Culte du 19 juillet 2026 – St-Sulpice
Lecture : Matthieu 13, 1-17
Prédication de Christine Hahn
Prêcher sur la parabole du semeur comporte des risques : On la lit même plus parce qu’on la connait par cœur et de tomber sous la prophétie d’Esaïe. Vous entendrez bien et vous ne comprendrez point, vous regarderez bien et vous ne verrez point ! Un autre risque est de vouloir toujours amener quelque chose de nouveau, de trouver l’angle et le point de vue le plus original possible. Quand le prédicateur pense avoir trouver cet angle vous pouvez être sûr qu’à la fin du culte on lui dit : Vous savez le pasteur tel et tel a dit exactement la même chose que vous la dernière fois, …
Dans ma réflexion personnelle, je m’interroge sur l’importance des souvenirs passés. Il ne s’agit pas des souvenirs nostalgiques, mais des souvenirs encrés en nous, des réalisations que pouvons aller revisiter pour nous ouvrir à de nouveaux souvenirs. Laisser l’évangile faire son travail en nous en s’appuyant sur les expériences et enseignements du passées, pour intégrer de nouvelles expériences et enseignements aujourd’hui et ainsi nous laisser transformer à l’image de Dieu et de son Royaume. Alors peut-être que je n’apporterai rien de vraiment nouveau, mais peut-être qu’ensemble nous pouvons nous laisser encore interpeler par cette parabole et continuer à approfondir notre foi.
Dans cette parabole il s’agit bien du Royaume de Dieu qui est annoncé comme toutes les paraboles de ce chapitre, le 3e grand discours de Jésus dans l’évangile de Matthieu sur les paraboles du royaume. La parabole du semeur est la première. Une parabole qui donne le ton, qui nous révèle que le Royaume est totalement différent de ce que les juifs de l’époque attendaient, de ce que nous attendons aujourd’hui. Les juifs espéraient un messie, chef militaire pour les libérer de l’oppresseur romain. Nous avons également le souhait que Dieu nous montre un avenir, une voie à suivre, une manière de naviguer dans ce monde. Et nous voilà confrontés à ces histoires de semeur, d’ivraie, de trésor caché, de perle de grand prix, de filet de poisson. Des textes déroutants qui invitent à réfléchir il y a 2000 ans comme aujourd’hui.
Les paraboles du royaume nous demandent d’écouter, de voir et de comprendre la vie et l’espérance que Jésus nous propose. Mais à aucun moment ses parabole nous offrent un savoir sur le Royaume, ni lieu, ni temps, ni contenus nous sont proposés, mais différentes images nous invitent à le chercher et à vivre aujourd’hui déjà dans ce royaume. il s’agit bien là d’un paradoxe : vivre dans le royaume et continuellement continuer à le chercher. Se rendre compte que la vie avec Dieu n’est jamais complètement réalisée. Elle se poursuit, s’approfondit, s’élargit et reste en mouvement. Cela rend la vie de foi passionnante. C’est à cela que j’aimerais nous inviter ce matin par cette parabole, continuer à chercher à vivre dans le royaume et à le partager naturellement autour de nous.
Car dès le départ, le texte nous invite à la réflexion
Jésus au bord du lac, pressé par la foule monte sur une barque pour annoncer le royaume et il commence avec cette histoire du semeur qui sème son champ ! Pourquoi parle-t-il d’un semeur dans son champ alors qu’il est sur un lac ? sans réponse cela intrigue et éveille l’attention des foules et la nôtre. Cette histoire du semeur que nous connaissons toutes et tous avec ses grains qui tombent sur le chemin, dans les pierres et dans les ronces sans porter de fruits et ces grains qui tombent dans la terre et portent du fruit en grande quantité produisant une récolte invraisemblable ! Et nous voyons la foule hocher de la tête et applaudir une si belle histoire. Et d’autres froncer les sourcils en se demandant le sens de ce conte pour enfants !
Que celui qui a des oreilles entende !
