Gardant ces questions à l’esprit, je vous souhaite une belle journée

Cécile

Mardi 21 juin

Bonjour,

En guise de moisson, nous recevons pour la plupart d’entre nous un salaire. Nous ne pouvons certes pas laisser sur les arbres des pièces de cinq francs à destination de l’émigré, de l’orphelin ou de la veuve. Toutefois, en comparant notre compte en banque au champ, ne nous reste-t-il pas quelques épis à la fin de chaque mois ? Je crois sincèrement pour ma part qui vit pourtant avec un salaire très modeste que je peux revoir ma manière de « récolter » ma moisson mensuelle et me délester du superflu… pour le remettre par exemple à des institutions telle l’EPER qui se chargera de mettre à disposition mes épis pour ceux qui en ont le plus besoin.

Et si c’était nous ? Le titre de cette campagne de l’EPER a pour but de nous interpeller. Au-delà du dimanche des réfugiés ce 19 juin, la brochure nous invite à nous engager au quotidien dans la durée. Pour cela, je vous renvoie à leur brochure dont je reprendrai ici quelques aspects qui répondent à ma question posée hier : quelles sont nos possibilités concrètes d’action ?

Annoncer la Couleur

Pour manifester notre soutien visiblement, l’EPER propose un bracelet « Annoncer la Couleur ». Nous pouvons ainsi témoigner des dix points proposés « pour une suisse meilleure »

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Avant d’agir au niveau de l’accueil en Suisse, l’EPER nous engage à apporter notre soutien hors de nos frontières, aux réfugiés accueillis au Liban et au Nord de l’Irak, où l’EPER apporte une aide aux familles les plus démunies. En Serbie et en Hongrie, l’EPER distribue de la nourriture et des biens de première nécessités aux réfugiés sur la route.

L’EPER agit aussi en Suisse, notamment avec le projet des Nouveaux Jardins qui permettent à des personnes migrantes isolées de s’intégrer. Le projet InfoSuisse50+ est quant à lui destiné aux séniors et rpopose des cours de français destinés à permettre aux arrivants de trouver leurs marques dans notre pays. Le projet Mentorat Emploi Migration vise enfin à favoriser l’accès à l’emploi des personnes migrantes qualifiées.

Le projet consiste à instaurer un système de mentorat entre des personnes professionnelles ayant une expérience de travail en Suisse (les mentors) et des migrantes et migrants qualifiés en recherche d’emploi (les mentés). Durant une période maximale d’une année, le mentor accompagne bénévolement le menté dans sa recherche de piste professionnelle, en lui faisant bénéficier de ses connaissances du milieu professionnel et de ses conseils.

En cours dans le canton de Vaud et de Genève, pourrions-nous espérer voir ce projet s’étendre à Neuchâtel… ?

En effet, nous sommes dans le canton de Neuchâtel un peu à la « traîne » face aux projets de l’EPER qui pourtant propose un soutien actif aux paroisses comme vous le constaterez en suivant ce lien.

Que penseriez-vous d’un groupe paroissial ou cantonal qui travaille à valoriser les projets missionnaires de l’EPER, du DM et de PPP ? Pour ma part, je serais enchantée de participer à un tel groupe… je vais réfléchir à la meilleure manière de réunir quelques personnes autour d’un tel projet… N’hésitez pas à me présenter vos idées ou votre intérêt en postant un commentaire ou en me contactant par e-mail !

Je vous souhaite une belle journée, la première de l’été…

Cécile

Mercredi 22 juin

Bonjour,

Si j’appelais hier à davantage mettre en valeur les projets d’entraide, ma présidente de paroisse m’a rappelé que le groupe Diaconie existait déjà… je vais le rejoindre avec plaisir.

En réalité, ma question d’hier était plutôt « rhétorique » car j’avais déjà décidé depuis quelques mois de m’investir davantage dans les actions Terre Nouvelle et les projets de diaconie dans notre paroisse.

