Culte d’été du 12 juin 2026, dans le cadre des 750 ans de la consécration de la Collégiale. Par Pierre de Salis, pasteur.
Proverbes 4,1-9 et 1ère Lettre de Jean 4,7-16
Sagesse, mémoire et connaissance. Vaste et ambitieux programme pour un sermon dominical ! A plus forte raison si on couronne le tout par « Dieu est amour ».
La 1ère lettre de Jean est le seul écrit biblique à le formuler tel quel. L’amour de Dieu est un de ses thèmes saillants. Ceci dans le sillage de l’Évangile de Jean, une de ses principales sources d’inspiration. La 1ère lettre de Jean en reprend le motif central : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils unique ». D’où l’appel à placer l’amour mutuel au cœur de l’existence croyante : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu ». La vérité selon laquelle l’amour de Dieu nous précède n’est pas une notion abstraite, c’est une mise en pratique à la suite d’une prise de conscience. Le dynamisme d’un amour vécu. Accueillir cette vérité, c’est répondre à l’amour inconditionnel de Dieu. Et c’est précisément parce qu’il est inconditionnel qu’il ouvre à tous les possibles.
Dans le livre des Proverbes, il est aussi question d’amour, celui d’un père qui conseille ses fils. Pas sûr qu’aujourd’hui, les conseils des parents à leurs enfants se déploient de la sorte. « Écoutez la leçon d’un père » ! « Moi aussi j’ai été un bon fils pour mon père » ! Et ainsi de suite. En fait, les neuf premiers chapitres du livre des Proverbes fonctionnent ainsi. Pourtant, force est de constater que le passage lu ce matin provoque l’admiration : « Acquiers la sagesse, acquiers l’intelligence … Étreins-la et elle t’élèvera, elle t’ennoblira si tu l’embrasses, elle placera sur ta tête une couronne gracieuse, elle te gratifiera d’un diadème de splendeur ». Ainsi l’appel à la sagesse et à l’intelligence relève d’une pertinence qui perdure à travers les siècles.
Le XIVe siècle – que nous revisitons ce dimanche dans le cadre des cultes d’été en cette année du jubilé du 750e de la Collégiale – n’y échappe pas.
Il s’est passé beaucoup de choses au XIVe siècle à travers le monde. En quelques clics, Wikipédia partage des tonnes d’informations : en Afrique, fondation du Royaume du Congo, qui annexe les territoires voisins…, en Amérique latine, fondation de la ville de Mexico par les Aztèques… En Europe, une terrible famine, la guerre de Cent Ans (une succession de conflits entre la France et l’Angleterre, de 1337 à 1453), la peste (un tiers de la population européenne meurt). En 1303, surgit ce qu’on appelle « le petit âge glaciaire » : les hivers sont très froids, les étés frais, humides et pluvieux, les glaciers s’allongent de plusieurs dizaines de mètres. Ces événements (hormis les glaciers) ont certainement impacté le comté de Neuchâtel.
Est-ce cela qui motive le comte Louis d’ériger en 1372, un an avant sa mort un monument funéraire ? Pourquoi faire construire pareil ouvrage (pareille « machine », au sens latin, selon l’inscription figurant sur le monument) ? Son emplacement est significatif : à proximité immédiate du chœur, la partie la plus sacrée de l’église et en face du portail Saint-Pierre au sud. Ce dernier faisait office d’entrée principale de la Collégiale avant les transformations du XIXe siècle. Perpétuer la mémoire des siens ? Permettre aux siens – et aux paroissiens – de prier chaque jour pour le salut de leurs âmes, en stand-by au Purgatoire ? Marquer les esprits en affichant le pouvoir seigneurial à travers les siècles ? Les chevaliers sont en armes, avec les armoiries de Neuchâtel, en vigoureux gardiens et défenseurs du comté. Il y a de tout cela à la fois dans ce monument funéraire, tel qu’il se donne à voir encore aujourd’hui,
Il a été construit en plusieurs étapes, rythmées par les aléas de la vie du comte Louis et de sa descendance (décès de ses épouses et décès de ses enfants, en bas-âge ou à la guerre). Mais les motivations du seigneur de Neuchâtel ne sont, au fond, pas si éloignées des nôtres. Perpétuer la mémoire des siens, se préoccuper de la transmission aux générations suivantes, assumer les ruptures familiales et les crises de succession. Enfin, désirer le meilleur pour sa descendance, à savoir le bien-être et le salut des âmes de celles et ceux qui nous sont chers.
