Voir la grâce à l’œuvre, un premier pas vers l’unité

Semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens 2026

Célébration commune
Eglise catholique romaine
Eglise réformée évangélique
Eglise Evangélique Libre (La Côte-aux-Fées)
Eglise Evangélique Le Phare (Fleurier)

Introduction

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen !

Regarde à gauche, regarde à droite… tu découvres un visage, un regard inconnu. Tu es venu joindre tes mains, t’unir aux autres et à Dieu. Tu es venu prier avec cet autre qui partage la même humanité que la tienne et la même confiance en Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Sauveur.

Nous toutes, nous tous qui avons soif, soif de vie, soif de Dieu, soyons les bienvenu.es pour ce temps de célébration, ce temps mis à part, ce temps où nous recevons le Seigneur, celui que nous adorons, de tant de manières différentes.

Ensemble nous sommes en marche, des Eglises Evangélique libre, Réformée, catholique romaine et du Phare, tous disciples à la suite du Christ. Nous sommes unis à toutes celles et ceux qui se rassemblent, dans une église quelle qu’elle soit, en Suisse ou ailleurs dans le monde pour célébrer Dieu et venir à son écoute.

Notre communauté est belle, notre communauté est grande entre nous et au-delà de nous. Nous sommes en union de prière particulièrement avec l’Église orthodoxe apostolique arménienne, qui a proposé qu’ensemble nous méditions l’Epître de Paul aux Ephésiens.

C’est par cette salutation de Paul aux Ephésiens que nous sommes nous aussi accueillis : « A ceux qui sont fidèles eu unis avec le Seigneur Jésus-Christ : que Dieu notre Père et le Seigneur Jésus-Christ vous donne la grâce et la paix ». Amen !

Ephésiens 4, 1-13

1Je vous le demande donc avec insistance, moi qui suis prisonnier parce que je sers le Seigneur : vous que Dieu a appelés, conduisez-vous d’une façon digne de cet appel. 2Soyez toujours humbles, doux et patients. Supportez-vous les uns les autres avec amour. 3Efforcez-vous de maintenir l’unité que donne l’Esprit saint par la paix qui vous lie les uns aux autres. 4Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même qu’il y a une seule espérance à laquelle Dieu vous a appelés. 5Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; 6il y a un seul Dieu, le Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous et demeure en tous.

7Chacun de nous a reçu un don particulier, l’un de ceux que le Christ accorde de façon généreuse. 8C’est pourquoi il est dit dans l’Écriture : « Quand il est monté vers les hauteurs, il a capturé des prisonniers ; il a fait des dons aux êtres humains. »

9Or, que veut dire « il est monté » ? Cela présuppose qu’il est aussi descendu dans les régions les plus profondes de la terre. 10Celui qui est descendu est aussi celui qui est monté au plus haut des cieux afin de remplir tout l’univers. 11Et c’est lui qui a donné les apôtres, les prophètes, les évangélistes, les pasteurs et les enseignants. 12C’est ainsi qu’il a rendu ceux qui lui appartiennent aptes à accomplir leur service, pour que se construise le corps du Christ. 13De cette façon, nous parviendrons tous ensemble à l’unité de la foi dans la connaissance du Fils de Dieu ; nous prendrons ensemble une stature parfaite d’adultes, à la mesure de la plénitude du Christ.

Message (Guillaume Klauser)

Chers frères et sœurs en Christ,

Prêcher l’unité… quel défi ! Quel défi lorsque l’on fait simplement le constat de nos différentes manières de fonctionner, chacun, chacune, dans nos communautés respectives. Quel défi aussi nous lance l’Eglise apostolique arménienne, reconnue comme l’une des plus anciennes communautés chrétiennes dans le monde, de méditer cette lettre aux Ephésiens.

En lisant ce texte touffu et compliqué, je me suis d’abord demandé si l’apôtre ne nous servait pas là un beau discours, plein de bonnes intentions, mais très éloigné de notre contexte actuel et de notre monde plutôt porté sur les divisions que sur une belle unité.

