Semaine du 25 avril au 1er mai 2016. L’Ecclésiaste: vanité et joie de l’existence

 

Christ-Pain
L. Cretey, Christ et les Pèlerins d’Emmaüs, MBA de Lyon, détail.

 

Ce que, moi, je reconnais comme bien, le voici :
il convient de manger et de boire,
de goûter le bonheur dans tout le travail
que l’homme fait sous le soleil,
pendant le nombre des jours de vie que Dieu lui donne,
car telle est sa part.
[…]
non, il ne songe guère aux jours de sa vie,
tant que Dieu le tient attentif à la joie de son cœur.

Ecclésiaste 5, 17 et 19

Lundi 25 avril

Bonjour à vous, merci de me lire aujourd’hui…

La semaine passée, je me suis interrogée: comment parler de ma foi face à mes proches athées ou d’une autre religion? J’ai trouvé quelques réponses dans les notions de folie, de scandale et d’indifférence.

Pourtant, je ne suis pas sûre de réellement vivre ma foi, il me semble souvent que, pleine de « vanité », j’ai tendance à manquer de confiance en Dieu, à ne compter que sur moi-même…

Je me suis demandé ce week-end si je ne séparais pas trop ma foi de ma vie quotidienne. Certes, je vais au culte, je lis et médite la Parole, mais je suis loin de reconnaître la présence du Christ dans ma vie à chaque moment de ma journée.

Donner du sens à l’existence

Étant très intellectuelle, comme vous avez pu le remarquer, l’Ecclésiaste qui mêle l’expérience de la vie à l’intellect pour produire un texte de sagesse m’a toujours fascinée. Sur ce texte, il existe de multiples commentaires. J’ai demandé que la bibliothèque me mette de côté l’ouvrage de Jacques Ellul, La Raison d’être, Méditation sur l’Ecclésiaste et attends avec impatience de pouvoir le lire. J’ai pu donner une première assise à ma réflexion en méditant l’excellent article de Pierre Berthoud pour la Revue réformée de la Faculté Jean Calvin, « L’Ecclésiaste – Le sage en quête du sens de la vie ».

L’Ecclésiaste, le Qohélet, fils de David, maître de la sagesse… Je ne m’arrêterai pas sur les problèmes de l’origine du texte, mais prendrai appui sur trois dimensions essentielles de son message qu’a notées Pierre Berthoud : l’expérience, l’intelligence et Dieu…

Dans ma vie quotidienne, les faits auxquels je suis confrontée forment mon expérience, mon intelligence les analyse et leur donne une cohérence, une logique. Or, au-delà de cette logique, il y a la foi en Dieu, qui donne le sens ultime à tout ce que je vis et comprends: trop souvent je l’oublie…

Comment concilier au quotidien les aléas du réel, mon esprit et la réalité du Christ vivant au milieu de nous?

L’Ecclésiaste nous montre que les dimensions de l’expérience et de l’intelligence ne peuvent prendre sens que si elles sont reliées à Dieu. Il le dit à maintes reprises: « Vanité des vanités, tout est vanité »… sauf si l’on reconnaît un sens ultime que nous ne pouvons saisir mais en lequel nous croyons de tout notre cœur dans la foi.

Comme le dit Pierre Berthoud, l’Ecclésiaste provoque « la réflexion », la « curiosité », « l’action », mais, surtout, il a eu « l’audace et la lucidité de s’ouvrir à la sagesse d’en haut ».

Donner sens à notre existence… telle est la quête de Qohéléth… et toutes ses réflexions aboutissent à la même conclusion: face aux « vanités » que sont nos limites et les aléas du réel, face à la « futilité de la vie »qui prouve dans maintes situations que la sagesse est insuffisante, l’Ecclésiaste ne voit qu’une seule issue: la foi.

Le quotidien comme un don de Dieu

À partir de ces versets, je souhaite aborder le thème de la joie que nous avons le droit et le devoir de prendre en la vie sur terre, notre possibilité et responsabilité d’ « affirmer pleinement la vie » comme le dit Pierre Berthoud.