J’espère que nous pourrons unir nos efforts au niveau cantonal pour des projets d’envergure… Là aussi, il s’agit avant tout de rendre hommage à ce qui se fait déjà, et je remercie l’EREN pour le guide mis en place qui indique à chacun et chacune comment venir en aide au quotidien aux réfugiés.

Le guide de l’EREN

En suivant ce lien, vous trouverez le document complet que je résumerai ici en substance. Ce guide répertorie les actions d’aide ou d’entraide en lien avec l’Eglise et le Centre social protestant (CSP) sur le canton de Neuchâtel. Vous trouverez les points suivants détaillés :

  • Plusieurs possibilités pour héberger un réfugié.
  • S’engager comme bénévole. L’EREN offre un nombre de postes bénévoles important, même si la récolte de dons de première nécessité (habits, livres, etc.) ne se fait pas directement par son intermédiaire. L’EREN souligne que d’autres organisations et associations de la société civile sont cependant actives dans ce domaine. Pour ma part, je conseille à toute personne désireuse de s’engager dans des activités bénévoles d’en parler autour d’elle, car de nombreuses possibilités existent. Par exemple, j’ai pu cette année donner des cours de français dans le cadre de l’université et je sais que de nombreuses activités bénévoles sont possibles dans notre canton…
  • Collecter des habits, chaussures, jouets et livres : cela dépend des besoins de chaque centre, vous trouverez tous les détails dans le guide
  • Soutenir financièrement ou par le bénévolat les projets déjà en place :
    • Req’EREN à Couvet et Fontainemelon. Notre aumônière Sandra Conne-Depezay est à l’écoute des requérants d’asile et les accompagne, elle participe aux permanences d’accueil et est à disposition des paroisses pour informer et sensibiliser sur le vécu des requérants. Je crois que nous pourrions l’inviter dans notre paroisse pour aiguiller les paroissien.ne.s désireux de s’engager.
    • RequérENSEMBLE, sur le littoral Ouest propose des activités, des possibilités de s’engager et développe diverses formes de solidarité avec les requérants. RequérENSEMBLE a facilité les contacts entre les requérants et les habitants du lieu de la région de Perreux par diverses activités. La paroisse du Joran coordonne cette plate-forme et ses divers projets.
  • L’EREN a mandaté le CSP pour différentes activités en lien avec les requérants d’asile et réfugiés, il est possible selon ses compétences de rejoindre ces activités.

Il existe différentes manières d’aider les réfugiés, mais il est avant tout important de les soutenir au quotidien par une attitude positive et bienveillante (guide de l’EREN).

Que souhaiteriez-vous en ville de Neuchâtel ?

Quels types de projets souhaiteriez-vous pour notre paroisse ?

Pourrions-nous envisager de nous inspirer de REQ’EREN et RequérENSEMBLE pour développer un projet analogue créer un dans notre ville de Neuchâtel ?

Je poserai cette question au groupe Diaconie de notre paroisse lors de sa prochaine rencontre, à laquelle je me réjouis de participer.

Bien à vous

Cécile

Jeudi 23 juin

Bonjour,

Le groupe Diaconie de notre paroisse a souhaité que la liturgie des cultes des 5e dimanches du mois dont les collectes sont destinées à Terre Nouvelle soient davantage axés sur les campagnes en cours, ce qui me semble une excellente idée. Nous avons besoin de « piqûres de rappel », sous peine de tomber dans l’indifférence, de soutenir financièrement des projets sans nous y investir émotionnellement et existentiellement.

Sur la base du culte clef en main proposé pour la campagne de l’EPER du culte des réfugiés de dimanche passé (en lien ici), quelques idées de contenus spécifiques pouvant intégrer la structure d’un culte dans le cadre d’une collecte Terre Nouvelle me sont venues. J’ai consulté plusieurs trames liturgiques proposées également sur le site du DM (voir en lien celles de 2013 et 2014). Je vous propose d’ajouter en commentaire vos propres idées pour chaque partie du culte.

