Oser…

Culte du 10 mai à Buttes

Lecture biblique : 1 Rois 17, 17-24 et Luc 7, 11-17

Prédication de Sébastien Berney

Comment ne pas être touché par cette histoire de deuil et de résurrection ? Le récit de l’Evangile rejoint nombre de situation que nous côtoyons ou que nous vivons aujourd’hui : la détresse d’une personne désemparée qui perd tout ce qui faisait sa vie, l’enchaînement des malheurs qui s’acharnent sur une existence, la mort prématurée d’un jeune homme. Imaginez… Cette femme est veuve, mais en plus, elle vient de perdre son fils.

Nous en connaissons tous, de ces situations, où l’on se sent dépassé, par les émotions, par la réalité.

Il faut bien reconnaître que nous n’avons pas de réponses à ces circonstances extrêmes. Bien souvent il ne nous reste que l’embarras d’une parole banale ou stéréotypée, et lorsque nous sommes croyants, des bribes d’une explication vaguement théologique, plus faite pour nous rassurer nous-même plutôt que pour aider l’autre qui souffre.

Dans le texte des Rois que nous avons lu en premier, un récit de miracle, comme si un truc nous avait échappé, quelque chose de magique, un artifice qui dépasse la rationalité.

Alors ensemble, dans la lecture de l’Evangile, je crois que nous pouvons être surpris par l’audace et l’assurance des paroles et des gestes de Jésus.

Premièrement, Jésus ose un geste vers le cercueil alors que pour l’époque, ce geste est synonyme d’impureté. Deuxièmement, il ose dire à cette femme, veuve, qui vient de perdre son fils : « ne pleure pas ». Entre nous, j’ai l’impression que cette femme aurait bien le droit de pleurer, non…

Qui de nous, oserait aller dire à un couple de parents qui vient de perdre son enfant, ne pleurez pas…

Jésus aurait-il une foi qui nous dépasse pour faire ce genre de geste et dire ce genre de parole ?

Le récit que nous venons de lire ne parle pas de la foi, même si nous pouvons imaginer celle qui anime Jésus. Notre récit trace un autre itinéraire de consolation, fait de paroles et de gestes tout simplement humains.

Rejoindre l’autre dans sa détresse, c’est d’abord être touché personnellement. C’est un premier contact qui passe souvent par le regard, par l’attention portée à l’autre alors qu’il nous arrive plus fréquemment de nous détourner pour ne pas être atteints.

Une petite anecdote personnelle : juste après le décès de son fils, donc de mon frère, mon père alors qu’il retournait au travail, a pu constater le silence de ses collègues et la peur du regard… tétanisés, par la peur, l’angoisse, l’effet miroir. Il a fallu pour certains, plusieurs jours, pour oser lui parler…

Jésus aurait pu ne pas s’arrêter devant le cimetière, passer son chemin, refuser d’affronter et de se confronter à une situation extrême, apparemment sans espoir et sans solution.

Ce premier regard est la porte par laquelle peut entrer une forme de reconnaissance, de compassion, de consolation. Dans le silence, il peut déjà dire que nous avons compris et reconnus la souffrance de l’autre. Un simple regard…

Comme Jésus, nous pouvons alors risquer une parole qui touche. Une parole qui ne provoquera pas la consolation, mais qui dira que nous croyons à une libération, une restauration possible…

Comme Jésus, nous pourrons alors tenter un geste, toucher du doigt le sujet même de la détresse. Dans notre société, ces gestes sont souvent difficiles à accomplir et mal vu, comme à l’époque de Jésus. Aujourd’hui, nous avons peur, alors l’ignorance est parfois notre meilleure défense. Prendre dans ses bras, toucher un malade… cela nous semblent bien souvent réservé pour la famille et les proches.

A travers ce texte, Jésus nous dit que celui qui tentera le geste et la parole provoquera souvent dans un premier temps l’étonnement ou la surprise, un peu comme la crainte de la foule dans le récit. Mais ces gestes et ces paroles d’humanité disent la réalité d’une vie nouvelle, affective et sociale, quand il semble que la mort a tout recouvert. Le signe de la présence de Dieu est cette limite posée à la mort pour dire qu’elle ne peut pas envahir le tout de l’existence. Pour Jésus, l’amour est plus fort que la mort, un amour qui prend forme dans des gestes et de paroles tirées de notre humanité.

                                                           Amen