Prédication du 9 août 2026 au Locle – Christine Hahn
Voilà un des textes préférés de nombreux croyants.
Je me suis posé la question pourquoi ce texte suscite autant d’intérêt car quand Elie est évoqué, c’est toujours ce passage que les uns et les autres mentionnent.
Une des raisons est certainement que dans ce passage Elie est humain ! Dans les autres péricopes, nous nous trouvons face à un super héros inatteignable ! Il entend clairement la voix de Dieu, se laisse nourrir par un corbeau, accompli des miracles, ressuscite des morts, affronte 450 prophètes de Baal, fait descendre le feu de Dieu. Personne ne lui arrive à la cheville ! Une foi indéfectible. Puis arrive se passage, où nous trouvons un Elie vulnérable et fragile, pas pour longtemps mais quand même. Alors oui, ce passage nous rejoint dans nos propres fragilités, nous donne du courage dans nos faiblesses.
Quand j’ai relu et réétudié ce passage, je me suis intéressée à la voix de Dieu, à sa parole, à ce qu’il dit, et également à la voie de Dieu, au chemin qu’il trace pour Elie. En effet, quand nous arrivons à 1 Rois 19 Elie a accompli sa mission. Il a annoncé la sécheresse et voilà que trois ans et demi plus tard, comme annoncé, il pleut ! Que peut-il faire de plus ? Nous avons tous déjà vécu cela quand nous avons travaillé dur pour un objectif et qu’il est atteint, il arrive souvent que nous tombions dans un trou, nous ne savons plus trop quoi faire car pendant un certain temps nous nous sommes concentrés sur ce but et après cela il nous faut du temps pour nous réorganiser. Elie se trouve un peu dans cette situation ne sachant pas trop comment continuer. Il a besoin d’entendre la voix de Dieu pour lui montrer la voie à suivre.
Mais avant d’écouter la voix de Dieu, il y a d’autres voix dans ce texte.
La première est celle du roi Achab qui rapporte à son épouse Jézabel les évènements qui se sont déroulés au mont Carmel. Le feu de Dieu sur le sacrifice d’Elie, L’assassinat des prophètes de Baal et le peuple qui s’est tourné vers le Seigneur. Il est obligé de lui raconter l’échec des prophètes en qui Jézabel et lui-même ont mis leur confiance. Une restitution des faits permet diverses réponses : accepter la défaite, changer de comportement comme l’a fait le peuple ou encore menacer le prophète du Seigneur comme le choisi Jézabel. Sa voix se fait entendre par un messager. Une menace de mort dans les 24 heures.
Cette voix de Jézabel, cette menace de mort atteint Elie au plus profond de son être. Lui qui avait tout accompli y compris des miracles spectaculaires est éprouvé par une simple parole, une menace à sa vie. Dans des temps de fragilité et le questionnement, la parole multiplie son effet. Une parole donnée avec encouragement permettra à une personne fragile de reprendre courage pour se relever. Une parole maladroite voir méchante ou menaçante devient destructrice et la personne déjà éprouvée risque de s’écrouler. L’épître de Jacques nous exhorte à veiller sur notre langue et nos paroles pour acquérir la sagesse de savoir quand se taire et comment parler.
Elie choisi de tout quitter, ne plus être exposé ni aux paroles, ni aux gestes de Jézabel. Il prend la fuite pour sauver sa vie !
Dans les situations extrêmes nous faisons des choix et nous ne savons pas nécessairement si notre choix est le bon. Si par le passé Elie est resté dans le pays malgré les menaces d’Achab, s’il a été caché par Dieu ou résidé chez une veuve, maintenant s’en est trop et il choisit de partir le plus loin possible. Dans la Bible, Il n’est pas le seul à fuir devant l’adversité. Le peuple d’Israel a fui l’Égypte, Jonas a fui le Seigneur en tentant d’échapper à sa vocation, les disciples de Jésus ont fui quand leur maître a été arrêté par les Pharisiens. Dans les cas ci-dessus la fuite n’a jamais été une fin mais l’occasion d’un commencement.
