Prédication du 23 août 2026 à La Brévine – Christine Hahn
Peut-être avez-vous regardé les championnats d’Europe d’athlétisme à la télé et peut-être avez-vous suivi les courses de relais. Les relais impliquent des passages de témoins entre les coureurs et les coureuses. C’est une discipline à risque car ces transmissions peuvent mal se dérouler soit dans le non-respect de la zone de transmission ou un témoin qui tombe entrainant de grandes désillusions. Les passages de témoins, les transmissions dans la vie ressemblent parfois à une course de relais, pleine de risques mais nécessaires pour atteindre le but.
Pour un passage de témoin dans la foi et dans l’Église, le texte proposé aujourd’hui nous donne quelques éléments: la disponibilité d’Elie ou de tout responsable de laisser la place à son successeur. La volonté du successeur de prendre des responsabilités. L’acceptation du changement par une équipe, une communauté.
Arrêtons-nous d’abord sur Elie, prophète choisi par Dieu, qui maintenant laisse la place à son successeur. Si ce texte est souvent appelé l’enlèvement d’Elie, il s’agit surtout de l’envoi d’Élisée dans sa mission.
Même si le texte ne le dit pas nous pouvons supposer qu’Elie sait que sa mission s’arrête définitivement. Est-ce qu’Elie est prêt à laisser sa place? Le début du texte nous donne une possibilité d’en douter. Trois fois, il ordonne à Elisée de ne pas poursuivre la route avec lui. Ainsi Elie garderait tout son pouvoir jusqu’à la fin et le passage de témoin ne pourrait pleinement avoir lieu car il n’y aurait personne pour le saisir. Réfléchissons aux successions, aux transmissions de témoins que nous connaissons. Combien de patrons, de pasteurs de responsables bénévoles n’ont pas transmis le témoin de leurs responsabilités dans les meilleures conditions possibles? Il s’agit effectivement d’une tâche difficile. Un responsable connaît son affaire, il sait exactement comment faire et peut ainsi continuer jour après jour, année après année. De plus, il ou elle sait bien que si quelqu’un d’autre reprend ça ne sera pas pareil Tout cela est vrai et il est bien compliqué de laisser la main à quelqu’un d’autre. Pour un ou une responsable, laisser la main demande de l’effort et demander à un ou une successeur de rester en arrière peut sembler une bonne option.
Une autre interprétation de ce début de passage est qu’Elie veut mettre Elisée à l’épreuve. Aura-t-il la ténacité de ne pas obéir à ses ordres, de persévérer dans la voie qu’il a suivi en quittant sa famille et ses richesses ? Est-ce qu’Élisée a le courage d’aller jusqu’au bout ? Voici une autre façon de voir tout à fait légitime. Peut-être qu’il y a encore d’autres manières d’interpréter cette action, je vous laisse juger et réfléchir pour vous même.
Dans la suite du passage, après cette mise à l’épreuve ou l’acceptation que son successeur continue à coller à ses baskets, Elie change de posture. premièrement il frappe le Jourdain de son manteau et les deux hommes traversent à sec. Encore un dernier miracle, un dernier geste d’Elie pour démontrer son autorité donnée par Dieu.
Maintenant que les deux hommes ont traversés le Jourdain, Elie dit : Demande ce que tu veux que je fasse pour toi ! Elie ne donne plus d’ordres à Élisée, mais lui demande ce qu’il veut, ce dont il a besoin. Nous imaginons souvent qu’une transition, un passage de témoin implique que le ou la successeur continuera l’œuvre ou le travail comme avant. Pourtant, le point d’attention n’est plus sur le passé, mais bien sur le présent et l’avenir. Elie ne donne pas à Élisée une liste à accomplir ou des bonnes recettes mais lui demande se dont il a besoin ! L’attention n’est plus sur lui-même mais bien sur Élisée. Demande ce que tu veux que je fasse pour toi !
Réfléchissons à cette injonction pour nous aujourd’hui. Comme Elisée, Dieu nous appelle à une mission. De quoi avons-nous besoin pour cette mission que Dieu nous confie maintenant ? Et quand nous arrivons au bout de notre mission comment allons-nous répondre aux besoins de nos successeurs ? Naturellement nous souhaitons transmettre nos valeurs, nos connaissances et nos compétences. Certainement cela est très utile, mais peut-être que nos successeurs ont besoin d’autre chose que nous n’imaginons même pas.
Demande ce que tu veux que je fasse pour toi !
