Vivre la foi avec le doute

Prédication pour le Matin de Pâques – 5 avril 2026

Temple de Fleurier – Micha Weiss

Vous trouverez ici 4 impulsions pour le Matin de Pâques du 5 avril 2026. Voyez ces impulsions comme différents plats d’un buffet : servez-vous de ce qui vous nourrit, laissez ce qui ne vous tente pas, et goûtez à ce qui vous surprend ou vous pique ! Sentez-vous libres de composer votre assiette et d’y ajouter vos propres ingrédients.

Tremblement de terre

Matthieu 28,1-2

« Après le sabbat, dimanche au lever du jour, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent voir le tombeau. Soudain, il y eut un fort tremblement de terre ;

Un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. »

Qui parmi vous a déjà ressenti un tremblement de terre ? Moi personnellement, jamais.

Parfois, l’amplitude est légère. Les secousses sont à peine ressenties. Elles font vibrer les bâtiments, les fenêtres, la vaisselle s’entrechoque… Mais rien de plus. D’autres fois, le sol se dérobe, les bâtiments se fissurent, tout s’effondre. Ça cause d’énormes dégâts. On voit parfois ces images choquantes aux infos.

Que le séisme soit petit ou grand, qu’on le ressente ou non, qu’on le voie aux infos, il nous rappelle une chose : on ne maîtrise pas la terre. Il existe des forces bien plus grandes que nous.

À Pâques, on peut ressentir quelque chose de similaire. On peut ressentir un séisme intérieur : la vie qui ouvre une brèche dans la mort, une joie qui bouscule nos certitudes ou nos habitudes. Mais on peut aussi ne rien ressentir : juste un silence, qui ne semble pas vibrer du tout.

Dans les deux cas, je crois que l’essentiel de Pâques est quand même là : une force est en marche dans le monde. Une force de vie qui nous dépasse, aussi indomptable qu’un tremblement de terre.

Le Christ est ressuscité !
Il est vraiment ressuscité !

L’ange

Matthieu 28,2-5a

Soudain, il y eut un fort tremblement de terre ; un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect d’un éclair et ses vêtements étaient blancs comme la neige. Les gardes en eurent une telle peur qu’ils se mirent à trembler et devinrent comme morts. L’ange prit la parole et dit aux femmes : “N’ayez pas peur”.

Est-ce que j’ai bien entendu ? « Un ange du Seigneur est venu rouler la pierre et… Il s’est assis dessus » !

C’est étrange comme détail. Rouler la pierre, d’accord. Mais s’asseoir dessus, l’air de rien ?

Ça me fait me demander : comment est-ce qu’il était assis, cet ange ?

Vu la réaction des gens sur place, il devait en imposer ! Est-ce qu’il était immobile comme une statue, le dos droit, l’air sévère ? Avec un regard perçant — rempli d’étincelles ? Assez terrifiant pour faire tomber des gardes romains dans les pommes ?

Je m’imagine encore la suite… Une fois que la poussière est retombée, une fois que tout le monde est parti. Est-ce qu’il s’est détendu ? Est-ce qu’il s’est mis à se balancer, les jambes dans le vide, avec un grand sourire, tout fier de son coup ?

Non, ça ne colle pas. Impossible que ça s’est passé comme ça…

C’est pas juste un caillou qui a été déplacé.

Le Dieu de l’Univers, Le Créateur, le Sauveur, vient de vaincre la mort ! Boum ! La puissance de l’amour de Dieu traverse le monde comme une onde de choc. Ça secoue tout. Ça embrase tout.

Avec le tombeau vide, un chemin s’est ouvert vers la Vie, vers la liberté, pour toute l’humanité, toute la Création.

Alors non, impossible que l’ange soit resté assis tranquillement.

Non, face à cette explosion de vie, une seule réaction est possible : il s’est mis debout sur la pierre et il a commencé à danser !

Les premières apôtres

Mt 28,5-10

Je sais que vous cherchez Jésus, celui qu’on a crucifié ; il n’est pas ici, il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez, voyez l’endroit où il était couché. Allez vite dire à ses disciples : “Il est ressuscité et il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez.” Voilà ce que j’avais à vous dire. » Elles quittèrent rapidement le tombeau, remplies tout à la fois de crainte et d’une grande joie, et coururent porter la nouvelle aux disciples. Tout à coup, Jésus vint à leur rencontre et dit : « Je vous salue ! » Elles s’approchèrent de lui, saisirent ses pieds et se prosternèrent devant lui. Jésus leur dit : « N’ayez pas peur. Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »

De l’Antiquité à aujourd’hui, il y a cette réalité frappante : les femmes sont réduites au silence.