La pièce maîtresse de la réponse de l’Ecclésiaste, celle qui donne sa plénitude de sens et toute sa raison d’être à la joie de vivre, au bons sens, à l’esprit d’entreprise, c’est la crainte du Seigneur. La crainte de Dieu est une notion clef de l’Écriture. Elle correspond, dans le Nouveau Testament, à la piété du fidèle qui se confie en Dieu. C’est la reconnaissance que Dieu est, qu’il est l’ultime réalité, l’absolu de l’univers, le point de référence infini. (Pierre Berthoud)

Voici mon postulat du jour: je compte trop souvent sur ma propre intelligence et cela me mène à agir en ignorant la réalité vivante du Christ. Un exemple tout simple: je traverse la route sur les lignes jaunes, une voiture arrive et son conducteur, qui ne m’a pas vue, doit brusquement freiner. Il klaxonne. Je me dis: « quel con! »… et je continue mon chemin en maugréant, me lamentant sur les chauffards, m’inquiétant des suites qu’aurait pu avoir l’épisode s’il n’avait pas freiné, m’offusquant de son coup de klaxon qui me dit que c’est moi qui suis coupable de traverser ainsi alors que je suis dans mon droit… VANITÉ!

Reprenons la situation: je traverse la route, le conducteur freine brusquement et klaxonne… À ce moment, à la place de réagir contre le chauffeur, j’aurais pu me dire: « quelle peur j’ai eu », et j’aurais pu comprendre son klaxon comme l’expression de sa propre peur… Mon intelligence qui me permet d’analyser une situation peut être mise sous la tutelle de ma foi sans perdre pour autant sa logique. Je peux par le raisonnement me dire que ce n’est pas parce que j’ai eu peur et que le conducteur a réagi de façon excessive en klaxonnant que cet homme est un « con », il est un être humain, avec ses faiblesses et ses réactions à chaud, au même titre que moi qui l’ai un peu rapidement jugé… Je peux donc repartir dans la joie que cet incident n’ait pas eu d’issue malheureuse… Je peux méditer sur les points de vue différents que l’on a de la circulation routière en tant que piéton ou chauffeur et remercier Dieu: malgré ces divergences, le chauffeur pressé et la piétonne inattentive ont tous deux échappé à une possible tragédie.

Je n’ai pas été attentive à la joie que Dieu maintient dans mon cœur, pour reprendre les mots de l’Ecclésiaste.

Sans aller plus loin dans la réflexion aujourd’hui, je vais simplement essayer de commencer cette semaine en plaçant l’amour de Dieu au premier plan, et tenter de reconnaître la « part » qui m’est donnée en cette vie comme une source de « bonheur » et de « joie ». Mettre mon intelligence au service de ma foi, et expérimenter le monde comme un don de Dieu qui dépasse mon intelligence, mais dont il est garant du sens.

Parole à vivre en actes

Je me propose quelques paroles librement tirées de la Bible pour les réciter face aux situations de cette journée. Je souhaite ainsi faire ressortir dans mon quotidien la joie, ce don de Dieu, la rendre consciente et vivante. Enfin, je souhaite observer quels effets ces paroles auront sur mes actes.

  • Face aux petits bonheurs quotidiens: remercier Dieu de la part qui m’est accordée, par ces simples mots: « Merci, Seigneur »
  • Face à une situation où je me sens désœuvrée, m’en remettre à Dieu: « Pas ce que je veux, mais ce que tu veux ».
  • Face à un petit ou grand malheur, à une erreur ou un acte manqué, demander son soutien: « Kyrie eleison ».
  • Face à une attitude agressive, irrespectueuse, blessante: « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

J’ai noté ces quatre phrases sur un petit papier, et vais essayer de les réciter en moi-même selon les circonstances de ce lundi 25 avril… Demain, je partagerai avec vous les fruits de cette expérience, et continuerai à réfléchir sur ces versets de l’Ecclésiaste…

Très belle journée à vous…

Merci, Seigneur, de me laisser m’exprimer ainsi librement sur ta grâce qui dépasse pourtant toute parole humaine. Que ces épitres trouvent ou non des lecteurs, je m’en remets à toi: « Pas ce que je veux, mais ce que tu veux »

Cécile.

