Culte du 27 juin 2026 – Môtiers
Prédication de Guillaume Klauser
Lectures : Matthieu 28, 16-20
Chères frères et soeurs, chers amis,
Avez-vous remarqué que la couleur verte est revenue ? Ces couleurs qui ornent nos temples structurent le temps. Elles nous aident à nous repérer. Blanc pour les fêtes qui concernent directement Jésus, violet pour les temps de l’attente, que sont l’Avent et le Carême, rouge pour l’Esprit à Pentecôte… et le vert, couleur du temps dit « ordinaire », un temps long qui a commencé il y a peu et qui s’étendra jusqu’au premier dimanche de l’Avent. Nous voilà donc entrés dans une longue période de vert, couleur de la croissance, de la maturation.
Une nouvelle période dans la vie de l’Eglise et dans nos vies, après l’enchaînement des fêtes de Pâques, de l’Ascension et de Pentecôte.
Et, paradoxalement, au début de cette nouvelle période, nous avons lu non pas un commencement, mais une fin. La toute fin de l’Evangile selon Matthieu.
Pouvez-vous imaginer la pression qu’a dû ressentir l’auteur de cet évangile ? J’ai déjà du mal à terminer les textes, les emails, les prédications que je dois parfois rédiger, mais si je devais conclure un texte d’une telle importance pour la transmission de la foi, je crois que je ne saurais pas où me mettre.
Non, mettre un point final à un évangile n’est pas anodin. Il faut savoir dire en quelques phrases l’essentiel du message.
Dans l’évangile selon Matthieu, il nous manque un petit bout de l’histoire. Les femmes du tombeau sont envoyées par le Ressuscité annoncer cette bonne nouvelle aux disciples.
Sans transition, nous retrouvons ensuite les disciples qui ont déjà parcouru le chemin jusqu’en Galilée. Il manque ici un petit bout. On ne sait pas comment ils ont accueilli la nouvelle, ni quelles ont été leurs émotions.
Ce silence du texte sur l’annonce des femmes aux hommes peut surprendre. Mais la réaction des disciples nous en dit en réalité assez. On sait qu’ils ont fait le déplacement. On sait donc que leur foi est bien là. Ils n’ont pas besoin d’une apparition pour croire, pour avoir confiance et pour avancer.
En cela, les disciples sont nos semblables. Malgré les tourments de leurs vies, une foi, une confiance est née de la résurrection et de son annonce par les femmes. Le fait de voir le Christ ressuscité n’est pas déclencheur de leur foi : ils l’avaient déjà. Mais le Christ se tient quand même devant eux. Cela signifie que leur foi, leur confiance, ne se base pas sur rien. La présence du Christ est vraiment là, avec eux, tous les jours et pour toujours.
La présence du Seigneur à leur côté provoque deux réactions. Pas l’une, puis l’autre, mais l’une avec l’autre. La prosternation devant celui qui, cela se sent, cela se sait, a reçu du Père toute autorité, mais aussi le doute. Ils eurent des doutes.
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Des doutes, non par rapport à la réalité de la présence de Jésus ou de sa Résurrection. Nous avons vu que leur foi les a mis en route, et cela avant de le voir. Des doutes, il y a des raisons d’en avoir. Pour eux, disciples de la première heure, et pour nous, disciples d’aujourd’hui. Car des questions, des insécurités, il y en a.
Que faire de cette présence de Jésus, cette présence différente ? Quelle sera la mission qui sera la nôtre désormais ? Comment être les disciples d’un maître dont la carrière s’est terminée sur une croix ? Comment témoigner de la complexité de notre foi qui mêle prosternation et doute, dans un monde polarisé où on devrait choisir entre l’un et l’autre ?
Dans notre texte, la posture de Jésus donne à réfléchir. Voilà qu’il se met à expliquer. Il explique et il rassure. Il clarifie les rôles, et pacifie ainsi les coeurs. Ayant passé par la mort et l’ayant vaincue, le Christ a reçu de son Père toute autorité. Non pas l’autorité d’un despote, mais l’autorité de donner à chacune et à chacun un rôle, une mission. Oui, comme les premiers disciples, Jésus nous donne un rôle, d’être des porteurs et des porteuses de la vie de Dieu autour de nous.
Et voilà qu’il envoie les disciples dans le monde. Le doute n’est pas effacé. Mais il n’empêche plus d’avancer, car désormais le disciple reçoit une mission. Baptiser et enseigner. Baptiser, c’est poser un geste qui dit la vie de Dieu. Enseigner, ce n’est pas endoctriner. C’est dire au monde l’aujourd’hui de la présence de Dieu en Jésus-Christ, l’aujourd’hui de la constance de Dieu par le Saint-Esprit.
En confessant Dieu comme Père, le Fils et le Saint Esprit, comme « trinité », nous ne faisons rien d’autre que d’affirmer la constance et la persistance du Dieu fidèle et vivant.
Chers amis, c’est avec une forme de paix intérieure que nous pouvons vivre cette longue période du temps ordinaire, ce temps de « vert ». Malgré les doutes, malgré les incertitudes, malgré les questions.
Car ce n’est pas la force de notre foi qui nous porte. C’est la fidélité de Dieu.
Le Dieu que Paul invoque sur l’Église de Corinthe, le Dieu que Jésus-Christ révèle à ses disciples demeure aujourd’hui le même.
Notre foi, même fragile, même hésitante, suffit pour vivre notre quotidien. Celui qui nous appelle nous précède toujours et pour toujours.
Amen.
