La tendresse de Dieu 

Culte musical et chanté du 1er mars, Carême 2, Môtiers

Prédication de Guillaume Klauser

Message

Psaume 25

Dans la tradition de l’Eglise, ce deuxième dimanche de Carême porte le nom de « Reminiscere », début d’un verset du Psaume 25 dans sa version latine, qui dit : « Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse, ton amour qui est de toujours. »

Nous prions.

Oui Seigneur, rappelle-toi, ta tendresse, ton amour, qui est de toujours, pour nous aussi ce matin. Nous voici et te voilà. Merci, Seigneur. Envoie sur nous ton Esprit, qu’il nous ouvre à ta présence. Seigneur, ce matin nous faisons nôtres ces paroles du psaume 25 :

Je me tourne vers toi, Seigneur. Mon Dieu, je mets en toi ma confiance, ne me laisse pas déçu. Ne laisse pas mes ennemis se réjouir à mon sujet. Aucun de ceux qui comptent sur toi ne sera déçu, mais ils seront déçus, ceux qui te trahissent pour rien. Seigneur, fais-moi connaître le chemin à suivre, enseigne-moi à vivre comme tu le veux. Conduis-moi par ta vérité, instruis-moi, Dieu qui me sauve, en toi j’espère tout le jour. Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse, ton amour qui est de toujours. Amen !

Lecture biblique : Esaïe 54, 7-10

« Pendant un court instant, je t’avais abandonnée, mais, dans ma grande tendresse, je te reprends avec moi. Dans un accès momentané de colère, j’ai refusé de te voir, mais, dans mon amour sans fin, je te garde ma tendresse. C’est moi, le Seigneur, qui te le dis, moi qui prends ta cause en main.

Je vais faire aujourd’hui comme au temps de Noé : j’avais promis alors que le déluge ne submergerait plus la terre. Je te promets de même aujourd’hui de ne plus m’irriter contre toi et de ne plus te menacer. Même si les collines venaient à s’ébranler, même si les montagnes venaient à changer de place, l’amour que j’ai pour toi ne changera jamais et mon alliance de paix avec toi restera inébranlable. C’est moi, le Seigneur, qui te le dis, moi qui te garde ma tendresse. »

Prédication

Chers frères et sœurs, chers amis,

« Dans un accès momentané de colère, j’ai refusé de te voir », dit Dieu à son peuple dans le livre du prophète Esaïe… Quelle violence de la part de Dieu envers ceux qu’il aime… Une parole de Dieu qu’on n’attendait pas, ce matin, en arrivant ici. « J’ai refusé de te voir », dit Dieu.

Mais franchement… si cette parole peut sembler rude, est-ce que Dieu n’aurait pas eu raison de laisser tomber ? De laisser tomber ces humains qui méprisent la vie qui leur est donnée, les humains qui veulent décider seuls, et qui surtout n’écoutent plus rien, quand, malgré les appels répétés de Dieu, personne n’entend…

N’aurait-il pas eu raison, ce Dieu que nos psaumes appellent Roi, Tout-Puissant, Seigneur des armées, de dire simplement : « Très bien : débrouillez-vous ! » ?

Et le peuple, dans le livre d’Ésaïe, semble payer le prix fort.

Reprenons le fil de l’histoire biblique : le peuple s’est éloigné de Dieu. Il s’est cru fort… invincible… maître de son destin. Il n’a pas écouté. Il n’a pas répondu aux appels de Dieu. Et le malheur est arrivé. Les ennemis ont crié victoire : ils sont venus dans le pays, ils ont pris les richesses, capturé toutes sortes de gens, les gens indispensables au fonctionnement de la vie quotidienne, les artisans, les savants qui conseillaient les dirigeants, les dirigeants eux-mêmes… et les emmènent à Babylone. Un pays « décapité ».

C’est ce que la Bible appelle l’exil. Des années d’humiliation. Des années d’absence. Des années à se demander : « Où donc est Dieu ? »

À la fin de cet épisode voilà Dieu qui prend la parole : « Dans un accès momentané de colère, j’ai caché mon visage, j’ai refusé de te voir ».

Il faut pourtant lire jusqu’au bout : « Dans un accès momentané de colère, je t’ai caché mon visage… mais dans mon amour sans fin, je te garde ma tendresse. » Voici Dieu qui ne reste pas sur sa colère. Dieu ne s’enferme pas dans son jugement. Dieu revient. Voilà ce qui est inouï et surprenant dans ce texte : Dieu change de ton et revient vers son peuple. Non, la colère ne pouvait pas durer éternellement ni être le moyen de communication idéal. Dans sa manière de s’adresser à nous, Dieu passe donc de la colère à la tendresse.

Le pasteur Daniel Bourguet écrivait : « La tendresse de Dieu… que dire, sinon se taire, humblement ? »[1]. Oui. Quoi de plus beau, quoi de plus profond que ce mystère ? Tendresse et amour de Dieu… c’est ce que nous voulons entendre encore et encore. Et peut-être direz-vous : « Voilà que Guillaume va encore nous parler de l’amour de Dieu » ! Mais oui. Parce que c’est le cœur de l’Évangile, la source de tout.

