Les maladières étaient des établissements destinés à recevoir les malades atteints de la lèpre. Au XVe siècle, l’hospice construit au pied des rochers dans la région du Nid-du-Cro, hors des enceintes de la ville, a donné son nom aux vignes alentours. La léproserie reste active jusqu’au XVIIe siècle, et l’Église, alors catholique, y a eu sa part. Responsable de sa gestion, ce fut probablement dans le but d’augmenter les sources de revenus, essentiellement des aumônes et dons des corporations de la ville, de même que pour faire participer les lépreux au culte que l’on construisit en 1492 une chapelle à ses abords. Malheureusement, le curé et le vicaire prirent la mauvaise habitude de s’emparer des recettes, ils s’attirèrent à ce titre les plaintes du Conseil de Ville.
La chapelle est fermée en 1530 lors de la réforme religieuse et les offrandes pieuses cessent en même temps. Les pasteurs continuent cependant à prendre part à son fonctionnement et reçoivent le « serment du lépreux » que les malades devaient prêter, jurant notamment de ne pas toucher à une poignée de porte, de ne pas se mêler aux « gens sains », de ne pas s’éloigner de la maladière et autres promesses avilissantes. Ainsi, tout lépreux « marchera incontinent sur son crachat, lorsqu’il l’aura jecté et le couvrira et l’effacera le mieux possible, à ce que personne par mesgarde ne passât à pied nud dessus »… Heureusement, les conditions des malades s’améliorèrent quelque peu les siècles suivants, jusqu’à la disparition de la maladie sur le territoire neuchâtelois. Le XVIIe siècle ne présente plus que quelques cas isolés. La chapelle comme la léproserie ont disparu aujourd’hui, mais elles ont donné leur nom à la rue et au quartier, au stade… et à la chapelle actuelle.

Placée à la limite des terrains de l’hôpital Pourtalès, la chapelle se dresse en bordure de route. La façade sud est de composition néo-classique. Quatre pilastres cannelés encadrent la porte à entablement, surmontée d’une fenêtre à fronton. La frise à triglyphes du couronnement est légèrement débordée par un fronton triangulaire orné de lourds denticules. Pour établir un lien entre la façade de la nef et celles plus basses des deux ailes, on construit des murets tenant lieu d’ailerons. La galerie de l’orgue forme un vestibule.


Principales sources: Jean Courvoisier, Les monuments d’art et d’histoire du canton de Neuchâtel , t. I, La ville de Neuchâtel, Bâle, Birkhäuser, 1955; Dr. Guillaume, Les Maladières du canton de Neuchâtel, Bulletin de la Société des Sciences naturelles, t. VI, 1864 ; Fernand Loew , La Maladière de Neuchâtel, Musée neuchâtelois, 1969.
Chaleureux remerciements à Elisabeth Studer qui a revu ses archives personnelles pour fournir de précieux renseignements sur la vie et les rénovations de la Chapelle de la Maladière dans la deuxième partie du XXe siècle.