La Bible n’y échappe pas. Les récits sont centrés sur des hommes. Les femmes sont reléguées à la marge, et leurs contributions sont minimisées, voire effacées.

Et pourtant, dans ce monde d’hommes, la bonne nouvelle de Pâques — ce tremblement de terre qui a fait danser l’ange — est d’abord annoncée aux femmes. À Marie de Magdala. À l’autre Marie. Et à toutes celles que Matthieu ne nomme pas. Elles sont les premières destinataires de la résurrection.

Ce n’est pas un hasard. Ni un coup de chance.

Jésus choisit d’apparaitre à ses disciples femmes en premier. Mieux : c’est à elles qu’il confie la mission d’annoncer la nouvelle. Elles sont les premières apôtres. Les premières parmi les apôtres.

Ce n’est pas un acte isolé. Jésus traite les femmes comme il l’a toujours fait : en reconnaissant leur pleine humanité, leur dignité, leur pouvoir d’agir.

Jésus serait donc un allié féministe avant l’heure ? J’irais plus loin que ça.

Le féminisme est dans l’ADN même de Dieu.

Dans le magnifique poème de la Création, Dieu unit la femme et l’homme à son image. Sans distinctions. Sans hiérarchie. Dieu les bénit de la même manière, pour porter du fruit ensemble, et prendre soin du monde ensemble. C’est ça, le projet de Dieu, le rêve initial.

La domination de l’homme sur la femme ? La Bible l’appelle une malédiction, une conséquence du péché. Ça n’a jamais été la volonté de Dieu.

Trop souvent, la Bible a servi d’arme pour soumettre les femmes. C’est un fait. Mais elle a aussi été la source d’inspiration d’une multitude de femmes. Une force pour lutter, encore et encore, pour que ce rêve devienne réalité : une égalité pleine, concrète et ressentie. La liberté d’être pleinement humain.e.

Alors, à vous tout.e.s qui soutenez les droits des femmes et des minorités. Qui combattez les violences et les discriminations — autour de vous et en vous : le Christ ressuscité est à vos côtés. Lui qui est venu briser les malédictions, il lutte avec vous aujourd’hui.

Vivre la foi avec le doute

Mt 28, 16-20

Les onze disciples se rendirent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait indiquée. Quand ils le virent, ils se prosternèrent ; certains d’entre eux, pourtant, eurent des doutes. Jésus s’approcha et leur dit : « Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc auprès des gens de tous les peuples et faites d’eux mes disciples ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint, et enseignez-leur à pratiquer tout ce que je vous ai commandé. Et sachez-le : je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

Quel fin parfaite ça aurait pu être ! Les disciples voient Jésus, se prosternent, reçoivent la mission et la promesse : “Je suis avec vous tous les jours !” The END !

Mais Matthieu nous coupe l’herbe sous les pieds. Il ajoute : “mais ils doutèrent”. Certaines traductions (comme celle qu’on a entendu) disent “certains d’entre eux”, comme si c’était impossible que tous les disciples aient douté ! Mais en grec, c’est brut, sans filtre : “ils doutèrent”. Point. “Quand ils le virent, ils se prosternèrent… Mais ils doutèrent.” Tous.

Matthieu ne cache rien. Jusqu’au bout, il peint des disciples à la foi fragile, lents à comprendre. Et c’est une bonne nouvelle !

Jésus ne les critique pas. Il n’apporte aucun argument pour dissiper le doute. Il le laisse là, comme une partie intégrante de la rencontre.

“Mais ils doutèrent”. C’est la dernière image que Matthieu nous donne des disciples. Et c’est une libération pour nous !

Vivre sa foi en compagnie du doute, ce n’est pas un problème moderne. C’est comme ça depuis le début. Alors si vous êtes venu.e.s ce matin avec des incertitudes, des questions, des hésitations : bienvenue dans l’équipe des disciples !

La foi, c’est tellement plus vaste qu’une croyance ou conviction intellectuelle. La foi engage l’être entier : nos émotions, nos actes, notre manière d’aimer. Jésus n’envoie pas ses disciples réciter des certitudes, mais “apprendre à vivre” comme lui, selon son amour.

Ne prétendons pas avoir compris la résurrection. C’est un mystère sauvage, indomptable, qui défie la logique : un mort reste mort ! Sauf quand Dieu s’en mêle.

Osons chercher ce mystère — autour de nous et en nous : dans la nature, dans notre histoire de vie et celles des personnes qu’on rencontre, dans les interruptions et les nouveaux commencements. Et osons chercher comment vivre ce mystère dans nos vies. Avec nos doutes, et avec notre espérance.

Amen