
Isabelle Ott-Baechler, pasteure – Marc 13, 7 et 33
Ne vous alarmez pas ! Restez éveillés ! Marc 13, 7 et 33
Lecture des textes bibliques :
Au chapitre 13 de l’évangile selon Marc, Jésus annonce sa
mort en parlant du Temple de Jérusalem détruit. Des
disciples eux pensent à la fin des temps. Voici quelques
extraits versets 1 à 4, 7 et 8, 30 à 33.
« Alors que Jésus quittait le Temple, un de ses disciples lui
dit : – Maître regarde quelles pierres, quelle
construction ! Jésus répondit : – Tu vois ces grandes
constructions ! Il ne restera pas pierre sur pierre : tout
sera détruit. Comme il était assis au Mont des Oliviers, en
face du Temple, Pierre, Jacques, Jean et André, à l’écart,
lui demandaient : – Dis-nous quand cela arrivera et quel
sera le signe que tout cela va finir ? – Quand vous
entendrez parler de guerre et de rumeurs de guerres, ne
vous alarmez pas : il faut que cela arrive (…) il y aura dans
divers endroits des tremblements de terre, des famines. Ce
sera le commencement des douleurs de l’enfantement. (…)
En vérité je vous le déclare, cette génération ne passera
que tout cela arrive. Le ciel et la terre passeront, mes
paroles ne passeront pas. Mais ce jour ou cette heure, nul
ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le Fils, personne
sinon le Père.
Prenez garde, restez éveillés car vous ne savez pas quand
cela sera le moment. »
Apocalypse, un mot qui fait peur.
Peut-être vaut-il la peine d’ouvrir ce livre effrayant qui dès
le 3e verset du premier chapitre affirme : « Heureux celui
qui lit »
A l’origine, Apocalypse ne veut pas dire catastrophe ou fin
du monde. Dans votre Bible en allemand, le dernier livre
biblique est intitulé Offenbarung, Revelation en anglais.
L’ambition ici c’est de nous dévoiler un mystère. Nous
lisons Apocalypse 21, 1 à 5a.
« Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le
premier ciel et la première terre ont disparu, et la mer
n’est plus.
Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui
descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête comme une
épouse qui s’est parée pour son époux.
Et j’entendis, venant du trône, une voix forte qui disait :
Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera
avec eux. Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est
avec eux. Il essuiera toutes larmes de leurs yeux. La mort
ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance,
car le monde ancien a disparu. Et celui qui siège sur le
trône dit : Voici je fais toutes choses nouvelles. »
Prédication :
Ne vous alarmez pas !
Face aux périls mortels qui menacent l’humanité, aux
désastres qui s’ajoutent les uns aux autres, je dois avouer
que je suis troublée, déstabilisée… Mes repères
s’effilochent, ma capacité de discernement est mise à rude
épreuve.
Même les grandes traditions religieuses sont dévoyées ;
récupérées pour justifier la guerre, et légitimer des
politiques agressives et mortifères.
Evoquant toutes sorte de catastrophes, Jésus adresse ces
mots à ses disciples troublés : Ne vous alarmez pas !
Prenez garde ! Restez éveillés !
Les textes apocalyptiques, et notamment, le livre de
l’Apocalypse, sont utilisés par les chrétiens nationalistes
américains pour soutenir la guerre de leur gouvernement
au Moyen Orient et justifier la violence de l’administration
israélienne. Pour ces extrémistes religieux, nous sommes à
la fin des temps, la grande bataille entre le bien et le mal
est engagée.
En chef de guerre, Dieu mène la bataille pour imposer son
règne. Quand le Grand Israël sera reconstitué, les Juifs se
convertiront ; les bons triompheront et les méchants seront
condamnés : ce sera la fin.
Ce grand récit a un nom : la bataille d’Harmagedon. Dans
l’histoire d’Israël, ce nom est celui d’une cité stratégique,
où passait une route internationale qui reliait l’Afrique à
tout le Moyen-Orient, bref sur le plan terrestre, l’équivalent
à l’époque du détroit d’Ormuz.
Ce grand récit de bataille cosmique imprègne nos
imaginaires, les films de terreur produit par Hollywood ne
sont pas loin.
Que nous dévoile l’Apocalypse ?
Sur les 22 chapitres de l’Apocalypse, cette bataille n’est
citée que 3 fois.
1e découverte :
Cette bataille n’est pas voulue par Dieu. Le texte nous
révèle que ce sont des esprits démoniaques qui
rassemblent les rois du monde entier pour la guerre à
Harmagedon, levant une puissante armée mondiale.
2e découverte :
Dans cette bataille tant attendue de la fin des temps, Dieu
le Père n’intervient pas personnellement, mais au travers
de son Fils que l’Apocalypse nomme l’Agneau. Un agneau
n’a rien d’un animal très belliqueux…
3e découverte :
Jésus apparaît aussi en cavalier, sur un cheval blanc, en «
vainqueur et pour vaincre encore » ; il est revêtu d’un
manteau trempé de sang ; il s’agit de son propre sang, car
la bataille n’a pas commencé.
4e découverte :
La bataille d’Harmagedon n’a donc pas lieu. Par le don de
sa vie, le crucifié a porté un coup mortel aux puissances
néfastes de ce monde. Le mal et ses symboles sont
détruits. La Parole de Dieu incarnée par le Christ met fin
définitivement au règne dévastateur du Malin.