Jésus avertit que chaque auditeur et auditrice a une responsabilité. Il nous bombarde d’une histoire d’échecs qui se succèdent puis de fruits, des fruits qui sont donnés. Comme nous le verrons cela est essentiel. « La parabole offre un espace nouveau à explorer – elle dégage une piste à emprunter. La parabole du semeur met au jour un chemin abrupt que chacun est appelé à prendre librement, à ses risques et périls. » En effet, quand nous nous engageons à sa suite, les échecs sont programmés et les réussites abondantes, mais nous ne connaissons pas à l’avance le résultat de nos entreprises
Les disciples posent la question : Pourquoi leur parle-tu en paraboles ? Ils préfèreraient un discours clair, sans images ; des indications de temps, de contenu, de réalité. La compréhension immédiate est tellement plus simple et nous nous reconnaissons en eux. Mais est-ce la meilleure pédagogie ? Ce n’est en tous cas pas celle que Jésus à choisie. Il préfère laisser ces auditeurs avec des images, simples en apparence, des histoires faciles à mémoriser. Mais des images qui questionnent et invitent à chercher plus loin. Pourquoi tous ces échecs ? Quel est le sens de la réussite et de ces fruits abondants ?
Dans sa réponse aux disciples Jésus introduit un élément important. Le Royaume est pour ceux qui le cherchent !
Nous entrons là dans le cœur du sens des paraboles et nous le savons bien. Dans la vie chrétienne à la suite du Christ, nous découvrons une partie des mystères du royaume et de la foi. Nous apprenons à connaitre plus profondément l’amour de Dieu, nous expérimentons la présence du Créateur dans notre quotidien. Petit à petit, nous découvrons cet enseignement tellement différent du discours religieux. le discours religieux nous demande des efforts, de la pratique, des attitudes à adopter. Dans la parabole du semeur l’enseignement est différent. Les échecs font partie du programme, ils sont divers mais tous ne portent pas de fruits. Alors que nous vivons dans une société de la réussite et des performances quelle renversement ! Si l’échec devient possible, cela libère de la pression et invite à poursuivre malgré tout, car certains grains tomberont dans la bonne terre ! Les fruits sont abondants, au-delà de toute espérance.
Et puis il y a ce semeur et dans l’explication de la parabole nous nous pouvons déduire que c’est Dieu lui-même qui sème le champ. L’effort n’est pas produit par les croyants, eux ne sont que les récipiendaires invités à écouter voir et comprendre. Ce n’est pas forcément plus simple car même les disciples ont besoin de l’explication de cette parabole. Mais qu’est ce que ces mots sont libérateurs. Il y a des moments ou même les croyants ne comprennent pas, il y a des moments ou ne laissons pas le temps aux racines de s’ancrer, il y a des moments où nous nous laissons étouffer par les soucis de la vie. Mais quelle joie quand ce que Dieu sème en notre cœur a eu le temps de prendre racine, de pousser et porter du fruit, 100, 60, 30 fois supérieur à ce que nous aurions pu imaginer.
La parabole du semeur invite ceux qui l’entendent à se mettre en quête de compréhension. A se mettre en route à la suite du Christ pour continuer à percer les mystères du Royaume. A devenir des témoins imparfaits pleins d’échecs mais également joyeux des réussites offertes. Des témoins qui échouent régulièrement, mais qui peuvent partager les fruits qu’ils portent avec abondance. Car ces paraboles, et celle du semeur en particulier ne nous livrent pas un savoir sur le Royaume, mais suscitent en notre existence la joie de la quête de Dieu. Et cette joie et cette quête nous la communiquons pour que nos souvenirs deviennent des nouveaux souvenirs pour nous et pour nos contemporains.
Alors, j’espère que par ces quelques mots, nos et vos souvenirs ont été ravivés. Nos expériences passées, nos révélations passées ont pu s’approfondir. Que notre courage a été renouveler pour continuer à vivre à la suite du Christ vivant. En effet, comme croyants nous nous inscrivons dans la longue liste des témoins de l’évangile, de ceux qui continuent à raconter cette parabole, qui continuent à l’expliquer, qui continuent à l’écouter la voir et la comprendre pour se laisser inspirer et porter par elle dans leur découverte du Royaume de Dieu.
Amen
