Par et pour la Passion

Zachée Betche, pasteur – Matthieu 21, 1-11

Frères et sœurs, que les humains savent se mobiliser ! Imaginez la fête des vendanges ici chez nous, imaginez toutes ces liesses populaires lors des grands rassemblements dans nos contrées ; surtout par ces beaux temps qui sont déjà là avec tout ce qu’ils sont susceptibles de renfermer. Du délire en perspective ? Peut-être.

Ce qui se passe à l’entrée de Jérusalem est tout aussi comparable, même s’il y a ce fond religieux, c’est-à-dire prophétique et politique. Ici, on est en pleine Passion : l’on jette ses vêtements, balance du feuillage sur le passage avec toute la symbolique que cela recèle : l’abandon de soi pour l’un et la célébration de la paix, la prospérité et le triomphe pour l’autre.

Jésus n’était pas inconnu du public jérusalémite. Il rassemblait bien déjà des foules par l’enseignement et les miracles qu’il opérait. Mais l’enthousiasme de la foule n’avait pas atteint cette importance, cette passion ; alors qu’il ne faisait que passer assis sur un ânon.

L’on acclame à tout va celui qui vient. Tous s’y retrouvent : Il n’y a qu’un roi, leur roi qui puisse agir de la sorte ; monter sur un âne comme à l’époque ancienne des vrais rois. Ils l’auraient fait rien que par nostalgie. C’est un authentique signe de ralliement national.

Ils ne l’auraient certainement pas fait si un Romain pavoisait par-là, empruntant le même itinéraire et assis sur son cheval. Ils l’auraient détesté et, peut-être même avec un peu de courage, hué. Il faut dire que la foule avait l’habitude de les voir dans les parages, drapés dans leur costume avec l’arrogance qui sied. L’occupation n’est pas rien dans l’histoire d’un peuple !

Personne ne pouvait imaginer que cette journée allait être aussi intense. Personne ne s’y était préparé. Cependant, c’était écrit. La prophétie de Zacharie devait s’accomplir et la foule ne joue qu’activement sa partition.

Mais revenons à la manière dont Jésus instruit ses disciples. Elle a quelque chose de rare. Elle donne des détails sur comment ceci ou cela allait se faire. Et puis les disciples s’exécutent sans rechigner, sans se poser des questions : « Le maître en a besoin » (Math 21, 3). Cette réponse à elle seule suffit. Et c’est alors que l’on peut comprendre la profondeur de cette clameur digne d’un roi : « Hosanna ! Bénis soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Math 21, 9). Derrière ce cri, il y a une forte attente, un désir de pousser dehors l’envahisseur, une raison de faire la fête, la vraie.

Dans l’histoire terrestre de Jésus, ce moment n’en est qu’un parmi tant d’autres. Jésus participe à ce déferlement de gloire. Toutefois, le Seigneur n’avance pas masqué. Il ne s’inscrit pas non plus dans une naïveté qui consisterait à se dire que « Tout va bien. La foule m’aime. C’est magnifique ! » Notre Seigneur est tout sauf naïf.

Le Fils de l’homme voit poindre à l’horizon la difficile épreuve de la croix dont personne, dans ce climat d’effervescence populaire, ne saurait un tant soit peu soupçonner l’éventualité. Il ne s’en dérobe pas. Il ne dit mot et ne laisse transparaitre aucune gravité à venir. La fête est somme toute belle et grande.

C’est le philosophe F. Hegel qui disait que « rien ne grand ne se fait sans passion ». Et nous, quelles sont nos passions pour le Seigneur ? Cet évangile des Rameaux a ceci de particulier qu’il semble tout lisse dans sa trame. Les choses se passent comme si la vie était évidente pour tout le monde, que tout allait de soi. A l’ère de la science et de la technique avancées, de l’intelligence artificielle, à l’ère de la surconsommation et de la surmédiatisation, comment s’opère cette passion que nous avons du Christ qui vient comme notre roi ? Devons-nous en prendre de la graine pour nous arrimer, nous manifester à l’envi ?

Chers amis, le Christ ne nous demande pas l’impossible. Il laisse la foule dans sa liberté s’exprimer mais il sait l’essentiel : Fixer simplement ses regards sur lui et lui obéir, tout est là. Tout le reste n’est que grandeur et misère. Il s’agit d’accepter qu’il soit notre roi dans la vérité de nos vies.

Vous souvenez-vous de cette guérison miraculeuse en Luc 8 ? La foule le pousse et Jésus demande : « Qui m’a touché ? » (8, 45). La question semblait incongrue pour tout le monde ; pour les disciples notamment. Mais cette femme malade fut guérie. Qui dans cette foule des Rameaux y a mis du cœur ? Cette question ne nous regarde pas. Le Seigneur seul le sait. Et il lui revient d’en juger.

A la hargne de la foule qui finira par une haine de non-retour : « Crucifie-le, crucifie-le » (Luc 23, 21) quelques jours plus tard, Jésus restera constant. Il opposera la passion de l’amour. Il ne reculera pas devant la croix. Quel tableau contrasté !

Chers amis, dans nos églises et partout dans le monde, des chrétiens n’ont cessé de se mobiliser pour manifester cet amour pour Dieu. Puisse notre passion demeurer intacte, constante. Si par moment le découragement nous gagne, si parfois nous avons envie de jeter l’éponge, pensons à la Passion, la vraie, et laissons-la nous guider. Parfois aussi, nous pouvons nous poser cette question qui aide : pourquoi suis-je dans l’église et qu’ai-je abandonné pour Dieu ? Ma renommée, mes désirs, mon confort, ma famille, mes richesses, etc. ? A l’image de ces vêtements jetés à même le sol pour que le Christ soit honoré, qu’avons-nous jeté, nous ?

AMEN

Auteur/autrice : Nicolas Friedli

Webmaster de l'EREN et responsable de réseaux sociaux.