Accueil

  • Intégrer les personnes concernées par l’action en cours.
  • Prier Dieu de nous conduire à les rejoindre et leur manifester note solidarité en Christ.

Invocation

  • Axée sur l’amour de Dieu et du prochain, de notre vocation de nous mettre au service de son prochain.
  • Ouvrir nos cœurs et nous mettre en mouvement.

Prière et confession du péché

  • Confesser notre partielle indifférence pour les personnes auxquelles on veut venir en aide.
  • Prier pour nous qui manifestons notre compassion (au sens étymologique de « souffrir avec »).
  • Louer Dieu qui, malgré notre péché, nous ouvre dans la communion en Christ à l’amour du prochain.

Cantiques

Énormément de possibilités…. je choisirais ceux qui mettent l’accent sur le vivre ensemble et l’unité des chrétiens.

Voici quelques idées tirées des documents DM : Psaume 133 (Oh qu’il est beau), Joie pour des sœurs et des frères, O Jésus tu nous appelles, Sur ton Eglise universelle, Béni soit le lien, Que nos chants et nos prières, Avec le Christ dépasser les frontières, Vous êtes le sel de la terre, Dona nobis pacem, Peuples chantez partout sur terre, Dieu qui nous appelles à vivre,

Lectures de la Parole

Ici aussi, les possibilités sont innombrables tant sont multiples les passages où Dieu accompagne son peuple vers la liberté ou l’exhorte à venir en aide à son prochain. Quelques exemples :

  • Lévitique 19, 33 : exhortation à accueillir l’émigré.
  • Deutéronome 24, 19-22 : passage que j’ai choisi comme base pour cette semaine de réflexion suite à la prédication de Ion Karakash à la Collégiale.
  • Exode, 3 : Dieu parle à Moïse, il lui demande de délivrer son peuple.
  • Job 38, 1-9 : Job finit par accomplir sa mission.
  • Luc 6, 36-42 : appel à ne pas juger et à venir en aide au prochain.
  • Marc 9, 38-48 : venir en aide aux petits qui croient. Être le sel de la terre.
  • Matthieu, 5 : Les Béatitudes puisque « heureux » signifie « en marche ».
  • Romains 16, 1-23. Paul s’adresse à la communauté qu’il connaît le moins personnellement, mais nomme 27 personnes, de toutes origines. Diversité qui montre l’étendue des échanges (voir le détail dans le dossier Dimanche missionaire de DM de 2014 en lien ci-dessus)

Prédication

  • En lien direct avec la situation actuelle.
  • Rappel des fondements théologiques qui viennent donner sens à notre action.

Cène

  • Insister sur la communion avec le Seigneur et avec les humains du monde entier.
  • On peut aussi Lui présenter ceux qui, comme Lui, voient leur sang couler injustement.
  • Rappeler que la Cène est une marche vers le Seigneur, une réponse à son appel et une mise au service de la Vie éternelle qu’il nous a promise.
  • Rappeler que la Cène nous donne courage et espoir. Elle ravive notre foi et notre confiance dans notre soucis de venir en aide au prochain dans l’assurance de la victoire du Christ.

Intercession

  • Pour changer le cours des choses.
  • Pour guider l’Eglise dans sa mission au service du prochain, pour notre propre responsablitié
  • Pour la situation politique des pays en difficultés ; pour la situation politique en Suisse qui n’est pas toujours ouverte à l’accueil et à l’amour.
  • Pour une société plus juste…
  • Pour ceux qui souffrent, sont enfermés, persécutés, etc.
  • Pour que l’amour et la paix du Christ règnent.

Envoi et Bénédiction

  • Pour que nous fassions rayonner l’action par nos paroles et nos témoignages.
  • Pour mettre en pratique nos paroles.
  • Pour s’ouvrir à l’autre au quotidien.
  • Pour la joie des rencontres et surprises.

Annonce des collectes

  • Témoignages de personnes liées à la cause (aides ou victimes)
  • Intervention d’une personne spécialiste de la situation
  • Présentation du projet.

