Culte du 7 juin 2026 – La Côte-aux-Fées
Lecture : Jean 20, 19-29
Prédication de Sébastien Berney
Alors Thomas, tu as vraiment tout loupé, tu sais ; l’autre soir, dimanche dernier, « nous avons vu le Seigneur » !
Tu te rappelles, tu avais eu un empêchement de dernière minute. Eh bien nous, on était tous réunis dans la maison, là où l’on a l’habitude de se retrouver entre nous, les portes bien fermées à clé – car on avait un peu la trouille ! –blaguant pour nous passer le temps et nous remonter un peu le moral quand tout à coup – tu nous croiras si tu veux ! – Jésus débarque là, au milieu de nous et dit :
« La paix soit avec vous ».
Tu peux imaginer la tête qu’on a faite – et notre cœur qui s’est mis à battre à toute allure ! – et en plus il nous montre ses mains percées, son côté blessé. Alors, voyant notre stupéfaction il répète :
« La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »
Alors là, tout joyeux qu’on était de le revoir, on est resté bouche bée ; on avait tous envie de le toucher pour voir si c’était vraiment vrai, si on ne rêvait pas (comme lorsque l’on se pince pour être sûr de ne pas rêver !)… mais, on n’a pas osé… on se gênait !
Et puis Jésus est reparti aussi mystérieusement qu’il était venu ; mais juste avant de nous quitter il souffla sur nous et dit : « Recevez le Saint-Esprit ! »
Du coup, on pouvait entendre une mouche voler dans toute la maison ; plus personne n’avait envie de dire quoi que ce soit ; alors nous nous sommes quittés ainsi, chacun avec ce sentiment extraordinaire que les choses ne seraient plus comme avant !
On peut l’imaginer… Tout en écoutant avec attention le récit de ses collègues-disciples, Thomas reste plus que sceptique ! D’abord, il est totalement frustré d’avoir loupé un pareil événement ; et surtout, ils peuvent raconter ce qu’ils veulent, moi, tant que « je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, et que je ne mets pas mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté », je ne croirai rien à toute votre histoire… que ça vous plaise ou non, car moi, j’ai besoin de voir pour croire !
Dans la tête de Thomas, des tas d’idées s’agitent après ce récit haut en couleur de cette apparition de Jésus. Et si c’était quand même vrai qu’il soit vivant, que je le croise dans la rue sans le reconnaître ? Je vais finir par le voir un peu partout ! Il est sûrement terriblement impatient de régler cette affaire au plus vite !
Quelques jours plus tard, lors de la rencontre hebdomadaire des disciples, Thomas est avec eux, cette fois ! Pas d’imprévus de dernière minute… pour rien au monde il aurait manqué ce rendez-vous ; car si, à tout hasard, Jésus revenait, il veut être aux premières loges !
Les portes toujours bien fermées à clé – la crainte des autorités juives est toujours là – Jésus revint, et debout au milieu d’eux dit : « La paix soit avec vous ! »
Alors ça… tout ce qu’ont raconté les copains était vrai ! Thomas n’en croit pas, ni ses yeux, ni ses oreilles… et Jésus de l’interpeller personnellement :
« Mets ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté.
Cesse de douter et crois ! »
Le choc est violent pour Thomas qui est pris à parti directement à partir de ce qu’il avait demandé pour y croire vraiment. Il avait besoin de toucher pour y croire : eh bien voilà… vas-y, touche, regarde ! Et Thomas de dire : « Mon Seigneur et mon Dieu », le récit ne nous dit pas si Thomas touche alors Jésus…
Alors que nous sommes sortis de la période de Pâques depuis presque deux mois, j’ai envie de vous poser la question : en quoi ce texte de l’Evangile nous parle aujourd’hui ? En quoi touche-t-il notre réalité ?
Thomas me touche, car il est comme moi, comme vous, il n’était pas là au moment des faits. Ces faits, Thomas les a loupés pour huit jours… Nous, nous les avons loupés pour 2000 ans… Thomas a de la peine à croire après huit jours… Oserons-nous croire après 2000 ans ? Nous, nous n’avons pas vécu la découverte du tombeau vide, ni les apparitions du ressuscité… Thomas nous ressemble et personnifie tous ceux qui viendront après, les générations futures, les nôtres de générations…
Ce qui est fantastique, dans le récit, c’est que Thomas passe du doute à la confession avec cette réponse qu’il fait à Jésus, tu es « Mon Seigneur et mon Dieu ». C’est là une des plus haute confession de foi de tout le nouveau testament, c’est le seul passage où Jésus est reconnu comme Dieu. Pas mal de la part de celui qui avait des doutes… Sommes-nous capables d’une telle confession ?
Mais le récit continue de nous surprendre, vous avez remarqué, il finit par une béatitude : « Heureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »
Cette béatitude nous dit une chose, de façon surprenante. Le bonheur n’est pas lié à un « voir », à une apparition qui fonderait la foi, mais à un « non-voir ». Cela signifie que pour nous, les générations ultérieures, l’accès à la foi à lieu sous l’autorité du pardon de Dieu, de la grâce de Dieu et de la paix de Dieu.
Alors, heureux sommes-nous, nous qui vivons de sa paix renouvelée au cœur de notre existence, bien trop souvent à notre goût, chahutée par des turbulences et des épreuves. Que ce bonheur-là, accompagné d’un brin de folie, résistant aux tempêtes les plus violentes, nous habite et nous accompagne maintenant, et dans les jours qui viennent.
Amen !
