Culte avec baptême d’Aiyana Tonta
05.07.2026, temple de Buttes. Célébrant: Guillaume Klauser
Prière avant de lire la Bible
Dieu vivant, dans la simplicité de nos quotidiens, tu nous fais naître à la vie nouvelle. C’est là aussi l’un des sens du baptême. Sur le chemin de notre existence, tu nous donnes un nouvel élan, celui qui rend vivant tout ce qui, en nous, était mort et desséché.
Par ton Esprit, ouvre nos cœurs à ta Parole, et ouvre ta Parole à nos cœurs. Qu’elle nous apporte cette vie nouvelle que tu promets. Amen !
Deutéronome 7, 6-12
6Vous êtes en effet un peuple qui appartient au Seigneur votre Dieu. C’est vous que le Seigneur s’est choisi pour être son bien le plus précieux parmi tous les autres peuples de la terre.
7Si le Seigneur s’est attaché à vous et vous a choisis, ce n’est pas parce que vous étiez un peuple plus nombreux que les autres. En fait vous êtes un peuple peu nombreux par rapport aux autres, 8mais le Seigneur vous aime, et il a accompli ce qu’il a promis à vos ancêtres : grâce à sa puissance irrésistible, il t’a racheté de l’esclavage du pharaon, le roi d’Égypte.
9Reconnais que le Seigneur ton Dieu est ce Dieu-là, le Dieu fiable qui maintient pour mille générations son alliance avec ceux qui obéissent à ce qu’il ordonne, il reste fidèle envers ceux qui l’aiment ; 10mais il se dresse sans tarder face à ceux qui le haïssent, et il les fait mourir. 11Prends donc au sérieux les commandements, les décrets et les règles que je t’ordonne aujourd’hui de mettre en pratique.
12Si vous êtes attentifs à ces règles, si vous veillez à les mettre en pratique, le Seigneur ton Dieu maintiendra fidèlement en ta faveur l’alliance qu’il a conclue avec tes ancêtres.
Message – Guillaume Klauser
Chers amis,
Parfois, nous avons besoin d’un moment pour nous. Un moment seul. Les parents ici savent combien ces moments sont rares et précieux ! Être enfin seul, avec un bouquin, une série, ou par une balade en forêt. Ou juste quelques instants dans un lieu où personne ne vient nous demander quoi que ce soit.
Mais quand on y réfléchit, ce moment de solitude tant attendu, est-il réellement un moment de vraie solitude ? Nous restons en réalité reliés les uns aux autres. Être sans présence physique autour de nous ne signifie pas forcément être seul. D’autres pensent à nous à cet instant précis. Un enfant, un conjoint, un ami, un collègue par un email qui vient s’ajouter à la liste des autres emails… Bref, nous sommes toujours reliés, d’une manière ou d’une autre.
Le baptême raconte exactement cela. Dieu est cette présence qui accompagne nos existences parce qu’il souhaite marcher avec nous. Pour autant, la présence de Dieu n’est jamais un frein à notre liberté ! Nous faisons des choix par nous-mêmes, nous sommes libres d’une certaine manière. Choisir selon notre envie une balade en forêt ou un moment sur le canapé. Choisir un moment seul ou un moment à plusieurs.
Ce lien que tisse patiemment Dieu avec l’être humain est le thème principal de la Bible. Ce lien porte le nom d’Alliance. Comme une sorte de contrat entre deux partenaires… d’où le vocabulaire juridique péremptoire de notre passage du jour : quand les termes du contrat sont respectés, tout va bien. Quand ce n’est pas le cas, c’est une autre affaire.
L’alliance, c’est Dieu qui fait le premier pas, qui nous fait en quelque sorte une déclaration d’amour. Dans la Bible, cela prend une forme très concrète. Le peuple d’Israël n’a rien de particulier. Il n’est ni plus grand, ni plus fort, ni plus méticuleux, ni plus aimant, ni meilleur qu’un autre.
Mais voilà, c’est un peuple en souffrance, un peuple qui est à l’état d’esclavage en Egypte. C’est un peuple dont le seul avenir est les travaux forcés à perpétuité. Dieu vient précisément faire alliance en arrachant le peuple d’Israël à la servitude d’Egypte.
Il le rend à la liberté. Ici, on est loin d’une vision sentimentale du lien d’amour entre Dieu et les humains. Dieu leur dit son amour en voulant qu’ils soient libres !
