Les dangers de l’abondance

Culte du 15 mars, Carême 4, Môtiers


Prédication de Raoul Pagnamenta


Texte biblique : Deutéronome 8, 1-18

Message


Tout le long de la Bible Dieu est celui qui donne.
Et il nous donne ce qui est le plus précieux : la vie.
Il ne nous la donne pas seulement comme ça, pour qu’elle fonctionne, pour qu’elle soit possible.
Il nous la donne en abondance pour que nous soyons heureux, pour que nous puissions nous épanouir.
Il nous la donne en abondance parce qu’il est généreux et il nous veut heureux.
Et cette abondance est autant matérielle que spirituelle.
Dans ce passage du livre du Deutéronome est décrite la terre que Dieu a donné à son peuple.
Il a donné une terre généreuse, qui abonde de toute chose :
de nourriture délicieuse et variée, comme les figues, le raisin, les olives, le blé.
Imaginez un bon plat du moyen orient à déguster à l’ombre d’un figuier.
Et la terre que Dieu donne est aussi riche en matériaux précieux comme le fer et le cuivre.
Comme le peuple d’Israel nous aussi en occident nous avons été bénis.
Depuis la fin de la deuxième guerre nous avons passé des décennies, sans trop craindre de manquer.
Nous avons encore aujourd’hui des supermarchés pleins de nourriture, la possibilité de consommer n’importe quel fruit, de n’importe quel pays à n’importe quelle saison.
Actuellement on a un problème avec les bananes mais le choix est encore grand.
Chaque jour nous avons trois repas et des menus variés.
Est-ce que nous avons réalisé d’avoir été béni ? Est-ce que nous avons dit merci ?
Oui l’abondance matérielle est le signe d’un Dieu généreux, qui nous aime.
C’est une bénédiction qui nous permettrait de prendre du temps pour faire autre chose que travailler.
Nous avons le temps d’approfondir notre relation avec Dieu. Est-ce que nous le prenons ce temps ?
est-ce que nous l’avons pris ?
Dans ce texte, autant Dieu met en avant l’abondance comme un signe de son amour.
Autant il met son peuple en garde : l’abondance est aussi un danger.
Et le plus grand danger c’est celui de nous faire croire que c’est nous qui avons créé cette abondance.
C’est l’illusion de regarder vers des hommes, des femmes, des partis politiques et de croire que c’est eux qui nous apportent l’abondance.
C’est l’illusions de penser que c’est le progrès et la science qui nous apportent l’abondance.
Et de croire que l’abondance matérielle nous donnera la joie de vivre.
Le danger c’est de penser que nous n’avons plus besoin de Dieu.
Et c’est ce qui est arrivé à Israël, c’est ce qui nous est arrivé à nous aussi.
Nous avons abandonné Dieu, nous avons abandonné la reconnaissance d’être en vie, nous avons oublié de nous réjouir d’être en vie, simplement d’être en vie et nous ne savons plus ce qui signifie être heureux.
Le texte fait référence à deux reprises au récit de la manne que le peuple d’Israël a reçu au désert.
Ce récit est raconté dans le livre de l’Exode.
Dans le désert Israël manque de tout, et chaque matin il reçoit de Dieu ce qu’il faut pour vivre la journée.
C’est cette nourriture étrange qui se pose au sol et que Israël doit recueillir.
Mais attention, il ne faut pas en recueillir plus de ce qu’il ne faut.
C’est interdit de faire des réserves.
Il faut faire confiance à Dieu, que chaque jour il pourvoira.
Ce qui est difficile.
On aimerait avoir quelque garantie d’avoir assez pour les jours suivants.
Et les Israëlite voulaient la même chose.
Alors certains ramassent plus de ce dont ils ont besoin,
ils forment un petit capital,
quelque réserves au cas où la manne ne viendrait pas les matins suivants.
Et vous savez ce qui est c’est passé :
la manne récoltée en trop a commencé à pourrir, des vers sont apparu et elle est devenue immangeable.
Si dans l’abondance nous oublions Dieu, l’abondance va commencer à sentir mauvais.
Si nous perdons cette capacité de nous réjouir parce que tout simplement on est en vie,
si nous devons incapable à être reconnaissant, la vie devient insupportable.
Ce n’est pas un mystère si dans les pays les plus riches les gens ne savent plus comment se réjouir, ni pourquoi ils vivent.
Et on a besoin de sensations fortes pour nous rappeler qu’il est beau de vivre.
Les plus courageux cherchent les limites dans des sports à risque, et la plus part d’entre nous, comme moi, qui n ‘est pas très parachute ou saut à l’élastique, se contente de chercher quelques émotions dans le chocolat ou l’achat d’un nouveau gadget.
Mais ce sont des satisfactions qui ne durent pas et qui donne des fausses promesses.
Ce n’est pas ce que je peux consommer ou ce que je peux vivre qui va me donner une joie qui dure.
Seul Dieu le peut.
Et la reconnaissance qui va avec.
Si l’abondance est une bénédiction, le manque aussi peut l’ être.
C’est ce qui m’a étonné le plus dans ce texte.
Le manque est aussi un don de Dieu, car il peut rétablir une relation avec Dieu.
