La vie de Dieu, sève qui vivifie


Cultes à Môtiers et Fleurier les 12 et 13 septembre 2026

Guillaume Klauser

Grâce de Dieu

Dans le livre des Psaumes, un croyant nous révèle l’amour de Dieu pour nous avec ces mots :

« J’aime le Seigneur car il entend le cri de ma prière. Le Seigneur est bienveillant et juste, notre Dieu est tendresse. Retourne, mon âme, à ton repos, car le Seigneur t’a fait du bien. Il a gardé mon âme de la mort, il essuiera pour toujours les larmes de mes yeux » (extrait du Psaume 116).

Prenons ces paroles avec nous, car le Seigneur nous fait du bien et essuiera pour toujours les larmes de nos yeux. Allons dans sa paix, tous les jours de notre existence.

Lectures : Genèse 1, 1-13 et Jean 15, 1-8

Message

Chers frères et sœurs, chers amis,

Après cet été chaud, nous voilà aux temps des vendanges. Une tâche répétitive, qui mobilise beaucoup de monde. Une tâche préparée en amont, pendant toute l’année, par le vigneron qui prend soin de sa vigne. Une tâche très concrète, que Jésus va utiliser pour nous aider à percevoir, au cœur de notre quotidien, la présence-même de Dieu. Malgré tout. Malgré son absence physique.

Une image parlante pour nous qui produisons du vin dans le canton.

D’abord, l’image de Jésus comme vigne et de Dieu comme vigneron pour dire le lien indéfectible entre ces deux. Le Père prend soin du Fils, comme un vigneron prend soin de sa vigne.

Ensuite vient l’image du sarment attaché à la vigne. Cette fois, Jésus parle du lien entre lui et nous, chercheurs, chercheuses dans la foi.

Pensez à Dieu comme au vigneron, nous dit Jésus. Dieu veut faire circuler dans la vigne sa propre vie. Le vigneron soigne la vigne, la taille-même pour qu’elle porte davantage de fruits.

Pensez à moi, dit Jésus, comme à cette vigne. Je suis une vie humaine en qui la vie de Dieu est présente. Et regardez-vous comme les branches de cette vigne, voyez comme nous sommes tous reliés. La vie de Dieu circule en moi, et par moi jusqu’en vous.[1]

Chers frères et sœurs, c’est là toute notre chance. Contre vents et marées, Dieu irrigue comme la sève jusque dans les extrémités de sa vigne, dans les sarments que nous sommes.

C’est ce que Jésus affirme avec force : « Je suis la vraie vigne ». Vraie, non pas par opposition à une autre, mais parce qu’en elle circule pleinement la vie de Dieu.[2]. Là où est Jésus, là est Dieu.

Les sarments que nous sommes peuvent alors puiser cette sève.
Et vivre de la vie même de Dieu. Cette vie en plénitude que nous cherchons tous, cette vie bonne que Dieu veut pour chacun, pour chacune de nous, cette vie vivifiante symbolisée dans la fête de Pâques célébrée chaque année.

Car si la vie de Dieu circule ainsi dans la vigne, alors Dieu n’est plus extérieur à nous. Et cela change complètement notre manière de le comprendre.

Notre évangile de ce jour ne nous présente pas un Dieu lointain et extérieur, une entité vague à laquelle nous croirions arbitrairement, comme un enfant choisit de croire ou de ne plus croire au Père Noël. Non, l’évangile nous donne au contraire le visage d’un Dieu qui nous vivifie de l’intérieur.

« Votre vocation », poursuit Jésus, « votre vocation en tant que branches de la vigne est de rester fixés à la vigne. C’est ainsi que vous vivrez de la vie de Dieu et que vous porterez du fruit. »

Et ici, l’évangile dit quelque chose d’assez étonnant. Jésus ne nous demande pas de produire du fruit. Ce qu’il nous demande, c’est seulement de demeurer en lui, de rester greffé sur lui, comme lui-même demeure en nous, depuis toujours et pour toujours. ‘Demeurez en moi, comme déjà jedemeure en vous’. Il n’y a là aucun chantage, aucune condition. Le fait que le Christ demeure en nous est quelque chose de donné. Oui, il y a donc en nous la Présence du Christ, déposée dans le cœur de chacun, et c’est ce qui fait notre identité profonde[3].

