Semaine du 23 au 29 janvier 2017. Méditation autour du psaume 30

 

Tu as changé mon deuil en une danse, et remplacé mon sac par des habits de fête.
Aussi, l’âme te chante sans répit ; Seigneur mon Dieu, je te rendrai grâce toujours. (Psaume 30)

Bonjour,

cette semaine, je vous propose de méditer au fil des jours le psaume 30. En guise d’introduction, je vous invite à le relire:
Psaume : chant pour la dédicace de la maison de David.
Je t’exalte, SEIGNEUR, car tu m’as repêché ; tu n’as pas réjoui mes ennemis à mes dépens.
SEIGNEUR mon Dieu, j’ai crié vers toi, et tu m’as guéri ;
SEIGNEUR, tu m’as fait remonter des enfers, tu m’as fait revivre quand je tombais dans la fosse.
Chantez pour le SEIGNEUR, vous ses fidèles, célébrez-le en évoquant sa sainteté :
Pour un instant sous sa colère, toute une vie dans sa faveur. Le soir s’attardent les pleurs, mais au matin crie la joie.
Et moi, tranquille, je disais : « Je resterai inébranlable.
SEIGNEUR, dans ta faveur, tu as fortifié ma montagne. » Mais tu as caché ta face, et je fus épouvanté.
SEIGNEUR, j’ai fait appel à toi ; j’ai supplié le SEIGNEUR :
« Que gagnes-tu à mon sang et à ma descente dans la fosse ? La poussière peut-elle te rendre grâce ? Proclame-t-elle ta fidélité ?
Écoute, SEIGNEUR ! par pitié ! SEIGNEUR, sois mon aide ! »
Tu as changé mon deuil en une danse, et remplacé mon sac par des habits de fête.
Aussi, l’âme te chante sans répit ; SEIGNEUR mon Dieu, je te rendrai grâce toujours.

Au plaisir de chaque jour approfondir avec vous la richesse de ce psaume de louange,

Bien à vous

Cécile

Lundi 23 janvier

Bonjour,

Il m’arrive souvent de prier en marchant dans la nature magnifique de notre région. Ce samedi par exemple, ma louange s’élève dans la beauté de la création qui se révèle au fil de mon chemin enneigé sur les hauts de La Chaux-de-Fonds. En raquettes, j’ai eu la sensation que ce moment privilégié et solitaire de prière m’a ouverte un peu plus à la grâce de notre Seigneur, m’a emplie de foi et d’espérance. Cette foi en moi demande à s’étendre, souhaite se communiquer, désire se partager.  J’essaye d’en empreigner chaque acte et chaque parole de ma journée qu’elle se transmette à toute personne que je côtoie. Et quelle joie de prier ensemble pour l’unité dimanche avec les frères et sœurs d’autres confessions. La prière est amenée à se changer en actes : chants et danses sont pour moi des métaphores de tout partage visible et audible de la bonne nouvelle de la venue du Christ parmi nous et du témoignage de cette grâce infinie de Dieu.

A travers quelques éléments du psaume 30 qui m’ont interpellée, j’aimerais pouvoir préciser la nature de ce sentiment qui, il me semble, est avant tout la gratitude, une gratitude telle qu’elle demande à être partagée dans notre univers quotidien.

La gratitude du psalmiste vient de son expérience vécue de la grâce de Dieu : « Je t’exalte Seigneur, car tu m’as repêché » (v. 2), « tu m’as guéri » (v. 3), « tu m’as fait remonter des enfers », « tu m’as fait revivre » (v. 4). Sans mysticisme aucun, c’est également par la foi en cette présence active de l’amour divin que je rends grâce chaque jour. Je me remémore l’évangile selon Jean qui rappelle cette prière de Jésus à son Père : « Je leur ai fait connaître ton nom et je leur ferai connaître encore, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux » (Jn, 17, 26).

Le psalmiste s’exprime à la première personne, mais ses termes sont aussi forts que généraux, chacune de ses paroles peut être appropriée par tout en chacun. De même, je ne souhaite pas claironner mes petites joies de créature terrestre aux oreilles de mes proches, ce serait pure vanité. Au contraire, je tente d’exprimer ma gratitude personnelle en termes qui pourront trouver un écho chez mon prochain, afin de partager ensemble cette joie de se sentir « revivre » constamment par la grâce de Dieu.

