Prédication du 12 juillet 2026 au Locle – Fabrice Tenthorey
Elie, l’envoyé de Dieu, se cache à l’étranger, loin des yeux et des armées d’Achab / AKAB. Pour le protéger du roi et de la sécheresse, Dieu a caché Élie près du torrent de Kérit. Là-bas, des corbeaux lui apportent du pain et de la viande matin et soir, et il buvait l’eau du torrent.
Le torrent devenu aride, Dieu a alors ordonné à Élie de se lever et d’aller à Sarepta.
Les estimations des historiens et géographes bibliques situent le trajet entre 135 km et 160 km. Élie a dû traverser une grande partie d’Israël, contourner les zones dangereuses sous le règne du roi Achab et de Jézabel, pour atteindre la côte phénicienne où se trouve Sarepta. Compte tenu du relief escarpé, de la sécheresse extrême de l’époque et du besoin de discrétion d’Élie, le trajet a probablement nécessité près de 6 jours de marche à Elie, ce qui explique qu’il devait vraiment être assoiffé en arrivant à destination …
Dieu lui avait précisé qu’il avait commandé à une femme veuve de le nourrir. Il arrive donc à Sarepta, en terre de Sidon – le pays même de Jézabel, la terrible femme du roi Achab – et demande un peu d’eau à une veuve qui ramassait du bois.
Elle n’a plus rien, si ce n’est qu’une poignée de farine dans un pot et un peu d’huile dans une cruche : juste de quoi préparer une dernière galette pour elle et son fils. Elle lui dit : « (…) je ramasse deux morceaux de bois, puis je rentrerai et je préparerai cela pour moi et pour mon fils ; nous mangerons, après quoi… nous mourrons. »
Ce verset me glace le sang à chaque fois !
Elie lui fait alors une proposition qui paraît hors de propos :
« Prépare-moi d’abord une petite galette et apporte-la-moi… ensuite, tu en feras pour toi et pour ton fils. »
Reconnaît-elle en lui l’homme de Dieu ou carrément son porte-parole ? Quoiqu’il en soit, elle remet son espérance dans la promesse de Dieu :
« La farine ne s’épuisera pas et l’huile ne manquera pas jusqu’au jour où l’Éternel fera tomber la pluie sur la terre » lui dit Elie.
La veuve donne de son essentiel, et non de son superflu. Elle obéit. Et le miracle se produit : chaque jour, la farine et l’huile sont renouvelées. Elie, la veuve et son fils survivent avec le strict nécessaire.
Ce miracle nous fait penser à la manne que Dieu donna aux Hébreux pendant leur traversée du désert : cette nourriture venue du ciel leur apprenait à dépendre de Lui jour après jour, sans pouvoir accumuler pour le lendemain. A l’instar de cette petite galette préparée par la veuve pour chacun des jours annoncés jusqu’au retour de la pluie…
La manne préfigure déjà celui qui allait venir : Jésus, le Pain vivant descendu du ciel !
Élie est le grand précurseur du Christ. Enlevé au ciel dans un char de feu, il est annoncé par le Prophète Malachie comme celui qui doit revenir avant le jour grand et redoutable du Seigneur. Jésus lui-même verra en Jean-Baptiste « l’Élie qui devait venir ».
« À chaque jour suffit sa peine »
Si nous extrapolons ce passage d’Elie sur le quotidien de nos vies, ce texte est une puissante invitation à plus d’optimisme et à une confiance concrète. Dieu nous appelle à Lui donner le peu que nous avons, même quand cela semble ridicule, et à oser l’hospitalité du cœur dans un monde où règne trop souvent le « chacun pour soi » et où la charité se refroidit de plus en plus autour de nous.
Dieu rappelle à Elie que ce n’est pas le lieu de naissance, ni la nationalité, ni la religion qui importent le plus à ses yeux, mais l’ouverture du cœur. La veuve de Sarepta, une étrangère, une païenne, a fait preuve d’une hospitalité sans faille en accueillant l’homme de Dieu avec ce qu’elle avait de plus précieux : son essentiel. Elle a remit toute son espérance en Dieu.
C’est précisément cette attitude que Jésus reprend dans le Sermon sur la montagne :« Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit sa peine » (Matthieu 6,34).Beaucoup de personnes ignorent que cette belle parole vient directement du Christ. Certains la pensent être un simple proverbe ou même une chanson de rappeur pour les plus jeunes. Pourtant, elle est au cœur de l’Évangile.
Nous traversons toutes et tous, à un moment ou à un autre de notre vie, des périodes de désert et de sécheresse. Des moments où tout semble tari : les forces, les ressources et l’espérance. La tentation est alors très forte de céder à la panique, à l’inquiétude permanente, à la déprime ou à l’apitoiement sur soi-même.
A chaque jour suffit sa « Peine » peut vouloir dire l’effort, le souci ou encore la tristesse. Dans tous les cas, c’est une invitation à vivre pleinement le présent sans nous laisser envahir par les angoisses du futur. La peur du manque, la crainte de l’avenir nous rongent, et nous éloignent de l’essentiel : notre relation vivante avec Dieu.
Ces inquiétudes peuvent être tout à fait légitimes à cause des difficultés quotidiennes. Tout se cumule parfois avec pour conséquence une tendance à nous renfermer sur nous-mêmes, l’aspect matériel prenant alors tant de place dans nos préoccupations existentielles qu’il finit par nous détourner de notre foi.
Que le mot « peine » soit pris dans un sens ou dans l’autre, nous ne sommes invités, ni à la paresse, ni à la résignation, loin de là, mais à changer notre façon de voir le monde.
Martin Luther disait : « Le soir je vais dans ma chambre et je jette les clés au pied de mon seigneur Dieu en lui disant : « Seigneur, c’est ton affaire et non la mienne ».