Mais en y regardant de plus près, j’ai remarqué que ce passage de la lettre aux Ephésiens pouvait être très parlante pour nous aussi. Car conformément à une habitude courante des premiers siècles, il s’agit ici d’une lettre qui était certes destinée à l’Eglise d’Ephèse, mais qui avait également vocation à être recopiée et envoyée à d’autres communautés. Chrétiens du Val-de-Travers, nous pouvons donc aussi nous sentir pleinement concernés par le message qu’elle contient.

Non, notre passage biblique du jour n’est pas qu’une belle déclaration d’intention, prêchée par Paul dans le désert. Mais pour y voir plus clair, pour comprendre ce qu’il entend par cette unité à laquelle il exhorte, il faut absolument replacer ces versets dans leur contexte.

Paul commence en disant : « Je vous demande donc ceci avec insistance ». Oui, avant les demandes de l’apôtre, il y a les 3 premiers chapitres de sa lettre, dans laquelle il présente ce que je pourrais résumer en disant : « tout est grâce » ! Paul ne commence pas par demander l’impossible à ses lecteurs, mais il leur rappelle d’abord, en premier lieu, l’immensité du cadeau de Dieu, sa grâce, son amour plus fort que tout, très joliment exprimé dans notre première lecture : « 9Quand tu appelleras, le Seigneur te répondra ; quand tu demanderas de l’aide, il te dira : « J’arrive ! » (…) 11Le Seigneur restera ton guide ; même en plein désert, il te rassasiera et te rendra des forces. Tu seras comme un jardin bien arrosé, comme une fontaine abondante dont l’eau ne tarit pas » (Esaïe 58, 9 et 11).

Une compréhension de ce que Dieu est pour nous que Paul développe avec ses mots : « Dieu est riche en compassion ! Son amour pour nous est tel que, 5lorsque nous étions comme morts à cause de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ. C’est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés », lit-on au chapitre 2 de notre épître aux Ephésiens.

Toute démarche d’unité s’enracine donc dans la confiance, dans la foi en cette grâce de Dieu, donnée. L’unité est la conséquence en actes de cette prise de conscience : chacun de nous a reçu un don particulier. Chacun de nous a reçu la grâce de Dieu. C’est ainsi qu’on peut comprendre mieux de quelle humilité parle Paul au début de notre texte, lorsqu’il dit : « 2Soyez toujours humbles, doux et patients. Supportez-vous les uns les autres avec amour ». Il n’est pas question ici d’une humilité comme un trait de caractère, d’une vertu morale à rechercher pour se grandir auprès de Dieu et des autres. L’humilité qui nous est demandée par Paul ici, c’est celle qu’il nous faut pour reconnaître que si nous avons reçu l’immense cadeau de la grâce, d’autres l’ont aussi reçu. C’est ainsi que commence le chemin de l’unité, considérer l’autre comme ayant aussi reçu la grâce de Dieu. Ça a l’air simple comme ça, mais en mesure-t-on vraiment les conséquences ?

L’idée se renforce encore dans l’usage du verbe « Se supporter avec patience ». Paul fait ici référence au sens premier du terme, littéralement de se « porter » les uns les autres dans la découverte toujours plus profonde du don de Dieu pour chacune, pour chacun.

Chers frères et sœurs en Christ, la situation de l’Eglise, de la grande Eglise, est ce qu’elle est, pour nous aussi ici au Vallon. Notre diversité reflète les différents charismes dont Paul parle dans sa lettre. Parallèlement à cette diversité, nous pouvons et devons confesser que l’Eglise est une, puisque, nous dit Paul, « 4Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même qu’il y a une seule espérance à laquelle Dieu vous a appelés ».

Diversité des communautés, mais unité de l’Eglise, unité crée par le Christ lorsque je reconnais que Dieu parle à l’autre comme il me parle à moi, il est pour l’autre ce qu’il est pour moi. Un chemin d’humanité s’ouvre, un chemin dont notre monde a terriblement besoin : si l’autre n’est plus seulement « autre » mais aussi « celui qui a reçu la grâce », alors tout peut commencer.

Amen.