Mardi 26 avril

Bonjour à vous…

il neige ce matin à La Chaux-de-Fonds, quel contraste avec la semaine passée! J’espère de tout cœur que ce retour du froid dans notre canton ne nuira pas à ses vignes, arbres fruitiers et cultures diverses… et qu’aucun vélo ne dérapera sur la rue glacée lors du passage du Tour de Romandie dans notre ville du Haut!

Après ce petit préambule, je souhaite ce matin partager avec vous un bilan de mon expérience d’hier. D’une manière générale, je constate avec tristesse que la foi n’est pas toujours au cœur de mon quotidien… En effet, c’est souvent avec un temps de retard que j’ai fait place à la réalité du Christ au cœur de chaque situation. Mais cette expérience me laisse aussi pleine d’espoir: je crois que cette réalité du Christ au cœur de ma vie est bien advenue, mais qu’il faut que je m’ouvre à la recevoir en conscience pour qu’elle m’apparaisse à chaque instant…

Une rencontre…

Hier matin, j’ai rendu visite au pasteur Thierry Perregaux, atteint par la maladie, à son domicile. En compagnie de Jean-Pierre Gern, président de l’Association pour la Collégiale dont je suis récemment devenue la vice-présidente, nous souhaitions le remercier pour son livre de prédications édité récemment et financé par ses anciens paroissiens. Le pasteur l’offre généreusement à ceux et celles qui le souhaitent, et nous étions là pour organiser cette diffusion lors du culte de ce dimanche à venir à la Collégiale. Nous avons pu par la même occasion profiter de ses conseils sur nos autres projets.

Thierry Perregaux…. Sa bienveillance, son intelligence et sa générosité baignaient le salon dans lequel nous étions confortablement installés, face aux œuvres d’arts nombreuses mais choisies, notamment des aquarelles de son frère Aloïs. De la cuisine, nous parvenait la délicieuse odeur du pesto « maison » que préparait son épouse Noëlle dont le chaleureux sourire et l’énergie positive illuminaient toute l’atmosphère. J’ai goûté chaque instant passé à écouter les paroles pleines de sens et de profondeur de Thierry Perregaux, emplie d’attention et de respect. J’ai ressenti et exprimé ma compassion pour sa maladie, tout en admirant le courage avec lequel lui et son épouse font face à la situation. Je pourrais décrire encore longtemps tout ce que m’a apporté ce moment qui m’apparaît véritablement comme une grâce de Dieu.

Donner place au Christ au cœur de nos vies

Pourtant… ce n’est qu’après coup que j’ai relié ce moment précieux à ma foi. Sur le chemin qui me menait du domicile de Thierry Perregaux à l’université, j’ai pu dire « merci, Seigneur » pour le don de cette rencontre si riche.

J’ai pu admirer la manière dont le pasteur fait face à la maladie: il en accepte les difficultés tout en menant de front chaque jour une lutte contre elle. Il a été pour moi un exemple de l’espérance dans la foi et je me redis les paroles « non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». Thierry Perregaux sait reconnaître la beauté de la vie malgré la souffrance et la conscience aiguë de la « vanité » de l’existence humaine. Il saisit entièrement la part que Dieu lui accorde encore, dans la confiance et la paix qui semblent nourrir sa persévérance à ne pas se laisser abattre. À nouveau, je n’ai pu que répéter « merci Seigneur », merci de me donner cette assurance de ta présence en les personnes que je rencontre et qui affirment mes pas sur ton chemin de vie.

Cependant, je ressens un désarroi face aux « injustices » du réel, de l’impuissance face à aux souffrances endurées sans raison apparente. J’ai alors pu à ce moment m’en remettre au Christ: « Kyrie Eleison ». J’espère en lui, je crois qu’il nous donne la force de vivre chaque instant comme un don de Dieu, qu’il prend pitié de mes doutes et mes douleurs pour les convertir en espérance confiante. Qu’il puisse prendre soin de chacun de nous pour transformer notre souffrance en puissance de vie!

