L’élan vers l’autre

Culte de Pentecôte

24 mai 2026 – Couvet

Prédication de Voary Jaquenoud

Lectures :  Psaume 139, 1-7 et Actes des apôtres 2, 1-13

Venant de tout horizon comme dans ce texte, nous sommes réunis aujourd’hui dans ce lieu pour célébrer la Pentecôte.

Ce récit écrit par Luc, fait suite à la reconstitution du groupe des douze apôtres et raconte les aventures de la 1ère communauté chrétienne après la résurrection de Jésus. La scène se déroule en deux parties :

  • d’abord à l’intérieur de la maison où l’Esprit saint apparaît aux croyants qui étaient réunis,
  • puis à l’extérieur dans la ville où des Juifs vivants là, mais venant de diverses provinces et régions, jouent un rôle essentiel. En effet, ils sont à la fois témoins en faisant le constat de ce qui s’est passé et ensuite ils le diffusent.

Ce matin, je vous propose de faire ensemble une petite expérience. En restant à notre place, essayons de nous plonger dans notre imaginaire, en visualisant ce qui s’est déroulé dans cet endroit où ils étaient réunis.

La description de ce qui s’est passée dans ce lieu est à la fois inattendue et presque digne d’un film de Spielberg tout en éveillant fortement nos sens.

Tout d’abord, notre ouïe est sollicitée par le son du « vent violent qui vient du ciel ». Selon sa force, le vent peut être agréable ou dévastateur. Nous en avons d’ailleurs eu plusieurs exemples, que ce soit dans les médias ou aux travers d’expériences vécues, lorsqu’un vent puissant a ravagé des villes, des villages ainsi que des arbres sur son passage.

Dans ce texte, l’intensité du vent n’est pas précisée, cependant, il est mentionné que tout le lieu en a été rempli.

Ensuite, la vue avec « ces langues pareilles à des flammes de feu » qui viennent se poser individuellement sur chaque personne présente. Nous pouvons aussi faire le même constat pour le feu, car c’est un élément qui est très puissant et d’une violence inouïe.

Je me suis posée la question de quelle langue s’agit-il, est-ce l’organe, la langue dans la bouche ou bien le langage, la parole ?

Prenons maintenant un instant pour imaginer la scène : le son de ce vent qui vient du ciel et de ce feu qui descend.

Comment réagirions-nous ? Allons-nous sursauter ou en avoir peur ou même est-ce que nous prendrions la fuite. Certains pourraient rester sceptiques et d’autres trouver ça extraordinaire voire spectaculaire.

En réalité, les réactions sont propres à chacune et à chacun, car nous sommes toutes et tous différents face à un événement.

En lisant ce texte et en faisant cette expérience, j’ai ressenti plusieurs émotions et sensations.

J’ai éprouvé du doute : je me suis dit, bien sûr du vent et du feu qui tombe du ciel dans une maison… et pourquoi pas une météorite tant qu’on y est ?

Après, je me suis imaginée à la place de ces personnes : si cela c’était vraiment passé, n’aurais-je pas eu peur avec le cœur qui bat à toute vitesse en panique, tremblante avec l’envie de fuir ?

Peut-être que je serais aussi restée bouche bée, abasourdie les yeux grands ouverts et le souffle coupé.

Mais, peut-être que j’aurai aussi éprouvé de la joie, de l’émerveillement devant un tel évènement.

Dans ce récit, ce sont les images de deux éléments puissants, le feu et le vent qui sont utilisés pour expliquer la manière dont l’Esprit saint s’est manifesté à Jérusalem.

Cet événement occupe une place importante dans l’histoire de l’Eglise chrétienne, car il marque l’accomplissement de la promesse que Jésus avait annoncée auparavant en disant dans l’Evangile de Jn 14, 16 « Je vous enverrai un autre défenseur ».

Il met ainsi en lumière une dimension sociale : le fait d’être réunis, dans un même lieu et de vivre ensemble un événement commun, comme nous ce matin.

Comment pouvons-nous comprendre ce don de l’Esprit saint et la signification de Pentecôte dans nos vies aujourd’hui et dans nos quotidiens ?