L’abondance est le signe de la générosité de Dieu et de son amour pour nous.
Le manque nous aide à rétablir la relation avec Dieu, quand l’abondance nous l’a fait oublier.
L’abondance crée en nous l’illusion que nous pouvons vivre sans Dieu
Le manque nous rappelle que nous avons besoin de lui.
Quand des êtres chers nous quittent nous nous rendons compte de combien ils étaient importants pour nous et la chance que nous avions de les avoir.
Pour Dieu c’est pareil.
C’est un peu comme dans la parabole de l’enfant prodigue.
Tant qu’il était chez son père il ne se rendait pas compte que son père l’aimait et que c’était une chance de vivre chez lui.
Son père était plutôt un poids pour lui.
Il a dû partir, tout quitter, tout perdre pour se rendre compte de l’amour de son père.
Si nous perdons la capacité de voir dans l’abondance l’amour de Dieu et nous oublions d’être reconnaissant et de bénir Dieu de ce qu’il nous a donné, alors le manque peut fonctionner comme antidote.
Il nous fait prendre conscience que ce que nous avons, et même le peu qui nous reste, ne dépendent pas de nous.
Le simple fait de vivre est déjà un don.
Réjouissons-nous et bénissons Dieu.
Mais le manque nous fait aussi prendre conscience que Dieu donne beaucoup plus que des biens matériels.
Vous savez quand on perd les ressources dont nous avons l’habitude, nous creusons en nous à la recherche d’autres ressources pour continuer à vivre.
Nous nous habituons trop facilement à l’abondance.
Nous nous habituons à nos routines, à nos habitudes.
Si tous les matins je trouve sur ma table un capuccino avec un croissant, je risque de les avaler sans plus les savourer.
Mais un jour voilà, le café n’a pas pu être livré et le boulanger est en grève.
Comment je fais pour donner de la saveur à mon débout de journée ?
Je peux découvrir d’autres choses dans le frigo, que je n’ai jamais cherché.
Ou je peux trouver d’autres activités, d’autres routines pour donner du goût à mon réveil : une promenade, une lecture, une prière…..
Je peux faire autre chose du temps que j’occupais à essayer faire monter la mousse du lait pour le cappuccino.
Quand le manque nous met en difficulté.
Quand ce qui me permettait de vivre vient à manquer, je suis obligé de me regarder ailleurs.
Et c’est là que j’ai peut-être la chance de tomber sur Dieu et sur sa parole.
C’est là que je découvre que cela est aussi important pour vivre, on ne vit pas que de pain.
C’est le contraire de la théorie de Maslow.
Maslow disait qu’il faut d’abord satisfaire ces besoins matériels pour pouvoir s’occuper des besoins spirituels.
C’est vrai en partie, mais le contraire est aussi vrai.
C’est quand les besoins matériels ne peuvent pas être satisfait que je me tourne vers Dieu.
Il y a différentes façons pour goûter au manque.
La première est celui de le choisir et de se l’imposer.
Il y a quelques personnes exemplaires de la foi chrétienne qui ont volontairement décidé de vivre dans la pauvreté pour apprendre à dépendre de Dieu seul.
Il y en a qui se sont privé de tout, qui sont allé dans le désert matériel pour se réjouir de la grâce qu’ils recevaient chaque jour.
Mais cela n’est pas donné à tout le monde.
C’est pourquoi l’Eglise a instauré aussi un temps de carême.
Le temps que nous vivons ces dernières semaines avant Pâques.
Le temps de carême à l’origine n’était pas un moment de pénitence et de mortification.
C’était un moment où on s’imposait certains manques pour retrouver le sens de l’essentiel.
Et surtout pour ressentir la faim et la soif de Dieu.
Pour se recentrer sur Dieu et le bénir de ce qu’il nous a donné.
Mais même cela pour certains est difficile.
C’est difficile de choisir volontairement le manque, c’est difficile de se dire à soi-même je veux vivre un moment sans souper, au sans manger de viande, un sans faire du sport.
Sans faire du sport c’est plus facile que sans manger.
Par contre il y a des manques qui nous sont imposé.
Elles nous sont imposées par la vie et il y a différentes façons de réagir à ces manques.
On peut chercher un coupable, au penser que c’est une punition de Dieu, mais cela ne va pas nous aide à avancer.
Il y a des attitudes face à ce qui nous arrive qui ne portent pas de fruit.
Qui nous renferment et nous détruisent.
Face au manque il est tentant de se replier sur soi.
Mais on peut accueillir le manque comme un cadeau de Dieu.
Comme le dit ce texte du Deutéronome.
Un remède à l’abondance qui nous a gâté.
Un remède qui fortifie notre foi et qui nous rends heureux.
C’est comme ça que je comprends le texte quand il dit :
« Le Seigneur ton Dieu veut t’éduquer comme un père éduque son fils. »
ou
« il t’a fait rencontrer des difficultés pour te mettre à l’épreuve, afin que tu sois heureux »
Le manque peut devenir l’occasion de reprendre conscience de la chance que nous avons d’être en vie et d’apprendre à faire confiance en Dieu.
Car sans gratitude et sans confiance, il est difficile d’être heureux.
Amen