- L’entrée en terre promise pour le peuple d’Israel
- Un nouvel engagement pour Jonas
- Le témoignage de la résurrection pour les disciples
Et pour Elie ? Il fuit pour sauver sa vie pour ensuite demander la mort.
En effet il traverse une mort. Comme il n’a plus de mission particulière à accomplir sa vie perd son sens. Le peuple c’est à nouveau tourné vers le Seigneur, alors que faire d’autre puisque c’était sa mission ? Elie doit passer par cette « mort » pour retrouver une nouvelle mission qui lui donnera à nouveau du goût à la vie.
Nous voici arrivé à la voix et à la voie de Dieu. Tout d’abord c’est un ange qui lui adresse la parole : Lève-toi, mange ! Repartir avec l’essentiel, sommeil et nourriture. Les paroles de l’ange n’ont rien d’extra-ordinaire. Simple sans explications supplémentaires, Lève-toi, mange.
L’ange n’ajoute rien, ni sur le passé, ni sur l’avenir mais invite Elie à considérer le moment présent. Ne pas faire de grands projets mais avancer un pas après l’autre, à chaque jour suffit sa peine. C’est bien le message de l’ange à Elie.
Lève-toi mange car le chemin serait trop long pour toi ! Quand l’ange offre à nouveau de l’eau et du pain, il annonce le pas suivant. Toujours pas de projets à long terme mais un chemin à emprunter : se lever et marcher. Avec ses nouvelles forces, Elie se met en route 40 jours dans le désert, toujours un pas après l’autre, toujours sans vision d’avenir, jusqu’à son arrivée à Horeb. Dans notre société ou tout va vite, nous oublions que les changements prennent du temps. Se relever ne se fait pas en un claquement de doigt ou des pilules magiques. Si les pilules peuvent aider, le temps est nécessaire pour laisser le passé derrière soit, vivre dans le présent avant d’envisager un avenir.
Arrivé à destination la voix de Dieu lui est adressée une première fois : Que fais-tu ici Elie ? Alors que nous nous attendons à des réponses de Dieu pour nos vies, des directions claires, le Seigneur pose une question ouverte, donne la parole à Elie pour que lui-même s’exprime. Que fais-tu ici, Elie ?
Elie déballe son histoire, il raconte sa vie, sa vocation, son ministère, ses peurs, sa soif de vivre ! Comme pour Elie, Dieu nous pose des questions ouvertes, nous invite à raconter notre histoire, ce qui nous occupe et nous préoccupe. Une fois qu’Elie a pu s’exprimer Dieu l’invite à sortir et se tenir debout sur la montagne. Seulement au moment où nous pouvons nous tenir debout, quand nous sortons de nos grottes intérieures, nous sommes disposés à rencontrer le Seigneur. Comme la nourriture est essentielle, la rencontre avec Dieu l’est de même, quel que soit la manière dont Dieu choisi de se révéler.
Ce qui est fascinant dans ce texte et ce dont tout le monde se souvient est bien que cette théophanie, cette rencontre avec Dieu est tout sauf spectaculaire. D’autres passages des Écritures nous révèlent les théophanies remarquables par le vent, les tremblements de terre ou le feu. Et bien que tous ses éléments soient présents, ce n’est pas le moyen que Dieu a choisi de se présenter à Elie. Il vient dans un son doux et subtil. La subtilité qui fait la différence. Elle demande de l’attention, une écoute attentive pour entendre cette voix qui se révèle à nous. Et encore cette même question : Que fais-tu ici Elie ? et Elie qui donne la même réponse.
Dans la présence de Dieu, celui-ci lui révèle sa nouvelle mission, la fin de ce chapitre ou Elie est envoyé pour appeler d’autres à leurs missions.
Il lui aura fallu une fuite, la solitude, une nourriture qui le force à considérer le quotidien, une marche dans le désert et une plainte pour pouvoir se lever, sortir de sa grotte et repartir pour vivre dans la voie de Dieu. Ne nous laissons pas tenter par les solutions faciles et immédiates pour entendre la voix et Dieu et entrer dans ces voies. Laissons-nous le temps de nous construire, d’écouter, de parler et de discerner petit à petit la présence de Dieu et notre vocation.
