La grâce qui nous précède

Méditorial de Fabrice Tenthorey
Paru dans la Pive no 155

Il y a des chemins que nous choisissons.
Et puis il y a ceux que la vie place devant nous.

Depuis quelques mois aux Hautes-Joux, j’ai eu la chance d’en parcourir plusieurs avec vous.

Des chemins de joie, lorsqu’un couple se dit oui.
Des chemins de peine, lorsqu’il faut confier un être aimé à Dieu.
Des chemins de foi, de questions, de rencontres, de paroles échangées au détour d’un culte ou simplement d’un moment partagé.

Et peu à peu, une conviction s’est imposée à moi : nous passons beaucoup de temps à compter.

Ce que nous avons donné.
Ce que les autres nous doivent.
Les blessures que nous n’avons pas oubliées.
Nos réussites et nos échecs.
Nos « oui » et nos « non ».

Et si Dieu, lui, ne commençait pas par compter ?

L’Évangile nous parle d’un Dieu qui vient à notre rencontre avant même que nous ayons tout compris, tout réparé, tout réussi. Un Dieu qui ne nous aime pas parce que nous sommes irréprochables, mais parce que nous sommes ses enfants.

C’est peut-être cela, la grâce : découvrir que Dieu nous précède.

Elle était déjà là lorsque nous pensions être seuls.
Elle demeure lorsque nous nous trompons de chemin.
Elle nous relève lorsque nous pensions avoir tout gâché.

Alors la foi ne consiste peut-être pas à devenir parfaits, mais à accepter de nous laisser rejoindre. Et, à notre tour, à offrir un peu de cette grâce autour de nous.

Dans nos familles.
Dans nos communautés.
Dans nos désaccords aussi.

Pardonner sans nier les blessures.
Chercher la paix sans renoncer à la justice.
Oser faire un pas vers l’autre, même lorsque tout n’est pas réglé.

Car parfois, un « non » peut encore devenir un « oui ».
Une relation blessée peut retrouver un chemin.
Une vie peut toujours recommencer.

Et si, au fond, la Bonne Nouvelle était simplement celle-ci :

Dieu n’attend pas que nous soyons arrivés pour venir à notre rencontre.
Sa grâce est déjà en chemin vers nous.