Et pourtant… à force d’en parler chaque dimanche, les mots peuvent s’user. Ce qui est le plus précieux peut devenir banal.

Insister sur la gratuité de la grâce peut nous conduire à penser que puisque Dieu aime gratuitement… alors tout va bien. Je n’ai rien à changer. Une grâce confortable, en quelque sorte.

C’est ce que dénonçait avec force Dietrich Bonhoeffer, pasteur et théologien allemand assassiné par les nazis, dans son livre intitulé : Le Prix de la grâce. Il y condamne une grâce « à bon marché »[2], un pardon au rabais, d’une consolation sans vérité.

Or si la grâce est gratuite… elle n’est pas sans prix, sans valeur ! Elle a du poids. Elle engage une vie.

C’est exactement pour cela que, dans notre tradition protestante, on tient toujours ensemble confession et annonce de la grâce. Le rappel de l’amour de Dieu est précédé de la confession, non pour étaler nos fautes, mais pour nous préparer à recevoir. Pour que le renouvellement de l’annonce de son amour ne soit pas une formule automatique, mais une parole reçue avec toute la conscience de sa valeur.

Recevoir la grâce de Dieu, recevoir et accueillir son amour véritablement, c’est ne pas oublier l’appel qui va avec, cette parole du Christ adressée à Pierre : « Toi, suis-moi ! ». Pas une idée abstraite. Pas un concept. Un appel qui nous rejoint encore aujourd’hui. Suivre le Christ, c’est accepter de marcher derrière lui, même sans tout comprendre, même sans savoir exactement où il nous mène. C’est consentir à se remettre en route, à faire confiance.

Et parce que le Christ est ressuscité, son appel n’est pas une voix lointaine. Il se fait entendre au plus profond de nous. Recevoir la grâce, toujours et à nouveau, c’est rester dans cet échange, dans ce dialogue avec le Christ. C’est, dans nos vies de chaque jour, être toujours « côte à côte » avec Jésus, comme ce chrétien sur cette icône que vous voyez derrière-moi, qui reste comme collé au Christ. Rester, en quelque sorte, dans l’amitié avec le Christ.

Tout commence dans cette tendresse proclamée par le prophète : « Dans mon amour sans fin, je te garde ma tendresse. Même si les collines venaient à s’ébranler, mon amour pour toi ne changera pas ».

C’est le plus beau cadeau que Dieu puisse nous faire. Et c’est cette tendresse que nos contemporains cherchent aussi. N’aurions-nous pas ici un fil rouge qui se dessine, pour nos vies comme pour la vie de l’Eglise ? Nous autres protestants, nous avons parfois le réflexe de vouloir avant tout être dans l’action : organiser, planifier diverses activités. Tout cela est précieux. Mais répondre à l’attente de nos contemporains, témoigner de la foi, ne serait-ce pas montrer que nous savons recevoir cette tendresse de Dieu ?

L’année 2025 a vu pour notre paroisse un certain nombre de changements, dont nous prenons aujourd’hui la mesure. Avoir les forces de quasiment un poste pastoral en moins, c’est forcément avoir moins de possibilités qu’auparavant. C’est envisager des regroupements avec d’autres paroisses, comme c’est maintenant le cas pour les services funèbres et la jeunesse.

Faire moins, peut-être, mais prendre le temps de recevoir.

Recevoir dans la Parole, quand la Bible s’ouvre et nous parle.

Recevoir dans la Cène, où le Christ se donne à nous.

Recevoir dans la prière, où nous nous exposons à sa présence.

Recevoir, c’est, selon les mots de Paul dans notre première lecture, être consolés pour devenir à notre tour consolation.

Ce texte nous révèle le cœur de Dieu : un Dieu qui, après la colère, renvient à l’amour, un Dieu qui ne renonce pas, un Dieu qui revient vers nous. Ne rendons pas cette tendresse banale et insignifiante sous prétexte qu’elle est gratuite. Elle est le commencement de tout. Elle est ce qui nous accompagne jusqu’au bout. Alors, en ce temps de Carême, laissons résonner dans notre cœur cette parole : « Reviens au Seigneur et souviens-toi : il est tendresse et miséricorde ». Amen !

Bénédiction

Prenez le temps de prier, c’est votre force sur la terre. Prenez le temps de penser, c’est la source de l’action. Prenez le temps de rire, c’est la musique de l’âme. Prenez le temps d’aimer et d’être aimé, c’est la grâce de Dieu.

Il nous enveloppe de sa tendresse et nous bénit, le Dieu qui est Père, Fils et St-Esprit. Amen !


[1] Daniel Bourguet, La tendresse de Dieu, Lyon, Olivétan, 2012, p. 11.

[2] Dietrich Bonhoeffer, Le prix de la grâce. Sermon sur la Montagne, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1962, p. 11.