Je regrette ne pas avoir vécu cette foi dans l’instant, mais seulement après qu’il soit passé… J’espère toutefois que, dans sa grâce, le Christ m’a donné de vivre ces instants dans sa lumière, même si je ne m’en suis montré consciente et reconnaissante qu’après coup.

J’ai alors prié: « Pardonne-moi, je ne sais pas ce que je fais ». Cet aveu, loin de me décourager ou de me culpabiliser, m’a libérée. J’ai certes constaté que ma foi n’est pas présente à ma conscience à chacun des moments de ma vie; mais par cette reconnaissance de mon impuissance, j’ai senti à quel point c’est en Christ seul que je pouvais me remettre et croire qu’avec le temps, je vivrai ma foi pleinement dans chaque instant: quel bonheur que de l’espérer!

Vivre avec la vanité

« Vanité des vanités, tout est vanité »: je crois pouvoir souvent adhérer à cette plainte résignée de l’Ecclésiaste. Vanité, Hebel en hébreu, signifie « vapeur »: ce que nous ne pouvons saisir à pleine main, qui nous échappe. Lorsqu’elle nous enveloppe dans son brouillard, la vapeur nous empêche de voir.  Mais Hebel signifie aussi « souffle ». Le souffle ne se laisse pas saisir, mais peut nous animer. Comme notre respiration fonctionne indépendamment de notre volonté, nous pouvons nous en remettre à ce qui nous dépasse et remercier pour ce don de la vie: « goûter le bonheur », selon les mots de Qohéleth

L’homme « ne songe guère aux jours de sa vie, tant que Dieu le tient attentif à la joie de son cœur. » Je crois comprendre enfin pleinement le sens de ce verset… Ne pas songer aux jours de sa vie, cela ne veut pas dire ne pas y accorder d’importance, mais les vivre dans la joie de la foi en Dieu… et pour nous qui venons après l’Ecclésiaste, dans la foi en Christ, mort et ressuscité pour nous. Et cette possibilité de faire de notre existence le commencement de la vie éternelle donnée par Dieu en Jésus-Christ,  ce n’est que par sa grâce que nous pouvons la vivre pleinement. C’est lui qui nous « tient attentif à la joie de [notre] cœur ».

Prier Notre Père…

Notre Père… Je viens de quitter quelques minutes mon ordinateur et la rédaction de mon texte pour réciter la prière que Jésus nous a apprise… J’ai cru discerner alors que le Notre Père est présent partout dans les versets de l’Ecclésiaste que j’ai choisis pour cette semaine.

Comme l’Ecclésiaste, nous pouvons constater que, sans vivre la présence de Dieu dans notre quotidien, notre existence nous paraîtra toujours « vanité ». Il ne me semble pas déplacé de considérer que sa pensée sur le sens de la vie amène Qohéleth à remettre entièrement son existence au Seigneur… Je pense qu’il nous invite, annonçant ainsi Jésus, à dire:

Que ton nom soit sanctifié, que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel

Il me semble en effet que c’est en sa volonté que l’Ecclésiaste nous exhorte à placer notre joie et notre confiance:

pendant le nombre des jours de vie que Dieu [nous] donne, car telle est [notre] part

Nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes, mais sommes au cœur du projet de salut de notre Père. Il faut savoir reconnaître « notre part » que généreusement Dieu nous donne en cette vie par « sa volonté ».

L’Ecclésiaste affirme dans ces versets:

il convient de manger et de boire, de goûter le bonheur dans tout le travail que l’homme fait sous le soleil

Je retrouve dans cette recommandation les demandes que nous adressons à notre Père par ces mots:

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés

En effet, Qoéhleth se concentre ici sur l’essentiel, le manger et le boire qui nous permettent de subsister chaque jour. Mais il nous exhorte aussi à nous réjouir de pouvoir prendre part à cette vie, ce bonheur ne peut se réaliser que dans la reconnaissance du don qui nous est fait et c’est pourquoi nous pouvons demander pardon et pardonner pour « goûter le bonheur » dans notre possibilité de vivre par notre travail « sous le soleil ».

