Epiphanie 2026

(Après le drame de Crans-Montana)

4 janvier 2026, Temple de Fleurier
Guillaume Klauser

Accueil et prière (d’après la prière commune de l’Eglise Réformée du Canton de Vaud)

Le miracle du Dieu de l’enfant Jésus qui naît à Noël, le miracle de ce Dieu qui attire à lui jusqu’aux sages de pays lointains, c’est ce regard toujours tendre que Dieu porte sur chaque être humain. C’est un Dieu qui sourit joyeusement lorsque nous rions, et qui pleure quand un drame touche le moindre de ses enfants.

Nous prions : Oui, Seigneur notre Dieu, au moment où nous débutons notre célébration, notre fête de ce jour, nous nous tournons vers toi dans la prière face au drame survenu à Crans-Montana, drame qui a touché des jeunes, des familles d’ici et d’ailleurs, de toute confession, de toute religion, de toute nationalité.

Ô Dieu, face à l’ampleur de la tragédie survenue à Crans, les souffrances des uns, des unes et des autres et notre sentiment d’impuissance, nous commençons par faire silence devant toi. Silence

Ce drame bouscule notre foi. Nous nous sentons petits et fragiles, impuissants face à la souffrance de cette tragédie et tant d’autres qui font parfois surgir en nous un profond sentiment d’absurdité.

Toi qui es Source de toute bénédiction et Toi qui dépasse toute intelligence, Toi qui entends les cris des victimes et ne crains pas les doutes des humains, nous t’en prions, préserve-nous de prononcer en pareilles circonstances des consolation convenues et faciles et rappelle-nous ton amour sans limite qui seul peut relever ceux qui sont abattus.

Donne-nous de croire que rien ne nous séparera de ton amour. Béni es-tu, Seigneur, notre Dieu, Père du ciel et de la terre, pour ta Parole qui éclaire notre route comme l’étoile jadis accompagnait les mages dans leur route vers Jésus. Amen !

Lecture : Matthieu 2, 1-12

1Après la naissance de Jésus à Bethléem, en Judée, à l’époque où Hérode était roi, des savants vinrent d’Orient. Ils arrivèrent à Jérusalem 2et demandèrent : « Où est l’enfant qui vient de naître, le roi des Juifs ? Car nous avons vu son étoile apparaître en orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

3Quand le roi Hérode apprit cette nouvelle, il fut troublé, ainsi que toute la ville de Jérusalem. 4Il réunit tous les grands-prêtres et les spécialistes des Écritures, et leur demanda où le Christ devait naître. 5Ils lui répondirent : « À Bethléem, en Judée. Car voici ce que le prophète a écrit : 6“Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certainement pas la moins importante des localités de Juda ; car c’est de toi que viendra un chef qui conduira mon peuple, Israël.” »

7Alors Hérode convoqua secrètement les savants et s’informa auprès d’eux du moment précis où l’étoile était apparue. 8Puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez chercher des renseignements précis sur l’enfant ; et quand vous l’aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »

9Après avoir écouté le roi, ils partirent. Et l’étoile qu’ils avaient vue en Orient les précédait ; quand elle arriva au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant, elle s’arrêta. 10En la voyant là, ils furent remplis d’une très grande joie. 11Ils entrèrent dans la maison et virent l’enfant avec sa mère, Marie. Ils tombèrent à genoux pour se prosterner devant l’enfant ; puis ils ouvrirent leurs trésors et lui offrirent des cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

12Comme ils furent avertis dans un rêve de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils prirent un autre chemin pour rentrer dans leur pays.

Prédication

Chers amis proches ou de passage,

Nous voici arrivé à la fête de l’Epiphanie, une fête qui se vit un peu dans l’ombre de Noël, des lumières, des chants d’enfants, de la dinde et de la bûche au chocolat.

Une fête qui n’a plus vraiment le goût des fêtes. Et en cela, elle rejoint ce que nous vivons ces jours, car le cœur n’est plus tellement à la magie de Noël et des cadeaux. Nous reprenons nos vies et voilà qu’un drame vient soudainement nous rappeler à la réalité, à la dureté, à l’impuissance et à l’horreur.

Et pourtant, la fête de l’Epiphanie, même dans ce contexte, est le pas supplémentaire, la suite de l’histoire, le deuxième volet qui révèle le sens de ce qui s’est passé précédemment. Ce texte de l’Evangile de Matthieu, nous permet de « faire quelque chose » de ce petit enfant, « Dieu avec nous » couché dans une mangeoire.