Alors voilà Dieu qui choisit un peuple, sur un groupe, pour le rendre libre. Il y a là cette notion dangereuse d’élection, de « peuple élu ». Il est tellement vite fait pour les humains de croire que si on est choisi par Dieu, c’est parce qu’on vaut mieux que les autres…
Par tant d’exemples tragiques d’hier et d’aujourd’hui, nous constatons l’usage terrible de cette idée d’être élu, d’être « du bon côté ». Elle a servi et sert encore de justification à des processus de déshumanisation qui conduisent parfois à d’innommables massacres. Elle a parfois encouragé les discours et les actes antisémites.
Réciproquement, le discours sur l’élection est utilisé pour justifier le refus par l’Etat d’Israël de toute négociation avec les Palestiniens. Comme le constate le bibliste Thomas Römer, l’élection du peuple « devient dans leurs mains une arme idéologique qui justifie la colonisation, par la force, des territoires occupés » [1].
La Bible, elle, ne parle pas de l’Etat d’Israël que nous connaissons, encore moins du gouvernement Netanyahu. Elle parle de l’élection d’un peuple, littéralement du regard de Dieu sur un peuple qu’il veut rendre libre.
Être élu, c’est recevoir une vocation, une vocation à vivre sous le signe de la liberté. La Bible ne parle donc pas en termes de privilèges ou d’avantages.
Elle parle d’être libérés par Dieu de tous les déterminismes qui pèsent sur nos existences. Libérés face à des peurs, qui parfois nous hantent depuis longtemps, libérés face au besoin de tout maitriser… Il y a tant de façons de nous sentir oppressés… Nous avons tant besoin d’être libérés !
Aiyana a reçu le baptême, comme son frère Isaiah il y a quelques années, et comme plusieurs d’entre nous. Par ce geste, c’est son entrée dans l’alliance que nous proclamons aujourd’hui. Pas qu’Aiyana soit meilleure que d’autres, non baptisés. Mais elle reçoit, comme nous recevons aussi, la promesse d’une alliance qui n’emprisonne pas, mais qui libère.
Le baptême nous fait entrer dans une histoire où l’on apprend peu à peu à vivre libérés. Et apprendre la liberté dure toute une vie. Si Dieu chemine avec nous, ce n’est pas pour nous contraindre, mais pour nous appuyer. Car il sait que nous sommes des hommes et des femmes qui, tout en avançant sur le chemin de la vie, pouvons aussi tomber ou rester coincés.
C’est cela qui est promis à Aiyana aujourd’hui. Une alliance avec un Dieu qui est là, qui l’accompagne sur le chemin sans du tout entraver ses mouvements. Car Dieu aime Aiyana libre et libérée. Amen !
Prière intercession
Persuadés qu’en unissant nos mains nous rejoignons le monde, nous prions maintenant les uns, les unes pour les autres.
Seigneur, ce matin nous te confions Aiyana, que tu as appelée à vivre. Mets dans son cœur assez de soleil : qu’elle rayonne à son tour de l’amour qu’elle reçoit. Donne-lui un brin de chanson et de poésie : qu’elle découvre ta beauté et reconnaisse ton amour.
Seigneur, nous voulons aussi ce matin te confier les enfants du monde entier, particulièrement ceux qui souffrent de la méchanceté des humains autour d’eux. Nous prions pour ceux qui sont blessés, ceux qui doivent grandir au milieu de conflits armés. Sois avec eux, Seigneur.
Nous pensons aussi à tous tes enfants, petits et grands, ici et au loin, qui souffrent de solitude, de désespoir, de fatigue ou de maladie. Sois avec eux, Seigneur.
Seigneur, entends notre prière, que ton amour veille sur tous, petits et grands. Amen !
Bénédiction
Dieu est le même, hier, aujourd’hui et demain. Il ouvre ton regard, il libère ta marche, il guérit ton passé, il réveille ton écoute, il ressuscite ta foi.
Poursuis donc ta route, avec cette vie renouvelée qu’il te donne. Nous recevons l’assurance qu’il est avec nous et qu’il nous bénit, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen !
[1] Thomas Römer, Le peuple élu et les autres. La Bible hébraïque entre exclusion et ouverture, Paris, Cerf, 20222, p. 10.