Cet élan qui me pousse à partager ma gratitude se heurte parfois à certaines interrogations. N’est-ce pas prétentieux de me sentir ainsi soutenue dans ma foi en Christ alors que tant de personnes le prient dans le malheur et la détresse ? Face aux heureux de mon entourage, n’est-ce pas les abaisser en leur faisant remarquer que, souvent, ils manquent eux-mêmes de gratitude ? N’est-ce pas me moquer du malheureux en étalant mon bonheur de vivre face à lui qui, dans ses souffrances, doit se sentir parfois abandonné ? Par ailleurs, il arrive que je perde ce sentiment de confiance, que je connaisse des moments de doutes, de souffrance qui me coupe l’accès à cette présence de Dieu parmi nous.

Le psaume répond à ces divers questionnements. Tout d’abord, je ne peux m’accuser, pas plus que je ne peux accuser Dieu du malheur de ce monde. La « colère » de Dieu est bien réelle pour le psalmiste, mais s’il la constate, il l’accepte comme une réalité qui échappe à toute logique humaine. Si colère de Dieu il y a, cela n’implique pas qu’il soit à l’origine des malheurs qui nous arrivent. Ainsi, le psalmiste le remercie car il n’a « pas réjouis [s]es ennemis à [s]es dépens » (v. 2), signe que les ennemis étaient présents indépendamment de la volonté du Seigneur qui, au contraire, est intervenu pour le sauver. Le malheur, le mal ne trouvent pas davantage d’explications rationnelles et sont désignés par les « ennemis » (v. 2), substantif usuel des psaumes pour désigner tant nos adversaires réels que nos peurs et maux intérieurs, nos faiblesses. Réalité qui reste mystérieuse, le mal ne doit pas nous faire désespérer, même lorsque nous nous sentons « tomb[er] dans la fosse » (v. 4).

Dieu, je crois, ne se réjouit pas de notre manque de foi, notre méchanceté, nos haines, mais sa colère ne l’empêche pas d’assumer le mal qui est en nous et de nous prendre tels que nous sommes[1] : « Pour un instant sous sa colère, toute une vie dans sa faveur » (v. 6). Sans culpabiliser à tort, sans céder au fatalisme et à l’erreur qui feraient voir ces malheurs comme une volonté divine, je peux me dévouer au service de mon prochain tout en exprimant ma gratitude.

Cette première certitude : Dieu aime chacun et chacune de nous, me semble essentielle, et nous y reviendrons, si vous le voulez bien, demain…

D’ici là je vous souhaite une très belle entrée dans cette nouvelle semaine,

Bien à vous

Cécile

Mardi 24 janvier

Bonjour,

Une chose m’interpelle souvent ces temps, c’est le manque de confiance que je place souvent en Dieu : j’ai l’impression que mes soucis, mes peurs, mes douleurs sont si insignifiantes qu’elles ne méritent pas d’être remises à Lui, j’ai peur de le déranger pour rien en quelque sorte. J’ai tendance à négliger de le prier pour moi et à me concentrer sur les autres : de la fausse humilité ? Sans vouloir me culpabiliser trop non plus, je sens que ce manque de confiance est avant tout un manque de confiance en moi… Et pourtant, la prière n’est pas que demande… et quel bonheur de remettre mes fardeaux à Dieu

Dans ce psaume 30, le psalmiste reconnaît pleinement son statut de créature élue et promue au sein de la création par la volonté du Seigneur et ne manque pas d’audace dans ses requêtes ! Pourtant, cette audace ne doit pas être comprise comme le résultat de l’orgueil, mais comme celui d’une confiance en la miséricorde du Seigneur. En effet, le psalmiste a vu s’ébranler sa confiance première : « Mais tu as caché ta face, et je fus épouvanté » (v. 8). Cela l’a amené certainement à faire preuve de davantage d’humilité, et explique qu’il prenne la peine de confesser dans sa louange la mise en péril de cette tranquillité première.

Le psalmiste constate en effet sa situation privilégiée : « Et moi, tranquille, je disais : “ je resterai inébranlable. Seigneur, dans ta faveur, tu as fortifié ma montagne” » (v. 7-8). Au sein d’une communauté fortifiée (si l’on accepte d’interpréter ainsi le terme « montagne »), constant dans sa foi, cet aveu du psalmiste me rappelle la retenue que j’évoquais et qui consisterait à culpabiliser d’une louange trop facile pour une personne aussi privilégiée que je le suis. Ce psaume me conforte dans la pensée que ma prière d’intercession n’en reste pas moins légitime.

