Culte du samedi 24 octobre 2026
Lectures bibliques : Psaume, Matthieu 24, 45-51 et Luc 16, 10-13
Accueil, salutation, invocation
Le matin, quand on se lève, on se dit : bonjour
A midi, lorsqu’on se met à table, on dit : bon appétit !
Le soir, avant d’aller se coucher, on se souhaite : bonne nuit !
À tout moment, lorsque l’être humain ouvre l’Évangile, Dieu lui dit. Bonne nouvelle !
En fin de semaine (puisque nous sommes samedi), en arrivant au culte, Dieu nous dit : bienvenue !
Il nous arrive d’être inquiets
A cause d’un souci, d’une angoisse, d’une peur qui s’infiltre en nous et nous ronge
Et il y a de quoi, avec le monde anxiogène dans lequel nous vivons.
A cause de cette inquiétude,
Nous ne trouvons plus le repos
Nous nous agitons, devenons fébriles
Nous nous fatiguons
A cause de cette agitation, nous avons de plus en plus de difficultés
À dénicher Dieu dans les creux de notre vie
Nous sommes alors dans une spirale qui va de l’inquiétude à l’agitation
De l’agitation à la fatigue,
Et de la fatigue au découragement
Et du découragement au repli sur soi
Et pourtant, dans le livre d’Esaïe, il est écrit :
Ainsi parle le Seigneur Dieu, le Saint d’Israël :
Votre salut est dans la conversion et le repos,
Votre force est dans le calme et la confiance
Je vous invite à la prière :
Nous sommes rassemblés en cette fin d’après-midi
A l’écoute de la parole de Dieu
Que par son Esprit, cette parole convertisse notre cœur
Qu’elle apaise nos inquiétudes !
Qu’elle fasse grandir en nous le calme et la confiance !
Et qu’elle nous garde ouverts et attentifs à celles et ceux qui nous entourent
Prédication
La parabole du serviteur digne de confiance suit ce qu’on appelle l’apocalypse de Matthieu, des textes où Jésus annonce la fin des temps, son retour. Il y recommande particulièrement de veiller, de se tenir prêt spirituellement.
Alors si le Christ revient bientôt, que faut-il faire ?
Abandonner ses responsabilités pour consacrer tout son temps à la prière ?
Arrêter de construire des maisons, des écoles, arrêter de planter des arbres ?
Non, dit le Christ.
Après avoir appelé ses interlocuteurs à la veille, il donne des instructions très pratiques : distribuer à ses serviteurs la nourriture en temps voulu.
Une autre réponse à cette question se trouve dans le chapitre suivant de l’évangile de Matthieu :
Que faire en attendant la venue du Christ ?
Veiller et être prévoyant, comme dans la parabole des dix vierges
Utiliser les dons et les talents reçus de Dieu comme dans la parabole des talents
Prendre soin des petits, comme dans la parabole du jugement des nations.
Cette parabole où le Fils de Dieu dira à ceux qui sont à sa droite : venez, soyez bénis et héritez du royaume qui a été préparé pour vous. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et m’avez recueilli ; j’étais nu et vous m’avez vêtu ; j’étais malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous êtes venus me voir. Quand vous avez fait cela pour l’un de ces plus petits, l’un de mes frères humains, c’est à moi que vous l’avez fait.
Il s’agit de faire ce qu’on a à faire, ce dont on est responsables. Être un serviteur, ou un gérant avisé de ce qui nous est confié.
L’extraordinaire de l’Évangile me renvoie à l’ordinaire de ma responsabilité.
C’est Dietrich Bonhoeffer, ce pasteur allemand exécuté par les nazis qui disait :
« Notre responsabilité n’est pas infinie, mais limitée. Notre tâche n’est pas de sortir le monde de ses gonds, mais de faire ce qui sera nécessaire en tenant compte de la réalité. Parce qu’en Christ, Dieu a dit oui à l’être humain, nous ne pouvons vivre et agir qu’en humain, devant Dieu et devant nos semblables, avec notre connaissance et notre discernement limités ».
Dans notre parabole, nous avons un serviteur ou plutôt un intendant et un maître.
Du maître, on ne dit pas grand-chose, si ce n’est qu’il part en voyage ou en tous cas qu’il est absent. Il confie ses affaires à une personne de confiance, du moins c’est ce qu’il espère. Il délègue, quitte à ce que les choses ne se passent pas comme il le souhaite.
L’intendant a donc les mains libres, personne n’est derrière lui pour le contrôler. Et nous, quand nous déléguons des tâches, à des collègues, à des bénévoles, ou à nos enfants, savons-nous vraiment déléguer et laisser l’autre faire ce qu’il a à faire ? Sans tout contrôler ? Etant entendu que nous confions une tâche à une personne, adulte ou enfant qui a les compétences, qui connaît son travail. Quelle fierté pour un enfant quand il peut cuisiner quelque chose lui-même, ou aller acheter du pain tout seul !
On trouve de nombreuses images de l’intendant dans diverses paraboles, tantôt c’est un serviteur qui prend soin de la maison, un vigneron qui s’occupe de la vigne, un gestionnaire qui gère les biens de son maître, un berger qui veille sur les brebis de plusieurs éleveurs : l’intendant est une figure évangélique centrale. Il n’est pas propriétaire, mais il a l’entière responsabilité des biens qui lui sont confiés. La signification de cette figure est très claire : les biens que nous avons ne nous appartiennent pas vraiment, mais nous sont confiés temporairement, qu’il s’agisse de nos maisons, de notre argent, de nos entreprises, de nos capitaux, de nos statuts sociaux, de nos dons, nos compétences, notre connaissance, notre culture.
