Juste la grâce

Cultes des 26 et 27 septembre (Môtiers et Couvet)

Prédicationde Sébastien Berney

Lectures : Luc 3, 21-22 et Romains 6, 3-14

Bien compliqué ce texte… Non ? Mais malgré la difficulté, ce matin/ce soir, je voudrais vous rajeunir un peu, en vous invitant à faire un retour en arrière – pour certains un très grand retour en arrière ! – jusqu’au jour de votre baptême. Vraisemblablement, pour la plupart d’entre vous, vous étiez tout petit, piaillant dans les bras du ministre qui vous avait alors aspergé d’un peu d’eau devant des parents, parrain et marraine ébahis. C’est donc plutôt au jour de votre confirmation que je voudrais vous ramener, événement religieux dont vous étiez, cette fois, pleinement conscient et responsable.

Evoquer votre baptême – au-delà de la dimension sociale qu’elle a pu avoir – c’est parler des engagements pris, ceux de vos parents d’abord, puis des vôtre, lors de votre confirmation durant votre adolescence.

C’est aussi se poser la question : « Qu’est-ce que ça a signifié pour moi, à l’époque ? Et aujourd’hui ? Qu’est-ce que ça a changé, et qu’est-ce que ça change encore aujourd’hui ? »

L’apôtre Paul, à travers le texte que nous venons d’entendre, veut nous aider ce matin à rafraîchir notre mémoire… et pourquoi pas, nous aider à redécouvrir le sens profond de notre baptême pour que notre foi en Dieu, nos engagements pris par rapport à lui, se renouvellent chaque jour et ne restent pas seulement figés dans un lointain passé !

Ce qui me frappe dans cet enseignement – au premier abord ardu et difficile – c’est que l’homme est dominé par le péché (le péché veut dire rater la cible !), la mort et tout ce qui l’habite naturellement ; oui, selon Saint-Paul, l’homme n’est pas libre, il est prisonnier de ses propres pulsions, de ses révoltes, de sa volonté d’être son propre maître ; en résumé de se prendre un peu – parfois beaucoup – pour un dieu, seul maître à bord !

Et cela conduit tôt ou tard l’être humain à croire qu’il mérite bien un petit coin de paradis puisqu’il n’a, ni volé, ni tué ; qu’il n’a fait de mal à personne. Bref, qu’il a été globalement un brave type durant toute sa vie.

Etonnement, cette lettre aux Romains n’entre en effet pas en matière à ce niveau-là. Pour l’apôtre, la question ne se pose pas de savoir si le baptisé mérite quoi que ce soit, s’il a droit éventuellement à une récompense pour bonne conduite ou s’il peut bénéficier de circonstances atténuantes.

C’est un message que nous avons malgré tout de la peine à entendre et recevoir, car notre orgueil, notre indépendance, nos prétentions en prennent un méchant coup comme on dit !

Par le baptême, il nous est proposé un autre chemin : s’identifier à la mort du Christ pour renaître à la vie, maintenant déjà et pour la vie éternelle.

Il ne s’agit pas de faire le décompte de nos bonnes ou mauvaises actions afin de connaître de quel côté la balance va pencher ; parce que même si nous nous trouvons assez bien… nous pouvons avoir quelque crainte quant au résultat final du bilan !

« Sachons bien ceci, nous dit Saint-Paul : l’être humain que nous étions auparavant a été mis à mort avec le Christ sur la croix, afin que notre nature pécheresse soit détruite et que nous ne soyons plus les esclaves du péché »

Notre propre salut – notre propre vie – passe de manière incontournable par la mort du Christ. Nous sommes donc invités à faire le deuil de nos prétendus mérites et qualités pour recevoir, comme une grâce, un cadeau, la vie du ressuscité.

Mourir avec le Christ pour revivre (ressusciter) avec lui : le baptême que nous avons reçu, que nous nous sommes appropriés lors de notre confirmation n’a d’autre signification que celle-là.

Baptisé, nous vivons donc avec un autre regard, une autre perspective ; nous vivons une vie nouvelle avec le Christ. Il ne s’agit plus de mériter quoi que ce soit, mais bien de refléter cette vie nouvelle, la vie du Ressuscité. Nos relations avec Dieu, avec les autres comme avec moi-même, ne seront plus des opérations comptables, mais des signes de la grâce de Dieu qui nous habite, et de son pardon indispensable.

Ainsi, nous n’allons pas continuer à pécher volontairement pour que la grâce de Dieu abonde : ce serait une absurdité totale nous rappelle l’apôtre ! Mais animé par la grâce de Dieu et son pardon – signifiés dans le baptême – nous sommes entraînés à vivre dans une réalité nouvelle : celle de l’amour, donc de la Vie.

Cela peut se traduire concrètement dans notre vie de tous les jours – y compris ici – par l’accueil de l’autre, par un geste d’amitié, une parole de paix, le pardon offert et reçu, le partage de la foi et de l’espérance… et la liste peut s’allonger au gré de notre ouverture à Dieu comme à l’autre.

Notre baptême n’est donc pas seulement un vieux souvenir poussiéreux, chargé d’émotion, que je viens d’épousseter un peu. Il est le signe et la promesse qu’aujourd’hui encore, Dieu veut nous communiquer la Vie.

Chaque fois que nous renonçons à nos prétentions, que nous confessons nos limites et nos fragilités et que nous les reconnaissons, nous entrons dans les eaux du baptême pour y être purifié de notre péché afin de renaître à la vie.

Parce que le Christ nous a précédé, lui qui est mort à notre place, nous pouvons nous considérer comme « mort au péché et comme vivant pour Dieu dans l’union avec Jésus-Christ ».

Que notre vie de tous les jours soit le reflet vivant de cette réalité dont notre baptême en était un signe public et communautaire.

Amen !