Le comte Louis n’aurait certainement pas renié les conseils proverbiaux d’un père à ses fils. Il a eu trois fils, il s’est remarié deux fois, chaque fois à la suite du décès de sa femme. Il transforme le tombeau de ses parents en monument funéraire familial. En 1372, advient un heureux événement : sa fille Varenne met au monde un petit garçon, Conrad, premier petit fils légitime du comte. C’est certainement cela qui le décide, l’âge et la maladie se faisant sentir, d’ériger un mausolée à proximité du tombeau de ses parents, en mémoire de tous les siens et toutes les siennes !
Perpétuer la mémoire, assumer des crises familiales, prendre des décisions pas faciles, transmettre des valeurs à sa descendance, délivrer un message spirituel fort, faire face à l’adversité, notamment les décès dans le cercle familial étroit … voilà autant de préoccupations que nous pouvons comprendre et partager, autant d’échos à nos trajectoires familiales et spirituelles personnelles, pas toujours simples.
Il est bien question ici de sagesse, de mémoire et de connaissance : se préserver de l’oubli, perpétuer la mémoire des siens, garantir un avenir raisonnable et sûr … et demeurer en Dieu, source de la foi et du salut. Dans le livre des Proverbes, un père conseille ses fils en matière de sagesse. Dans l’Ancien Testament, sagesse et connaissance vont de pair. Discerner la volonté de Dieu résulte d’une prise de conscience. Une forme de connaissance (toujours en devenir) de la volonté de Dieu, révélée à travers la méditation des Écritures.
C’est tout naturellement que le Nouveau Testament s’inscrit dans son sillage : le souvenir des actions et des paroles de Jésus est pour moi, pour nous, des signes incarnés, dans la vie de tous les jours, de cette sagesse. Ces actions et ses paroles ne sont pas de recettes où tout est sous contrôle, où il suffirait de réunir les ingrédients et de se mettre à cuisiner. C’est plus que cela.
La 1ère lettre de Jean assimile la foi à l’amour. « Dieu est amour », il y deux choses qui se jouent ici : confiance et mise en pratique. C’est en demeurant en Dieu, en osant la confiance, qu’on peut aimer à notre tour, car on se sait aimé. C’est dans la relation à mon prochain que je découvre qui est Dieu. Un processus de découverte toujours en devenir, qui ne se fige jamais. « Dieu est amour », une évidence d’une simplicité totale, à première vue. On ne peut qu’être tous et toutes d’accord !
Pourtant … il ne suffit pas de croire que Dieu est quelque part et qu’il veut le bien. L’invitation va plus loin : entendre que Dieu m’aime, qu’Il ne me juge pas. Dit autrement, qu’Il m’accueille inconditionnellement. L’accueil inconditionnel, un thème largement débattu à l’heure actuelle, dans le contexte des enjeux liés à l’inclusivité et à la diversité de genres. L’accueil inconditionnel, c’est plus qu’un esprit d’ouverture, de tolérance ou de politiquement correct. Faire fructifier les fruits de l’accueil inconditionnel signifie se défaire de sa vie, donner de soi et payer de sa personne, sortir de sa zone de confort, pour son prochain. Dieu m’aime et m’a envoyé Jésus pour que je vive. Ces vérités profondes de la foi ont traversé les siècles. De la sagesse biblique, remontant 2500 ans avant nous. Et du Nouveau Testament à nos jours, la conviction inconditionnelle que « Dieu est amour », siècle après siècle. Ceci avec une étape forte au XIVe, dans notre église collégiale, sous l’égide du comte Louis et de sa descendance. Traverser les crises avec sagesse, confiance et lucidité, perpétuer l’amour des siens, se serrer les coudes dans l’adversité … dans un siècle marqué par une terrible épidémie de peste et d’interminables guerres sanglantes. Tout ceci en gardant le cap du Dieu d’amour, orienté vers son prochain. Et aujourd’hui encore … cette sagesse manifestée dans le lien de la foi et de l’amour, qui guide nos pas dans les peines et