Venons-en à Élisée, au successeur. Dans ce texte, à aucun moment il ne doute de son appel. Au contraire de Jonas ou d’autres qui préfèrent se cacher ou s’enfuir, il avance en connaissance de cause. Il a suivi Elie depuis un certain temps, il sait à quoi s’attendre et a choisi d’entrer dans sa vocation les yeux ouverts. Elisée n’est pas dupe face aux difficultés qui l’attendent, il choisit de relever tous les défis qui s’offrent à lui. Il ne se laisse pas influencer, ni par les paroles d’Elie, ni par celles des prophètes, de Guilgal, Bethel et Jericho. Persévérance, détermination, courage sont des mots qui viennent à l’esprit dans ce passage de témoin. Quand nous sommes invités à prendre des responsabilités ou reprendre une fonction ces qualités deviennent très utiles. Persévérer dans les difficultés pour ne pas se laisser submerger et toujours chercher des solutions. Rester déterminé pour accomplir une tâche même quand celle-ci semble impossible. Avoir le courage de ses choix même difficiles ou impopulaires. Cela est bien le lot de toute personne qui choisit ou accepte de prendre des responsabilités importantes.
Pourtant, Elisée est bien conscient de la difficulté de la tâche. Ce n’est pas pour rien qu’il demande une double part de l’Esprit d’Elie. Elisée saisit qu’il n’y arrivera pas sans aide. il a besoin de l’Esprit pour discerner l’œuvre de Dieu dans la vie du peuple. Il a besoin de l’Esprit pour faire les bons choix et dire les paroles nécessaires et justes pour que l’œuvre de Dieu se réalise. Tout responsable sait qu’il a besoin d’aide. De l’aide de Dieu bien sûr, mais également de l’aide de compagnons de route avec lesquels il pourra partager, réfléchir et prendre des décisions.
Exemple palais fédéral !
Qu’en est-il du peuple ou des fils des prophètes de que nous rencontrons dans ce texte. A Guilgal et Bethel, ils ne bougent pas. Ils sont conscients du départ d’Elie, imaginent bien qu’Élisée sera son successeur, mais eux restent sur place. Les fils des prophètes de Jéricho accompagnent les deux hommes jusqu’au Jourdain. Ils voient Elie séparer les eaux du fleuve avec son manteau. Ils perçoivent qu’un évènement se déroule de l’autre côté du fleuve à une certaine distance. Finalement ils constatent qu’Élisée revient seul. Qu’il frappe le fleuve avec le manteau d’Elie et que les eaux se séparent. Ils voient qu’Élisée a pris le témoin, qu’il continue le travail d’Elie. Il leur appartient de choisir s’ils vont suivre le successeur ou vouloir rester avec les acquis du prophète qui n’est plus. Dans les groupes et dans les sociétés desquelles nous faisons partie nous voyons bien que lors de changements dans les directions ou les comités, certaines personnes quittent le mouvement et d’autres vont se joindre. Cela démontre bien que chacun et chacune a une responsabilité dans la poursuite d’une activité ou d’une société. Personne ne peut se défiler.
Tout au long de ce passage nous avons parlé du manteau d’Elie. Ce manteau qui l’a accompagné durant tout son ministère. Il s’en est recouvert pour écouter la voix de Dieu, l’a jeté sur Élisée, a fendu les eaux du Jourdain avec ce manteau. Ce manteau a pris une place importante dans la vie d’Elie et est devenu le symbole de son autorité. Dans le passage de témoin à Élisée, ce manteau marque bien que l’autorité a passé la main. Maintenant le manteau d’Elie devient le manteau d’Élisée. Celui-ci pourra s’en servir à sa manière comme signe que l’autorité du prophète lui appartient. Aujourd’hui quand une responsabilité importante passe la main nous remettons souvent des clés pour manifester le lâcher prise, l’éloignement pour que le ou la successeur puisse pleinement prendre sa place. Il n’est pas nécessaire de mourir pour laisser la main et chaque passage de témoins réserve ses propres surprises et il appartient de les accueillir au mieux.
Dans une équipe de relais chacun et chacune a son rôle. Commencer avec le témoin, le passer au suivant, ou terminer la course. Avec l’équipe de Suisse féminine à Birmingham nous avons vu des passages excellents, un très laborieux, mais la course s’est terminée avec succès. Et nous, comment nous saisissons-nous du témoin qui nous est offert ? Comment passons-nous le témoin au suivant ? Quelle responsabilité choisissons-nous de prendre ? Elie, Elisée et les fils des prophètes peuvent nous guider dans nos réflexions.
Amen
