Méditorial de Gaël Letare
Paru dans la Pive no 154
Cet été, j’ai eu envie d’apprendre quelques nœuds. Cela peut toujours être utile lorsqu’on fait du camping, notamment pour installer un hamac ! En me renseignant, je suis tombé sur l’histoire du fameux noeud gordien. Selon la légende, Alexandre le Grand aurait été confronté à un nœud si complexe qu’il était impossible à défaire. Plutôt que de chercher à le démêler, il aurait simplement tranché le nœud avec son épée. L’expression « trancher le nœud gordien » est depuis devenue synonyme d’une décision radicale permettant de résoudre rapidement une situation complexe.
Voilà une tentation bien présente dans notre époque : trancher, choisir son camp, être pour ou contre. Vrai ou faux. Avec nous ou contre nous ! Avec une sorte d’impatience, un besoin de savoir très vite de quel « bord » la personne qui s’exprime appartient.
Pourtant, dans bien des domaines, les choses ne sont pas aussi simples. Nous cherchons encore, nous tâtonnons, nous essayons de comprendre. Certaines questions demandent du temps, de l’écoute et de la patience. Elles ne se laissent pas toujours résoudre d’un coup d’épée.
Dans ma foi aussi, certaines choses peuvent être profondément affirmées : Dieu est bon et la foi chrétienne porte en elle une espérance certaine. Mais cela ne signifie pas que je puisse tout trancher, tout expliquer ou enfermer les autres dans mes propres certitudes.
Il me faut garder la souplesse et l’élasticité nécessaires pour nouer et dénouer encore, pour continuer à chercher, à écouter et à grandir.
Pour cela il faut admettre que la nuance n’est pas une faiblesse, mais qu’elle relève au contraire d’une sorte de bravoure face au brouhaha des évidences. Car, « nous étouffons parmi les gens qui pensent avoir absolument raison » comme l’exprime Jean Birnbaum dans son ouvrage « Le courage de la nuance » (Edition Seuil). Pour lui, le courage se trouve dans l’équilibre et la mesure. Il ne voit aucune audace dans la montée des extrêmes.
Une tradition juive raconte d’ailleurs qu’il existe un nœud situé sur la nuque de Dieu, un nœud que l’être humain est appelé à défaire. Peut-être cette image nous rappelle-t-elle que tout n’est pas immédiatement résolu, et que certaines questions restent ouvertes devant Dieu.
Alors, dans un monde qui nous pousse si souvent à voir en noir et blanc, rappelons-nous l’art de la nuance. Laissons de la place au dialogue et à la rencontre. Et remettons-nous à Dieu, afin qu’il nous inspire et accompagne son Église dans les temps que nous vivons.
