Rire ou confiance ?

Culte du 2 août à La Côte-aux-Fées

Lecture : Genèse 18, 1-15

Prédication de Sébastien Berney

Etrange texte que ce texte de la Genèse… On y trouve Abraham, un personnage connu de l’ancien testament, mais également sa femme Sara. Et voilà que trois inconnus arrivent de nulle part… Abraham est tout excité, il courre dans tous les sens afin de recevoir ces trois étrangers, coutume oblige, dans les meilleures conditions. Jusque-là, rien de très étrange me direz-vous… Pourtant, moi je trouve ce texte étrange… Alors pourquoi ? Tout simplement parce qu’une attitude humaine que l’on ne trouve pas très fréquemment dans la Bible se présente là, sous nos yeux… Peut-être que vous l’avez aussi notée…? Cette attitude typiquement humaine, c’est celle du rire. Eh oui, le rire. Il est vrai que dans la Bible, on peut dire que le rire n’est pas envahissant…

Aujourd’hui, dans le texte que nous avons lu, le rire est présent : « Sara se mit à rire en elle-même ».

Pour moi, ce rire de Sara est une perle, une grâce, un cadeau. Le texte va plus loin, il nous donne même les raisons de ce rire : « Sara se mit à rire en elle-même, car Abraham et elle étaient déjà vieux et elle avait passé l’âge d’avoir des enfants. Elle se disait donc : maintenant je suis usée et mon mari est un vieillard ; le temps du plaisir est passé. »

Je ne sais pas vous, mais moi, ce rire de Sara, je l’ai déjà entendu en vrai, dans ma réalité quotidienne. J’ai envie de vous proposer d’imaginer ce rire, ce rire intérieur… Pour cela je vous invite à prendre une minute de silence.

Essayer d’imaginer ce rire…

Vous l’avez entendu ce rire ? De mon côté, ce rire, moi, je l’ai entendu chez les personnes que je rencontre par exemple à la Chrysalide. Eh oui, j’ai le sentiment que nous tous, nous ressemblons comme deux gouttes d’eau à Sara. Cette Sara qui se dit usée, qui se dit que le temps du plaisir est passé. Cette Sara qui rit intérieurement…

Est-ce que vous l’entendez, maintenant, ce rire de Sara ?

La comparaison est un peu facile me direz-vous, mais je pense ne pas me tromper complétement…

Une unité de soins palliatifs est parfois le lieu par excellence où l’on n’attend plus rien, où l’on arrive en dernier choix quand on ne peut plus faire autrement, le lieu pour lequel on a du se dépouiller de tous ses biens. Un lieu par excellence où l’on se sent usé, un lieu où le plaisir n’est plus devant mais derrière, un lieu où l’on rit intérieurement quand l’aumônier vient nous faire une visite… Dit-moi si je me trompe…

Aujourd’hui, j’ai envie de vous dire que nous ressemblons à Sara… Dans le livre de la Genèse, Sara prend une grande place, elle est présente déjà au chapitre 11 alors que le texte que nous avons lu se situe au chapitre 18. Déjà au chapitre 11 on découvre que Sara est stérile. Cela fait donc un moment que Sara traîne sa stérilité. De même dans un hôpital, on se traîne, on y traîne les malades, les désespérés. Combien de fois n’ai-je pas entendu des personnes qui avaient l’impression de n’être plus bon à rien, d’être une charge, l’impression d’être juste un coût pour la société…

Combien de fois n’ai-je pas discuté des questions suivantes… Peut-on avoir de la valeur sans produire ? Qu’est-ce qui garde de la valeur quand on est vieux ou malade ? Où est l’espérance ? Quelles sont les raisons de vivre ? Quel sens donner à sa vie alors qu’elle est comptée ?

Ces questions, je vous les laisse, peut-être un aveu de faiblesse… Par contre, j’ai envie de vous inviter à retourner auprès de Sara.

Vous avez remarqué, contrairement à Sara, Dieu ne rit pas. J’ai même envie de dire que Dieu me paraît même un peu offensé par le rire de Sara. Au verset 13, Dieu prend la parole : « Pourquoi Sara a-t-elle ri ? Pourquoi se dit-elle, c’est impossible ? » ! Ce manque de confiance de la part de Sara me semble attrister Dieu. Etrange non ?

C’est ici, me semble-t-il que les thèmes de la confiance et de l’amour de Dieu éclatent au grand jour.

Dans ma vie, suis-je prêt à faire confiance en Dieu ? Dans ma vie, suis-je prêt à recevoir un amour gratuit, celui que Dieu m’offre ?

Loin de moi l’idée de tomber dans le déni, la facilité et la tromperie… Mais au fond de mon cœur j’ai envie d’y croire, j’ai envie de mettre ma confiance en Dieu, j’ai envie de recevoir cet amour offert gratuitement… Et surtout, j’ai envie de partager ces sentiments avec vous.

Pour Sara, la suite de l’histoire sera la naissance d’Isaac… et ainsi de la longue histoire du peuple d’Israël…

Et pour nous, et pour vous ? Tout en gardant comme horizon la confiance et l’amour, je vous pose alors la question : la vieillesse, la maladie, c’est le temps de quelles naissances ?

J’ai encore envie de vous laisser deux textes avant de finir. Le premier de Paul Eluard et le deuxième du psaume 39.

La nuit n’est jamais complète,

Il y a toujours, puisque je le dis,

Puisque je l’affirme, au bout du chagrin,

Une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée.

Il y a toujours un cœur généreux,

Une main tendue, une main ouverte,

Des yeux attentifs, une vie,

La vie à se partager.

Et enfin le psaume 39

Enfin du temps pour l’essentiel…

C’est la proximité de la fin qui fait du temps qui reste un temps précieux,

Et c’est la fin prochaine qui permet d’avancer dans la recherche de l’essentiel.