« En faire quelque chose », parce que même après nos fêtes de Noël, nous sommes finalement comme ces mages venus d’Orient, qui ont entendu parler de quelque chose, mais qui n’ont, finalement, pas grande idée de ce qui se passe vraiment à Bethléem. Ils sont si loin. Loin de Marie, de Joseph et de leurs préoccupations. Loin aussi de leur culture, de leurs références, de leur monde.

Pourtant, les voilà en route. Ils marchent. Un très long chemin s’étend devant eux. Et encore, si seulement ils pouvaient marcher de jour. Mais… avez-vous remarqué que de jour, l’étoile ne se voit pas ![1] De jour, l’étoile est invisible. Pour la suivre, les mages n’ont pas pu avancer en plein jour, mais c’est la nuit qu’ils ont dû, avec courage, avancer un pas après l’autre.

On peut dire que parfois pour nous aussi le chemin se fait de nuit. Nous avançons dans l’obscurité, souvent à tâtons. Dans nos vies personnelles, nous faisons des choix, sans toujours tout maitriser. Nous essayons de gérer nos vies au mieux, en sachant toutes les imperfections qu’elles comportent. Parfois, c’est l’humanité tout entière qui plonge dans l’obscurité. Nous passons les festivités du Nouvel An, dans la joie, avec Champagne et embrassades, et voici l’horreur, la nuit qui couvre et étouffe la vie.

C’est donc au milieu de cette obscurité que Dieu s’annonce non comme le soleil qui viendrait d’un coup rétablir une lumière comme en plein jour, mais le voilà qui annonce sa présence par la lueur de l’Etoile, qui brille dans et au cœur de la nuit.

Ainsi, comme pour les mages, c’est dans l’obscurité que nous sommes guidés par une espérance : là-bas est Dieu, là-bas est la Source de toute vie.

Il y a ce poème qui dit cette quête toute humaine qui habite les mages et les poussent à ce long voyage, ce poème qui dit : « De nuit, nous irons pour trouver la source. De nuit nous irons, seule la soif nous éclaire » [2].

La soif des mages devait être particulièrement grande. Non seulement leur soif d’eau, car cette longue route devait être épuisante, mais aussi leur soif intérieure. Sans une profonde soif intérieure, comment justifier ce long voyage ?

Cette soif, nous pouvons la comprendre. C’est celle qui habite chaque être humain. Une soif de trouver la source qui désaltère vraiment. Une soif d’être aimé, sans avoir à le prouver.

Voilà nos mages, probablement un peu fatigués, mais arrivés à destination. Pourtant, pas de pancarte devant la porte. Pas d’enseigne lumineuse grandiose. Tout se passe dans leur cœur. C’est par la rencontre avec le Christ qu’instantanément ils savent qu’ils sont au bon endroit. Devant l’enfant, pas de doute possible. Car près de lui, la soif n’existe plus, la soif a disparu. Il est la Source. La vraie. Dieu qui se donne à eux, Dieu qui répond à leur soif d’être aimés tels qu’ils sont.

La rencontre avec Christ, comme pour chaque personnage des Evangiles, va les marquer profondément, mais discrètement. Avant même une rencontre physique, lorsque l’étoile s’arrête au-dessus de l’étable, nos mages éprouvent une grande joie. Une vraie joie du cœur. Et là, il n’y a pas de mots, juste un geste d’émerveillement et d’adoration : ils se mettent à genoux.

Entrés dans l’étable, au plus près du mystère, voilà nos mages transformés. Ils ne sont plus ces gens importants, respectés, plein de sagesse. Ils sont juste tels qu’ils sont. Presque nus, pourrait-on dire.

Il y a une fresque qu’on peut trouver dans la crypte de la cathédrale de Bâle, datant des années 1400, où l’on voit deux mages avec une couronne et le troisième, proche de Jésus, a la tête nue. Sa couronne est posée par terre. Ce n’est plus un roi, mais un homme qui a trouvé la source profonde, le sens même de sa vie.

La vie de ces mages ne s’arrête pas là. Au contraire, là, elle commence. Impossible de repartir sur le même chemin.

Concluons en priant puis méditons en silence.

Seigneur notre Dieu, comme les mages, nous nous tenons devant toi. Voici notre premier geste d’adoration. Tu vois la nuit dans laquelle nous avançons, tu vois la nuit qui obscurcit le début de cette année. Et pourtant une étoile brille. Elle est là, elle sera toujours là. Que nous puissions la suivre, comme les mages, pour te trouver, nous qui cheminons avec nos soifs.

Amen !


[1] Merci à Sœur Birgit de Grandchamp de m’avoir fait observer cela !

[2] Auteur incertain. La communauté de Taizé en a fait un chant, « De noche iremos ».