Le Christ est là et se donne à nous. Et pourtant nous restons libres. Demeurer en Christ, c’est choisir de poursuivre et d’entretenir la relation, par le contact avec sa parole et par la prière, qui font vibrer en nous cette présence de Dieu

Entretenir cette relation, c’est revenir à cette présence intérieure lorsque nous sommes déconnectés, c’est retrouver le chemin vers la Vie de notre vie,[4] cette vie qui remplit lorsque nous nous sentons vides, cette vie sur laquelle nous pouvons nous appuyer lorsque nous vacillons, cette sève qui nous vivifie lorsque nous nous sentons desséchés.[5]

Et cette vie qui nous porte de l’intérieur[6], Dieu l’a inscrite dès l’origine. Dans le récit de la création, « quand Dieu crée les plantes et les arbres, il leur donne la possibilité de produire fruits et semence. La vie donnée par Dieu est une vie qui porte en elle des germes de vie »[7]. Portés de l’intérieur par le Christ et par sa Parole, vie de Dieu qui circule en nous comme de la sève, nous portons des fruits, la vie et la lumière de Dieu. Rien de moins : Dieu nous fait porteurs, porteuses de sa vie, à préserver et à chérir.

Alors le texte biblique d’aujourd’hui rend vivante la question : « Comment croire aujourd’hui ? ».

Peut-être pas en cherchant à produire quelque chose de plus, pas en essayant d’être de meilleurs croyants, pas en nous forçant à avoir une foi plus forte. Mais simplement en revenant à cette vie qui est déjà là, à cette présence du Christ qui ne s’est jamais retirée, à cette sève qui continue de circuler, même quand nous ne la sentons plus.

Nous sentir reliés à Dieu, mais aussi aux autres, même quand nos communautés paroissiales deviennent petites. L’Eglise, cette assemblée où nous sommes reliés par la vie de Dieu, dépasse de beaucoup nos murs.

Demeurer là, reliés, parfois fragiles et hésitants, mais toujours portés.

Alors oui, le monde peut être instable, nos certitudes peuvent vaciller, mais la vigne, elle, tient bon. Amen !

Prière d’intercession

Dieu Eternel, nous nous remettons entre tes mains. Donne-nous de pouvoir prier, penser et agir. Que notre vie soit un témoignage de ton amour pour toutes les personnes que nous rencontrons au quotidien.

Nous te prions, Seigneur, pour toutes les personnes qui ont ou qui vont vendanger ou récolter, après cet été si chaud. Certaines se trouvent dans une situation difficile et nous te les remettons.

Nous prions, Seigneur, pour toutes les personnes de notre paroisse qui traversent une épreuve, une maladie, un temps de convalescence. Que ta présence aimante les accompagne et que nous puissions nous aussi, par une prière, une pensée, un message, les accompagner.

Nous te prions, Seigneur, pour toutes les personnes qui souffrent d’une manière ou d’une autre. Nous te remettons les familles endeuillées dans l’accident de car, aux Grisons. Nous te remettons notre monde si fragile.

Nous te prions enfin, Seigneur, pour l’Eglise. Qu’elle soit, par les visages de tous les croyant.es, un signe d’espérance et de vie nouvelle. Amen !

Envoi et bénédiction

Que nous puissions simplement avancer en demeurant en Christ comme lui, depuis toujours et pour toujours, demeure en nous.

Allons donc, chaque jour, avec l’assurance que Dieu nous donne encore et encore sa bénédiction, lui qui est Père, Fils et Saint-Esprit. Amen !


[1] D’après John Shelby Spong, Le quatrième évangile. Récits d’un mystique juif chrétien, Paris, Karthala, 2021, p. 147.

[2] Jean Zumstein, L’Evangile selon Saint Jean (13-21), Genève, Labor et Fides, 2007, p. 99.

[3] D’après Michel Cornuz, prédication du 28 avril 2018, Eglise française réformée évangélique de Bâle.

[4] Expression de l’abbé Maurice Zundel.

[5] D’après Michel Cornuz, prédication du 28 avril 2018, Eglise française réformée évangélique de Bâle.

[6] Cf. Fr. François, « Le don d’une présence déposé en chacun », in : Fr. François et Fr. Pierre-Yves, Le don d’une présence, Taizé, Les Presses de Taizé, 2002, pp. 82-84.

[7] Bernadette Escaffre, Cahiers Evangile n°146, Paris, Cerf, p.17.