La croix : lieu de l’amour
A ses disciples troublés, parlant du Temple qui sera détruit,
Jésus annonce sa mort en croix. Nul angélisme dans la
Bible, le mal est redoutable.
C’est le drame de Vendredi-Saint, la grande tribulation, la
grande catastrophe qui obscurcit le ciel et plonge les
disciples dans l’incompréhension la plus totale et le
désespoir.
Sur cette croix s’est joué une fois pour toute le sort de
l’humanité. Le Christ a donné sa vie pour la multitude. Son
don a ainsi sauvé l’humanité.
Cette croix est le lieu même de l’amour infini de Dieu.
L’amour offert… et aussi l’amour refusé.
Juif, croyant, Victor Frankl est arrêté par les nazis à Vienne,
avec lui ses parents et sa femme qu’il a épousé peu de
temps auparavant. Déportés, ils sont séparés.
Survivant, à son retour, il fera paraître un livre : Un
psychiatre en déportation. Dans cet ouvrage, il raconte
comment, à un moment particulièrement critique, il s’est
senti entouré, réchauffé, porté par l’amour de sa femme,
comme si elle était présente. Dans cet amour, il a puisé le
courage de se relever et de continuer ; et échappe ainsi à
la mort. A son retour du camp, il apprendra qu’à ce
moment-là son épouse était déjà morte. L’amour
transcende le temps et l’espace, l’amour est plus fort que
la mort.
Victor Frankl vivra de longues années encore. Son influence
sur la psychiatrie est majeure, notamment en mettant en
évidence l’importance pour chacun et chacune de trouver
un sens à ce qui lui arrive.
En 2011, un milanais, cadre chez Swisscom, lit le livre de
Victor Frankl, et s’interroge sur sa raison de vivre. Il décide
de quitter son emploi pour donner du travail à des femmes
indiennes des bidonvilles de Mundai (Bombay). Ces
femmes récupèrent des saris usagés, remettent les tissus
en état et, à partir d’un design européen, créent des
vêtements vendus en Italie et ailleurs. Actuellement 350
personnes travaillent en Inde. Heureusement que Victor
Frankl a survécu ! L’amour agit dans notre monde de
manière discrète, voilée et combien puissante.
Accueillir le don de cet amour infini reste peut-être le plus
grand défi d’une vie humaine. Voilà le grand combat, le
combat intérieur : ne jamais cesser de laisser l’amour infini
entrer dans nos propres vies, la désarmer, la transformer,
l’élargir…
Un monde nouveau en gestation
Quand Jésus parle de la fin du monde avec ses disciples, il
utilise un mot grec bien précis : non pas le mot eschaton,
d’où est tiré le terme eschatologie, la science de la fin des
temps ; mais telos qui signifie à la fois accomplissement et
finalité. La fin dont parle Jésus n’est pas le moment où tout
s’arrête, mais notre raison d’être, le sens même de notre
vie ; cet amour infini auquel arrimer notre existence.
« Alors, nous dit le voyant de l’Apocalypse, alors je
vis un ciel nouveau et une terre nouvelle… ».
A la croix, oui, Dieu a fait toutes choses nouvelles. Cette
terre nouvelle, ce ciel nouveau sont déjà présents dans
l’épaisseur de notre monde. C’est dans ce monde – et pas
ailleurs – que l’amour, prend naissance et grandit. Le ciel
nouveau, la terre nouvelle sont là, en gestation au cœur de
notre histoire jusqu’à ce qu’ils soient pleinement présents.
Conclusion
Devant les fossoyeurs d’humanité, nous ne pouvons pas
taire notre espérance du monde nouveau donné par Dieu ;
nous ne pouvons pas garder le silence.
Dans des circonstances bien plus difficiles, des personnes
prennent la parole. Par exemple, la prédication du pasteur
palestinien de Bethléhem Noël dans les décombres a fait le
tour de monde.
Ziad Medoukh est citoyen palestinien de Gaza ; il est
enseignant de français et forme des jeunes à la non
violence. Malgré la perte de son frère assassiné avec sa
femme et ses 5 enfants, la destruction de sa maison sous
les bombes, il écrit 33 poèmes dans un ouvrage intitulé
Poèmes d’espoir à Gaza la dévastée.
Ecoutons la fin du 8e poème :
Oui, je suis traumatisé, bouleversé et la frayeur est grande
Mais sachez que ma vie est ici
Je suis libre, je ne veux pas être esclave
Ni chiffre parmi les chiffres de victimes.
Je suis géant comme l’olivier
Planté dans ma terre comme mes racines
Ici ma terre, ici ma Palestine
Oui, j’adore Gaza même détruite
Mon âme, mon cœur et mon sang chantent Gaza
Cette ville magnifique est pour moi le jasmin du monde !
Je garde confiance en cette Humanité
Et dans une solution pacifique
Qui viendra même après tant de souffrances
Je me sens fort car je suis toujours vivant
Dans Gaza la dévastée.
Et je rêverai toujours de la Gaza aimée
Gaza la vie,
Gaza la reconstruite,
Gaza la belle,
Gaza la princesse des villes
Et Gaza le rêve rose.1
Amen.
