Culte (baptême) du 7 juin 2026, par Ion Karakash, pasteur.
Marc 10/13-16 et 7/24-30
Jésus qui porte des enfants dans ses bras : image d’un accueil sans conditions et sans limite !
Malgré la réticence de ses disciples qui voulaient renvoyer ces enfants avec leurs parents, – ils estimaient peut-être que leur maître avait plus urgent, plus important à faire ;
malgré les incertitudes des parents en question, – savaient-ils ce qu’ils attendaient vraiment de ce Jésus qu’ils connaissaient à peine : une protection divine pour leur enfant ou les succès à venir que promettent les bonnes fées ? ;
malgré le fait que ces enfants eux-mêmes ne garderaient en mémoire, au mieux, que le vague souvenir d’un homme qui les avait, un jour, portés dans ses bras en disant quelques mots qu’ils ne comprenaient pas…
Malgré tout cela, Jésus laissa venir sans hésiter ces enfants inconnus et les prit dans ses bras.
D’un simple geste, il faisait comprendre à leurs parents comme à ses propres disciples que Dieu accorde sa bonté et ses bénédictions sans exiger au préalable des preuves de bonne foi, des certificats de morale ou de fidélité, – autrement dit : que Dieu aime toujours en premier.
La foi chrétienne, comme la vie elle-même, nous apprend à conjuguer le verbe aimer en commençant toujours par le passif et le passé : Je suis aimé, j’ai été aimé, – bien avant que je comprenne ce que veut dire aimer et que je veuille et sache aimer à mon tour.
L’amour que nous offrons, nous le puisons toujours à une source qu’auront fait jaillir en nous un Autre en majuscules : Dieu, de même que quelques autres de nos semblables en humanité : nos parents, nos proches, nos amis, celles et ceux qui auront pris soin de nous.
‘Aimez-vous les uns les autres, affirmait Jésus à ses disciples, comme je vous ai aimés !’ : l’amour qu’ils avaient reçu de lui précède et inspire celui qu’ils étaient appelés à donner.
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Mais le geste de Jésus portant des enfants dans ses bras allait bien au-delà d’un simple accueil bienveillant : il mettait en question la manière dont ses contemporains voyaient les enfants.
Dans la société juive de son temps, l’enfant, – même si sa naissance était accueillie comme un cadeau de Dieu -, était tenu pour peu de chose : il était considéré irresponsable, incapable de répondre de ses actes. Ne sachant pas lire la Loi divine, il ne pouvait pas se comporter comme un membre à part entière du peuple de Dieu.
Comme l’affirmait un rabbin de l’époque : ‘Dormir le matin, boire du vin à midi, s’asseoir parmi les ignorants et parler avec les enfants, voilà ce qui fait que quelqu’un est méprisé !’ Les enfants étant assimilés à des nuls, leur consacrer du temps, c’était le gaspiller.
Ainsi, en ordonnant à ses disciples de laisser amener les enfants vers lui et en les prenant dans ses bras, Jésus renversait les critères de valeur de son époque et de son peuple.
Et non seulement Jésus laissait venir à lui ces enfants, mais il en faisait un modèle de la foi :
‘Quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu comme le fait un enfant n’y entrera pas !’
En disant cela, ce n’est pas à la candeur des enfants qu’il faisait allusion ni à leur innocence supposée, mais à leur ouverture confiante aux autres : l’enfant ne peut pas vivre ni grandir sans se fier à la bienveillance et l’affection d’autrui, il a besoin d’être aidé et guidé pour devenir pleinement lui-même et assumer un jour ses responsabilités dans la communauté.
C’est comme si Jésus disait aux gens qui l’entouraient, – et nous disait :
‘Vous êtes et resterez toujours semblables aux enfants au plus intime de vous : ne niez pas, n’essayez pas de cacher votre fragilité, votre besoin des autres pour vivre ! Car c’est ainsi que découvrirez aussi qui est Dieu et que vous vivrez de sa bonté, de ses bénédictions.’
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Un autre passage de l’évangile où il en va de Jésus et d’un enfant invite à approfondir cela : la rencontre de Jésus avec une femme étrangère, une mère syro-phénicienne qui vint un jour l’implorer de délivrer sa fille d’une force, d’un mal qui le tourmentait. (Marc 7,24-30).
