Nager à contre-courant 

Culte du 22 février 2026, Carême 1, Fleurier

Prédication de Véronique Tschanz Anderegg

Lectures : Romains 12, 1-2 et 9-18

Message

La vision de canards qui nagent à contre-courant dans l’Areuse m’a inspirée pour ce matin !

Nager à contre-courant… c’est pénible, ça ne va pas de soi et pourtant, je pense que, en tant que chrétiens, nous sommes appelés à vivre à contre-courant !

Mais je me dois de dérouler la pelote de laine qui m’a amenée à cette conclusion ! Reprenons depuis le début !

Le texte de Romains 12 commence ainsi : « Frères et sœurs, puisque Dieu a ainsi manifesté ses bontés pour nous, je vous invite à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant »

Nous offrir en sacrifice vivant ! J’ai vraiment l’impression d’être à contre-courant du message du Christ qui, par sa mort nous a offert le salut une fois pour toutes !

Alors quoi ? Faudrait-il quand même des conditions pour bénéficier de la grâce de Dieu ?

Mais Paul pense tout le contraire. Il dit « puisque Dieu a manifesté ses bontés pour nous »… c’est Dieu en premier qui nous offre ses immenses bontés (en grec, le terme « bonté » désigne la matrice de Dieu et exprime ainsi un amour empathique, riche et pluriel, pas un sentiment, mais sa manifestation agissante).

C’est donc en réponse à cet amour que nous pouvons nous offrir nous-mêmes avec nos potentialités qui vont produire la vie autour de nous. C’est là le véritable culte que nous devons à Dieu.

Paul poursuit ainsi : « Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle »

Et c’est là que je retrouve mes canards qui nagent à contre-courant !

Nous n’avons pas à fuir les réalités de notre actualité, ses violences, son affaiblissement du sens moral, sa vulgarité dans les relations sociales.

Non ! Comme le recommande Karl Barth nous devons « prêcher avec la Bible dans une main et le journal dans l’autre ».

Autrement dit, nous ne pouvons pas être dans l’indifférence des événements du monde, mais plutôt dans une attitude de vigilance.

Se réjouir si les événements sont bons et intéressants et se comporter en canards à contre-courant pour dénoncer les faits qui sont porteurs d’injustice, de contradiction, d’irrespect.

Je vous le disais, nager à contre-courant n’est pas chose aisée.

Notre foi s’atteste au fil des jours, en fonction des circonstances. Elle n’est pas dictée par des règles prédéterminées, mais elle requiert l’intelligence renouvelée par Dieu pour discerner sa volonté à l’épreuve du quotidien.

Après la devise de la vie chrétienne que Paul nous a délivré dans ce début de chapitre : (c’est parce que nous avons reçu les bontés de Dieu que nous pouvons être témoin de cet amour, dans le discernement de nos capacités et limites), il nous offre des pistes pour mettre cette devise en pratique.

Exercer l’amour (agape) produit des attitudes diverses : des attitudes actives, autant du point de vue individuelle que du point de vue communautaire.

Là encore, on peut se sentir à contre-courant de nos penchants habituels : s’attacher au bien, se respecter (soi-même et les uns les autres), être patient, s’entraider, demander la bénédiction de Dieu pour celles et ceux qui nous persécutent, accepter des tâches modestes, ne pas rendre le mal pour le mal…

On est bien d’accord que ça fait quand même un peu penser aux canards à contre-courant ?!

Comme nous venons de le voir, exercer l’amour produit des attitudes actives.

Mais cela peut aussi produire des attitudes passives :

Lire Romains 12, 19

19 Mes chers amis, ne vous vengez pas vous-mêmes, mais laissez agir la colère de Dieu, car l’Écriture déclare : « C’est moi qui tirerai vengeance, c’est moi qui paierai de retour, » dit le Seigneur.

Paul nous donne encore une occasion de nager à contre-courant !

Il nous invite à ne pas suivre les penchants du monde, à savoir, la vengeance, la colère, la peur et le mal, mais de laisser à Dieu le seul droit de la vengeance et de la colère.

Nos outils sont dès lors la méditation, la prière. Mais aussi le discernement pour que notre intelligence soit sans cesse renouvelée.

Alors une fois que nous avons trouvé où et comment se situe notre part active dans le grand combat de l’Amour, nous pouvons nous lancer à corps perdu et à contre-courant dans la bataille…

Avec la joie de notre espérance, la persévérance des canards, la fidélité de notre prière et le discernement de notre intelligence renouvelée.

Amen