Enfin, l’Ecclésiaste ajoute:

non, il [l’être humain] ne songe guère aux jours de sa vie, tant que Dieu le tient attentif à la joie de son cœur.

Nous ne pouvons que prier pour que Dieu nous accorde de prêter davantage attention à la joie nous est donnée et l’accueillir au-delà de la vanité apparente de ce monde, c’est ainsi que nous lui demandons de détruire nos résistances à sa présence dans nos vies:

Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal.

Par sa grâce, la vanité de ce monde, cette vapeur qui nous enveloppe et nous empêche de voir se mue en souffle qui nous permet de respirer sans effort, au-delà de notre volonté propre.

Je vous laisse pour aujourd’hui, sur les derniers mots de cette prière qui nous accompagne chaque jour dans nos vies… Pour ces quelques heures de la matinée passées à vous faire part de mon chemin de vie et de foi, je remercie le Seigneur, notre Père:

Car c’est à toi qu’appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire.
Pour les siècles des siècles
Amen

Mercredi 27 avril

Bonjour,

ce matin je n’ai que peu de temps pour cette épitre… Je vais donc pour l’instant simplement ajouter quelques considération sur l’expérience de rappeler le Christ à ma conscience à chaque moment de ma journée.

Je vous ai fait part hier que, passé la tristesse de voir que je l’oubliais souvent dans l’instant pour le prier et le remercier qu’après coup, m’en remettre à lui, même tardivement, me remplissait d’espoir…

Je dirais même plus, cela me pousse à ne pas rester bras ballants, mais à agir, à vivre en actes cette reconnaissance en la part que Dieu nous donne sur cette terre… Un nouveau motif de joie que je veux illustrer par quelques exemples.

Goûter le bonheur

Lundi et mardi, en portant attention au Christ dans ma vie quotidienne, je me suis rendu compte combien étaient nombreuses les occasions de le louer et le remercier! Quelle joie de remarquer que les mots « Merci, Seigneur » ont largement surpassé en quantité ceux de « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font »…

L’Ecclésiaste dans ces versets nous invite à mettre en pratique la joie et l’assurance que Dieu nous donne. Lui qui donne du sens au monde, nous sommes donc certain d’y avoir une part, si petite soit elle.

Lorsque j’ai exprimé ma reconnaissance, cette joie m’est apparue comme un don précieux, une grâce… et c’est naturellement qu’elle m’a mise en mouvement vers mon prochain.

Goûter le bonheur m’a donné envie de le partager. En prenant conscience des joies de mon existence, je me rendais compte qu’elles provenaient souvent de mes relations avec l’autre.

Lundi, je me suis souvenue du dîner que j’avais partagé avec Rose-Marie et Elisabeth après le culte du dimanche… Chez Rose-Marie, dans son petit appartement à La Coudre, assises à la table ronde placée contre la fenêtre du balcon pour pouvoir admirer la vue sur le lac, nous avons prié, mangé un délicieux dîner, et discuté à bâtons rompus…

Pour moi qui ait l’âge d’être leur petite-fille, j’ai bien sûr profité de leur expérience. Mais ce qui m’a le plus émerveillé, c’est que malgré leur vécu, leur vie est encore remplie de nouveautés, de questionnements, de surprises, d’imprévus… auxquels elles font face non seulement avec leur expérience, mais surtout avec la fraîcheur de leur foi. Loin de s’enfermer dans des schémas, elles voient chaque situation nouvelle comme une occasion unique d’expérimenter le monde comme un don de Dieu, sans juger d’avance d’après leur passé. Elles n’ont pas peur de l’inconnu, mais leur expérience et leur foi les mène à faire face avec confiance et créativité à chaque événement inédit.

