Message de l’Aube de Pâques – Môtiers
Lecture de l’Evangile : Marc 16, 1-8
Message de Véronique Tschanz Anderegg
Essayons d’imaginer un instant les femmes qui arrivent au tombeau :
Le jour n’est pas encore levé. L’obscurité de cette fin de nuit laisse place à des bruits incongrus, à des odeurs inconnues, à une vision floue, à un froid piquant. Nous l’avons tous vécus… la fin de la nuit et le petit matin peuvent être effrayants.
Sans compter que ce qui attend les femmes n’est pas réjouissant : elles vont devoir rouler une pierre pour découvrir leur ami mort afin de lui rendre ce dernier hommage en l’embaumant.
Elles vont revivre ces heures terribles passées au pied de la croix. Elles vont probablement pleurer, se révolter.
Il y a de quoi être effrayées. Rien d’étonnant à cela.
Dans le tombeau déjà ouvert, elles entendent l’ange qui les rassure et leur annonce que Jésus est vivant. Il leur dit : « Ne soyez pas effrayées »
Ce sont exactement les mêmes mots que des autres anges disent au moment de la naissance de Jésus.
La peur fait partie de la vie, de la naissance à la mort !
Je me rappelle que dans mon travail d’aumônerie à l’hôpital, j’étais souvent confrontée avec ce sentiment : peur de ne pas guérir, peur de mourir, peur de rentrer à la maison et de se retrouver seul, peur de devoir réaffronter la vie quotidienne, peur d’un patron peu compréhensif, peur de rechuter, peur de devoir aller en convalescence, peur d’envisager un déménagement dans un home, peur de ne pas savoir s’occuper de ce bébé si petit…
Il y a plusieurs façons d’appréhender la peur : on peut la refouler, en parler ; on peut la laisser envahir notre espace ; on peut aussi choisir de l’affronter.
Je ne connais pas de remède miracle pour parer la peur.
Mais ce que je vois dans le récit de Pâques lu aujourd’hui, c’est que les femmes ont dû apprendre à composer avec la peur, sans fard, ni masque.
Certes, dans un premier temps, elles ont fui et se sont terrées dans le silence. Les paroles de l’ange n’ont pas suffi à les rassurer.
Mais il y a eu un après… Nous le savons, la bonne nouvelle de la résurrection a été répandue. Marie de Magdala a pu témoigner.
C’est seulement après avoir pris la mesure de la peur que les femmes vont pouvoir vivre à nouveau. Un peu comme une étape, une montagne qu’elles auraient franchie et qui leur aurait donné des forces et un élan nouveau.
Histoire de la montagne :
Il était une fois une petite fille qui habitait près d’une grande montagne. Elle lui faisait peur et elle avait entendu que derrière la montagne il y avait quelque chose d’effrayant.
Alors elle a demandé à sa maman : « Qu’est-ce qu’il y a derrière la montagne ? ».
D’un air gêné, sa maman lui a répondu : « Je t’en parlerai quand tu seras plus grande ».
Mais la gamine n’était pas satisfaite de cette réponse, alors elle a demandé à son grand-papa, à son voisin. Mais tous 2 ont eu la même réponse énigmatique : » Tu sauras cela bien assez tôt ».
La fillette a décidé de partir seule pour découvrir ce qui se cachait au-delà de la montagne.
Arrivée en haut de la montagne, elle a effectivement vu quelque chose d’effrayant : un énorme dragon crachait du feu !
Un berger qui passait là lui a proposé de l’accompagner pour voir ce dragon de plus près. Un peu hésitante, notre petite curieuse a néanmoins accepté l’offre du berger.
Tous 2 sont redescendus de la montagne.
Et au fur et à mesure qu’ils s’approchaient du dragon, celui-ci rapetissait, rapetissait… à tel point qu’une fois près du dragon, la petite fille a pu le prendre au creux de sa main !
Elle lui a demandé : « Comment t’appelles-tu ? »
Le dragon a répondu : « Je m’appelle La Peur » !…
Cette histoire et les femmes du tombeau nous invitent à rester conscients de nos peurs et à les voir comme une étape de notre existence… une étape dérangeante, parfois paralysante, toujours questionnante, un passage incontournable.
« Pâques » signifie « passage »… et si nos peurs étaient un passage pour oser aller plus loin dans la vie ?
Mais dans tous les passages de la vie, Dieu est là, à nos côtés. Le psalmiste en témoigne : Lire Psaume 27, v. 1
Et si la résurrection n’était pas seulement une promesse pour l’au-delà, mais une formidable espérance pour ici et maintenant ?
Et si Pâques nous promettait que toutes nos peurs sont un passage pour voir la vie triompher ?
« Christ est ressuscité »… IL EST VRAIMENT RESSUSCITE.
Amen.
