Culte du 20 septembre 2026, Jeûne Fédéral
Introduction aux lectures
Pour ce weekend du jeûne, fédéral, j’ai choisi un 1er texte issu du livre du prophète Joël. Ce dernier annonce le jour du Seigneur comme un jour de jugement, parsemé de catastrophes naturelles. Son message est sans appel : Revenez au Seigneur de tout votre cœur avec des jeûnes et des pleurs ».
Le 2ème texte est tiré de l’Evangile de Matthieu : Jésus vit au milieu du peuple, il fait des miracles et pourtant, il n’est pas reconnu comme le fils de Dieu. Les gens le voient comme un ivrogne, un glouton, impur. Jésus s’insurge contre tous ces gens qui n’ont pas changé leur regard.
Quant au 3ème texte, il est issu de l’Evangile de Jean et nous dit que Dieu est parfois là où on ne l’attend pas…
Prière d’illumination
Seigneur,
Quand nous risquons une parole,
Que nous puissions à ta source !
Quand nous risquons une parole,
Qu’elle nous relie à l’unité de celles est ceux qui te prient !
Seigneur,
Quand nous risquons une parole,
Qu’elle s‘élève en louange comme un souffle d’espérance
Quand nous risquons une parole,
Qu’elle soit parole de vie !
Amen
Texte biblique : Joël 2, 12-17a
12« Dès maintenant, dit le Seigneur, revenez à moi. Faites-le de tout votre cœur : jeûnez, pleurez et suppliez-moi.
13Il ne suffit pas de déchirer vos vêtements, c’est votre cœur qu’il faut changer ! » Oui, revenez au Seigneur, votre Dieu : Il est bienveillant et plein de tendresse, lent à la colère et d’une immense bonté, toujours prêt à renoncer à ses menaces.
14Qui sait s’il ne reviendra pas, s’il ne changera pas d’avis et s’il vous comblera de bienfaits ? Alors vous lui apporterez des offrandes de blé et de vin.
15Sonnez de la trompette à Sion, ordonnez un temps de jeûne, convoquez une assemblée !
16Groupez le peuple pour une réunion solennelle. Rassemblez les personnes âgées, réunissez les jeunes gens et même les tout petits enfants. Que les nouveaux mariés eux-mêmes quittent la chambre de leurs noces. 17Que les prêtres qui servent le Seigneur pleurent entre le vestibule d’entrée et l’autel.
Texte biblique : Matthieu 11, 16-22
16À qui comparerai-je cette génération ? Ils ressemblent à des enfants assis sur les places publiques, dont les uns crient aux autres : 17“Nous avons joué un air de danse sur la flûte pour vous et vous n’avez pas dansé ! Nous avons chanté des chants de deuil et vous ne vous êtes pas lamentés !”
18En effet, Jean est venu, il ne mange ni ne boit, et l’on dit : “Il est possédé par un démon !” 1
9Le Fils de l’homme est venu, il mange et boit, et l’on dit : “Voyez cet homme qui ne pense qu’à manger et à boire du vin, qui est ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs !” Mais la sagesse de Dieu se révèle juste par ses effets. »
20Alors Jésus se mit à faire des reproches aux villes dans lesquelles il avait accompli le plus grand nombre de ses miracles, parce que leurs habitants n’avaient pas changé de vie. Il dit : 21« Quel malheur pour toi, Chorazin ! Quel malheur pour toi, Bethsaïda ! Car si les miracles qui ont été accomplis chez vous l’avaient été à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que leurs habitants auraient pris le deuil, se seraient couvert la tête de cendre et auraient changé de vie.
22C’est pourquoi, je vous le dis, au jour du jugement Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement que vous.
Texte biblique : Jean 3, 8
L’Esprit, comme le vent, souffle où il veut ; tu entends le bruit qu’il fait, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Voilà ce qui se passe pour toute personne qui naît de l’Esprit de Dieu. »
Message de Véronique Tschanz Anderegg
Je vous avoue que j’ai dû potasser mes connaissances sur le Jeûne fédéral.
Et derrière cette coutume, je me suis surprise à y découvrir une histoire avec un sens bien plus profond que la tradition de la tarte aux pruneaux.
Acquérir des connaissances, c’est souvent appréhender les choses, de façon différente, poser son regard d’une nouvelle manière…
Connaître, c’est aussi re-connaître: connaître une nouvelle fois, voir dans une tradition, un événement, une personne quelque chose qui ne saute pas d’emblée aux yeux.
