L’ancien village de La Coudre, à un peu plus de 3 km à l’est du château de Neuchâtel est jusque dans les années 1930 resté fort modeste : une vingtaine de maisons édifiées dans le plat qui interrompt la grande pente du vignoble au pied de la montagne de Chaumont. La Coudre fait alors partie de la paroisse de Saint-Blaise, mais à la suite d’une votation populaire en 1929, elle est rattachée à Neuchâtel, ce qui lui procure de nombreux allégements financiers et de nouvelles perspectives sociales.

La population ne cesse d’augmenter, et les activités de cette jeune paroisse se multiplient, le manque de place devient une préoccupation majeure. Les formidables mouvements de solidarité permettent à la paroisse d’acquérir, en 1954, le sommet du terrain du Crêt-du-Chêne, grâce notamment aux manœuvres généreuses et lucides du conseiller communal Humbert-Droz qui, fort enthousiaste, encourage à entamer au plus tôt la construction du temple. Les travaux commencent en 1956 sous l’égide des architectes Jacques et Jean-Louis Béguin, la pierre angulaire est posée par le pasteur Terrisse. En 1957, les enfants participent avec enthousiasme à la montée des cloches le 29 mai et le temple est dédicacé pour le plus grand bonheur de tous le 3 novembre. Depuis 2003, le Temple de la Coudre a rejoint la grande paroisse de Neuchâtel qui en gère la propriété.
Le temple tire son originalité des déboîtements de l’enveloppe et de l’insertion de fentes lumineuses entre les composantes architecturales, qui portent l’éclairage naturel principalement sur la chaire, afin de maintenir l’attention du fidèle. Car, comme l’a souligné son architecte Jacques Béguin, un temple « n’a qu’un but : la réunion des fidèles pour le culte ».
Si la simplicité favorise la concentration et le recueillement, il s’agit cependant de dépasser l’aspect fonctionnel pour favoriser l’accueil du mystère de la foi par la méditation de la Parole et le culte du Seigneur. Ainsi, la Table se doit être dans l’axe, la cérémonie la plus solennelle étant la Cène. Par contre, la chaire est un peu de côté, car la prédication renvoie à la Croix et non pas au prédicateur lui-même. Divisé en trois, le plafond évoque la Trinité. La charpente est détachée de la maçonnerie des murs et cette absence de point d’appui conduit à l’émancipation apparente des lois de la pesanteur, effet d’irréalité qui favorise l’accueil de l’Esprit, hors de portée de notre rationalité.
Les parois sont rythmées par des vitraux d’André Siron. Leurs nuances bleu et vert côté lac font varier des couleurs volontairement ternes pour évoquer le Vendredi Saint, le vert symbolise la couronne d’épines, des marque incisives de rouge évoquent le sang et les souffrances de Jésus.
Côté Jura, les dominantes jaunes et orangées arborent des tons vifs qui symbolisent la joie pascale et invitent à se réjouir de la résurrection du Christ. La lumière jaune lumineuse repousse les teintes rouges et les remplace, signe qu’en Jésus-Christ, mort et ressuscité, nos péchés sont pardonnés: nous sommes renouvelés par son amour qui brille en nous.
La lumière des vitraux travaille les espaces intérieurs caractérisés par la grande simplicité du béton, dénuement que l’on retrouve d’ailleurs dans le mobilier liturgique travaillé dans le même matériau.


Sources principales: Le Ciel et la Terre, Bref historique de la Coudre-Monruz et de son Temple, Eglise réformée de Neuchâtel, Paroisse de La Coudre-Monruz, 1957; Aperçu historique de la paroisse de La Coudre-Monruz à l’occasion de son 25e anniversaire, 1948-1973, par Maurice Thiébaud.
Chaleureux remerciements à Philippe Terrier pour ses précieux compléments historiques et l’évocation de ses souvenirs d’enfant de La Coudre, puis d’organiste du Temple. Merci également à Mireille Donati, mine d’informations et mémoire vivante de ce lieu.