Je me rappelais donc ce moment en montant à la gare ce lundi… J’ai ressenti amour et reconnaissance et, après avoir prononcé « Merci Seigneur », j’ai eu envie de prolonger cette joie, de la partager avec celles qui me l’avaient procurées. J’ai alors fait une petite halte par la poste pour écrire une petite carte postale à Rose-Marie qui la remerciait et lui disait toute la joie que j’ai à être cheminer à ses côtés sur le chemin de vie ouvert par le Christ… J’ai utilisé une image biblique: nous sommes deux petits sarments attachés au même cep, et c’est une joie pour moi de sentir que la même sève nous nourrit et nous relie…

Cet acte, tout simple, a donné consistance à mes paroles de grâce. J’ai eu l’impression ainsi non seulement de prendre conscience de mon bonheur, mais aussi de le « goûter » pour reprendre les mots de l’Ecclésiaste. Goûter, Ra’ha em hébreu, veut dire aussi: discerner, comprendre, veiller, soigner, observer, pourvoir, montrer… Pour moi, tous ces termes suggèrent qu’il ne s’agit pas seulement de ressentir la joie, mais de lui donner corps en la soignant, en la montrant…

Lorsque nous goûtons quelque chose, au-delà de simplement nous nourrir, nous prêtons attention à la saveur de l’aliment. De même, ce souvenir ne m’a pas seulement nourrie, mais m’a menée à prendre conscience de toute sa saveur et à la montrer à celle qui a goûté avec moi à ce moment…

Un acte minuscule, mais qui m’a donné une grande joie, plus durable que la simple réminiscence d’un souvenir agréable. Par ma carte postale, ce moment de bonheur à me souvenir a pris de l’importance, il sera rappelé à celle avec qui je l’ai vécu et restera ainsi une réalité présente malgré qu’il soit passé…

Je vous laisse pour ce matin, j’aimerais, si j’ai le temps cet après-midi, évoquer les retombées de mon expérience de la semaine sur mon travail…

A tout à l’heure…

Jeudi 28 avril

Bonjour,

quelques imprévus universitaires ne m’ont pas permis de continuer hier ma réflexion que je reprends donc ce matin…

Le travail: peine et souffrance?

Le mot hébreu traduit par « travail » dans l’Ecclésiaste est Amal. Il est connoté négativement puisqu’il signifie aussi « peine », « injustice », « souffrance » ou « difficulté ». Dans Job, au chapitre cinq, c’est le même terme qui est utilisé lorsque le prophète se plaint: « l’homme naît pour souffrir ».

Mais c’est dans le sens moderne que je souhaite l’aborder. En effet, pour beaucoup de mes proches, le travail, loin d’être une joie est une « peine »… Ils attendent avec impatience le week-end et les vacances! Qu’en est-il pour vous?

Pour ma part, j’ai la chance d’être assistante à l’université et de pouvoir vivre avec un salaire qui me permet de mener mon travail de thèse parallèlement aux cours que je donne. Cela dit, si la littérature française est une passion sur laquelle j’ai du plaisir à travailler, mon parcours a aussi sa part de « souffrance » et de « difficultés ».

J’ai peur notamment de ne pas remplir « ma part »: angoisse de ne pas arriver à la fin de mon travail de thèse, de ne pas être à la hauteur de mes responsabilités en tant qu’assistante. Peine aussi de constater qu’après ma thèse, le domaine académique, trop coupé des réalités sociales de notre temps, ne m’attire pas… Si tout reste ouvert, je souffre parfois de ne pas savoir encore quelle sera la voie professionnelle dans laquelle je m’épanouirai…

Œuvrer sous le soleil…

Ce que l’Ecclésiaste me rappelle, c’est que ma « part » en ce monde n’est pas déterminée par mes ambitions ou par les attentes du domaine académique… Je peux tout aussi bien faire autre chose, m’orienter sur une autre voie… car c’est à Dieu de m’accorder ma part.

Forte de cette conviction, à chaque fois que je doute ou rencontre des difficultés dans mon travail, je me suis dit ces jours: « Pas ce que je veux, mais ce que tu veux »… Cela ne m’a pas poussée à la paresse, à laisser de côté mon travail en attendant une quelconque révélation divine… Au contraire, j’ai repris mon travail avec ardeur et avec joie. Dieu m’a donné des capacités et des compétences que je tâche de développer, mais je reste attentive aux signes qui les orienteraient sur un autre chemin.