Dans la joie de savoir que nous pouvons nous remettre entièrement à notre Dieu qui est venu à nous en Jésus-Christ, je vous souhaite une très belle journée

Cécile

Mercredi 25 janvier

Bonjour,

Je m’inquiétais hier de mes doutes, mon manque de confiance, mais je remarque qu’une composante importante de ce psaume est l’appel fort, presque désespéré du psamiste qui ailleurs nous dit pourtant que sa confiance est « tranquille », « inébranlable ». Le psalmiste n’a pas hésité lorsqu’il était « épouvanté » à faire appel au Seigneur : « Seigneur, j’ai fait appel à toi ; j’ai supplié le Seigneur » (v. 9) « Ecoute, Seigneur, par pitié ! Seigneur, sois mon aide ! » (v. 11).

Comme le psalmiste, je m’épouvante parfois, surtout de mes propres faiblesses, mais, et ce psaume nous le rappelle avec force, tout est entre les mains de Dieu, tout dépend de lui. Dans l’évangile selon Marc, Jésus clôt l’épisode de l’appel du riche à se dessaisir de ses biens en répondant aux disciples qui demandent : “Alors, qui peut être sauvé ? ”, et Jésus dit : “Aux hommes, c’est impossible, mais pas à Dieu, car tout est possible à Dieu”(Mc, 10, 26-27).

Je reconnais donc mon impuissance qui, loin de ternir ma louange, me permet d’exprimer sans complexe toute ma gratitude, de louer le Seigneur en toute confiance, sans culpabiliser pour mes faiblesses, pour mes richesses : être en vérité devant lui, simple créature, mais créature de Dieu. Exprimer cette gratitude et la partager, c’est exprimer ma joie de jouir des bontés de Dieu, ma reconnaissance pour la vie qu’il m’offre dans l’ordre de sa création, mon espoir dans la venue de son règne qu’il a annoncé par son Fils.

Son Fils, aujourd’hui, nous accompagne par son Esprit pour fortifier notre foi. Il nourrit mon envie d’adopter une attitude positive, de parcourir mon chemin avec courage, de lutter contre le fatalisme et de transmettre tous ces trésors à mon prochain.

Et Jésus-Christ, il me semble, nous a dit assez clairement sous quelle forme nous pouvions exprimer notre gratitude : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le grand, le premier commandement. Le second est aussi important : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mt, 22,  37-39).

Ma gratitude, moi à qui il a été donné d’aimer Dieu « de tout mon cœur », me permet donc de m’aimer moi-même, de vivre en vérité devant Lui ; cela pour ensuite aimer mon prochain quel qu’il soit ; je me suis reconnue bénie malgré mon péché et suis prête ainsi à étendre cette bénédiction à mes proches et moins proches.

Quelle bonne nouvelle ! quel remède à tous mes maux ! Je prie ce matin pour que le Christ accomplisse en vous la même guérison. Quels que soient vos peines, vos maladies, vos culpabilités, vos doutes et vos découragements, que son amour vous porte et vous garde dans sa paix,

Cécile

Jeudi 26 janvier

Bonjour à vous

J’ai beaucoup parlé de moi jusqu’ici, mais je dois dire que c’est vous qui m’avez donné de vivre plus pleinement ma foi! Fraîchement arrivée dans l’Eglise réformée de Neuchâtel, ce sont les cultes et les lectures bibliques qui m’ont donné envie de rejoindre notre paroisse et de m’y engager.

Dans le cadre de la communauté, notre gratitude envers Dieu prend une forme bien visible. Son expression est d’autant plus forte que les personnes qui m’entourent partagent ma foi. Nous prions en cœur, « Notre Père » ; nous chantons les psaumes et cantiques, et nous prenons la sainte cène qui scelle notre communion en Christ et la communion de notre communauté à toutes les chrétiens du monde.

Comme le psalmiste offre sa louange aux « fidèles » pour qu’ils s’y joignent, « Chantez pour le Seigneur, vous ses fidèles/ célébrez-le en évoquant sa sainteté », je fais mienne la louange des autres. Nous écoutons la Parole et y joignons la nôtre. Chacun, individuellement, partageons le corps du Christ dans le même pain, et tous buvons le même vin dans l’unique coupe, la vie nouvelle qu’il nous propose de vivre ensemble, car « cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous » (Lc, 22, 20).