Moment d’échange et de partage

  • Le culte pourrait être suivi d’un apéritif dinatoire où les célébrants pourraient rencontrer les responsables de projet, les témoins, les intervenants et échanger au sujet du projet soutenu en ce jour.

Voilà, ce ne sont que quelques idées en vrac…

Je me rends compte à quel point la Parole et la liturgie du culte nous engagent à témoigner devant Dieu de notre amour pour le prochain. J’ai aimé mener cette petite réflexion qui m’a assurée de la confiance que nous pouvons avoir en Dieu qui nous affirme à chaque page de la Bible que notre vocation de chrétiens se trouve dans le service et l’accueil de l’autre.

Belle journée à vous

Cécile

Vendredi 24 juin

Bonjour

Suite aux réflexions de ces jours, je remarque que je nourris un sentiment ambivalent face à l’attitude adéquate à adopter face à la politique d’asile de notre pays. D’un côté, je suis pleine d’espoir et de courage, je participe financièrement et bénévolement à l’accueil des réfugiés et j’admire la constance avec laquelle notre Eglise met en œuvre des projets dignes de sa vocation qui est d’œuvrer sur le chemin de paix, de vie et d’amour qui nous a été ouvert par Jésus-Christ. D’un autre côté, je déplore bien souvent les durcissements politiques, les renvois de personnes et le discours politique et médiatique qui alimente la peur et nourrit une attitude de méfiance voire de rejet. Je me sens alors découragée, impuissante.

S’engager aux côtés de l’EPER, du DM, de PPP dans nos actions Terre Nouvelle, participer aux projets de notre Eglise, c’est résister à ce discours de rejet. La résistance me met en porte-à-faux avec le discours et les actes de mon Pays, ma loyauté à la Suisse s’en ressent. Lorsque je lis certains discours de l’UDC et constate le résultat massivement positif de certaines de ses initiatives, je me révolte, je me sens blessée dans mon identité de suissesse et en désaccord avec mon identité nationale.

Je vous propose aujourd’hui d’approfondir cette attitude de résistance au discours politique largement admis en résumant quelques points de l’article de Pierre Bühler, « Les critères éthiques de la résistance » que vous pouvez lire dans son entier en suivant ce lien.

Pierre Bühler part du constat que nos engagements en matière d’asile sont parfois en opposition avec le cadre que nous impose la politique de l’Etat. Prenons par exemple les conditions extrêmement difficiles à remplir pour accueillir chez soi un réfugié. Pierre Bühler dans son article, souligne que lui-même a parfois mené des actions de résistance à la limite du cadre légal en vigueur et propose donc de répondre à la question : quand résister ? à quelles conditions ? sous quelles formes ?

Notre pratique en matière d’accueil est conditionnée par trois domaines : le droit qui donne un cadre et une limite à nos actions, la théologie qui oriente nos convictions et notre regard sur le monde. Le droit et la théologie conditionnent ensuite un positionnement éthique, l’éthique conçue comme une série de critères qui dicteront notre pratique, nos attitudes et nos actions.

Pierre Bühler rappelle que nous vivons dans un Etat de droit, ce qui n’exclut pas les injustices et les imperfections lorsqu’il s’agit de le mettre en pratique. C’est pourquoi les droits fondamentaux prévoient la résistance comme un droit du citoyen à estimer que l’Etat est infidèle aux principes qui le fondent et a le droit de lui résister pour lui rappeler sa mission première.

Le droit de résistance peut parfois mener à des actions illégales, comme par exemple le refus de payer l’impôt fédéral pour protester contre la politique d’asile, mais celles-ci revendiquent une légitimité supérieure liées aux principes premiers du droit. Le rôle de l’éthique est donc de justifier le droit de résistance.

La résistance vise à protester contre un écart entre une situation de fait et les principes de justice officiellement en vigueur, ajoute Pierre Bühler. C’est ce que nous manifestons par exemple en portant le bracelet « annoncer la couleur », comme un témoignage de notre engagement à résister à toute décision de l’Etat qui ne respecterait pas les droits fondamentaux des réfugiés qui demandent l’asile.

