Culte du 6 septembre 2026 au temple des Bayards
Lecture : 1 Rois 3, 4 – 15
Prédication de Sébastien Berney
Nous retrouvons ce matin Salomon au début de son règne. Il vient de succéder à son père, le grand roi David qui régna, lui, 40 ans sur le peuple d’Israël.
Succession pas facile – comme toutes les successions du reste ! – car la personnalité et l’envergure de son père avait de quoi lui donner le vertige !
Le récit que je viens de vous lire nous conduira – c’est en tout cas comme cela que je l’ai entendu ! – à porter un regard un peu différent sur la prière, comprise ici comme communion, relation avec Dieu.
Salomon ne veut pas trop se laisser impressionner par le lourd héritage familial, véritable dynastie choisie par Dieu. Il commence alors par le bon bout, pourrait-on dire, car il part à Gabaon, ce lieu saint, pour y faire retraite. Un lieu qu’il connaît bien puisqu’il y a déjà offert des centaines de sacrifices nous dit le texte.
Maintenant qu’il est roi, Salomon aurait certainement un tas d’affaires à liquider, des dossiers importants, urgents dont il faut absolument prendre connaissance dans les plus brefs délais… bref, beaucoup de choses à faire, et à faire rapidement !
Eh bien non ! Plutôt que de s’enfermer dans son splendide palais royal sous la pression des énormes responsabilités et du travail à liquider – aujourd’hui on parlerait de stress ! – Salomon prend le large et se retire à Gabaon pour y prier et offrir des sacrifices à son Dieu.
C’est Martin Luther, le grand réformateur allemand qui disait : « J’ai tellement de travail aujourd’hui, qu’il faut que je commence par prier au moins trois heures ! »
Il y a dans l’attitude de Salomon quelque chose de totalement paradoxal – contraire à notre logique humaine et rationnelle – qui sera précisément source de bénédiction pour lui. Il a besoin de s’arrêter avant de prendre ses responsabilités de roi. Il a besoin de charger ses batteries, comme on dit, avant de partir au travail !
On pourrait aussi dire que Salomon fait retraite, non pour demander, obtenir quelque chose, mais au contraire pour offrir ; offrir des sacrifices bien sûr selon la loi de Moïse, mais surtout offrir sa disponibilité et son cœur à la présence de Dieu.
Salomon ne se présente pas devant Dieu avec toute une liste de demandes ou de revendications comme nous sommes trop souvent tentés de le faire dans nos prières… un peu comme si nous lisions à Dieu notre « liste de commissions » ! En effet, nos prières sont fréquemment une manière de vouloir disposer de Dieu, ou de le faire entrer dans nos projets.
Non ! Salomon ne vient pas à Gabaon dans l’intention de soutirer quelque chose à Dieu, mais tout simplement pour demeurer dans sa présence, même durant la nuit.
C’est précisément pendant la nuit que Dieu se manifeste à Salomon en prenant l’initiative du dialogue, dans un rêve, eh oui ! Son père David n’avait-il pas écrit dans un Psaume (Ps. 127 : 26) : « Le Seigneur en donne autant à ses bien-aimés pendant qu’ils dorment. »
Dieu utilise aussi nos nuits – de veille, parfois ! – pour nous communiquer sa paix, sa grâce, son amour, mais aussi pour inspirer nos vies, nos journées.
Alors que Salomon sommeille, Dieu prend la parole et lui offre de demander ce qu’il veut, sans restriction, ni condition :
« Que pourrais-je te donner ? Demande-le-moi. » (v. 5b)
Quelle offre généreuse… pourquoi ne pas en profiter diraient certains ! Pourtant Salomon ne se laisse pas emporter par la folie des grandeurs ! Ce temps de retraite à Gabaon lui a permis de « sentir », de comprendre ce qui est essentiel, bon pour lui comme pour le peuple considérable qui lui est confié maintenant.
A travers la prière, dans cette mise à l’écart volontaire, Salomon entre dans le projet de Dieu, comme s’il s’accordait à la tonalité de son Dieu. Une harmonie qui lui permet de demander la sagesse, seule véritable qualité nécessaire pour gouverner. Il aurait très bien pu demander plus de pouvoir, d’autorité, de puissance, de richesse ou que sais-je… mais pour en faire quoi ? La prière (demande) de Salomon est inspirée par la présence de Dieu, ce Dieu qu’il a pris le temps de rencontrer en se retirant à Gabaon.
Là, je voudrais faire un lien avec notre manière de prier, d’intercéder en particulier. Trop souvent notre prière est une manière d’imposer à Dieu notre réponse, notre exaucement, notre manière de voir les choses avec notre vision du monde !
Eh bien ! Salomon ne tombe pas dans ce piège-là parce qu’il a pris le temps nécessaire, il s’est donné les moyens pour que sa prière soit inspirée par Dieu lui-même, en accord, en résonance avec le dessein de Dieu pour lui et son peuple.
Alors Dieu donne ; il donne en abondance, au-delà de la demande de Salomon. La réponse de Dieu est généreuse, à la mesure de son amour pour ses enfants.
Ainsi, dans nos propres vies, nous pouvons découvrir aussi la générosité de notre Dieu, si, comme Salomon, nous prenons le temps de mettre nos prières en accord avec Lui, dans le calme et l’accueil de sa présence au cœur même de nos vies.
Et ce que je trouve merveilleux, c’est que la retraite de Salomon se termine par un banquet qu’il offre « à tous les gens de son entourage ». Comme quoi, la spiritualité ne fait pas ombrage à la joie de vivre. Salomon a compris que ce que Dieu lui avait donné – comme en supplément – était à partager avec celles et ceux qui vivaient autour de lui.
Une fête pour signifier les largesses de Dieu à son égard, joie partagée avec ses proches, reconnaissance proclamée par les sacrifices que Salomon offre à nouveau à son Dieu.
Le cheminement intérieur qui a conduit Salomon à commencer son règne en faisant retraite – pour s’ouvrir à la présence de Dieu – se termine dans la reconnaissance pour les grâces reçues.
A son exemple, nous pouvons suivre ce chemin. Ainsi notre prière – d’intercession en particulier – sera inspirée par l’amour de Dieu et nous serons alors comblés par sa générosité.
Amen !
