La transfiguration, un chemin de foi

Culte du 1er février 2026 (radiodiffusé) à Môtiers

Prédication de Guillaume Klauser

Lectures : 2 Corinthiens 4, 6-10

                   Matthieu 17, 1-9

Chers frères et sœurs en Christ,

C’est un récit digne de science-fiction que nous méditons aujourd’hui, et qui pourtant dit l’essentiel…

Il dit l’essentiel à quelques êtres un peu perdus sur l’identité de celui qu’ils croyaient pourtant bien connaître. Celui qu’ils suivaient depuis longtemps, celui qui leur a enseigné tant de choses, qui leur a parlé de Dieu comme personne ne l’avait fait jusque-là… Et qui, il y a seulement quelques jours, six jours, exactement, leur a annoncé sa mort à venir. Une nouvelle difficile à avaler pour ces disciples qui d’une certaine manière nous ressemblent, ces disciples qui ne comprennent pas tout d’un coup et qui, surtout, ne veulent pas faire face à la réalité d’un Dieu qui a élevé tellement haut la liberté de l’être humain qu’il se laissera crucifier par lui. Dieu serait-il donc si faible, s’interrogent les disciples ? Pierre, Jacques et Jean, comme nous parfois, se demandent sûrement si ce Jésus est vraiment digne de confiance, de foi, et si leur attachement à lui vaut bien la peine…

C’est dans cet état de trouble, ce moment inconfortable, ce temps de questionnement profond que Jésus les emmène avec lui sur une haute montagne. Littéralement, Jésus les porte au-dessus. Il les porte, comme on porte un petit enfant. Dieu n’est pas d’abord celui vers qui, par nos efforts, il faudrait monter. Au milieu du trouble qui saisit les disciples dans cette période de leur vie, voilà Jésus qui les « porte vers Dieu ». N’avons-nous pas, nous aussi, besoin qu’il nous porte, qu’il nous prenne avec lui, au milieu de nos questionnements, au milieu de nos faiblesses, qu’il nous montre le chemin vers Dieu, ce chemin que nous essayons vainement de trouver par nous-mêmes ?

Oui chers amis, c’est un récit digne de science-fiction que nous méditons aujourd’hui, et qui pourtant dit l’essentiel…

Il dit l’essentiel de Dieu qui continue de se révéler, comme il l’a fait pour Moïse et pour Elie, sur une montagne. Dieu se donne à nous, cette fois pleinement, et se donne à voir. Alors que ni Moïse ni Elie n’ont pu voir Dieu en face à face (Exode 33, 20-23 et 1Rois 19, 13), voici Dieu qui se donne, qui nous donne de le voir vraiment, au travers du visage-même du Christ, synthèse et accomplissement de tout ce qui était annoncé.

Voici Dieu qui se met à resplendir au travers du visage de Jésus. Il est ici question d’une splendeur, d’une lumière qui irradie. Pourtant, Jésus reste Jésus. Les disciples présents le reconnaissent bien. Il n’est pas devenu autre que celui qu’ils ont connu jusque-là. La lumière divine est venue en quelque sorte s’ajouter au visage du Christ, sans pour autant le faire disparaître[1]. C’est ce que remarque Saint Jérôme, l’un des Pères de l’Eglise du 4ème siècle. Une manière de dire que tout divin qu’il soit, c’est bien au Jésus humain, qui est né dans une mangeoire, qui a prêché, guéri et partagé le quotidien d’une vie humaine qu’il faut regarder pour voir Dieu.

Chers amis, c’est un récit digne de science-fiction que nous méditons aujourd’hui, et qui pourtant dit l’essentiel…

L’essentiel de ce Dieu qui, lorsqu’on a, comme Pierre, Jacques et Jean, la chance d’apercevoir son vrai visage, est un Dieu vers qui il fait bon rester. « Seigneur, il est bon que nous soyons ici », dit Pierre, qui, avec les tentes qu’il voulait dresser, essayait désespérément figer l’instant, de le retenir, de le mettre « hors du temps ». Quel contraste entre cette joie profonde que ressent Pierre et la crainte qui le fera tomber à terre un instant plus tard. Pour nous aussi, joie et crainte, paix et intranquillité, élan d’amour et retenue respectueuse se mêlent lorsqu’on prend conscience du don de Dieu pour nous, de son amour pour nous… C’est vertigineux, quand on y pense…

Et pourtant, encore une fois, voici Dieu qui, par le geste tendre d’une main tendue, relève ses disciples et leur donne d’avancer dans leur vie.

Chers amis, c’est un récit digne de science-fiction que nous méditons aujourd’hui, et qui pourtant dit l’essentiel, l’essentiel de ce Dieu dont le désir « va jusqu’à vouloir déposer en nous le don de sa présence »[2].

C’est que Jésus prépare Pierre, Jacques et Jean à comprendre que bientôt, sa présence physique ne sera plus. Alors il était plus nécessaire que jamais de préparer les disciples, et nous avec, de les préparer à une nouvelle manière pour Dieu d’être présent au monde.

Touchés par le visage resplendissant et rayonnant du Christ, les disciples deviennent à leur tour porteurs de la lumière divine. Dieu lui-même qui brille dans nos cœurs, comme le dit Paul dans sa seconde lettre aux Corinthiens.

Descendus de la montagne, Pierre, Jacques, Jean et nous tous portons cette lumière de Dieu qui brille désormais. Le Christ transfiguré, c’est la lumière de Dieu qui vient élire domicile au plus profond de nous. Voilà la grande nouveauté, comme le remarquait l’abbé Maurice Zundel : « situer Dieu au plus intime de nous-même, comme une source qui jaillit en vie éternelle »[3].

Mais on ne reste pas éternellement sur la montagne, là où l’extraordinaire se produit. Descendus de la montagne, nous pouvons, comme les premiers disciples, vivre au cœur de nos quotidiens la présence de ce Dieu, le porter en nous, le découvrir toujours plus comme celui qui est la « Vie de notre vie »[4].

Prions pour conclure :

Jésus notre paix, tu as pris avec toi tes disciples là où ils en étaient sur le chemin, avec leur foi, leur attachement à toi, mais aussi leurs doutes, leurs incompréhensions, leurs abattements. Prends-nous aujourd’hui avec toi, où que nous en soyons sur le chemin de la foi.

Seigneur notre Dieu, nous te louons de te donner à nous par le visage de Jésus, à qui nous pouvons regarder pour te connaître, pour connaître tes voies et tes sentiers.

Jésus, Fils de Dieu, tu donnes à tes disciples de monter sur la montagne, de voir désormais Dieu par ton visage, mais aussi de redescendre et de poursuivre le quotidien de leur vie. Que ta lumière soit le trésor de nos jours, qu’elle soit au cœur de nos cœurs présence du Dieu de vie, et que cette présence soit radiante autour de nous. Amen !


[1] Saint Jérôme, Commentaire sur Saint Matthieu II, Paris, Cerf (coll. SC 259), 1979, p. 29.

[2] Fr. François de Taizé, « Le don d’une présence déposée en chacun », in : Fr. François et Fr. Pierre-Yves, Le don d’une présence, Taizé, Ateliers et Presse de Taizé, 2002, p. 95.

[3] M. Zundel, Ta Parole est comme une source. 85 sermons inédits de MAURICE ZUNDEL, Québec, Anne Sigier, 1987, p. 230.

[4] M. Zundel, Ta Parole est comme une source, p. 228.