S’engager dans les projets mis en valeurs par Terre Nouvelle, c’est ainsi participer à la résistance décrite par Pierre Bühler en s’assurant du fondement éthique de notre engagement. En effet, en nous engageant dans de tels projets, nous sommes assurés de répondre aux critères suivants qui justifient une action de résistance :

  • La résistance est un appel, elle se veut publique et non clandestine.
  • Par loyauté à l’égard du droit qu’elle ne veut pas affaiblir mais restaurer, la résistance est non-violente.
  • Résister, c’est être prêt à assumer les conséquences légales de son action. Agir dans le cadre des projets Terre Nouvelle, c’est être assurés que nous ne serons pas hors du cadre légal tout en agissant. Nous ne sommes pas tous prêts à assumer un acte illégal et ses possibles conséquences (accueillir une famille hors du cadre légal par exemple), et les projets Terre Nouvelle nous permettent de nous investir sans prendre le risque de se tromper ou d’agir inconsciemment.

Le premier principe de la résistance est le respect des droits de l’homme. Pour être conforme à ce principe, les actions résistantes devront s’accomplir dans le respect de ces conditions éthiques. Cela suppose l’honnêteté, l’ouverture au dialogue et au débat. Résister, c’est aussi se montrer responsable, proposer des solutions d’avenir dans un engagement conscient des enjeux. S’engager aux côtés de Terre Nouvelle, c’est rejoindre une action de résistance qui garantit ces principes éthiques.

Pierre Bühler conclut en soulignant que la persévérance et la liberté intérieure sont des qualités nécessaires pour entrer en résistance. En effet, bon nombre de nos espoirs risquent bien d’être déçus, et il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier. Sans persévérance, nous abandonnerons. Sans liberté intérieure, nous serons anéantis par nos déceptions.

Rejoindre les actions Terre Nouvelle nous permet de nous sentir en communion avec tous ceux qui résistent à la spirale de la peur instrumentalisée par certains acteurs politiques de notre pays, confiants dans la possibilité de nous ouvrir à l’autre, à ce réfugié qui a tant besoin de notre aide. Nous sachant en communion, nous ne perdrons pas courage. Dans la confiance en notre Eglise et l’éthique de ses projets, nous pourrons nous engager dans une saine résistance.

Avant de vous quitter, je vous propose de prier cette prière qui avait été proposée pour la 102 e Journée mondiale du migrant et du réfugié du 17 janvier 2016

Seigneur,

Tu es plein de miséricorde pour toute personne, de toute culture et de toute nation. Chaque personne est ton enfant bien-aimé.

Dans ta miséricorde Tu ne vois pas d’abord nos limites, nos difficultés, nos refus. Mais tu crois en notre capacité d’aimer, et de nous découvrir frères et sœurs. Tu crois en notre capacité de vivre ensemble, dignement, dans la paix, la justice et la fraternité.

Façonne-nous par ta miséricorde et ta tendresse. Aide-nous à dépasser nos peurs, et nos refus de nous ouvrir à l’autre. Apprends-nous à nous laisser toucher par la vie de nos frères et sœurs.

Ouvre nos cœurs pour aimer. Ouvre nos mains pour construire des ponts, et non pas des murs. Ouvre notre intelligence pour inventer le monde de demain : un monde où chacun trouvera sa place : un toit, du pain, un travail, un geste de fraternité à partager, un mot d’espérance à échanger en reflet de TOI qui es amour et miséricorde !

 

Je vous souhaite un très beau week-end,

Cécile

 

Une réflexion sur « Semaine du 20 au 26 juin 2016. Face aux réfugiés… »

  1. bonjour,

    tu peux t’adresser au centre d’activité Diaconie, c’est son mandat de faire vivre Terre nouvelle et de réfléchir à ces questions

    bonne journée

    Catheirne

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