Repartir. Mais par quel chemin ?

Prédication de Zachée Betche
4 jancier 2026

Texte: Matthieu 2, 1-12

Frères et sœurs, la naissance de Jésus que nous venons de fêter n’a cessé de nous interpeller. De plus en plus l’on entend de nombreuses voix qui s’élèvent et qui contestent l’idée même de cette célébration. Or, un tel rejet nous priverait de comprendre le sens d’une naissance peu ordinaire.

Saint-Matthieu nous montre que tout n’est pas lisse dans cet événement et que son récit n’est pas seulement centré sur la nativité au sens strict mais tout aussi sur les mages dont l’origine rappelle ici – selon la tradition – l’universalité. Le chemin a été long pour en arriver là et le retour n’est pas des plus aisés.

L’adoration, la rencontre avec le Fils de Dieu précède l’écoute. Car Dieu est un Dieu qui parle. Comme Hérode, il s’est aussi adressé à ces mages. Mais l’autorité divine est largement au-dessus de celle d’un homme, fût-il roi !

Ils sont divinement avertis. Mais comment Dieu nous parle-t-il ? S’adresse-t-il à nous encore aujourd’hui ? Parfois, ce Dieu nous paraît si silencieux que nous avons de la peine à réaliser qu’il puisse encore parler. Bien sûr l’Ecriture est là. Bien sûr nous la lisons. Mais Dieu peut-il encore avertir sans ce support ? Peu importe par quel canal ; ce qui compte avec Dieu c’est notre capacité d’écoute. Et certaines voix sont silencieuses. Elles requièrent un décodage ; ce que nous appelons le discernement. Ce dernier recommande une disposition d’esprit parce que l’Esprit parle à notre esprit (Romains8,16). L’écoute de Dieu exige donc le silence qui précède toute action véritable.

Cependant, une chose est d’écouter et une autre est de lui obéir. Le courage de changer de route est cette étape. En avons-nous assez ? Parfois, avoir du courage peut nous fait perdre. Les expériences de la vie nous montrent que pour entrer dans le neuf, dans ce que nous pouvons prudemment nommer le bonheur, il faudra passer par la case débarras, c’est-à-dire rupture d’avec certaines habitudes. Plutôt que de chercher à accumuler pour accumuler, à faire ce que notre modernisme si cher sait très bien faire : gagner et encore gagner, s’enrichir, s’encombrer de toutes sortes de choses, pourquoi pas prendre le risque de dire : « Halte » ?

Symboliquement, les mages renoncent au privilège du pouvoir puisqu’ils désobéissent à Hérode qui incarne ce pouvoir temporel. Ils renoncent aux honneurs qui en découleraient, aux biens matériels, sûrement, pour en rajouter à leur portefeuille ! Ils refusent cette aubaine.

La sagesse est sans équivoque : « Telle voie paraît juste mais elle mène à la perdition » (Proverbes 14, 12). Bien sûr que la désobéissance des mages aurait été fatale pour le nouveau-né, pour un Dieu qui choisit la fragilité afin de se faire proche de notre humanité. Mais plus que pour l’enfant lui-même, une probable désobéissance aurait été fatale pour les mages eux-mêmes qui se seraient privés de Dieu, de sa lumière, de l’immensité et de la pureté de sa présence.

Frères et sœurs, suivre un autre chemin n’est pas seulement une figure de rhétorique. Il y aurait même peut-être des lieux à abandonner ! C’est un changement, une conversion dont nous avons sans cesse besoin nous-même pour entrer pleinement dans le plan que Dieu trace pour chacun de nous. Parfois nous semblons nous complaire dans des voies qui ne sont apparemment pas nocives. La notion de danger de plus en plus se relativise. Le discernement n’est pas la chose la mieux partagée et cela s’en ressent.

Evidemment Hérode n’a rien déclaré de méchant pour que les mages en soient outrés. Mais le récit de Matthieu nous fait découvrir combien la malice, le mensonge, transpirent du langage mielleux de ce roi. Cela, apparemment, au regard de l’actualité de notre bas monde, n’a pas pris une ride !

Revenons-en. Dieu nous avertit-il ? Comment le savons-nous ? N’avons-nous pas le moindre sentiment que le bruit prend plus de place à tel point que nous ne pouvons pas toujours écouter la voix divine ? Les mages ne se sont pas laissé distraire mais bien au contraire se sont accordés dans cette écoute. C’est ce que Dieu attend aussi de nous : corps du Christ, l’Eglise d’aujourd’hui en marche vers l’unité.

Ayant fait le chemin aller, il n’y a en principe plus besoin de s’en remettre à qui que ce soit pour regagner leur domicile avec en toile de mire une belle escale chez Hérode. Or c’est bien là que se joue le dénouement de ce récit évangélique. Dans cet univers où l’immédiateté devient la norme, où l’on a tout et tout de suite, oserions nous prendre le chemin le plus long – même si nous ne savons pas vraiment si ce nouveau chemin est vraiment plus long -, oserions-nous risquer un tout autre chemin dans la confiance en un Dieu qui guide, qui écrit droit avec des lignes courbes ? Oserions-nous abandonner nos recettes toutes faites pour nous laisser guider dans la vérité de Dieu plutôt que dans ce qui semble réussir, vers le chemin que la majorité de gens empruntent pour pouvoir nous mettre à l’abri selon le conseil du monde ?

Dieu, en réalité, peut tout sans nous. Mais il a besoin de nous pour faire aboutir son plan. Il a besoin de notre obéissance pour faire rayonner son message. Le Seigneur nous recommande de vivre de sa clarté. Il nous ouvre à une conversation véritable et féconde avec lui. L’Ecriture, à travers l’épopée des mages, nous invite à nous désaligner pour être en accord avec ce que Dieu veut. Et cela passe par la prière, l’humble écoute, et par le courage qu’il nous donne lui-même. AMEN

Auteur/autrice : Nicolas Friedli

Webmaster de l'EREN et responsable de réseaux sociaux.