Je ne travaille plus pour mes ambitions ou les attentes académiques, mais pour la joie d’œuvrer dans la création. Je ne peux prévoir quelle sera ma part, mais je peux être sûre d’en avoir une…

Méditer la Parole, prier, m’en remettre à Dieu pour qu’il me guide sur mon chemin, m’oriente dans mes choix: quelle joie et quelle espérance! Je sais que je peux compter sur sa volonté, qu’il a à cœur de me voir oeuvrer sur le chemin ouvert par le Christ qui mène à la venue de son règne.

Et je crois sincèrement que c’est par sa grâce que je donne, dans le cadre de l’université, des cours de français aux réfugiés fraîchement arrivés dans notre canton. En effet, je ressentais ces derniers temps de la souffrance à rester tranquillement dans mon bureau à réfléchir à des concepts abstraits alors que tant de personnes ont besoin d’aide… Un jour où j’étais particulièrement découragée et que je me demandais sérieusement quel sens donner à mon travail de thèse que seuls quelques spécialistes liront, je reçois un appel pour donner ces cours de français… Sans vouloir paraître illuminée, je dirais que cet appel a résonné en moi comme une réponse de Dieu à ma détresse… Il a donné un nouvel aspect à la part qu’il m’accorde, il me fait la grâce de venir en aide à mon prochain dans le cadre même de mon travail.

Ce jeudi, de midi à deux heures, je vais donc bénévolement apprendre à lire et à écrire à une quarantaine de personnes au contact desquelles j’apprends énormément… Je sais qu’après mon cours, je me remettrai au travail avec joie, consciente de ma chance de pouvoir étudier, mais aussi dans l’assurance de pouvoir mettre mon intelligence au profit de mon prochain…

Je ne m’inquiète plus de mon avenir sous le soleil, mais prie Dieu pour que je sache discerner la part qu’il souhaite m’accorder…

Je vous souhaite une belle journée, que j’espère pleine de joie,

Je serais bien sûre curieuse de savoir comment vous considérez votre « part » en ce monde, et quelle confiance vous accordez à Dieu dans votre parcours de vie… mais je crois que mes épitres n’ont pas encore trouvé de lecteur… Peu importe, j’espère qu’un jour nous nous rencontrerons pour en parler, sur ce site ou dans la vie réelle!

Bien à vous

Cécile

Vendredi 29 avril

Bonjour…

Pour cette fin de semaine, je voulais évoquer ma lecture de La Raison d’être, Méditation sur l’Ecclésiaste par Jacques Ellul. Je ne pourrais bien sûr résumer ici l’ensemble des méditations philosophiques et théologiques approfondies par ce professeur protestant dans ce livre qui reflète bien son esprit indépendant tout autant qu’il nous fait profiter de son érudition…

Parallèlement, je me suis beaucoup questionnée sur la conviction que j’ai affirmée hier d’avoir été guidée par la grâce de Dieu dans mes choix. Je suis un peu mal à l’aise: comment affirmer d’une part que le sens profond du monde m’échappe, en même temps que je prétends reconnaître des signes vivants de la présence de Dieu dans ma vie? Vanité…?

En croisant cette question à ma lecture de Jacques Ellul, je crois avoir trouvé le fil de mon propos de ce jour!

Dieu donne…

Je reste encore perplexe en ce moment… néanmoins Jacques Ellul m’a fourni quelques réponses. Un des chapitres de son ouvrage porte le titre « Le Dieu qui donne » et s’attache particulièrement au thème de notre verset de la semaine… L’Ecclésiaste nous exhorte en effet à jouir de la part que Dieu nous donne… Jacques Ellul souligne à quel point cette vision de notre vie comme un don est importante et nous appelle à la responsabilité:

Nous avons à prendre très au sérieux cette joie, ce plaisir parce qu’ils sont des dons de Dieu, et, les prenant au sérieux, ni les gaspiller vainement, ni tirer cette jouissance de n’importe quoi qui serait le contraire de la volonté de Dieu! (Jacques Ellul)

Entièrement d’accord avec le penseur, une question me taraude: comment connaître cette volonté? n’est-ce pas vanité que de prétendre suivre la volonté de Dieu?