Apprenons donc à remettre à Dieu nos préoccupations pour demain, nous saurons accueillir ce que nous recevons aujourd’hui comme une Grâce. C’est en se concentrant sur la quête du règne de Dieu que nous vivrons l’expérience que tout le reste nous est donné.
Une autre manière de dire : ne vous faites donc pas du souci mais d’avancer en paix, dans la confiance que Dieu vous procure…
Dieu est aussi à nos côtés dans les moments difficiles. Cet appel à la confiance est lancé à de multiples reprises dans la Bible. Certains affirment 365 fois, pour 365 lendemains sans inquiétude, donc tous les jours de l’année ! Je sais que c’est une légende, mais le compte ne doit pas être loin.
Il ne s’agira pas de se dire que cette vie-là n’as pas d’importance et que nous ferons mieux dans la suivante, dans la vie éternelle. Et non, il ne s’agira pas non plus d’être fataliste, ou encore paresseux, mais ce qui nous est dit là, c’est au contraire de faire sa part, de faire tout ce qui est humainement possible et de laisser le soin à Dieu de s’occuper de tout ce qui nous est à charge, je veux dire par là: hors de notre portée… en le déposant aux pieds de la Croix, par la foi et dans la prière…
La confiance est une expérience, mais qu’en est-il de ceux qui ont été blessés, qui ont connu le deuil et la maladie, la faim dans le cas de la veuve de Sarepta ? Les voix de ce combat sont évoquées au verset précédent celui sur le pain de ce jour du sermon sur la montagne, au chapitre 6 verset 33, qui nous précise de tout d’abord chercher le règne de Dieu et sa justice et que tout cela nous sera donné par surcroît.
Ce serait donc en se concentrant sur la quête du règne de Dieu que nous allons vivre l’expérience que tout le reste nous sera donné par grâce.
Nous sommes invités à prendre position dans notre vie de chrétien en nous recommandant vivement de ne pas de nous inquiéter et que cela ne sert à rien finalement, comme ne cesse de nous le répéter la parole de Dieu à travers la bible.
N’avons-nous pas reçu un esprit de liberté pour être encore dans la crainte, le doute, l’inquiétude, la peur… alors que ce même esprit de liberté nous permet de nous adresser à Dieu en tant que Fils ou fille et lui dire “Abba Père” avec confiance ?
Le souci s’exerce toujours en direction du lendemain. Mais les besoins matériels sont, la plupart du temps, destinés uniquement au jour présent. C’est justement le fait de m’assurer du lendemain qui me rend si inquiet pour aujourd’hui.
Pour illustrer la chose, je vous propose une parabole arabe :
« une vache mange le jour sur une île verdoyante, mais la nuit, elle s’inquiète de savoir ce qu’elle va manger le lendemain ; du coup elle maigrit. Au matin, elle retrouve l’herbe et grossi, mais la nuit suivante elle s’inquiète… La crainte du lendemain a fait maigrir la vache et l’empêche de goûter l’herbe du jour ». soit: l’instant présent !
A contrario, est réellement rassuré tout croyant qui remet sans réserve le lendemain entre les mains de Dieu et reçoit aujourd’hui ce qu’il lui faut pour vivre. Le fait de recevoir chaque jour nous rend libres à l’égard du lendemain. Penser au lendemain me livre à l’inquiétude incessante.
C’est pourquoi l’apôtre Paul nous lance ce commandement joyeux (Philippiens 4,:4) « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous ! Le Seigneur est proche. Ne nous inquiétons de rien, mais exposons nos besoins à Dieu dans la prière avec action de grâce ».
C’est un véritable appel à la joie ! Cette joie est un commandement tellement important que Paul le répète à deux reprises dans ce seul verset comme si c’était l’enseignement à transmettre de manière prioritaire à ses interlocuteurs.
Si la joie est un commandement, je me dois de l’habiter, il n’est pas très difficile de se laisser aller à un peu de tristesse et de mélancolie, les occasions de se plaindre ne manque pas et que ce soit par Paul ou par Elie, Dieu nous demande de ne pas avoir peur et de résister à ces tendances mortifères en nous battant pour la joie.
Comme la veuve de Sarepta, osons donner de notre essentiel dans la confiance.
Que notre doute s’efface pour laisser place à une foi vivante et renouvelée chaque matin.
N’ayons pas peur !
Même quand la sécheresse fait mine de s’installer durablement dans nos vies, Dieu renouvelle notre pain quotidien.
À Sarepta déjà, Élie préfigure le Christ : il reçoit l’hospitalité des plus pauvres, il demande à manger, et il apporte la vie là où tout semblait condamné.
Elie va apprendre de cette veuve, chez qui il a passé près de 3 ans que l’on peut donner au-delà de ce que l’on a, par la foi et que c’est peut-être aussi cela, la vie spirituelle.
Et nous de notre côté, que pourrions-nous donner aujourd’hui que nous n’aurions pas ? Faire preuve de patience, être à l’écoute de l’autre ou plus simplement peut-être de donner de notre temps, ce qui n’a pas de prix !
Comme Élie qui a appris, dans cette maison modeste et discrète, loin des projecteurs et des miracles spectaculaires, à vivre un jour après l’autre dans la reconnaissance et la dépendance, laissons-nous surprendre par le Dieu vivant.
Seigneur, merci pour tes promesses.
Lorsque la sécheresse paraît vouloir prendre place dans nos vies, dispose nos cœurs à l’espérance, sans cesse renouvelée. Tes promesses nous portent quand nous sommes faibles, elles nous encouragent à poursuivre notre route…
Que notre ferme assurance chasse le doute et la peur, car Tu es fidèle, Tu nous donnes aujourd’hui notre pain de ce jour et… Tu viens bientôt…
Amen.
