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Culte du 24 janvier à Môtiers et du 25 janvier à Noiraigue

Prédication de Sébastien Berney

Lectures bibliques :   Marc 10, 13 – 16

                                         Marc 10, 17 – 25

« Mais quand l’homme entendit ces paroles, il prit un air sombre et il s’en alla tout triste parce qu’il était très riche. »

               Le texte de l’homme riche… Un texte qui m’énerve, un texte que je trouve amer… Un texte que j’ai souvent lu ou que l’on m’a souvent lu… Un texte sur lequel je fais des belles théories ou sur lequel j’ai entendu une multitude de théories… Car sur ce texte, il est évidemment facile de faire de belles théories… Tu veux devenir chrétien ? Vends tout ce que tu as… ! Certaines personnes l’on fait, des exceptions, des hommes saints dont on parle encore aujourd’hui… Mais nous ici, nous qui sommes présents dans cette église ce matin… Pour moi, ce texte sonne creux… Je n’arrive pas à me l’approprier… Car je sais, qu’au fond de moi-même, cela serait hypocrite… Alors voilà, il m’arrive de faire de belles théories sur ce texte… Mais au fond de moi-même, ce texte m’énerve… Tout simplement parce que je n’arrive pas l’assumer…

               Que faire de ce texte dans mon existence ? Rester sur le plan des belles théories que l’on n’assume pas ? C’est souvent mon cas, le vôtre aussi je pense… Mais les théories qui ne sont pas assumées sonnent souvent très faux… Et moi, personnellement, quand je mens, je deviens tout rouge… Il me faut quelque chose d’autre… Une vérité qui parle à mon existence… Je dois partir avec ce que je suis pour assumer ce texte… Premièrement, je ne suis pas pauvre et je n’ai aucune envie de vendre tout ce que j’ai… Deuxièmement, je dois me remettre en question, c’est le prix à payer pour comprendre la promesse qui m’a été faite…

               Les deux conditions ne s’excluent pas, j’en ai la foi… Je suis tel que je suis, et c’est avec cela que je dois avancer…

               J’ouvre une fenêtre. Passons maintenant aux enfants. Le texte de l’homme riche vient juste après le texte où Jésus bénit des enfants… Cela n’est pas un hasard… Pour moi, c’est les enfants qui sont la clé de notre homme riche…

               L’enfant… Quand on parle des enfants, le premier symbole qui nous vient à l’esprit est celui de l’innocence… « Laissez les enfants venir à moi ! Ne les en empêchez pas, car le Royaume de Dieu appartient à ceux qui sont comme eux. »  Est-ce l’innocence qui me manque pour entrer dans le Royaume… Cette innocence que je retrouve chez les petits, mais qui à moi adulte, me fait cruellement défaut… Cette innocence me paraît bien lointaine… Tellement lointaine, que j’ai l’impression qu’il me faut renoncer…

               « Je vous le déclare, c’est la vérité, celui qui n’accepte pas le Royaume de Dieu comme un enfant ne pourra jamais y entrer. »

               Nous avons parlé de l’innocence de l’enfant… Une note de la TOB va plus loin. Je cite : « les enfants et ceux qui leur ressemblent sont dans une situation de totale dépendance ; c’était en effet le statut des enfants dans la société de l’époque ; l’enfant n’était pas le symbole de l’innocence, mais de l’obéissance et de la disponibilité. »

               Pas l’innocence, mais l’obéissance… Pas l’innocence mais la disponibilité…

               L’obéissance et la disponibilité… Deux termes qui aujourd’hui sonnent beaucoup moins harmonieusement que celui de l’innocence… Celui d’obéissance peut même apparaître comme dépassé, parfois même comme à contre-courant quand on parle des enfants… L’innocence est quand même beaucoup plus poétique…

               Pourtant… Quand je pense à mon cas, cette mise en valeur de l’obéissance et de la disponibilité devrait plutôt me rassurer. J’ai l’impression que l’innocence ne fait plus partie de mon horizon… Je ne suis plus innocent… Peut-être même ne l’ai-je jamais été… L’innocence m’apparaît comme un but inaccessible… J’ai mon expérience de vie, ma raison, mes doutes, mes désirs, mes envies… S’il faut être innocent pour entrer dans le Royaume, j’ai bien l’impression que j’ai dû manquer l’essentiel…

               Alors voilà, j’ai le choix entre un symbole inaccessible et deux termes qui dans un premier regard ne me remplissent pas d’une joie débordante…

               J’en reviens maintenant à notre homme riche… Vous savez, celui qui me ressemble tellement, celui qui vous ressemble tellement…

               « Bon maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? » La première réponse de Jésus à la question de l’homme riche rejoint un des termes que nous avons rencontré avant, celui de l’obéissance…  « Tu connais les commandements : etc… » A la question, Jésus répond par la notion d’obéissance… L’homme riche semble assumer cette première condition… Moi je n’en crois pas un mot… Je me plonge à l’intérieur de moi-même et je me dis que c’est impossible… Faîte de même pour vous et je pense que vous arriverez à la même conclusion…

               Jésus, lui, ne relève pas l’hypocrisie… Il y a quelque chose de plus important que l’obéissance pour lui : « Jésus le regarda avec amour et lui dit : Il te manque quelque chose : va, vends tout ce que tu as… »

               En entendant une nouvelle fois ces paroles de Jésus qui font pleurer notre homme riche et qui par la même occasion m’ont aussi fait pleurer intérieurement, une petite lumière me vient à l’esprit… Je me rappelle du premier texte… La disponibilité… Vendre tout ce que j’ai…

                Jésus me demande d’être disponible à sa promesse… Trop facile diront certains… Trop facile comparer à l’obéissance et au renoncement de ma richesse matérielle…

               Etre disponible… Terriblement simple, mais également terriblement compliqué… Comme d’habitude avec Jésus… Simple et compliqué… Ce que me demande Jésus, c’est d’être disponible à recevoir sa promesse gratuitement… Etre présent et répondre oui à tout instant sans qu’aucun élément de mon entourage ne m’empêche de mettre ma vie tout entière dans ses mains… Etre disponible à recevoir, comme les enfants, c’est là la demande de Jésus…

               Notre homme riche part en pleurant… Ce que lui demande Jésus lui est impossible… Et nous… Allons-nous partir d’ici tout joyeux parce qu’il nous suffit d’être disponible à recevoir… Dans un sens, je dirais oui, et c’est là le miracle de la grâce… Mais dans un autre sens, je me repose encore une fois la question… Suis-je disponible à recevoir gratuitement ce que Dieu veut m’offrir ? Suis-je prêt à remettre mon existence toute entière à chaque instant entre ses mains ? Comme je l’ai dit avant, avec Jésus, tout paraît simple et en même temps compliqué…

               En conclusion, il me vient une partie du texte qui m’avait échappé… « Jésus le regarda avec amour et lui dit. » Jésus regarde l’homme riche avec amour… Jésus nous regarde avec amour… Si j’ai compris cela, j’ai l’impression que je commence à être disponible…

                                                                                                                                                          Amen