… nous recevons

Jacques Ellul ne passe pas à côté de cette question essentielle… existentielle. Sans entrer dans le détail, il montre que la voie vers une juste relation au monde passe par la reconnaissance:

Apprendre à reconnaître, à discerner ce don, à voir que ceci est un don, et de là en devenir reconnaissant. (Jacques Ellul)

Cette reconnaissance est certes personnelle, et issue de notre humaine condition qui ne peut percer le mystère de Dieu… Cependant, la foi sincère nous entraînera à répondre le plus justement possible à son appel. Jacques Ellul livre un message plein d’espoir en nous rappelant:

les choses où les actions ne sont pas quelque chose d’objectivement établi, mais font nécessairement objet d’une « lecture » aboutissent pour le croyant à une confession de foi. Je crois que… et rien au-delà. (Jacques Ellul)

J’ai ainsi le droit, dans la foi, de dire « Moi, j’interprète cela comme un don de Dieu »… nous dit Jacques Ellul. Car, ajoute-t-il, voici le message donné par l’Ecclésiaste:

Tu ne connais pas ce que tu fais, mais voici, tout est sous une lumière nouvelle à partir du moment où tu reçois la certitude que Dieu agrée tes œuvres, les reçoit et les aime. (Jacques Ellul)

C’est ce que je crois, que je m’applique à croire et à vivre dans mon quotidien…

La joie en Christ

La révélation de Dieu en Jésus-Christ a confirmé cette vision de la joie que nous pouvons ressentir à vivre notre existence comme un don de Dieu. J’évoquais ma rencontre avec Thierry Perregaux cette semaine. Lors de notre rencontre, il m’a offert ses prédications récemment éditées sous le titre Religion fardeau, religion cadeau ?  Je veux partager avec vous ce qu’il dit du verset « Soyez toujours joyeux » de la lettre aux Philippiens. Le pasteur nous permettra de donner toute sa profondeur à ce que nous a appris cette semaine cette injonction de l’Ecclésiaste à nous réjouir de la vie:

Nous sommes souvent des lecteurs pressés de la Bible. Nous retenons « Soyez toujours joyeux » (Phil, 4, 4), et nous oublions les mots qui suivent : « d’appartenir au Seigneur ». Cela change tout ! Le fait d’appartenir au Seigneur est la source d’une joie imprenable. (Thierry Perregaux)

Reconnaître notre vie comme un don de Dieu nous donnera la joie et nous poussera à vivre le plus près possible de sa Parole et de ce qu’il nous a révélé de son amour pour nous en Jésus-Christ, et de répondre à l’appel qu’il nous adresse.

Cette joie est « imprenable », nous dit Thierry Perregaux qui explique:

Jésus en enseignant ses disciples déclare : « Je vous ai dit cela afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15,11). Il révèle que la joie vient d’une bonne relation avec Dieu, le prochain et la vie en général […] La joie dont Jésus parle est une joie qui demeure même dans le malheur ! La juste relation avec Dieu permet d’accueillir avec sérénité et confiance les mauvais moments de la vie. (Thierry Perregaux)

Sachons donc accueillir cette joie, la vivre le plus pleinement qu’il nous l’est possible. Etudions la Bible et prions pour que nous sachions accorder nos actes et pensées à la volonté de Dieu toujours hors de notre portée. Faisons confiance et engageons-nous à répondre de notre mieux à l’amour que Dieu nous a manifesté en Jésus-Christ… Prions avec Luther:

Donne-moi ton Saint-Esprit.
Qu’il éclaire mon cœur et me fortifie.
Qu’il me console dans mon angoisse et ma misère.
Garde-moi jusqu’à la mort dans la vraie foi,
dans la ferme confiance en ta grâce.
Amen.

Je vous souhaite beaucoup de joie et de bonheur pour ce week-end, dans la confiance et l’espérance de la foi en l’éternel amour du Père,

Bien à vous

Cécile

 

 

 

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