Mais qui attendre donc ?

Prédication de Zachée Betche
14 décembre 2025

Texte : Matthieu 11, 2-11

Il est évident qu’à l’orée de Noel, à cette période de brouillard au propre comme au figuré, nous soyons dans une attitude d’attente. Une attente finalement qui se cristallise dans l’histoire de la foi comme un moment liturgique d’importance. Oui le Christ va venir. Mais qu’est-ce que cela change ?

Ce qui se déroule ici n’est pas à négliger. Nous sommes au cœur d’une situation critique et l’évangéliste Matthieu nous parle de la vie réelle de nombreuses personnes soumises à toutes sortes de précarité ; plongées dans la détresse et qui en ressortent haut la main. Tout ceci parce que Jésus est passé par là. Ainsi, Jean-Baptiste, là où il est injustement embastillé, fait prisonnier, peut se rassurer. Ses disciples peuvent l’en informe : C’est bien lui ce Jésus qui guérit, purifie, ressuscite, annonce la Bonne nouvelle, lisons-nous dans ce texte.

La Bonne nouvelle ira traverser les murs de la prison donc. Mais comme pour Moïse et l’entrée dans la terre promise, Jean-Baptiste ne peut que le constater à distance, par le biais de ce qui lui est rapporté.

Quel paradoxe ! Le visage de celui qui annonce Dieu ou qui en manifeste la grandeur est étrangement tout le contraire de ce que l’on pourrait attendre de lui. Pourquoi Jean-Baptiste est-il en prison ? Ne devrait-il pas être en liberté à son tour, lui qui annonçait à gorge déployée ce royaume libérateur ?

En réalité, il l’a toujours été : pauvre. Dans le désert, il foulait un sol aride. Dans sa garde-robe, il n’avait rien d’enviable qui puisse laisser apparaître le moindre éclat. Ses repas étaient des plus stricts, avares et simples.

On a l’impression qu’il s’agit là d’un correctif sévère de la part de Dieu. Le colonisateur est encore là. La libération ne se fait qu’au compte-goutte avec quelques signaux du royaume attendu : juste quelques lueurs. Dans ses propos pourtant, il parlait d’un royaume à venir. On ne prépare pas le royaume de Dieu dans l’opulence. Parce que les richesses du monde et ses différents traquenards risquent de faire oublier l’attente, d’endormir, de faire croire que la vraie vie s’arrête là. L’arrogance des puissants ne fait-il pas réfléchir ? Combien de dictateurs et de puissants de ce monde sont-ils engloutis dans l’histoire de l’humanité ?

C’est peut-être cela qu’il faudrait voir derrière cette apparence de pauvreté de celui qui criait dans le désert. Ce visage-là, comme de l’art contestataire met en évidence l’insignifiance des richesses et des pouvoirs éphémères de ce monde. Jean-Baptiste provoque un choc dont les ondes iront se propageant. Il annonce le royaume, mais celui qui va l’incarner passera par l’humiliation de la croix. Serviteur souffrant, le précurseur Jean-Baptiste l’aura été. Nous savons ce qui en sera de sa tête : livrée sur un plateau pour satisfaire les caprices d’une princesse de ce pouvoir éphémère.

Nous sommes en attente et l’Avent n’est pas si différent de la période qui précèdera plus tard la Pâques. Ce parallèle est intéressant parce qu’il nous fait voir aussi le côté sombre de l’existence ; la mort qui sera renversée par la puissance de la lumière.

Jean-Baptiste la voit depuis sa prison. A moitié satisfait, c’est vrai. Il voit l’éclat de la lumière du royaume, ses œuvres en la personne de Jésus. Il comprend ce qui vient, ce pourquoi il cria si fort dans le désert. Le reste sera pour lui un profond mystère. Il n’aura pas l’occasion, si seulement il l’aurait pensé, de renier celui qu’il a annoncé. Mais il sait maintenant qui il a annoncé.

Mais qui attendre donc ? Que pensons-nous de tout cela ? Chers amis, sur le chemin de nos vies, nous sentons comme ces nombreuses personnes soulagées par Jésus toute sa pertinence et son importance pour l’aujourd’hui et pour nos lendemains. Déjà il agit en nous dans les épreuves que nous traversons ; ces souffrances qui érodent parfois nos espoirs, ces injustices qui nous font parfois douter de Dieu. Mais nous sentons tout aussi monter l’espérance qui nous retient, qui nous redonne le sourire lorsque nous traversons les brouillards de ce monde. Combien de fois avons-nous surmonté toutes sortes de difficultés ?

Le Christ, indubitablement, chemine avec nous. Il prend soin de nous. C’est le message que nous pouvons envoyer aux Jean-Baptiste d’aujourd’hui, aux prisonniers de la vérité, à tous ces laissés pour compte qui agissent hors caméra. En avançant vers la date fatidique de la nativité, nous voulons nous rassurer que Jésus ne vienne pas pour rien. Il ne viendra pas sans intervenir et nous préparer pour la vie qui n’aura pas de fin. Dans cette vie terrestre où croît le bon grain et l’ivraie, soyons prêts à chaque instant, remplis de la sagesse que Dieu donne, de la force pour supporter et traverser.

Si le personnage de Jean-Baptiste symbolise pour nous le fait que nous n’en avons pas fini avec la souffrance et les injustices, que l’opacité est toujours active, il voudrait tout aussi nous inviter à ne pas nous laisser abattre par le scepticisme en vigueur. Quoiqu’il en soit, le royaume à venir est plus grand que tout. « Tout coule, tout ne change rien ne demeure », pensait Héraclite. Mais si, une chose demeure : l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ qui vient sans cesse dans notre monde qui se meurt. Oui il vient. Maranatha ! Le Seigneur vient bientôt. Amen

Auteur/autrice : Nicolas Friedli

Webmaster de l'EREN et responsable de réseaux sociaux.