Exprimer notre gratitude s’avère donc une dynamique complexe qui réunit l’individuel, le collectif et le Tout Autre ; merveille possible par la l’Esprit qui rend vivante la Parole et les actions accomplies par Dieu en Jésus-Christ qui nous dit:

Ce qui glorifie mon Père, c’est que vous portiez du fruit en abondance et que vous soyez pour moi des disciples. Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour. Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme, en observant les commandements de mon père, je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. (Jn, 15, 8-14).

En méditant ensemble la Parole, en étudiant la Bible, nous trouvons, à cet exemple pris dans l’évangile selon Jean, les plus belles expressions et explications à notre gratitude qui parfois nous semble bien maladroitement exprimée.

Merci à vous d’être là et de former notre Eglise!

Cécile

Vendredi 27 janvier

Bonjour,

je souhaite terminer la semaine en pensant à ceux et celles avec qui je partage mon temps, mais qui ne fréquentent pas l’Eglise… Je me pose souvent la question, comment exprimer ma gratitude à mon Dieu devant les personnes qui n’ont pas la foi et parfois manifestent même une animosité marquée pour tout ce qui touche à Dieu et à l’Eglise ?

Ma gratitude, ma louange, ne sauraient se cantonner au cercle de la communauté. Car l’expression de la gratitude est porteuse de mon bonheur et ce bonheur veut nourrir et se nourrir des personnes qui, bien que non croyantes, sont celles pour lesquelles je ressens l’affection la plus grande et la plus sincère.

Proclamer haut et fort une louange au Seigneur, ce serait me heurter à leur incompréhension, les fermer à mon amour, les empêcher de partager ma joie et irait peut-être jusqu’au rejet. Alors, je m’inspire de Paul qui dans les Actes des apôtres s’adresse aux Grecs en adaptant ses paroles :

C’était pour qu’ils cherchent Dieu ; peut-être pourraient-ils le découvrir en tâtonnant, lui qui, en réalité, n’est pas loin de chacun de nous. (Ac, 17, 32).

Bien souvent, mes proches me semblent à bien des égards des croyants qui ne savent pas reconnaître leur foi, ou qui persistent à l’ignorer, des « chrétiens sans le savoir ». Aussi, j’aime à méditer ce discours de Paul :

Ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, c’est ce que je viens, moi, vous annoncer. Le Dieu qui a créé l’univers et tout ce qui s’y trouve, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas des temples construits par la main des hommes et son service non plus ne demande pas de mains humaines, comme s’il avait besoin de quelque chose, lui qui donne à tous la vie et le souffle, et tout le reste […] (Ac, 17, 22-27).

J’essaye, à l’image de Paul, d’adapter mon discours pour qu’il soit audible pour mes proches. Comme Paul, je n’en change pas le contenu, je n’en pervertis pas l’essence (du moins je l’essaye), mais l’exprime par d’autres mots. Cependant, même ainsi, je me retrouve souvent face à des réactions analogues à celles des interlocuteurs de Paul : « Au mot de résurrection des morts, les uns se moquaient […] » (Ac, 17, 34).

Quoiqu’il en soit, je ne renonce jamais à exprimer ma gratitude, elle s’exprime alors en termes plus abstraits, mais qui je l’espère portent l’empreinte de ma foi.  Nous trouvons ainsi dans le psaume 30 cette image : « Le soir s’attardent les pleurs, mais au matin crie la joie » (v. 6). Dite à un proche qui ne croit pas, une telle phrase pourra me permettre de partager ma gratitude pour le Seigneur, même si mon interlocuteur n’en aura pas conscience.

Ainsi, je tente de persévérer dans l’expression de ma gratitude, dans le partage de mon bonheur, de ma joie de vivre qui me sont accordés dans la foi, dans la reconnaissance partagée par ma communauté ou dans la reconnaissance voilée avec d’autres. Individuellement, je prie Dieu, Père et Fils, chaque matin au petit jour, de m’envoyer son Esprit pour me soutenir dans cette voie pas toujours évidente ni suivie avec tout l’engagement que je souhaiterais pour exprimer ma louange dans chaque acte, chaque mot, chaque souffle qui émanent de mon être.

Oui: chaque jour un peu plus ferme sur son chemin de vie et d’amour, voilà ce que je nous souhaite pour ce week-end et pour la suite,

Bien à vous

Cécile

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *