L’unité de l’être

Voariniaina Jaquenoud Culte avec le groupe « Gasy ka manja »  au Temple de Môtiers

Prédication du culte du 21.06.2026

Lectures :  Psaume 150, 1-6 / Jean 17, 20-26

Prédication

Au premier abord, les deux textes que nous avons lus ce matin ne semblent pas traiter exactement du même sujet.

Le premier est la conclusion du livre des psaumes. Il nous présente toute une variété d’instruments de musique : des instruments à corde, comme le luth et la lyre, des instruments à vent, comme la trompe et le chalumeau ; mais aussi des percussions, comme le tambourin et les cymbales. Tous sont mis au service afin d’exprimer cet appel universel de louer l’Eternel. Et cette louange passe aussi par la danse.

La musique occupe une place importante dans la Bible, aussi bien dans l’ancien que dans le nouveau testament, ce psaume en est une belle illustration.

Cela tombe particulièrement bien aujourd’hui, puisque nous célébrons la fête de la musique. Depuis le début de notre rencontre, la musique est au cœur de notre célébration.

Ce matin, le récit que je voulais vous partager se trouve dans l’évangile de Jean qui se situe juste avant l’arrestation de Jésus et vient conclure les textes qui parlent de son testament. Dans ces quelques lignes, Jésus adresse une prière à Dieu pour ses disciples. Cette prière est parfois appelée « la prière sacerdotale »[1].

Ce moment particulièrement intime, que l’on retrouve que dans ce quatrième évangile, fait partie des textes souvent utilisés lors de la semaine de l’unité des chrétiens ou à l’occasion des célébrations œcuméniques.

Dès le début du texte, nous comprenons que Jésus ne prie pas seulement pour ses disciples présents à ses côtés. Son regard se porte déjà plus loin vers les générations futures, jusqu’à nous aujourd’hui.

A la lecture de ce passage, j’ai fait cette première constatation en me disant que Jésus avait fait une prière pour moi, pour nous. Parfois, j’ai eu le vertige face à cette relation triangulaire d’affiliation entre le Père et le fils et entre eux comme cité dans le texte « moi en eux et toi en moi ».

Cependant, plusieurs éléments ont retenu mon attention. Tout d’abord les mots « un» et « unité » ainsi que la demande de Jésus que « tous soient un ».

Posons-nous un instant pour réfléchir ensemble : Quelle signification pouvons-nous donner au fait d’être uni et de vivre l’unité ?

Nous aurons sans doute toutes et tous une réponse différente à cette question. Mais ce matin, nous nous sommes retrouvés dans ce lieu pour vivre et partager, un moment ensemble et célébrer la musique. Pour certaines et certains peut-être l’occasion de découvrir un culte pour la première fois.

Nous sommes réunis dans ce temple, pour y partager une expérience commune, afin d’y vivre un moment d’émotions qui va nous entraîner dans un même tempo.

A l’image de la musique qui est un langage universel et un symbole fondamental d’unité, nous pouvons voir comment les personnes très différentes peuvent être rassemblés autour d’une même expérience.

La musique dépasse les frontières culturelles, linguistiques et même politiques pour rassembler les individus. Par le rythme et l’harmonie, elle crée une connexion émotionnelle entres les êtres humains et transforme une expérience individuelle en une véritable force de cohésion.

La musique possède en quelque sortes plusieurs « supers pouvoirs ». Lorsque nous chantons ou dansons ensemble, nos mouvements et nos émotions se synchronisent. Même sur le plan biologique, cela favorise la libération d’endorphines, renforçant les liens sociaux, l’empathie, l’apaisement et le sentiment d’appartenance. C’est ainsi qu’elle unit profondément les personnes.

Pour la plupart, nous avons certainement déjà vécu cela lors d’un grand concert en plein air ou lors d’une fête villageoise. D’ailleurs ici, dans le Val-de-Travers, il existe plusieurs fêtes connues comme l’absinthe en fête ou encore l’abbaye de Fleurier.

Que constatons-nous dans ces moments-là ?

Des personnes de tous âges et tous horizons se retrouvent ensemble. Bien souvent, elles ne se connaissent pas, et pourtant elles partagent la même joie. Elles frappent des mains, chantent, dansent et vibrent à l’unisson.

La musique a cette capacité extraordinaire de franchir les barrières humaines et de rassembler.

Contrairement au langage parlé, qui demande un apprentissage particulier, le rythme et la mélodie touche directement le cœur et les émotions. Il nous permet de communiquer au-delà de nos différences et de vivre une expérience commune comme nous ce matin.

La musique a un rôle essentiel dans une célébration, car elle permet de partager la joie liée à la présence de Dieu et lors de cette rencontre inspire à une connexion vivante.

La musique est aussi un signe d’appartenance. Elle porte et illustre les valeurs et la mémoire d’un peuple ou d’une culture. Qu’il s’agisse d’hymnes nationaux, de chant de lutte ou de musique traditionnelles, elle transmet ce qui rassemble une communauté.

Dans de nombreux pays, les traditions se transmettent d’ailleurs à travers les chants et les danses.

Nous avons un bel exemple ce matin du groupe malgache qui nous accompagne. Par la louange, il partage bien plus que des mélodies : il nous transmet une langue, une culture, une histoire et cet attachement à cette foi en Dieu. Et même lorsque les mots nous sont parfois inconnus, comme c’est le cas ce matin, cela rejoint nos cœurs et nous permet de nous comprendre autrement.

Comme la musique qui a ce rôle de transmission, Jésus, dans cette prière transmet lui aussi des aspirations profondes : notamment le souhait que le monde comprenne et croie que c’est Dieu qui l’a envoyé, ainsi que cet amour qu’il a reçu et qu’il a partagé avec toutes les personnes qui étaient sur son chemin.

Depuis cette « rencontre » que j’ai faite avec Jésus à l’adolescence, une valeur importante pour moi est de transmettre à mon tour cet amour reçu gratuitement, à toutes celles et ceux que je croise. Cela peut passer par un sourire, ou par le fait d’aller vers les autres afin de partager des instants de la vie, vivre l’essentiel.

Du coup, nous pouvons nous demander : cette unité de l’être que Jésus nous transmet dans ce texte, comment pouvons-nous la comprendre, dans nos vies et dans notre quotidien ?

Comme dans un orchestre chaque instrument à sa place, chaque voix apporte sa couleur, mais c’est l’ensemble qui crée l’harmonie, De la même manière, nous sommes appelés à vivre cette unité dans la diversité, nous avons besoin des uns et des autres pour créer un patchwork de couleur en étant qui nous sommes avec tout ce qui nous habite et tout ce qui nous traverse.

Jésus nous invite ce matin au travers de ce texte à garder cette unité du cœur les uns envers les autres et à symboliser toute cette harmonie de couleur. Et pour cette semaine, je vous propose simplement un acte concret en lien avec cette unité de l’être : aller vers quelqu’un qui ne nous ressemble pas forcément, prendre des nouvelles d’une personne d’une autre génération ou accueillir davantage celle ou celui qui est différent.

Au-delà du thème de l’unité qui se dégage dans cette première partie du texte avec cette demande de Jésus qui s’adresse à Dieu, il ressort un mot dans le deuxième récit que Jésus a stipulé et qui m’a marqué : « Je veux », je ne ressens pas ce mot comme étant une exigence arrogante ou un ordre, mais plutôt l’expression d’un désir venant du fond de son cœur. Celui d’être proche de nous, d’habiter notre vie en profondeur, tout en respectant pleinement notre liberté. C’est à nous de lui ouvrir la porte, car lui, il est déjà là, dans l’attente. Ce passage permet de nous rappeler ce désir de Jésus d’entrer en relation avec nous, de faire notre connaissance et surtout de nous transmettre « que l’amour dont Dieu l’a aimé, soit aussi en nous ».

Amen !


[1] Explication du théologien Antoine Nouis, textes liturgiques du 01 juin « La prière de Jésus pour ses disciples », Regard Protestants, 26.05.2025