XVIIIᵉ siècle – Une foi éclairée et vécue. Jean-Frédéric Ostervald : clarté, piété, responsabilité

Culte d’été du 9 août 2026, dans le cadre des 750 ans de consécration de la Collégiale. Par Sylvane Auvinet, pasteure..

Thème : La foi chrétienne doit pouvoir être comprise, expliquée, transmise sans obscurité ni superstition.

1 Corinthiens 14,19

« Dans l’Église, j’aime mieux dire cinq paroles intelligibles… »

Prédication : Le XVIIIe siècle à Neuchâtel

Il vaut mieux cinq paroles intelligibles, que 10’000 incompréhensibles. L’Apôtre Paul mettait en avant l’importance d’un message clair, compréhensible et utile à ceux qui l’écoutent, c’est de même un message accessible et utilisable que le Grand Ostervald tenait pour primordial.  Vous le connaissez probablement toutes et tous pour sa fameuse bible, la Bible d’Ostervald qui trône dans chaque temple du canton et que les familles se sont transmises de génération en génération.

Jean-Frédéric Ostervald était bien un homme de ce siècle, éclairé par la lumière de la connaissance, ce siècle des lumières, car ce fut un point central de son ministère que de prôner un christianisme éclairé, qui ne fait pas fi de la raison. Un christianisme clair, limpide et visible à travers la vie quotidienne, à travers un comportement irréprochable.

Né en 1663, il est consacré pasteur à l’âge de 20 ans et sera pasteur à Neuchâtel depuis 1699 jusqu’à l’année de sa mort en 1947. Et j’aime à l’imaginer, il y a 300 ans, prêcher en cette paroisse de Neuchâtel, un dimanche 9 août, en 1722 par exemple. Était-il à la Collégiale, à la Maladière ou au Temple du bas pour la construction duquel il s’est battu ? Comme aujourd’hui, les pasteurs de la ville tournaient dans les différents lieux de cultes. Ne serait-ce pas merveilleux de pouvoir se téléporter à l’un de ses cultes pour voir comment cela se passait. Nos descendants dans 300 ans, quant à eux, pourront visionner le culte de Pâques 2026 à la Collégiale. Nous n’avons pas cette chance, mais nous avons tout de même de la chance parce qu’à travers ses écrits Ostervald nous lègue une idée précise de comment il célèbre le culte.

Il se distancie clairement de l’orthodoxie calviniste, dont il trouve qu’elle enferme les fidèles dans un découragement paralysant. Comme nous l’avons vu, il nuance la radicalité de la confession du péché. Car il observe une démobilisation chez les croyants : puisque l’homme est irrémédiablement pêcheur à quoi bon espérer, à quoi bon agir ? Pour lui, le message chrétien doit encourager les fidèles dans leur comportement et leur espérance. C’est une fausse croyance sur la grâce, estime-t-il, que de croire que la foi dispense de mener une vie sainte et d’avoir une morale irréprochable.

Du culte calviniste, il retire les attaques anti papistes. Il prône la tolérance et l’œcuménisme. Il s’inspire de ce qui se fait ailleurs, à Zurich, en Angleterre, avec la liturgie des heures anglicane.

Il souhaite que le culte soit un moment où le croyant puisse s’impliquer émotionnellement et se sentir rassuré dans sa foi. Avant, la prédication était l’essentiel d’un culte et même la lecture du texte biblique se faisait avant commencer. Avec Ostervald, le culte n’est plus un monologue théologique descendant du haut de la chaire, mais un dialogue dramatique et rassurant où le fidèle est activement impliqué. Il apporte un soin tout particulier aux prières parce qu’elles permettent aux fidèles d’être partie prenante et de s’engager activement. Tout comme le chant, auquel il laisse une place de choix. Il s’impliquera dans l’introduction d’un nouveau psautier.

Il apporte ces changements petit à petit tout au long de son ministère, il commence par introduire un culte du samedi soir en 1702, mais il évite les publications qui pourraient faire polémique, il préfère que le changement se fasse naturellement lors des cultes, et ce n’est qu’après plus d’une décennie d’expérimentation qu’il publie enfin. D’abord en Angleterre en 1712 et ensuite seulement en français en 1713 : La Liturgie ou la manière de célébrer le Service Divin, qui est établie dans les Eglises de la Principauté de Neufchatel & Vallangin.

Il a été qualifié de second réformateur de Neuchâtel, lui se voyait davantage comme un novateur, probablement par loyauté vis-à-vis des acquis de la Réforme et par respect pour ceux qui ont accompli cette œuvre.

Le culte, tel que nous le connaissons aujourd’hui, lui doit beaucoup. 