Nous ne sommes pas non plus propriétaires, mais gestionnaires de la nature et de toutes ses ressources, de l’Eglise, des institutions, et même … de notre santé ! Ça c’est dur à accepter, notre santé n’est pas un bien acquis minimum ! De tout cela, nous ne sommes qu’intendants. Le bon intendant, par ailleurs reconnaît que ses biens ne viennent pas de lui, mais il gère pour le bien de toute la maisonnée.
Combien de chefs d’entreprises, surtout de grandes entreprises arrivent à réaliser qu’ils sont des gestionnaires au service de leurs employés et de leur clientèle et pas au service de leur chiffre d’affaires et de leurs actionnaires ?
La figure de l’intendant signifie donc ceci : premièrement que les biens ne viennent pas de nous, mais de Dieu, deuxièmement que les biens ne sont pas pour nous seuls, mais pour les autres.
Le bon intendant est comme l’homme du Psaume 1.
Il agit avec droiture, n’écoute pas les mauvais conseillers, il ne se moque pas, il sait dire non, ne pas suivre la pensée dominante. Il ne laisse pas non plus corrompre par l’argent, il sert son maître et non pas Mamon, dieu de l’argent.
Cette parole biblique « vous ne pouvez servir, deux maîtres, Dieu et Mamon », est toujours terriblement d’actualité, il y a foule de mauvais intendants aujourd’hui…
Le bon intendant a une ressource : la méditation de la parole, sa relation avec Dieu, il prend du temps pour se poser, se mettre en lien avec Dieu avant de se lancer dans l’action. Ce n’est pas facile pour nous, mais c’est une nécessité de ne pas se laisser emporter par l’accélération du monde, par les influences, les informations justes et moins justes qui nous bombardent à longueur de journée…
Le bon intendant est solide, bien enraciné, il résiste aux bourrasques et aux tempêtes.
- Première démarche à faire, à intégrer : ne pas s’accrocher à ce qu’on a, à ce qu’on est (facile à dire, mais ô combien difficile à mettre en pratique, il faut toujours remettre l’ouvrage sur le métier).
Cette capacité à ne pas se crisper sur ce qu’on a, est libératrice, elle aide à mieux vivre les pertes, les deuils de toute sorte.
Savoir que tout est don nous aide aussi à entrer dans la reconnaissance
- Deuxième démarche : nous mettre au travail, selon nos capacités, notre âge. Nous sommes appelés à gérer, faire fructifier. Nous avons une responsabilité de gérer au mieux les divers dons reçus. Comme le dit la parabole des talents, on ne reçoit pas tous la même quantité de talents. Et au fil du temps qui passe, et des aléas de la vie, nos dons évoluent, changent, certains disparaissent, d’autres apparaissent. Mais le maître, dans les paraboles, connaît les capacités de chacun. Selon notre âge, jeune ou moins jeune, il distribue des responsabilités adaptées. D’où l’importance d’impliquer les enfants dans diverses tâches, de leur apprendre à collaborer, à tenir compte des autres.
- Troisième démarche : savoir que ces biens, ces dons venant de Dieu sont pour tous, c’est pour le bien commun que le bon intendant travaille. Son rôle est de s’assurer que les membres de la maisonnée ont de la nourriture en suffisance. C’est donc pour le bien commun qu’on s’engage. On entend parfois dire : « maintenant que je suis à la retraite, je ne veux faire que ce qui me fait plaisir », ou d’autres personnes dire : « je ne m’occupe que de moi maintenant, je ne veux plus me charger des soucis des autres, j’ai assez de problèmes » Ben, je ne crois pas que c’est comme cela que Dieu souhaite que nous agissions…
Ou alors encore : « je ne sers plus à rien », mais comme on le partageait l’autre jour avec Jean-Samuel, on peut toujours penser aux autres, les porter dans la prière fidèlement et régulièrement, c’est un travail important !
La parabole insiste sur l’importance des liens et de l’intérêt pour les autres. Cela ne veut pas dire qu’il faut se négliger, s’oublier (aime ton prochain comme toi-même), mais qu’il faut savoir garder les yeux, le cœur, les oreilles ouverts sur ceux qui sont autour de nous, cela aide à garder du sens à notre vie.
Dans l’émission « La Discute », 2 jeunes médecins et un plus âgé partageaient leurs expériences. Les plus jeunes parlaient de leur fatigue, de la difficulté du métier, de la charge administrative qui les poussaient à bout. Mais ils retrouvaient du sens en allant simplement s’asseoir à côté de leurs patients et discuter un moment avec eux.
Une de mes amies est atteinte d’une sclérose en plaques au stade terminal, elle ne peut bouger plus que la tête et une main. Au niveau de sa santé, de son autonomie, on peut dire qu’elle a tout perdu. Mais elle a décidé qu’elle ne s’aigrirait pas, qu’elle resterait reconnaissante de tout ce qu’elle pouvait encore vivre.
Et sa vie est riche ! Sa famille, ses amis, ses voisins passent régulièrement la voir. Il n’y a pas un jour où elle est sans visites (en plus des soignants qui viennent tous les jours), parce qu’elle s’intéresse aux autres, elle écoute avec attention, elle de bon conseil, sa vie est pleine de difficultés, c’est vrai, mais elle est pleine de sens !
Faisons, nous aussi, de notre vie une vie pleine de sens
Amen