Revenons dans le texte, l’Esprit saint a donné un super pouvoir : « la capacité de parler des langues d’autres peuples, des langues étrangères »[1]des langues qui leurs étaient inconnues et de pouvoir se comprendre même s’ils viennent d’horizons différents.

Le langage est un moyen tellement efficace pour être en lien et pour communiquer. Toutes et tous, nous venons d’horizons, de cultures, d’éducations différentes.

Nous n’avons pas eu les mêmes parcours de vie, mais comment pourrions-nous, nous comprendre et aller les uns vers les autres, si nous ne parlions pas le même langage ?

Avant de commencer cette formation, j’ai eu l’opportunité de faire des micro-stages. Je suis allée observer une pasteure qui est aumônière dans le domaine de la migration et de l’asile.

Je l’ai accompagné dans différents lieux où sont donnés des cours de français aux requérant(e)s avec l’aide de plusieurs bénévoles.

Cette expérience m’a profondément marquée, car quitter son pays dans des conditions difficiles est un parcours traumatisant. De plus, apprendre une autre langue, en l’occurrence le français, qui est complexe, représente un réel défi supplémentaire.

J’ai éprouvé une grande admiration pour le courage et la persévérance de toutes ces personnes pour leur investissement afin de s’intégrer, de comprendre et de découvrir une nouvelle culture, d’avoir la possibilité de travailler et être pleinement accepter dans le pays qui les accueille.

Peu importe d’où nous venons, ou qui nous sommes, nous pouvons ce matin parler le même langage, celui que l’Esprit saint nous offre individuellement, car comme le dit le premier texte, le Seigneur nous connait parfaitement.

Mais quel est ce don de l’Esprit saint ?

Et si ce don de l’Esprit saint nous invitait à poser nos regards sur les personnes venues d’ici ou d’ailleurs ?

Et si être habité par l’Esprit saint, c’était le fait d’être reconnu tel que nous sommes et de reconnaître l’autre pour qui il ou elle est ?

Et si c’était cela de parler le même langage afin de se comprendre ?

Les Juifs qui résidaient à Jérusalem ont entendu ce son et ils furent déstabilisés, stupéfaits et étonnés par cette scène. A la fin, ils étaient même perplexes, car ce qu’ils venaient de vivre semblait incroyable, presque impossible.

Cette stupéfaction a probablement ouvert la porte sur la possibilité de se comprendre, car dans le texte biblique que nous venons de lire, les juifs disent « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ».

En se remettant dans le contexte de l’époque « pour les religieux orthodoxes, les Galiléens étaient mal vus. C’était des hommes du nord qui était considérés comme des mauvais croyants »[2].

Et pourtant c’est à travers eux que cette transformation va se produire avec un souffle nouveau.

Face à cette scène digne de Spielberg, nous pourrions aussi réagir ainsi.

Prenons un instant pour réfléchir à ce que nous venons de vivre ensemble. Comment faire résonner cette expérience et faire vivre cette œuvre de l’Esprit saint où la parole de Jésus devient vivante, où sa présence habite tous les recoins de nos vies ?

En continuant simplement à s’émerveiller comme des enfants, par tout ce que l’autre peut nous apporter. Accueillir sa culture, garder cette possibilité d’être surpris, déplacé par celle ou celui qui vient d’ici ou d’ailleurs.

Toutefois, cette ouverture à la différence nous incite à un changement de regard par rapport à nos certitudes et nous invite à réfléchir sur tout ce qui nous dépasse ou nous interroge.

Cet « élan vers l’autre » me tient tout particulièrement à cœur, mais je sais que ce désir ne se fait pas seul, car nous avons besoin les uns des autres.

Gardons cette unité du cœur afin de parler le même langage : accepter qui nous sommes et accueillir l’autre comme il ou elle est.

Soyons à l’écoute et attentifs aux « Galiléens » qui nous entourent, à celles et ceux qui sont en dehors de notre cercle religieux et soyons porteur de cet amour inconditionnel. Continuons à vivre cet esprit de joie de la Pentecôte dans notre quotidien.

Amen !

1 Marguerat, Daniel, « Les Actes des Apôtres (1-12), Genève, Edition Labor et Fides, 2015, p.69

2 Explication du théologien Antoine Nuis, Evangile du dimanche « le vent de Pentecôte », Regard Protestants, 23.05.2021