Les exigences morales ont à ses yeux une importance prioritaire. Pour lui, la foi doit produire des fruits au quotidien. Et il reproche au corps pastoral de se perdre dans des débats théologiques pointus au détriment de l’exemplarité de leur conduite. La foi doit être claire et raisonnable, mais il est vain de se perdre dans des querelles théologiques à n’en plus finir, par exemple autour de la prédestination. Ostervald s’abstient bien d’ajouter encore son grain de sel. Il vaut mieux défendre les nécessiteux et prendre soin des enfants, notamment par l’éducation.

Désireux de promouvoir un engagement sans faille chez les jeunes pasteurs, il leur propose une formation, avec ce qui deviendra la faculté de théologie.

Comme les philosophes des lumières, il s’intéresse à ce qui se vit à l’étranger, il voyage, ses écrits sont diffusés largement à travers l’Europe. Dès le début du siècle, il est membre de deux sociétés anglaises qui veulent promouvoir la connaissance chrétienne et la propagation de l’Évangile.

Outre sa réforme liturgique, Ostervald est connu pour sa théologie. Inspirée par la philosophie des lumières, on l’a qualifiée d’orthodoxie libérale par opposition à l’orthodoxie calviniste, et elle tourne autour de 4 points centraux.

-La foi chrétienne doit pouvoir être comprise, expliquée, transmise sans obscurité ni superstition, de façon logique et rationnelle, sans doctrines complexes ou débats stériles.

-La foi doit encourager le croyant, le rassurer et l’amener à avoir un comportement vertueux.

-La foi doit être accessible à tous, d’où un accent sur l’éducation populaire.

-L’unité chrétienne doit être recherchée, par le dialogue avec d’autres confessions, notamment catholique. 

Bien que partageant avec les piétistes la critique d’une orthodoxie rigide et la priorisation d’une piété pratique, il refuse l’excès de sentimentalisme. Pour lui, la foi doit demeurer raisonnable, ordonnée et ancrée dans l’Église institutionnelle.

Sa théologie est controversée par les pasteurs zurichois et bernois, mais il a le soutien de Turrettini à Genève et de Werenfels à Bâle. À eux trois, le triumvirat helvétique, ils s’opposent au dogmatisme calviniste et travaillent à l’unité des protestants.

L’éducation du peuple, vous disais-je, est une priorité pour Ostervald. En 1702, il publie un catéchisme. Et en 1744, il publie un commentaire de la Bible, traduite par les pasteurs genevois en 1724. Et c’est ce commentaire biblique d’Ostervald, plus communément appelé la Bible d’Osterwald, qui me permet de faire le pont avec la deuxième moitié du XVIIIe siècle. 

Car au XVIIIe siècle, Neuchâtel vit un fabuleux essor économique. Le protectorat du roi de Prusse Frédéric II offre à la principauté paix et stabilité.

Le littoral ouest voit se développer les fabriques d’Indiennes, avec les conséquences dramatiques sur l’esclavage que nous connaissons aujourd’hui. L’horlogerie se développe et Jaquet-Droz crée ses automates. C’est aussi l’époque de la dentelle : de nombreuses femmes nourrissent leur famille par leurs activités de dentellières. Enfin, en 1789, de nobles, réfugiés de la révolution française, viennent encore enrichir la principauté. 

Cet âge d’or est aussi une période de bouillonnement intellectuel. La philosophie des lumières trouve à Neuchâtel une terre d’accueil. Et c’est un autre Ostervald, un cousin éloigné du premier qui est impliqué dans la propagation des idées parfois censurées des philosophes des Lumières :  Frédéric-Samuel Ostervald. Il est banneret de Neuchâtel et fonde la société de typographie neuchâteloise, STN, spécialisée dans la contrebande d’ouvrages interdits. Et le paradoxe c’est que ce qui permet de financer cette entreprise est précisément la publication de la Bible d’Ostervald. Qu’en penserait le pasteur s’il était encore là pour le dire ? Acquis à la cause des lumières, il aurait assurément trouvé des points communs avec ces philosophes, notamment chez Rousseau son refus du dogmatisme et l’importance d’un comportement moral, mais il n’aurait pas validé la publication d’ouvrages prônant l’athéisme. Or, il n’était plus là pour le dire et j’aimerais introduire ici un autre pasteur qui a marqué le XVIIIe siècle dans le canton de Neuchâtel : Frédéric-Guillaume De Montmollin de Môtiers. On se souvient de lui pour son lien avec JJ Rousseau. Rousseau, contraint à l’exil en France et à Genève à cause de ses publications, obtient l’asile dans la principauté neuchâteloise grâce à l’ouverture de son despote éclairé Frédéric II. Le pasteur de Môtiers lui aussi l’accueille les bras ouverts, comme un ami, de 1762 à 1764. Mais Rousseau ne respecte pas la clause de non publication durant son exil et dans ses Lettres écrites à la montagne, il s’en prend au corps pastoral genevois. La vénérable classe des pasteurs, quoique neuchâteloise, n’apprécie pas et reproche à Frédéric-Guillaume De Montmollin son affinité avec Rousseau. Le pasteur convoque alors le philosophe devant le consistoire, mais défendu par le délégué du roi de Prusse, Rousseau obtient gain de cause. De Montmollin s’en prend alors à lui en chaire, il le diabolise, l’excommunie et monte le peuple contre lui jusqu’à l’attaque nocturne de sa maison en 1765 où Rousseau prend la fuite pour l’île Saint-Pierre. 