Jésus lui répondit sèchement que le pain est destiné aux enfants du peuple élu et qu’il n’est pas bon, pas convenable de le jeter aux chiens.
Parole dure, tellement différente de l’image que nous nous faisons d’un Jésus bienveillant envers tous ceux qui l’appelaient au secours, et notamment des plus petits, des plus faibles !
La protection et l’aide de Dieu seraient-elles réservées aux seuls enfants d’un peuple élu ?
Mais cette femme, cette mère inquiète pour la santé de son enfant accepta sans s’offusquer la réponse rude de Jésus : elle ne contesta pas sa condition d’étrangère au peuple élu de Dieu, elle ne revendiqua pas pour elle-même ni pour son enfant les privilèges qui allaient de pair avec cette appartenance, – elle consentit même à entendre Jésus parler de sa fille comme d’un petit chien qui se nourrirait sous la table des miettes du pain des enfants d’Israël.
Et en accueillant avec une totale humilité les paroles dures de Jésus qu’elle reprenait au vol, cette femme étrangère affirmait sa foi en un Dieu dont la bonté et les bénédictions ne sauraient se restreindre aux enfants d’un unique peuple élu : elles s’étendent à tous les enfants d’humanité dans leur commune condition de fragilité et de dépendance, – un Dieu dont Jésus affirmait un jour qu’il était parfait en ceci qu’’il fait lever le soleil sur les méchants comme sur les bons et fait tomber la pluie pour les justes comme pour les injustes.’ (Matthieu 5,45)
L’évangéliste Marc le souligne en utilisant deux mots grecs différents qui désignent l’enfant. Lorsque Jésus parle des pains réservés aux enfants du peuple élu, il emploie un mot grec (teknon) qui définit l’enfant comme engendré, né de parents de telle famille et de tel peuple particulier : c’est l’enfant défini d’après ses origines, ses racines propres d’humanité.
Mais quand la femme parle des chiots qui se nourrissent sous la table des miettes des enfants, Marc choisit un autre mot (païdion) qui qualifie l’enfant de manière plus large, universelle : c’est l’enfant dans sa dépendance et son besoin de nourriture communs à tout enfant humain.
Et Jésus donne raison à cette mère : ‘À cause de ta parole, va, – le mal est sorti de ta fille !’
Rentrant chez elle, la syro-phénicienne y trouve son enfant paisiblement endormie.
Et ce n’est pas par hasard que Marc rapporte que Jésus, juste après sa rencontre avec cette femme, rassasia de nouveau une foule comme il venait de le faire dans son propre pays, non plus sur la terre du peuple élu, cette fois, mais en terre étrangère, de l’autre côté du Jourdain, pour des gens du commun des mortels qui, quelles que soient leur religion et leurs manières de prier, ont besoin comme tout enfant humain de pain pour subsister. (Marc 8,1-9)
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A propos du baptême, ces deux épisodes où il en va de Jésus et des enfants suggèrent qu’il n’offre aucun privilège, nul secours ni soutien supplémentaires de Dieu à ceux qui l’ont reçu. La providence et la bonté de Dieu s’étendent à tous les enfants d’humanité sans discrimination ni bénédictions spéciales pour ceux nés de tel peuple élu ou de telle communauté que Dieu préférerait aux autres : Dieu veille sur les enfants de Gaza comme sur ceux de Jérusalem, ceux de Neuchâtel et d’Appenzell comme de Kaboul ou de Ouagadougou.
Si les enfants baptisés bénéficient d’un avantage, c’est de découvrir un jour, – grâce à leurs parents, à leurs proches et à nous tous, Eglise des témoins de Jésus Christ -, qui est ce Dieu dont Jésus, prenant dans ses bras les enfants qu’on lui amenait, révélait qu’il est le Père de tout humain, Dieu qui nous garde et nous bénit tels que nous sommes, avec nos convictions particulières et nos ignorances, avec nos fragilités et nos dépendances communes d’humains, un Dieu qui aime le premier, nous donnant de nous savoir aimés et appelés à aimer pour vivre.
* * * * * Ion Karakash