Dans la langue française, « re-connaître » aboutit au nom « reconnaissance ». Ce terme possède un double sens :
- Vois avec un œil neuf
- Remercier.
Ce double sens prend un sens primordial pour nous chrétien-nes : nous pouvons reconnaître que tout ce que nous avons sous les yeux ne provient pas de nos propres mérites humains, mais que c’est une grâce. Et à partir de ce nouveau regard, nous pouvons dire MERCI, être reconnaissant.
Le Jeûne fédéral tel qu’il a été pensé bien en amont de nous se veut être une journée de repentance, de prière, un temps pour s’arrêter et pour re-connaître, c’est-à-dire regarder avec les yeux de l’Évangile.
Ce regarde neuf devrait induire le changement, la demande de pardon et la gratitude.
Au Moyen-âge, les journées de jeûne étaient ordonnées par les autorités pour différentes raisons : les menaces de guerres, de famines, de maladies, de catastrophes naturelles. L’idée était de réunir la population pour prier, demander pardon et protection auprès de Dieu.
Le texte dans Joël rappelle l’objectif de ces journées de jeûne et de pénitence. Le prophète annonce des catastrophes naturelles et son message est clair : « Revenez au Seigneur de tout votre cœur avec des jeûnes et des pleurs ».
Le peuple doit s’arrêter et re-connaître ce qui est en train de se passer. A noter qu’à cette époque, le jeûne impliquait, en plus de s’abstenir de nourriture, de déchirer ses habits, de se recouvrir la tête de cendres et de pleurer.
Pour Joël, ces rites ne suffisent pas. Le changement doit se faire en profondeur, au cœur de l’homme. Le cœur désigne le lieu où se prennent des décisions en pleine connaissance de cause.
Ces rites pour éviter la colère de Dieu peuvent nous paraître obsolètes. Mais ce qui reste d’actualité, c’est l’idée de regarder avec un œil neuf et d’adapter cette nouvelle vision par un changement (de compréhension, d’attitude, de perception).
Nous arrivons à la notion de se laisse bousculer, de regarder sa vie à la lumière de l’Évangile et avoir le courage de changer de regard.
Ce changement de regard nous mène du côté de Matthieu. Dans le passage d’aujourd’hui, on nous décrit Jésus qui vit au milieu de son peuple. Et pourtant il n’est pas reconnu. Il est perçu comme un dépravé, alors qu’il s’est fait connaître par des actes miraculeux.
Jésus s’énerve contre ces villes qui ont vu, ont touché de près ses miracles et qui pourtant n’ont pas changé.
Les préoccupations de Joël et de Matthieu deviennent les nôtres : « Qu’est-ce qu’il faut pour que nous revenions vers Dieu » si même les menaces pas plus que les miracles n’y changent rien ?
Où j’en suis actuellement, je pense que la conversion, le changement « une fois pour toutes » n’existe pas ! C’est un travail de tous les jours, de toute une vie de re-connaître, de changer de regard.
Je crains que l’Église n’ait pris cette dangereuse tangente de vouloir enfermer Dieu dans des dogmes, des idées, des images, des bâtiments, des règlements.
Comme le dit l’Evangile de Jean, Dieu est comme le vent : « tu entends le bruit qu’il fait, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va ».
Dieu est à rencontrer dans le mystère, dans l’imprévu, dans le concret rugueux des obstacles et le tangible des joies du quotidien et dans la beauté des rencontres.
Ainsi, une journée comme le Jeûne fédéral devrait nous aider à nous arrêter ensemble, à re-connaître les travers et les petits bonheurs de l’existence, à réaliser que nous ne sommes pas seuls sur ce chemin de foi et de recherche.
Ce jour est également l’occasion de nous re-connaître les uns les autres comme enfants de Dieu, toutes origines, confessions, cultures confondues.
Un jour pour nous aider à porter un regard neuf sur celles et ceux qui vivent d’autres réalités sociales, religieuses, d’orientation sexuelle.
Jeûne fédéral… pour re-connaître ce que nous avons et ce que nous sommes… pour porter un regard neuf sur ce qui nous entoure et ce qui nous constitue pour amorcer des changements en profondeur.
C’est un vaste programme, mais je n’ai jamais dit que le jeûne fédéral était de la tarte !!
Amen