En conclusion, au XVIIIe siècle à Neuchâtel, l’Église a vu venir les Lumières à grands pas et après avoir ouvert grand les bras pour les accueillir, elle les a brusquement refermés. C’est allé si vite, si loin, que d’une simple lecture rationnelle de l’Évangile, on est passé à des discours athées contre lesquels l’église a dû lutter. Ses amis de la première heure sont devenus ses ennemis. Un pas en avant lui en a coûté deux en arrière. Et si le libéralisme éclairé d’Ostervald est devenu plus difficile à tenir, face aux menaces d’athéisme, on s’est rabattu sur ses doctrines morales. Si bien que ce que la postérité retiendra de lui, c’est son puritanisme, lui qui pourtant a été un élément modérateur du puritanisme calviniste.

Ce que cette aventure nous apprend est peut-être ceci : l’ouverture de l’église est toujours à ses risques et périls, tôt ou tard, elle en paiera le prix. Serait-ce une raison pour rester fermée ? Certes non, c’est l’ADN de l’église que de s’ouvrir, c’est ce qu’a fait celui sur lequel elle se fonde : Jésus-Christ. Jésus s’est permis de relire les textes anciens, de les interpréter d’une façon contemporaine, de les rendre clairs et intelligibles et d’ajouter librement un message d’espérance. Et bien que cela se soit retourné contre lui sur la croix, cela ne viendrait à l’idée d’aucun chrétien de regretter son ouverture. Osons donc les défis de notre génération : la recherche chaotique de spiritualité, la question de l’intelligence artificielle, la crise de la démocratie, le dialogue inter-religieux, notamment avec l’islam de plus en plus présent, l’éducation des enfants. 

Les personnes qui ont peur que l’ouverture de l’Église ne se retourne contre elle n’ont probablement pas tort en ceci. Mais elles ont tort de croire que cela pourrait être évité. Résolument l’église doit s’ouvrir aux idées de son époque, à ses contemporains, aux croyances venues d’ailleurs et aux révolutions de son temps, et pour cela, elle peut s’appuyer avec confiance sur Jésus-Christ.

1 Co 14, 6-9.13-19

6Et maintenant, frères, de quelle utilité vous serais-je, si je venais à vous parlant en langues, et si je ne vous parlais pas par révélation, ou par connaissance, ou par prophétie, ou par doctrine? 7Si les objets inanimés qui rendent un son, comme une flûte ou une harpe, ne rendent pas des sons distincts, comment reconnaîtra-t-on ce qui est joué sur la flûte ou sur la harpe? 8Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat? 9De même vous, si par la langue vous ne donnez pas une parole distincte, comment saura-t-on ce que vous dites? Car vous parlerez en l’air. 
13C’est pourquoi, que celui qui parle en langue prie pour avoir le don d’interpréter. 14Car si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure stérile. 15Que faire donc? Je prierai par l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence; je chanterai par l’esprit, mais je chanterai aussi avec l’intelligence. 16Autrement, si tu rends grâces par l’esprit, comment celui qui est dans les rangs de l’homme du peuple répondra-t-il Amen! à ton action de grâces, puisqu’il ne sait pas ce que tu dis? 17Tu rends, il est vrai, d’excellentes actions de grâces, mais l’autre n’est pas édifié. 18Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous; 19mais, dans l’Eglise, j’aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d’instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue.

Matthieu 26, 57.59-60a.63-66

57 Ceux qui avaient arrêté Jésus l’emmenèrent chez le grand-prêtre Caïphe, où les spécialistes de la loi et les anciens étaient rassemblés. 
 59 
Les chefs des prêtres et tout le sanhédrin[c] cherchaient un faux témoignage contre Jésus afin de le faire mourir, 60 mais ils n’en trouvèrent pas, quoique beaucoup de faux témoins se soient présentés. 63 Mais Jésus gardait le silence. Le grand-prêtre lui dit: «Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Messie, le Fils de Dieu.» 64 Jésus lui répondit: «Tu le dis. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel[d].» 65 Alors le grand-prêtre déchira ses vêtements en disant: «Il a blasphémé! Qu’avons-nous encore besoin de témoins? Vous venez d’entendre son blasphème. 66 Qu’en pensez-vous?»
Ils répondirent: «Il mérite la mort.»